LE PROBLÈME DE L ÉDUCATION
qu'il donna, pendant de longs siècles, l'illusion d'une indissoluble unité.
Il en fut ainsi jusqu'à peu près vers le milieu du xix'' siècle. A ce moment, les premiers symptômes d'une désagrégation familiale commencèrent à se manifester.
Suivent alors quelques indications sur les débuts du mouvement féministe :
Ce mouvement, nous l'avons étudié ici même * et n'y reviendrons pas ; mais on aurait tort de croire que la dissociation se bornera là, les causes qui l'ont produite continuant à agir avec une force sans cesse accrue.
Par voie de conséquence, ce premier trouble en entraînera bientôt un autre aussi grave. Il est sans doute possible, sinon de le prévenir, au moins d'en atténuer, à l'avance et dans une certaine mesure, les eiîets désastreux. L'émancipation morale et matérielle de la femme, qui sera demain chose accomplie, sera suivie, à brève échéance, de Y émancipation de V enfant.
L'émancipation de l'enfant est proche, disons-nous, mais il faut préciser le sens de ce mot : émancipation. Nous n'entendons pas dire que les enfants, comme les femmes, s'aviseront de leur triste sort et qu'ils formuleront contre leur famille, sœva mater, des revendications plus ou moins justifiées ; mais ce qu'ils ne feront pas, d'autres le feront pour eux et se chargeront de proclamer, à voix haute, les « droits de l'enfant ».
Déjà, des âmes généreuses ont démontré le droit de l'enfant à vivre, à être instruit, secouru, même malgré sa famille. D'autres ont demandé, pour l'enfant, le droit de choisir la religion qu'il préfère, lorsqu'il sera en âge d'examiner les différents systèmes de croyances qui se partagent l'humanité.
I. « Les Directrices du Féminisme », Revue Bleue, 20 septembre 1902.
Laisant. II
llG L ÉDUCATION FONDÉE SLR LA SCIENCE
Et plus loin:
Nous examinerons, ce qui nous intéresse davantage^ les causes qui concourent, en ce moment même, à libérer l'enfant de tous les préjugés d'obéissance acceptés jusqu'ici par tous comme le fondement nécessaire de l'autorité parentale.
Cette libération des préjugés est l'essence même de l'émancipation.
M. Daubresse montre ensuite la place prépondérante, — excessive, à son avis, — que prend Tenfant dans notre société actuelle. Il cite plusieurs exemples à ce sujet, et, dans le nombre, lorsqu'il passe de ce que Ton appelle vulgairement « le monde » aux milieux populaires, il en est un qui vaut la peine d'être retenu, car il montre combien les résultats de l'instruction, lorsque celle-ci se borne à nos malheureux essais primaires, sont insuffisants^ au point de vue social comme au point de vue moral :
La mère d'une petite fille de huit ans cause avec la directrice d'une école de la Ville de Paris et la remercie des progrès de sa fille. Elle ajoute, en terminant : « Nous sommes bien heureux, son père et moi, qu'elle ait appris à lire : maintenant elle nous lira le feuilleton ! ! ! »
L'auteur ajoute :
Combien d'entre ces pauvres petits lisent « le feuilleton », et puis aussi le fait divers, et puis... et puis.... se nourrissent de tout ce pain de mauvaise qualité que dé bitent quotidiennement tant et tant de feuilles à un sou, aliment inoifcnsif — peut-être — pour les grands ; mortel pour les petits, dont le caractère vacille au seuil de notre triste vie de civilisés.
Après un examen de la situation qui résulte de cet