PREFACE VII
dirai pas comme la meilleure, mais comme la seule acceptable.
Si ridée de la reforme que vous poursuivez est de nature à apparaître avec toute son évidence quelque part, c'est surtout dans l'enseignement des langues.
Celle du pays où nous sommes nés, nous en avons acquis l'usage sans nous en douter, en entendant parler nos parents, en apprenant d'abord sans fatigue la signification des mots usuels, et en passant ensuite de ceux qui expriment des idées concrètes à ceux qui expriment des abstractions.
Et cette langue-là est la seule que nous arrivions à bien parler et à bien écrire, à moins d'avoir été élevés dans un milieu où l'on parlait plusieurs idiomes différents.
Lors donc que nous voulons enseigner h quelqu'un ou apprendre nous-mêmes une langue étrangère, la raison nous dit qu'il faut opérer de la même manière en adoptant une méthode rationnelle comme la méthode Berlitz.
Mais voilà ! il faut compter avec notre cerveau.
Les illettrés transplantés en pays étranger arrivent comme l'enfant à en apprendre la langue.
Les lettrés, n'y arrivent plus. Il leur faut procéder par la méthode déductive, commencer par l'étude de la grammaire, des conjugaisons, des déclinaisons si la langue en comporte, puis se bourrer la mémoire de mots et s'évertuer ensuite à construire des phrases.
C'est là ce qui m'arrive. Depuis ma sortie du lycée, j'ai étudié l'italien, l'espagnol, l'anglais et un peu d'allemand. Je parle l'italien et l'espagnol ; je lis l'anglais, je déchiffre l'allemand, et c'est par le système appliqué aux langues mortes dans nos établissements scolaires que je m'en suis assimilé le peu que j'en sais.
vra l'éducatio:» fondée sur la science
Aussi les sais-je très mal. Même pour les deux que je possède le mieux, l'italien et l'espagnol, quand je veux les parler ou les écrire, je fais du français avec des mots étrangers. Je traduis, et je n'arrive pas à m'assimiler l'esprit qui forme l'individualité de ces belles langues.
Mais par le système rationnel, je n'en aurais pas appris un seul mot et j'ai dû me résoudre au mal pour éviter le pire.
Comment en serait-il autrement lorsqu'on a passé sept années sur les bancs de l'école à décliner Rosa la rose ou ô r^kioq le soleil? et comment, dès lors, un cerveau ainsi ossifié dans une vieille méthode pourrait-il^ par cela seul qu'il en comprend le vice, redevenir assez souple pour en pratiquer une autre vis-à-vis des enfants dont la culture intellectuelle lui est confiée ?
C'est là l'obstacle primordial. Il ne suffit pas de déterminer la bonne voie ; il faut trouver des maîtres pour y conduire les élèves, et ces maîtres, qui nous les fera ? Évidemment ils se créeront à la longue par une évolution naturelle, et il est à cet égard de la plus haute importance de montrer le but ; mais comme toutes les évolutions celle-ci exigera un temps considérable.
Vous l'avez compris du reste et il est inutile d'insister. Vous faites aussi ressortir avec une grande force cette vérité, qu'il n'y a pas de méthode absolument générale convenant également à toutes les intelligences, qu'il est nécessaire d'observer avec soin les facultés de chaque enfant et de baser sur elles la nature de l'enseignement qu'on lui donne.
C'est absolument exact ; mais cela semble condamner l'enseignement collectif. Vous le reconnaissez dans une certaine limite en vous prononçant sans ambages contre nos écoles casernes; mais vous n'osez