‹ L'éducation fondée sur la scienceChapitre 4 sur 30 · PREFACE IX · texte numérisé non relu

PREFACE IX

pas limiter suffisamment le nomTDre des enfants dirigés par le même maître.

Il semble qu'il faudrait abandonner à la mère l'enseignement tout à fait primaire, c'est à-dire cet enseignement des faits extérieurs sur lesquels s'établira plus tard, comme sur un terrain solide, l'édifice des théories abstraites qui constitueront le point d'arrivée. Elle est placée en présence d'un petit nombre d'enfants, plus ou moins semblables entre eux ; et l'amour multipliant ses aperceptions, elle est plus capable que quiconque de démêler les aptitudes et de découvrir les meilleurs moyens d'éveiller la curiosité. Tout ce que nous avons appris sur les genoux de notre mère reste à jamais fixé dans notre esprit. Rien ne peut Ten eflfacer.

Le père pourrait exercer une influence semblable, mais il est trop absorbé par les devoirs extérieurs. D'ordinaire il n'en a pas le temps.

Malheureusement de nos jours la mère n'en a guère plus le temps que le père ; et en outre tous deux manquent d'une culture intellectuelle suflisante pour remplir le rôle d'éducateurs que la nature leur a dévolu.

Riche, la mère est absorbée par cette vie mondaine inutile, qui lui prend tous ses instants sans aucun profit pour personne, mais à laquelle, à moins qu'elle ne soit supérieurement douée, il lui est impossible de se soustraire.

Pauvre, il lui faut travailler pour aider le mari à gagner la vie du ménage. Employée, ouvrière, domestique, femme à la journée, elle ne peut exercer qu'une surveillance bien éphémère sur la famille, et l'école est le seul moyen pour elle de soustraire ses enfants aux exemples et aux entraînements pernicieux de la me.

X l'éducation fondée sur la science

Que leur enseignerait-elle d'ailleurs? Connaît-elle rien elle-même du monde dans lequel elle se meut ? Si elle faisait Téducation de ses fils et de ses filles, elle ne leur ferait rien voir de ce qu'ils ont intérêt à connaître. Par contre, elle éveillerait dans leur jeune âme, si malléable à toutes les impressions, les idées de Dieu, de libre arbitre, d'enfer, de paradis, de peines et de récompenses, en un mot toutes les conceptions fausses qui corrompent les cerveaux humains et dont nous devons avant tout les affranchir. Si mauvaise que soit Técole, avec son maître unique pour des masses d'élèves, elle est moins mauvaise encore que cet enseignement-là. Tant que la société ne sera pas organisée de manière à ne demander à la femme que ce qui constitue sa fonction naturelle : la maternité avec toutes ses conséquences ; tant que nous vivrons dans un état économique qui l'éloigné de ses enfants, l'enseignement rationnel des premières années sera impossible, et ne pourra revêtir d'autre caractère que celui d'un idéal vers lequel les écoles publiques devront s'efforcer d'aiguiller.

Mais voici que je me laisse entraîner à l'un de ces écarts que je signalais en commençant cette préface : tout ceci, mon cher Laisant, vous l'avez parfaitement mis en lumière, et il est superflu d'y revenir.

Vous ne vous êtes pas, du reste, exclusivement occupé de méthodes pédagogiques. Vous avez abordé la question des programmes ; et ici encore, je me rencontre tout à fait d'accord avec vous.

Vous condamnez nos stupidcs baccalauréats qui sont uniquement destinés à maintenir la démarcation entre la bourgeoisie et le peuple. Il est vrai que — contrairement au but qu'on se propose en les maintenant — ils ne réussissent qu'à former des déclassés, à hâter la décomposition sociale, et concourent par

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