‹ L'éducation fondée sur la scienceChapitre 8 sur 30 · PREFACE XVII · texte numérisé non relu

PREFACE XVII

leur a donné, et écrire sa langue en la prenant au point où son développement naturel l'a amenée ?

Je crois que la réponse à cette question ne saurait faire doute ; et il me semble que c'est là un grand argument contre ceux qui prétendent trouver dans les étymologies la justification des études classiques.

La généralisation des langues mortes n'est donc point une nécessité ; et dès qu'elle cesse d'être nécessaire elle devient un péril.

Vous avez supérieurement démontré que l'enseignement secondaire n'a au fond d'autre but que de séparer la bourgeoisie du prolétariat. L'humanité se divise en deux castes : les mandarins qui sont censés savoir le latin et le grec (en réalité, presque aucun d'eux ne le sait) et ceux qui avouent ne pas les connaître.

Cela seul suffirait à nous faire conclure contre un tel système. Mais sans pousser aussi loin et sans sortir du domaine essentiellement pratique, qui ne voit le mal que nous fait l'étude des langues mortes par la perte de temps qu'elle nous occasionne?

Il y a quelques siècles le bagage des connaissances humaines était assez limité pour qu'il fût relativement facile à un homme de les embrasser toutes ; et un Pic de la Mirandole pouvait disserter de omni re scibili et quibusdam aliis.

Depuis, les choses, sous ce rapport, ont terriblement changé. Le domaine du connu s'est à ce point élargi, qu'aucun homme ne peut plus l'embrasser dans son ensemble. Il n'est même plus possible à celui qui se cantonne dans une branche de la science d'en embrasser tous les rameaux. Un chimiste limitera ses travaux à une circonscription restreinte du domaine de la chimie, et il en adviendra de même d'un physicien dans celui de la physique.

Laisant. a

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La durée de notre existence est trop coarte pour nous permettre de tout apprendre, et surtout pour nous permettre de retenir tout ce que nous avons appris.

Le cer\'eau, cet admirable appareil enregistreur, n^a point une puissance infinie. Dans Tenfance^ lorsque ses cases sont encore vides, il enregistre tout et retient à peu près tout. Mais plus tard, lorsque ses cases sont remplies, il devient difficile d'y faire des surcharges.

Ce n'est pas qu'il ne soit encore possible d'acquérir des connaissances nouvelles et de les emmagasiner dans l'encéphale. Mais il arrive alors ce qui arrive avec une armoire bondée: on ne peut y placer un objet nouveau qu'à la condition d'y faire un vide en en retirant un des objets qui y avaient été antérieurement placés.

Ainsi en va-t-il de notre mémoire. Arrivés à une certaine période de l'existence, nous sommes encore ca()ables de modifier notre bagage intellectuel ; nous ne (Kjuvons plus guère raccroître. Nous ne fixons une idée nouvelle qu'en oubliant une idée ancienne. Toute acquisition est liée à une perte équivalente ; et c'est ce que nous exprimons tous en répétant sans cesse que nous sentons notre mémoire décliner à mesure que nous prenons des années.

La conséquence à tirer de cette loi, c'est qu'il faut avoir grand soin de ménager le temps et la capacité cérébrale de chacun de nous. Nous ne devons confier à notre appareil nerveux central que des notions utiles soit au point de vue de la vie courante, soit au ()()int de vue des généralisations scientifiques et phil()sophi(jues qui seront l'apanage de Tage mur.

Kt quand je dis qu'il ne faut confier à notre intelligence (jue des notions utiles, je n'exprime pas toute

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