I. Le superfl i est ic 'il faut bien
1er d'un utilitarisme étroit qui I nomes de l'art et du
conditions de la production delà (leur. Mais il a beaucon-l sidérer la Heur comme le dernier but de son Lravail, i i n'oublie j »;»s pour cela que feuilles el racines sonl encon plus importantes, puisque toute révolution de la fleura dépend. II donne 'Inné ions ses soins h la plante poui ; qu'elle se porte bien, et il n'a garde Se tomber dans cetU erreur ridicule de aégliger la plante dont il désire anxieusement obtenir La Heur. Il en est de même dans le cas qu nous occupe. L'architecture, la sculpture, La peinture, k musique et la poésie, ions les arts, sont connut: les fleun delà civilisation. Mais quand bien même les arts auraient \ une valeur tellement transcendante que la civilisatioi | tout entière devrait leur être subordonnée propositioi sûrement exagérée), il n'en faudrait pas moins admettn que l'on doit avant tout créer relie civilisation saine el vigoureuse, et que, par conséquent, la culture qui produit cette santé et cette vigueur doit être placée au premiei rang .
C'est ici surtout que se montre à nu le vice de notre éducation. Elle néglige la plante pour ne songer qu'à la fleur. Souci anxieux du paraître, oubli complet de l'être Pas une des connaissances relatives à la conservatior t personnelle; presque rien de celles qui nous mettent à môme de gagner notre vie et qu'il faut bien apprendre plus tard, comme on peut; pour nous préparer à nos i voirs de chefs de famille, moins que rien ; pour nous éclain | rer sur nos devoirs de citoyens une masse de faits, la plupart sans portée et les autres sans clef qui les rende accessibles : tel est le tableau de notre éducation, mais en revanche, quelle attention et quelle diligence quand i s'agit des raffinements, delà politesse, du brillant de la vie ! Que la connaissance approfondie des langues vivante: ait un grand prix l puisqu'elle nous permet de lire les ori
1. 11 y a un chapitre bien remarquable de Locke intitulé « Le français est la première langue qu'on doit enseigner à un enfant qui sait parler sa langue maternelle. » (De l'éducation de l'enfant, § clxcvij. A noter aussi les réflexions du traducteur de Locke, Coste, dans sa préface ; il conseille également aux Français l'étude des langues vivantes, et ajoute les sages paroles dont après un siècle et demi, nous avons encore si peu profité : <. On devrait ap-
fa aux, de converser avec les étrangers, de visiter les ■très pays, el qu'elle nous achève pour ainsi dire, ce Ksi pas une raison suffisante pour l'acheter aux dopons [fuitres connaissances d'une importance vitale et primoriiale. Admettons qu'il soit démontré que l'éducation clasbue donne au style la correctif el l'élégance : l'élégance i la correction du Btyle ont-ell)es une importance compaûùe h la science qui nous donne les moyens de bien éleor nos enfants? Le goût se forme, je le veux, par la jcfture des poètes grecs el latins : en résulte-t-il qu'aider son goût soit chose aussi importante que de se faliliariser avec les lois de l'hygiène. Talents, beaux-arts, llles-lettres, toutes ces fleura, delà civilisation doivent rer leur vie e1 leur suc du sol même de la civilisation, 'est-à-dire d'une sérieuse instruction et d'une bonne beipline de l'esprit. Elles remplissent les loisirs de la ie : qu'elles n'occupent également que les loisirs de l'édu-
Voilà donc la question posée : nous avons fixé le rang el;i culture esthétique el nous avons établi que, si elle fait partie de l'éducation dès ses commencements» ce ne doit
iv qu'à titre subsidiaire ; reste à chercher quelles sont les (nnaissances qui servent le plus à la culture esthétique
conviennent le mieux à cette sphère nouvelle d'activité.
relie question, la réponse Bera la même qu'aux quesons précédentes : si étrange que cela puisse paraître, il 5$n est pas moins véritable que l'art le plus élevé, bous »utes ses formes, a pour l>ase et pour fondement la sience, ci qu'en dehors de la science, ni les productions l'artiste, ni le goût du critique ne sauraient atteindre
)eiTrction. La science, dan-- l'acception restreinte que
moi reçoit dans la société, n'a peut-être pas été l'objet es études de beaucoup d'arlisirs illustres, mais leurpc-
iquiM- 1rs enfant9, dès la première jeunes» de <1 * leur langue i
i n'esl plus beau ni plus nécessaire <i1"' de bien parler el de bien propre langue. Mais c'est à quoi Ion ne parviendra jamais si
MB n'en fait une étude particulière comme avaient fort bien compris les lc9 Romains «pii . Qts dans li !
iur y apprendre leur langue maternelle. »
HERBERT SPBNCER.
oétration d'observateurs et d'artistes les avait mis ei possession d'une fouir' de aéralisations empirique
qui constituent la première phase delà seienc plus souvent, ils u'onl pas atteint la perfection deleu art, une des causi précisément L'insuffisance i
L'inexactitude di énéralisations. Que La scienc
Le fondement nécessaire des arts, c'est une vérité qu'oi peut aisément établir par le seul raisonnement ; Les n'ont-ils pas pour mission de reproduire plus ou moin] fidèlement les phénomènes objectifs et subjectifs?1 Getfl reproduction ne sera-t-elle pas bonne ou mauvaise dan la mesure où elle sera en conformité avec les lois phénomènes, et cette conformité, l'artiste pourra-t-il l'obi' tenir sans la connaissance préalable de ces loi conclusion est parfaitement vérifiée par l'expérience, el c'est ce que nous allons montrer.
Les jeunes gens qui apprennent la statuaire doivent connaître l'anatomie des os et des muscles, savoir comf1 ment ils se distribuent dans le corps humain, quels s< leurs attaches et leurs mouvements. C'est de li ce f
et c'est une partie de la science qui leur est indispensable pour éviter bien des erreurs où tombent fatalement lei !' sculpteurs qui l'ignorent. Il faut aussi qu'ils connaissent les principes de la mécanique : c'est pour les ignorer qu« l'on commet si souvent les plus grossières méprises b Ainsi, pour qu'une statue se tienne debout, il faut que ha verticale qui passe parle centre de gravité, la ligne d< direction, comme on l'appelle, tombe dans le parallélo- 1-, gramme de sustentation; voilà pourquoi dans l'attituon du repos, quand une des jambes soutient le corps tand|l que l'autre reste souple, cette verticale qui passe par 1 1 centre de gravité tombe toujours sur la surface couv par le pied qui porte le corps. Mais, quand les sculpte ne sont pas familiarisés avec les lois de l'équilibre, représentent assez souvent cette attitude en faisant tom-{.
1. C'est-à-dire les objets du monde extérieur et les mouvements de notre hme.
tria ligne de direction entre les deux pieds. L ignorance lia loi du mouvement1 entraîne <l<*s bévues analogues, mo*m La statue admirée du Discobole ' qui, dans L'attitude ie lui ;i donnée le statuaire, tomberait inévitablement en Tant aussitôt qu'il lâcherait le disque. Dans La peinture, la nécessité des connaissances scien- Iques, sinon théoriques, du moins pratiques, esl encore us évidente. D'où vient que La peinture des Ghinois esl tttesque et choque toutes les lois de la vraisemblance, non de L'absurdité de leur perspective Linéaire et de ibsence totale de perspective aérienne8? Pourquoi les 'ss'ms d'un enfanl sont-ils si défectueux sinon parce qu'il manque aussi La vérité, vérité qu'il ne pourrait \ mettre l'en se pendant compte des différents aspects que prennent s objets selon les différentes conditions dans lesquelles j se présentent à notre regard? Vous n'avez qu'à vous ppeler ce qu'il faut de livres et de leçons pour instruire s élèves eu peinture, ou bien à méditer la critique d'art s Ruskin, ou bien encore à étudier les œuvres des primi-
f1 pour vous rendre compte de celle loi que le progrès i peinture implique une connaissance toujours plus parité de La nature dans la production de ses effets. La plus tentive observation, si elle n'est pas aidée par la science, basera la porte ouverte à l'erreur. Tout peintre conviena que, s'il ne savait pas d'avance quelles apparences
L'auteur distingue les conditions de l'équilibre à l'état de repos ou tique el les conditions de l'équilibre dans le mouvement, ou dynamique.
Le Discobole (lanceur de disques esl une statue de Myron.
La perspective, en général, est la sciences îles lignes el des couleurs "// cuirs. Les lignes parallèles au rayon visuel semt jer vers le
ai de l'horizon sur lequel se dirigent ims regards. Les unes s'abaisi, les autres s'élèvent, el t mtea vont se réunir a un poinl qui est à In iteur d^ nuire œil el qui se nomme le point de vue. D'autre part, à me- • que les objets B'éloignent, non Beulemenl ils se rapetissent, mais leurs ;les et leurs arêtes s'émoussent, les teintes ident, leur i rient
< vague el plus confus. Ces deux phénomènes — la convergence des lignes .■mies et La dégradation des couleurs — ont donné lieu en peinture à deux les de perspectives : la perspective linéaire et la perspective aéri >y. c.h. Blanc, Grammaire des arts du dessin, p. 503.)
On nomme primitifs les peintres de la le • qui furent les pré-
dés Léonard de Vinci el des Raphaël, par exemple, Qimabne, Giotto, in iv s Van Eyok de Bruges, etc. — Sir Job Ruskin est un u an-
's de notre siè-lo. — Les peintres anglais J. Lewis. Ros peu
mus hors de lt ur p .
doivenl pevêl ir le - objets dans des circoi onnéesJ
ces apparences lui échapperaient souvent; or, connaîtra©! les apparences que doivenl revêtir les objets, c'est, jusJv qu'à un certain point, posséder la science des apparences]» la perspective. Faute de science, M..I. Lewis, tout peintre]?1 ( jtact qu'il est, projette l'ombre d'une persienne en lign nettement accusées sur la muraille qui se tn i face J*
il n'eût pas commis cette faute s'il se fût bien rendu to compte du phénomène de la pénombre. Faute i ce,
M. Rosetti, ayanl remarqué certaines surfaces chevelues] fo irisées d'une façon particulière sous certains rayons de î lumière (phénomène produit par la diffraction de la lumière dans les cheveux, s'avise de représenter iriséeJ des surfaces où il est absolument impossibh qui le phénomène se produi.
Dire que la musique, elle aussi, a besoin du secoui la science, cela surprendra encore davantage. Pourla la musique n'a-t-elle pas pour but d'idéaliser le la naturel des émotions, et dès lors, n'est-elle pas bonne oi| d mauvaise en proportion de sa conformité avec les loice langage naturel? Les diverses inflexions de la voix lui maine exprimant les sentiments de l'homme selon leurre genre et leur intensité, voilà les germes de la inusiq.. Or, on peut démontrer que ces indexions et ces cadence] ne sont ni accidentelles ni arbitraires, mais qu'elles s< produites et réglées par certaines lois générales de l'acti-|la vite vitale d'où dérive justement leur puissance exprès sive. Il s'ensuit que les phrases musicales et les mélodie qui se composent de ces inflexions et de ces cadences n seront vraiment expressives que par leur harmonie ave ces lois générales. Il n'est pas facile de donner ici desj \\ exemples à l'appui de cette opinion. Peut-être suffîra-tde signaler ce torrent de romances sans valeur qui ino dent nos salons, sorte de compositions musicales d'où 1 science est complètement absente. La science les con
1. Sur la musique, son origine et sa fonction, consullez un dès intére sant Essai de M. H. Spencer (Essais sur le Progrès, trad. A. Burdea Essai xii).
damne pour deux raisons : elles tentent de donner une expression musicale à des idées qui n'onl rien d'émotionnel, rien que la musique puisse exprimer1 ; elles niellent en œuvre certaines phrases nuisit aies qui, les idées exprimées Pussent-elles émotionnelles, n'ont pas la moindre relation naturelle avec ces idées. Cette musique est donc mauvaise parce qu'elle n'est point vraie et elle est hors de la. vérité parce qu'elle est hors de la science.
En poésie, même remarque : comme la musique, La poésie prend sa source dans ces modes naturels d'expression qui traduisent les profondes émotions*. Langage rythmé, métaphores hardies et nombreuses, fortes hyperboles, violentes inversions, tout cela n'est que l'exagération des formes du discours passionné. Par conséquent, la bonne poésie doit tenir compte des lois de l'action nerveuse auxquelles le discours passionné obéit. En lui donnant pins d'intensité et en combinant les traits essentiels, il faut qu'elle observe la loi de proportion, qu'elle se garde d'employer sans savoir se borner les moyens dont elle dispose: Les idées moins émotionnelles demandent une expression moins poétique; la chaleur du sentiment permet de recouriraux formes poétiques, mais progressivement pour n'arriver à les déployer tout entières qu'au pins haut point de L'émotion et de La passion. Qui viole celte Loi n'esl qu'un poète ampoulé et un rimailleur. Un genre ou on ne la respecte pas assez, c'est la poésie didactique. Rarement pousse-t-on cette obéissance jusqu'au scrupule : aussi que de poésie anti-poétique!
Que l'artiste, quelque soit son art, ne puisse produire mie œuvre vraie sans connaître les lois des phénomènes qu'il a dessein d'exprimer, voilà qui est établi; mais il y a pins, car il doit encore connaître l'âme de L'auditeur ou du spectateur de son œuvre puni' se rendre compte de l'effet que produisent les différentes parties de celle œuvre.
1. Beaumarchais a dit spirituellement: « Aujourd'hui, ce qui ne vaut pas la peine d'être «lit, on U> chante. »
i!. On lira avec plaisir et profil V Essai que M. il. Spencei a i la
Philosophie du style dans l'ouvrage cité précédemment.
C'est ici une question de psychologie : l'impression pro duite par une œuvre d'ari dépend évidemmenl de l'étal d'espril fie, ceux h qui elle s'adresse; et, comme tous lesP esprits ont des caractères communs, il en résulte des principes correspondants qui doivent servir de l'artiste1. Ces principes ne sauraienl être bien compris bien appliqués que si l'artiste saisit nettemenl leur rapport avec l'esprit humain lui-même. Qu'appelle-t-on un tableau bien composé? un tableau qui suscite sûrement dans l'âme du spectateur telles idées el tels sentimi Qu'appelle-t-on un drame bien charpenté? un drame qui présente des situations et une suite de scènes en parfail rapport avec la puissance d'attention du spectateur, en parfait accord avec sa capacité d'être ému et remué. Semblablement, dans le plan et dans les principales divisi d'un poème ou d'un récit, dans la combinaison des mots d'une simple proposition, l'effet dépend de l'habileté qu'on a de ménager les forces mentales et la capacité intellectuelle du lecteur. Chaque artiste, par son éducation et son expérience de la vie, fait provision d'un nombre plus ou moins grand de maximes qui sont la lumière de sa pratique. Remontez à la source de ces maximes, vous la trouverez invariablement dans les principes de la psychologie. Lorsque les artistes connaîtront bien ces principes et leurs divers corollaires, alors seulement ils pourront produire des œuvres en parfaite harmonie avec la science psychologique.
Loin de nous la pensée que la science à elle toute seule puisse faire un artiste. Nous soutenons que la connaissance des lois du monde et des lois de l'esprit lui est nécessaire, mais non qu'elle soit suffisante et puisse suppléer les dons naturels. On naît artiste comme on naît poète : on ne devient ni l'un ni l'autre2. Ce que nous af-
1. On peut appliquer à tous les arts ce que Platon a dit de l'éloquence : c'est une attraction des âmes, et. pour agir sur les âmes de ses semblables, il faut les connaître par une psychologie spontanée ou scientifique. (V. lePhèdre .
2. Allusion à la maxime des anciens : « Nascuntur poetse, fiant oratores. on naît poète, on devient oraleur. »
I/KDUCATION. 57
formons, c'est que les facultés naturelles e1 innées ne peuvent tenir lieu de L'ensemble <lrs vérités scientifiques. L'intuition est beaucoup, mais elle n'est pas tout* et ce h'esl qu'eu se mariant à La science que le génie peut aleindre les plus hauts sommets.
Et La science, comme nous l'avons déjà dit, n'est pas seulement nécessaire à l'artiste pour produire, elle est >ncore indispensable au critique pour guider ses apprédations. Pourquoi l'homme fail est-i] plus habile que 'enfant à saisir Les beautés d'un tableau? parce qu'il conîaîi mieux les réalités de la nature et de la. vie que la >einture reproduit. Pourquoi l'homme instruit et cultivé rouve-t-il dans la Lecture d'un beau poème des plaisirs me ne soupçonne pas l'homme ignorant et grossier? parce m'a la lumière de sa connaissance étendue des hommes >l des choses, il y voil ce que L'autre n'\ saurail voir. Si loue il faut être familiarisé avec les choses représentées huit bien apprécier Leur représentation, on n'en jouira ileinemenl et on n'en jugera sûrement que si l'on connaît pleinement aussi les choses représentées. Voici la règle : oute vérité additionnelle exprimée et penne dans une euvre d'art procure un plaisir additionnel à l'esprit qui la intemple, plaisir qui échappe entièrement à qui ne sait >ns percevoir celle vérité. Plus L'artiste eml rime
ileinemeni de réalités, plus il met de facultés en jeu, plus I suggère d'idées, [tins ii augmente notre plaisir. Mais but sentir ce surcroît de plaisir, que von specta-
eur, auditeur ou lecteur, il faut que vous connais ijalités représentées, et cette connaissance préalable, c'esl précisément la scie]
Maintenant n'oublions pas un autre fait de grande porée : non seulement la science est un élément essentiel de I sculpture, delà peinture, de In musique, delà poi .nais encore la science, elle aussi, est poésie. L'opinion Wmale qui oppose la science et la poésie esl une illusion. nuis doute il est vrai qu'à titre d'états de conscience la lènnaissance et L'émotion tendent à s'exclure mutuellelent. Sans doute il est vrai encore qu'une tension extrême
HERBERT BPB
des facultés de réflexion tend à amortir les sentiments comme un développemenl exagéré de la sensibilité tend à détruire La réflexion : dans ce -i parfaitemenl
exacl qu'il > a antagonisme entre les divers modes de notre activité. Mais ee qui a'esl pas vrai, c'esl <j;- i euxmêmesles faits scientifiques soient dénués de poésie ou que La culture scientifique émousse L'imagination i i altère l'instinct du beau. G'esl le contraire quiesl vrai : derrière le rideau qui les cache h L'ignorant, la science étale à yeux des mondes de poésie. Constamment, Les savants plongés dans leurs recherches se montrent aussi éj plus épris que les autres hommes de la poésie de leur sujet. Quiconque ouvrira les livres de Hugh .Miller sur la Géologie, ou lira les Etudes des côd in. me- de
M. Lewes1, sentira que la science fait jaillir, loin de la refouler, la source de la poésie, il suffit de connaître la vie de Goethe2 pour être persuadé que dans le même homme et au môme degré, le poète et le savant, loin de se nui peuvent exister ensemble. Ce serait vraiment une grande* absurdité et un étrange blasphème que de soutenir que plus on étudie la nature, moins on la révère ! Une goutté d'eau, pour le vulgaire, n'est qu'une goutte d'eau ; croyezvous donc qu'elle perde quelque chose, aux yeux du physicien, parce qu'il sait que la force qui tient unis ses élé ments, si elle se dégageait subitement, produirait ui éclair? Croyez-vous qu'un simple flocon déneige, qui n'éveille aucune idée dans l'esprit du profane vulgaire, n'en» suscite pas de fort élevées dans l'âme du savant qui a étudié au microscope les formes si variées, si élégantes si merveilleuses de ses cristaux? Croyez-vous que ce roc arrondi, strié de déchirures parallèles, évoque autant de poésie dans l'âme de l'ignorant que dans l'âme du géologue
1. Miller et Lewes sont deux naturalistes éminents de l'Angleterre. Il s'agit ici de l'ouvrage de Lewes intitulé Sea-side Studies. Hugh Miller est écossais et s'est fait surtout connaître par ses recherches sur le vieux grès rouge (olc grey sandstone).
2. Voy. le beau livre de M. E. Caro sur La philosophie de Goethe.
qui se souvient que sur ce FOC ', il y a un million d'années, glissait un glacier? A parler vrai, quiconque n'a point pénétré dans le domaine de la science a les yeux irrémédiablement fermés à toute la poésie qui L'entoure. Celui qui n'a pas, dans sa jeunesse, collectionné «les insectes et des plantes ne connaît qu'à demi la poésie «les haies et des prairies. Celui qui n'a pas déterré des fossiles ne se doute guère dv> idées poétiques qu'évoquent les endroits qui recèlent ces trésors. Celui qui, dans ses promenades au bord de la mer, n'a pas emporté un microscope et un aquarium n'a pas encore savouré toutes les délices des côtes maritimes. Triste vérité! les nommes s'occupent de niaiseries et de trivialités ei restent indifférents aux pins magnifiques phénomènes; ils se soucient médiocremenl de l'architecture de l'univers, mais ils prennent un vif intérêt à de misérables controverses sur les intrigues de Marie Stuart, reine d'Ecosse; ils épluchent savamment une ode grecque et ne daignent pas faire l'honneur d'un regard à cette vaste épopée que le doigt de Dieu a gravée sur les couches de notre globel
En résumé, dans la dernière division de L'activité humaine, nous trouvons, comme dans toutes les autres, que la culture scientifique est la véritable préparation. Nous voyons que l'esthétique en général a pour base nécessaire les principes scientifiques et qu'elle ne peut atteindre son but que par la connaissance de ces principes-. Nous voyons que, pour être un bon critique et bien juger des œuvres d'art, il faut connaître la nature, autrement dit, posséder La science. Et nous voyons enfin que, si la science est la servante de l'art et delà poésie sous Loutes leurs formes, elle est aussi par elle-même poétique.
1. Blocs erratiques transportés bien loin de leur lieu d'origine par d'aï glaciers,