I. Coi île note ii'' Rousseau : Quand on lit dans Plutarqi
Caton le Censeur, nui gouverna Konie avec Lan! d< gloire, éleva lui-même fils dès le berceau, <•! avec un tel Boin qu'il quittait tout pour être i quand la nourrice, : • la mère, le remuait om le lavait; quand on
lit dans Suétone qu'Auguste, maître «lu monde qu'il avait conquis et qu'il
— .ut lui-même, enseignait lui-même à ses petits-ûls à écrire, a n élémi nis des scien :es, <'i qu'il les avait sans cesse autour de lui. on oe peu! ipècher de rire des petites bonnes gens de ce temps-là qui s'amusaient de illes niaiseries ; trop I iir vaquer aux grai
affaires des grands hommes « I « nés juin
■J. Jean-Paul Richter Ion «lit Bouvent vain
allemand, m- en I7i>:5 a wunsiedel en Franconie, mort en lx^>. il est célèbre comme moraliste nu plutôt comme humoriste. Il a écrit '"i 1807 Le ana <>u -..- sur l'é lucali
tion, voici -à peu près le plan que vous obtiendrez: Première heure :« Ce que nous devons enseignera Venfant, ■> ses maîtres et moi, e'est la pure et < igide morale. » Deuxième heure : « Non, e'est >nir morale m une
» morale d'intérêt bien entendu. » Troisième heure : « » voyez-vous pas que c'est ainsi que fait votre père? Quatrième heure: « Vous êtes trop petit, cela ne • » qu'aux grandes personnes. Cinquième heure : « La » grande affaire pour vous, c'est de réussir dans la ■ » c'est de devenir' quelque chose dans VEtat. » Sixième heure: « Cène sont point les choses terrestn ?, mais /• i » biens éternels qui font la valeur de Vhomme. ■• Septième heure .-a Sachez donc supporter Vinjustice avec » calme et résignation. » Huitième heure : « Surtout » défendez-vous bravement si Von vous attaque. » Neuvième heure: « Mon petit ami, ne faites donc pas tant de » bruit. » Dixième heure : « Est-ce qu'un petit garçon » doit rester immobile comme cela? » Onzième heure : « Il faut mieux obéir à vos parents. » Douzième heure : « // faut s'instruire par soi-même. » Ainsi changent d'heure en heure les principes, et il le faut bien, pour dissimuler ce qu'ils ont d'étroit et d'insoutenable. Voilà le père ; quant à sa femme, elle ne ressemble ni à lui ni à elle-même, ni même à Arlequin qui entrait en scène avec une liasse de papiers sous chaque bras. « Que portez-vous sous le bras droit? lui demanda- 1- on . — Des ordres. — Et sous le bras gauche? — Des contre-ordres. » On ne pourrait la comparer qu'à un géant Briarée portant des liasses de papiers sous chacun de ses cent bras !
Cet état de choses n'est pas près de changer. Il ne faut pas espérer d'amélioration importante avant plusieurs générations. Les systèmes d'éducation sont, comme les constitutions politiques, les produits non d'une création de toutes pièces, mais d'une lente évolution dont les progrès invisibles ne sont pas appréciables dans les courtes périodes de temps. Si lentes que soient ces améliorations, elles n'ont lieu qu'à certaines conditions dont l'étude raisonnée est précisément un moyen efficace de progrès.
Nous ne sommes pas <lr ceux qui croienl au dogme de lord Palmerston, que c< tous Les enfants sont nés bons». Bomme toute, le dogme contraire, si insoutenable qu'il soit, nousparaîl encore moins éloigné de la vérité1. Nous be croyons pas davantage qu'une bonne éducation puisse amener les enfants à être absolument ce qu'ils devraienl être. Au contraire, nous sommes convaincu que, si l'on peut atténuer les imperfections naturelles, on nepeul pas les extirper entièrement. Cette opinion qu'une bonne éducation réaliserait l'homme parfait, idéal, èsl assez semblable à cellequi fait le fond des poèmes de Shelley * : si L'humanité aboÛssail ses anciennes institutions, répudiait ses vieux préjugés, tous les maux de te monde disparaîtraient comme par enchantement. Qfaut n'avoir jamais étudié de sang-froid et sans passion Les choses humaines pour donner dans ces utopies.
Ce n'est pas une raison pour refuser sa sympathie aux enthousiastes qui se bercenl de ces espérances. L'enthousiasme, même poussé jusqu'au fanatisme, est une puissante force d'impulsion : peut-être est il indispensable. Est-ce que le politicien ardent et convaincu supporterait toutes les fatigues, courrait au-devant de tous les sacrifices s'il ne voyait dans La réforme dont il se fait l'infatigable champion le salut du pays? C'est La profonde conviction de L'influent fatale des Liqueurs fortesqui t'ait
I. Pour réfuter l'un et l'autre dogme il suffirait d'invoquer la loi d'hét la preuve que l'enfant ne naît m absolument bon al absolument mauvais, c que ses parents et sessions c'étaient ni absolument bons ni absolument mauvais. 11 apporte «'ii naissant les germes de toutes les passions et de lout< vertus. Comparez J.-J. Rousseau Prenez pour maxime incontestable que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits , il n'y a point de i-orsil»' originelle dan- le cœur bumain : il nr s'y trouve pas un bcuI vice «liuii on ne puisse dire par où el comment il est entré. (Emile, liv. II.)
-i. Shelley, poète anglais né en 1792 h Wornta »rl i :i 1828
après iin«' courte mais très brillante carrière d'écrivain. C'est probablement au poème de la Reine Mab que M. Spencer fait ici allusion: il fut pamné en - comme immoral.
qu'un membre convaincu de la société de tempérance donne Lan! de peine et de mouvement. En philanthropie comme en tout, la division du travail est un merveilleux moyen de perfectionnement, et, pour qu'il 5 ait division du travail, il faut que chaque philanthrope subordonne tout le reste à s;i lâche individuelle, qu'il ;iif dans son œuvre une foi exagérée h sans limites. Ainsi, ce D'est l»;is une si mauvaise chose que de regarder, comm< font certaines gens, L'éducation intellectuelle et morale comme une panacée 2 : cette attente des plus brillants résultats soutient leur courage, et c'est une marque de l'indulgente bonté de la nature que rien ne puisse ébranler leur confiance.
Mais il faut en convenir : fùt-il vrai qu'on puisse, pai un système d'éducation à déterminer, modeler L'enfant sur l'idéal que nous concevons; eût-on la certitude que tous les parents accepteraient ce merveilleux système, nous serions encore loin de compte. On ne songe pas à une grave objection : pour appliquer un tel système, il faudrait des hommes doués d'une intelligence, d'une bonté, d'un empire sur eux-mêmes qui ne se rencontrent jamais. L'erreur de ceux qui s'occupent des questions d'éducation domestique est d'imputer aux enfants toutes les fautes toutes les difficultés ; les parents sont impeccables. On se comporte avec les autorités de la famille comme avec les autorités du pays : les gouvernants passent pour être les modèles de toutes les vertus, les gouvernés pour être les réceptacles de tous les vices. A en juger par les théories d'éducation, hommes et femmes seraient radicalement changés et transfigurés dès qu'on les envisage en tant que | pères et mères. Les gens avec qui nous avons des relations commerciales, les personnes que nous rencontrons
1. Un teetot aller dit le texte, un partisan de l'abstinence totale. Cette désignation vient de t-t-total abstainer, expression d'un partisan de la tempérance absolue qui, étant bègue, prononçait ainsi dans un meeting. On en rit et le mot resta : teetotalism, abstinence totale des liqueurs fortes ; teetotaller, partisan de cette abstinence.
2. Un remède universel. La panacée était un mélange de toutes sortes de remèdes et on lui attribuait conséquemment le pouvoir de guérir toulessortes de maladies.
dans Le monde Boni des créatures forl imparfaites, nous le savons. Nous avons sans cesse sous les yeux force scandales, force brouilles entre amis, force banqueroutes, force procès; la police ne nous laisse pas ignorer qu'il y a de par le monde bien des égoïstes, bien des fripons, bien des brutes. Eh bien! aussitôl qu'il s'agit de L'éducation des petits enfants et de la direction des jeunes gens, il est convenu, accepté, reconnu que tous ces gens suspects ne sauraient faillir, ni donnée une mauvaise direction morale à leurs lils et à leurs filles! Quelle erreur! pour notre compte, nous n'hésitons pas, au contraire, à imputer aux parents une grande pari des maux qui se produisent dans la l'a mille et qu'on esi convenu d'attribuer à la perversité des enfants. .Nous ne dirons pas qu'il en soit ainsi chez les personnes bienveillantes el maîtresses d'elles-mêmes, c'est-à-dire, sans aucun doute, riiez la grande majorité de nos lecteurs : nous parlons de La généralité des pères
et des nièces. (Juelle sni'le de culture morale peut donner
une mère mii secoue rudement son enfant quand il ne veut pas téter, brutalité que nous axons vue de m. s propres yeux? Quel sentimenl de justice un père pourra-t-il inculquer à son lils quand, celui-ci ayanl le doigt pris dans une porte, il commence par le lancer et le battre au lieu
de le délivrer1? Le t'ait nous a été affirmé par un témoin
oculaire. Voici un exemple plus fort encore et qui non- a
été attesté aussi par un témoin : un entant est rapporté à
la maison avec une jambe cassée, et OU l'accueille par des
coups! Quel espoir d'éducation morale peut-on concevoir pourcel enfant? Ce sont là, il est vrai, ^\c> cas exceptionnels et qui éclairent d'un jour enrayant des instincts de brute prête à détruire de pau\ res petits êtres malades ou blessés. Aceplionnels qu'ils puissent paraître, ils sonl l\ piques
et font bien comprendre ce qui se passe dans mainte famille. Qui n'a vu trop souvent une bonne ou des parents
1. Cela rappelle la fable de La Fontaine : l'Enfant el le Maitn
■■ Cil ! mou ami, in a moi "lu «la:. Ta foras après ta harangue. •
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frapper un petit enfanl parce qu'il eef maussade, alors qu'il n'est maussade que par suite d'une mauvaise santé ' Qui n'a entendu une mère traiter son enfant de sot, de stupide, parce que le pauvre petil s'est laissé tomber: le tou aigre, furieux de sa roix présage pour l'avenir des réprimandes sans fin ni trêve. Et le ton dur, irrité d'un père, qui ordonne à son (iis de air tranquille ne
montre-t-il pas qu'il n'entre pas du tout dan- sa man de sentir ' ? Que dire de celle manie de toujours contrarier les enfants? lis adorent le mouvement, l'immobilité leur est un supplice qui agace leurs nerfs : il faut s asseoir et se tenir coi! Ils voudraient bien regarder par les portiè du wagon, c'est un grand chagrin pour eux de les priver du spectacle de la campagne qui se déroule : la ni pis pour leur curiosité, l'immobilité est de règle* 1 Ces défera perpétuelles ne sont-elles pas l'indice d'un terrible manque de sympathie? Il est donc certain que les difficultés de l'éducation morale ont nécessairement une double origine : elles proviennent des défauts combinés des parents el des enfants. Que la transmission héréditaire soit une loi de la nature, tous les naturalistes le savent, l'expérience de chaque jour le prouve, les proverbes de tous les peuples le constatent3 : dès lors, les défauts des enfants sont généralement le reflet des défauts des parents, et, si nous disons généralement, c'est pour faire une réserve relative aux complications produites par certains traits hérités quel-