‹ L'éducationChapitre 22 sur 38 · En fran.-uis clans le lefcte · texte numérisé non relu

En fran.-uis clans le lefcte

demandez-vous si vous avez assez de fermeté; el l'ordre, une lois donné, exigez L'obéissance à loul prix. Que les sanctions de vos lois soient semblables au* sanctions de la nature, c'estrà-dire Inévitables. La cendre chaude brûle l'enfanl La première fois qu'il j touche; la seconde fois, elle le brûle encore ; elle le brûlera une troisième fois et toutes les Fois qu'il y touchera : aussi apprend-il h ne plus toucher h la cendre chaude. Soyez, von- aussi, d'accord avec vous-même ; ayez soin que les mêmes actes entraînent toujours uniformémenl les mêmes conséquent et bientôt l'enfant respectera vos lois à l'égal de celle- de la nature. Ce respect, une fois bien assuré, préviendra un nombre infini de fautes. De toutes les erreurs que L'on peut commettre en matière d'éducation, une des pins graves est d'être inconséquent avec soi-même. On constate que les crimes se multiplient quand la société n*a pas de bons juges el une justice sûre; on constate aussi que dans la famille rien n'est plus propre à multiplier les désordres que l'hésitation et l'irrégularité des punitions. Une mère faible qui menace toujours et punit rarement, qui fait des lois à la légère et les regrette ensuite, qui montre pour la même faute tantôt de la sévérité, tantôt de l'indulgence, selon son humeur du moment, une pareille mère se prépare toutes sortes de misères, pour elle et pour ses enfants. Elle se rend méprisable à leurs yeux : elle leur donne le pire des exemples, l'impuissance à se dominer; elle les encourage à fouler aux pieds ses ordres impunément ; elle se prépare une suite sans fin d'amers regrets au grand préjudice de son propre caractère et de celui de ses enfants; elle réduit leurs âmes à un chaos moral où de longues années et de cruelles expériences pourront à peine ramener un peu d'ordre. Mieux vaudrait mille fois un gouvernement domestique barbare, mais conséquent avec luimême, qu'une autorité plus humaine mais inconsistante et incohérente. Nous le répétons, évitez autant que possible les mesures coercitives, mais, s'il faut réellement sévir, soyez despote tout à votre aise. Ne perdez jamais de vue le but de l'éducation que vous

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entreprenez, qui est d'apprendre à votre élève kae gouverner lui-même, non à se laisser gouverner }»ir autrui* Si vos enfants étaient destinée à vivre esclaves, c'est à l'esclavage qu'il faudrait s'efforcer de les dresser, mais il n'en est rien. Bientôt ils jouiront aussi de leur dignité d'hommes libres, bientôl ils seront livrés a eux-mêmes et n'auront plus personne pour contrôler leur conduite de chaque jour; habituez-les donc à la contrôler eux-mêmes pendant qu'ils sont encore sous vos yeux. Voilà pourquoi le système d'éducation fondé sur les conséquences naturelles est si bien approprié à l'état social auquel notre Angleterre est arrivée. A l'époque Féodale, un des plus grands malheurs que le citoyen eût à redouter, c'était la colère de ses supérieurs : il fallait donc, pendant l'enfance, l'habituel' à craindre la colère paternelle; c'était le moyen

par excellence de gouvernement. Mais aujourd'hui que le

citoyen n'a presque rien à craindre de personne, aujourd'hui que le bien et le mal qui lui arrivent ne sont que les conséquences de sm propre conduite, il doit apprendre par son expérience propre et dès les premières-années quelles sont les conséquences bonnes ou mauvaises qui dérivent de telle ou telle conduite. Ayez donc soin de donner le moins possible au gouvernement des parents et de lui substituer le plus possible le gouvernement personnel fondé Bur la prévision des conséquences. Tant que dure la première enfance, le gouvernement absolu est nécessaire dans une large mesure : il est évident qu'un enfant de trois ans ne peut être abandonné à la discipline des conséquences s'il lui arrive déjouer avec un rasoir ouvert, car les conséquences seraient graves et dangereuses'; Mais, au fur et à mesure des progrès de l'intelligence, il

I. Couv qui ont abusé, contré la théorie '1'" M. Spencer, de la réfutation par ['absurde on) donc commis une double Faute: l* cette réfutation est ellemême absurde en matière d'éducation, puisque, oel art étant fait, de mesure ri de tempérament, toul précepte pourrait être* réfuté de cette manière el poussé .in paradoxe insoutenable ; -' les auteurs <l<' ces trop faciles réfutalions auraient dri si> rappeler que M. Spencer avait lui-même prévenu les interprétations indiscrètes de sa théorie el montré qu'elle n'esl juste qu'autant qu'on la restreinl a ses Limites naturelles ; c'est une question de mesure, do lai-i, df délicatesse, non d'ergoterie et <le subtile logique.

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faut, autant qu'il se peut, diminuer le nombre des cas où vous avez à intervenir avec autorité; peu ft peu, à mesure que viennent la maturité et la raison, il faudra tacher de ne plus intervenir du tout. Toutes les transitions sont dangereuses :1a plus dangereuse de toute-, c'esf le brusque passage de la contrainte de la maison paternelle à la liberté de la société. De là l'importance de la ligne de conduite que nous préconisons : habituer le jeune homme à se gouverner lui-même; augmenter graduellement sa liberté et son autonomie ; l'amener pas à pas à se contrôler lui-même, sans aide extérieure, et à franchir sans danger ce passage ordinairement dangereux et semé d'écueils, du gouvernement d'autrui au gouvernement exclusif de soi-même. Que l'histoire de la législation domestique reproduise en petit l'histoire de notre législation politique : au début, gouvernement autocratique quand l'autocratie était, en effet, nécessaire; bientôt après, gouvernement constitutionnel encore rudimentaire, c'est-à-dire exercice de certaines libertés reconnues; enfin, extension progressive de la liberté du citoyen, jusqu'à complète abdication de l'autorité royale.

Si votre enfant montre de la volonté, du caractère, gardez-vous de vous en affliger. Cette disposition est en corrélation avec la tendance, si visible dans l'éducation moderne, à se relâcher des moyens coercilifs. D'un côté, une tendance plus forte à affirmer la liberté individuelle; de l'autre, une propension moins marquée à pousser l'autorité jusqu'à la tyrannie. Ces deux faits prouvent qu'on se rapproche de plus en plus du système d'éducation que nous défendons et qui consiste à laisser de plus en plus les enfants se diriger eux-mêmes sous le contrôle des conséquences naturelles de leurs actions ; ces deux faits sont aussi des conséquences d'un état social de plus en plus parfait. L'enfant anglais indépendant sera le père du citoyen anglais indépendant de demain : vous ne pouvez pas avoir l'un sans l'autre. Les maîtres allemands disent qu'ils aiment mieux avoir à diriger douze de leurs congénères qu'un seul Anglais. Eh bien ! souhaiterons-nous

à nos enfants La docilité allemande pour qu'ils courbent la tête sous un régime d'asservissement politique comme

les Allemands? Vannerons-nous pas mieux cent fois lolérer chez nos enfants cette fierté de sentiments qui caractérise l'homme libre, et n'aurons-nous pas raison de modifier en conséquence nos méthodes d'éducation?

Enfin, n'oubliez jamais que la tâche de bien élever un enfant n'est pas du tout simple et facile, mais complexe et extrêmement difficile : c'est la plus rude tâche qui soit dévolue à la vie adulte. Certes, la manière grossière dont on pratique le gouvernement domestique est à la portée des intelligences les plus inférieures. Les coups et les gros mots sont des moyens qui s'offrent d'eux-mêmes au plus inculte des barbares et au plus stupide des paysans. Les brutes elles-mêmes sont à la hauteur d'uni1 pareille discipline : on peut s'en convaincre en observant les grognements, les coups de dents qu'une chienne donne à ses petits trop exigeants. Mais, si vous voulez appliquer avec succès un système rationnel et civilisé, il faut vous préparer à un travail d'esprit considérable; il vous faut des études, des dispositions naturelles, de la patience, de l'empire sur vous-mêmes. Vous aurez à chaque instant à résoudre ce problème : quelles sont, dans la vie adulte, les conséquences de tels ou tels actes et Comment faire pour que, dans la vie de l'enfant, les actes analogues produisent les mêmes conséquences? Vous aurez tous les jours à analyser les motifs de la conduite de votre élève, à distinguer les actions vraiment bonnes et celles qui ne le sont qu'en apparence et n'ont pour mobiles que des sentiments d'ordre inférieur; réciproquement, vous aurez soin de vous tenir en garde contre cette méprise cruelle que l'on commet souvent et qui consiste à transformer en fautes morales des actes absolument indifférents, en leur attribuant des motifs imaginaires. Vous aurez aussi à modifier plus ou moins votre méthode afin delà faire concorder avec lt -s dispositions particulières de chaque enfant, et à vous tenir prêt à v apporter toutes les transformations que les changements

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successifs de ces dispositions réclameront . Quelle fermeté de caractère ne vous faudra-t-il pas pour persévérer dans votre méthode, lors même que les résultats espéré* feraient attendre ou seraient à peine appréciables 1 Surtout, armez-vous <l<i patience si les enfants que vous dirigez oui été déjà gâtés par une méthode défectueuse : il est évident que la vôtre ne donnera pas immédiatement de bons résultats, el il est naturel que la difficulté déjà si grande soit encore doublée par cette circonstance que l'esprit de vos élèves a pris un mauvais pli et une mauvaise direction. Vous devez, avons-nous dit, analyser les moi ifs de la conduite de votre élève : cela ne suffit pas, il faut encore analyser les motifs de votre propre conduite, discerner soigneusement des sugg lions de votre sincère sollicitude paternelle les suggestions de l'égoïsme, de la paresse, de l'esprit de domination, puis, ce qui est plus difficile encore, vaincre et déraciner en vous ces impulsions reconnues mauvaises et pernicieuses. Bref, vous devez faire votre propre' éducation et réformer votre caractère en faisant l'éducation de votre enfant. Au point de vue intellectuel, vous avez cà approfondir le plus complexe de tous les sujets d'étude, la nature humaine et ses lois, telles qu'elles se manifestent chez les enfants, en vous-mêmes et sur la scène du monde. Au point de vue moral, vous avez sans cesse à faire appel à vos sentiments les plus élevés et à réprimer les autres. C'est une vérité qu'on n'a pas encore reconnue et mise en pleine lumière : pour l'homme et pour la femme le progrès ne peut être complètement réalisé, la plus haute perfection ne peut être atteinte que par l'accomplissement des devoirs paternels et maternels. Quand cette haute vérité sera comprise et reconnue, on sentira tout ce qu'il y a d'admirable dans cette loi de nature qui pousse l'être humain, par ses affections les plus puissantes, à se soumettre à une discipline qu'aucun autre motif n'eût été assez fort pour lui imposer.

Quelques-unâ n'accueilleront, sans doute, notre con-

ception de l'éducation qu'avec scepticisme et découragement, mais les autres verront, nous l' espérons, dans l'idéal élevé qu'elle propose, la preuve évidente de sa vérité. Qu'elle ne puisse être réalisée par des gens à courte vue, esclaves de leurs impulsions, dénués de sympathies profondes; qu'elle exige les plus hautes facultés de la nature humaine, c'est ce qui prouve précisément qu'elle est en harmonie avec les phases les plus élevées du développement de l'humanité. Elle demande beaucoup de travail, beaucoup de dévouement, mais elle promet en revanche une ample moisson de bonheur immédial et de bonheur à venir. Les mauvais systèmes d'éducation sont <\r* fléaux pour les parents et pour les enfants : un bon système est un double et inappréciable bienfait et pour les enfants et pour les éducateurs.

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