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CHAPITRE IV

Éducation physique.

SOMMAIRE

I. Importance de l'éducation physique si négligée des parents.

II. De l'alimentation : deux excès opposés ; nécessité d'un régime substantiel et varié.

III. Du vêtement: folie de la mode qui consiste à vêtir trop légèrement les enfants.

IV. Exercice corporel : il est très insuffisant chez les jeunes filles; le jeu est préférable à la gymnastique.

V. Conséquences désastreuses de l'abus du travail intellectuel : dégénérescence et infériorité dans la lutte pour la vie.

VI. Conclusion : culture parallèle du physique et du moral ; avantages de la vigueur et de la santé.

À la table du squire*, après que les dames se sont retirées, à l'auberge un jour de foire, entre fermiers, au cabaret du village, le dimanche, quel est le sujet qui, après la question politique du jour, excite l'intérêt le plus général? c'est l'élevage des animaux. Au retour d'une partie de chasse, la conversation roule ordinairement sur la nourriture des chevaux, les croisements, les incidents des courses ; une chasse à tire dans les marais ne peut guère finir sans qu'on ait dit un mot sur le dressage des chiens.

I. C'est-à-dire du gentilhomme campagnard, du propriétaire à lu campagne.

Deux fermiers voisins, traversant ensenil)le leurs champs au retour de l'église, passenl volontiers des critiques sur le sermon aux remarques but le temps, les récoltes el le bétail, pour en venir à discuter 1rs qualités nutritives des différentes sortes de fourrage. Hodge et Giles, qui se sont communiqué leurs observations sur leurs porcheries respectives, moulrent, par leurs remarques, le soin qu'ils ont pris du troupeau de leur maître el l'attention scrupuleuse qu'ils Ont donnée aux effets produits par tel ou tel procédé d'engraissement. Et ce n'est pas seulement chez les populations rurales que le règlement du chenil, de retable, de l'écurie et de la bergerie est un sujet favori. Dans les villes aussi, les nombreux artisans qui ont dc^ chiens, les jeunes gens quisont assez riches pour donner satisfaction de temps en temps à leur goût pour les exercices du sport, etleursaînés plus sérieux qui parlent des progrès de l'agriculture, lisent les rapports annuels de M. Mechiet les lettres de M. Gaird au Fîmes, forment, si Ton veut bien les compter, une bonne partie de la population. Passez en revue la population masculine du royaume, vous trouverez une forte majorité pour s'intéresser à la nourrituret à l'élevage ou au dressage des animaux d'une espèce ou d'une autre.

Mais, qui donc, entre la poire et le fromage, ou bien dans des occasions analogues, a jamais entendu parler de l'élevage des enfants? Quand le gentilhomme campagnard a rendu sa visite quotidienne à l'écurie et vérifié en personne l'état et le traitement de ses chevaux, quand il a jeté un coup d'œil sur sa basse-cour et fait ses recommandations SUT ce sujet, combien de fois monte-t-il dans la chambre des enfants s'informer de leur régime, des heures de leurs repas et de l'aération de la pièce où ils vivent ? Sur les rayons de sa bibliothèque, on rencontrerait VArt vétéinnaire de White, le Livre de la ferme de Stephen, le Traité de la chasse de Nemrod; et il est plus ou moins familier avec le contenu de ces livres; mais combien en a-t il lu sur l'art d'élever les nourrissons et les enfants plus (âgés? Les propriétés nutritives du tour-

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leau, la valeur relative du foin el de la paille hachée, les dangers de l'abus du trèfle, sont des points sur Lesquels tout propriétaire, fermier el paysan i quelque connaissance; mais qui d'entre eux s'informe si la nourriture donnée à ses enfants est adaptée aux besoins naturels de garçons onde filles qui grandissent? Peut-être donnera-t-on pour raison de cette anomalie les préoccupations matérielles de ces gens-là. L'explication est insuffisante: la même anomalie se retrouve dans toutes les classa la société. Parmi les habitants des villes, il en est peu, si même il y en a, qui ignorent qu'il est mauvais de faire travailler un cheva] après son repas : et cependant, s'ils sont pères de famille, combien yen a-t-il qui demanderont si le temps écoulé entre le dîner de leurs enfants et leurs heures d'étude est suffisant. Bref, il n'est presque pas un seul homme qui ne doive avouer que son opinion secrète est que le régime de ses enfants au berceau n'est pas de sa compétence. Oh ! je laisse tous ces détails aux femmes, répondrait-il probablement. Et, dans la plupart des cas, le ton de cette réponse impliquerait que de tels soins ne sont pas compatibles avec la dignité d'un homme. A quelque point de vue qu'on envisage les choses, il semble étrange que, tandis que l'élevage des taureaux de choix est une occupation à laquelle des hommes instruits consacrent volontiers beaucoup de temps et de réflexion, l'élevage de beaux hommes est une occupation tacitement tenue pour indigne de leur attention. Des mamans qui n'ont jamais appris que quelques mots des langues vivantes, un peu de musique, les usages mondains, secondées de nourrices remplies de préjugés surannés, passent pour compétentes, s'il s'agit de régler l'alimentation, le vêtement et l'exercice des enfants. Et pourtant, les pères lisent des livres et des revues, assistent à des réunions agricoles, font des expériences, engagent des discussions, tout cela, dans le but de découvrir le moyen d'engraisser des porcs pour le concours! Nous voyons les peines infinies qu'on prend pour produire un cheval de race qui courra le Derby : nous n'en voyons point prendre pour

produire un athlète moderne. Si Gulliver avait raconté des habitants de Lupata * que les hommes rivalisaient entre eux pour apprendre à élever le mieux possible Les petits des autres créatures, mais étaient san6 aucun souci d'apprendre à élever le mieux possible les leurs, il aurait donné un pendant h toutes les autres absurdités qu'il leur attribue.

Le sujet esl sérieux pourtant. Si plaisante que soit celte contradiction, le fait qui l'implique nvn est pas moins désastreux. Selon la remarque d'un penseur-1, la première condition du sucrés dans la \ ie est « d'être un bon animal »; être une nation de bons animaux, telle esl la première condition de la prospérité nationale. C'est non seulement parce que l'issue d'une guerre dépend souvent de la force

et de l'audace des soldats; c'est encore parce que les luttes commerciales roulent en partie BUT la foire de résistance que présentent les producteurs. Il se passera longtemps avant que nous ayons des raisons de redouter l'épreuve de nos forces avec d'autres races sur aucun do

ces champs de bataille. Mais il ne manque pas de signes que nos forces actuelles seront mises un joui- à de rudes épreuves. La concurrence delà vie moderne est si vive" (pie peu d'individus peuvent supporter sans défaillance l'application qu'elle réclame. Des milliers succombent déjà sous la forte poussée qu'ils endurent. Si celle poussée continue h augmenter, comme elle semble le devoir faire, elle éprouvera rudement les plus saines constitutions. 11 dc- \ ienl donc d'importance spéciale que l'élevage des enfants n'ait pas seulement pour but de les préparer intellectuellement à la grande lutte qu'ils auront à Boutenir, mais encore de les rendre physiquement capables de suffire aux frais excessifs de celle guerre.

Heureusement le sujet commence à attirer l'attention.

1. Lupata, ''il'' imaginaire inventée par Swift dans son roman 'I'' Gulliver, ■ I do ni les habitants très forta but la spéculation inventent toutes suites de lystèmes extravagante.

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