Ibid. (Ces deux indications sont de M. H. Spencer
mettre en toute sécurité qu'il est un bon guide pour l'enfant : il sérail étrange, en effet, que dans ce seul cas il m* méritai point confiance.
Peut-être cette réponse fera-t-elle hausser les épaules, e1 sera-t-on disposé à prendre tout juste le contre-pied de notre opinion. Pourtant elle n'a rien d'absurde, rien qui soil contredil par les faits : si c'est un paradoxe, il esl
très SOUtenable. En réalité, les exemples d'excès qu'on peut
citer sont ordinairement des conséquences du système restrictif qu'ils semblent devoir justifier. Ce sont les réactions provoquées dans l'organe par Le régime ascétique. Ils démontrent en petit cette vérité communément constatée que, ceux qui dans leur jeunesse ont été soumis à la plus rigoureuse discipline sont capables ensuite de se précipiter dans les plus sauvages extravagances. Ils sont analogues à ces effroyables phénomènes, trop fréquents autrefois dans les couvents, où les nonnes passaient tout à coup de la plus extrême austérité à la débauche la plus diabolique. Elles mettaient tout simplement au jour la violence effrénée de leurs désirs longtemps refoulés. Considérez le traitement et les goûts ordinaires des enfants. L'amour des gâteaux est évident et presque général parmi eux. Quatre-vingt-dix-neuf personnes sur cent croient qu'il n'y a là qu'un plaisir du palais, et que, à l'égal des autres désirs di** sens, il faut le réprimer. Cependant le physiologiste, que ses découvertes conduisent à un respect toujours plus grand pour l'ordre naturel des choses, soupçonne quelque chose de plus dans cet
amour des gâteaux qu'on ne le suppose généralement ; et l'examen confirme ses suppositions. 11 trouve (pie le sucre joue un rôle considérable dans le développement de l'organisme. Le sucre et les matières grasses s'oxydent à leur arrivée dans le corps, et cette oxydation est accompagnée d'un développement de chaleur. Le sucre est la forme à laquelle divers autres composés ont été ramenés avant d'être utilisés connue aliments calorifiques, et celte formation du sucre a lieu dans le corps même. Non seulement l'amidon se change en sucre dans le cours de la di-
188 il KHBEHT SPENCER.
gestion, mais il a été prouvé par Claude Bernard1 que le foie esl imc usine dans laquelle les autres éléments de La nourriture sont transformés en sucre : le besoin de sucre esl si impératif qu'il s'en produit même de substances nitrogènes quand il ne s'en trouve pas d'autres. Maintenant, si, à ce l'ail que les enfants uni nngOÛl décidé pour ce précieux aliment calorifique, nous joignons cet autre qu'ils éprouvent un dégoût prononcé pour les aliments qui produisent la plus grande quantité de chaleur pendant l'oxydation (notamment la graisse , nous sommes autorises à penser que l'excès de l'un compense le manque de l'autre; que l'organisme demande plus de sucre parce qu'il ne peut pas l'échanger pour une même quantité de graisse. De même, les entants sont passionnés puni' Les acides végétaux. Les fruits de toutes sortes font leurs délices; et, à défaut d'autres meilleurs, ils dévorent des groseilles vertes et les pommes les plus acides. Or, non seulement les acides végétaux, comme les acides minéraux, sont d'excellents toniques, et profitables quand on en use modérément; mais ils ont, si on les administre sous leur forme naturelle, d'autres avantages. « Les fruits mûrs, dit le docteur Andrew Combe2, se donnent plus volontiers sur le continent que dans ce pays; et, surtout quand les intestins fonctionnent mal, ils peuvent être très utiles. » Voyez alors le désaccord entre les besoins instinctifs des enfants et la manière habituelle de les traiter. Voici deux désirs dominants qui, selon toute probabilité, expriment certains besoins de la constitution des enfants ; et non seulement on les méconnaît dans le régime de la première enfance, mais il y a une tendance à en empêcher la satisfaction. Pain au lait le matin, thé et pain beurré le soir, ou tel autre régime aussi insipide, voilà à quoi on s'arrête strictement ; et toute satisfaction à donner au palais est considérée comme inutile, ou plutôt dange-
1. Cl. Bernard, un des plus illustres physiologistes des temps mod< découvert la fonction glycogénique du t'oie.
2. Le docteur Combe, mort en 1S47, est l'auteur d'un traité sur le Régime physique et moral de l'enfance.
L'ÉDUCATION. i 89
reuse. Quelle en est la conséquence? Quand, aux jours de fêle, on accorde pleine licence, quand une provision d'argent de poche permet l'entrée d'une boutique de pâtissier, ou quand, par hasard, on a obtenu le libre accès d'un verger; alors les désirs longtemps comprimés, et par conséquent intenses, entraînent à de graves excès. Il \ a un carnaval impromptu, dû en partie au soulagement qu'on éprouve à la suite d'une contrainte passée, et en partie à la pensée du lon^ carême qui va commencer le lendemain. Et alors, quand se déclarent les symptômes de l'indigestion, on y voit la preuve que les enfants ne doivent pas être abandonnés au caprice de leurs appétits! Ces résultats désastreux des restrictions contre nature sont eux-mêmes cités à l'appui de la nécessité de restrictions nouvelles ! .Nous affirmons donc que le raisonnement employé pour justifier ce système d'intervention est vicieux. Nous affirmons que si les enfants étaient autorisés chaque jour à jouir de ces mets plus savoureux, qui répondent à une exigence physiologique, ils dépasseraient rarement la mesure, au contraire de ce qu'ils font quand ils en ont la facilité. Si les fruits, comme le recommande le docteur Combe, « formaient une partie de l'alimentation régulière », (donnés, comme il en avertit, non entre les repas, mais aux repas mêmes), il n'y aurait aucune de ces convoitises qui portent les enfants h dévorer des pommes sauvages ou des prunelles. 11 en est de même pour tous les autres cas.
Non seulement les raisons a j)ri<>ri de s'en (1er aux appétits des enfants sont aussi sérieuses que les raisons alléguées pour qu'on s'en nu-lie sont futiles; mais il n'y a pas d'autre guide qui mérite confiance. Quelle est la valeur de ce jugement des parents, qu'on érige en régulateur? Quand à «Olivier qui demande encore1», la maman ou la gouvernante répond «non!», sur quelles données s'appuie-t-elle ? Elle pense qu'il en a assez. Mais
l. Personnage d'un roman de Charles Dickens. Olivier asking f<>r more: c Olivier qui réclame un supplément de ration esl une expression passée en proverbe en Angleterre.
190 HERBERT BPENCER.
ou sont ses raisons de penser ainsi ? A-t-elle quelque entente secrète avec l'estomac de l'enfant, quelque singulière clairvoyance qui la rende eapable de discerner les besoins de son corps ? Non : eh bien, commenl peutelle décider en toute sûreté? Ne sait-elle pas que le besoin de nourriture dans un système organique est déterminé par des causes nombreuses et cachées; varie selon la température, l'état hygrométrique et électrique de l'air; varie encore1 selon l'exercice qu'on a pris, selon la nature et la quantité de nourriture absorbée dans le dernier repas, et selon la rapidité avec laquelle elle a été digérée? Gomment peut-elle calculer la résultante d'une telle combinaison de causes? Voici ce que nous avons entendu dire au père d'un enfant de cinq ans, qui a la tête de plus que maint enfant de son Tige, et qui est à proportion robuste, vermeil et vif: «Je ne vois aucun moyen de mesurer sa nourriture. Si je dis : «En voilà » assez, » c'est une pure supposition, et la supposition peut aussi bien être fausse que juste. En conséquence, n'ayant aucune confiance dans les suppositions, je le laisse manger à satiété. » Et, certainement, si on juge de sa conduite par ses résultats, on est forcé d'en admettre la sagesse. En réalité, cette assurance avec laquelle bien des personnes gouvernent l'estomac de leurs enfants prouve leur ignorance de la physiologie : s'ils la connaissaient mieux, ils seraient plus modestes. « L'orgueil de la science est humble, si on le compare à l'orgueil de l'ignorance. » Si l'on veut savoir combien on doit ajouter peu de foi aux faux jugements humains, mais jusqu'à quel point, au contraire, on peut s'en rapporter cà l'arrangement préétabli des choses, que l'on compare la témérité d'un médecin inexpérimenté et la prudence d'un grand médecin ; ou bien encore qu'on lui fasse lire l'ouvrage de sir John Forbe 1 sur la Nature et l'Art dans la Guérison des Maladies ; et il verra qu'à mesure que les
1. Médecin écossais (1787-1S61), collaborateur de l'« Encyclopédie de médecine pratique » citée plus haut.
hommes s'élèvent dans la connaissance des lois de la vie, ils en viennent à avoir moins confiance en eux-* Énêmes et plus de confiance dans la nature.
Si nous passons de la question de la quantité de la nourriture à celle de la qualité, nous pouvons constater la même tendance ascétique. Ce n'est pas simplement un régime modéré, c'est un régime presque grossier qu'on
croit plus convenable pour les enfants. L'opinion courante est qu'ils ne doivenl avoir (pie rarement une nourriture animale. Dans les classes les moins favorisées de la fortune, une raison d'économie semble avoir dicté cette opinion :1e désir a engendré la croyance. Les parents ne pouvant acheter de la viande répondent à la demande de leurs enfants par ces mots : « La viande n'est pas bonne pour les petits garçons ni pour les petites tilles;» et ce qui n'était d'abord qu'une excuse spécieuse est devenu, par sa répétition, un article de toi. Les classes pour lesquelles la dépense n'est pas un argument ont été entraînées autant par l'exemple de la majorité que par influence des nourrices, tirées des classes inférieures de la société', et, dans une certaine mesure, par réacion contre le régime animal l.
Si pourtant nous cherchons les fondements de cette opinion, nous n'en trouvons que peu ou point. (Test une ormule répétée et reçue sans preuve, comme le préjugé des maillots, qui a lleuri (\v> milliers d'années. Il est probable tpie, pour l'estomac du petit enfant qui n'est pas encore doué d'un pouvoir musculaire suffisant, la viande, qui réclame une trituration considérable avant de pouvoir être transformée en chyme, est un aliment im- H'opre. Mais celte objection ne prévaut pas contre la pourriture animale dont on a extrait la partie fibreuse; 3t cesse d'être valable quand, après deux ou trois ans foulés, la vigueur musculaire est devenue suffisante. H tandis que l'évidence propre à celte vérité a une valeur
I. Rousseau prétend prouver « que legoût de la viande o'est pas naturel à lomroe». Voy. sesraisons [Emile, I. il .
191 ÊBRBIRT BPBHCIR.
partielle quand il s'agil de très jeunes enfants, mais non pas quand il s'agil d'enfants plus âgés, ordinairement traités néanmoins selon ce principe, l'évidence contraire est pleine ci concluante. Le verdict de la science esl directement l'opposé de l'opinion populaire. Nous avons soumis la question à deux de nos principaux médecine et à plusieurs physiologistes des plus distingués, et ils s'accordent uniformément à déclarer que les enfants doivent avoir un régime non pas moins substantiel, mais, si c'est possible, plus substantiel que celui des adultes. Les prémisses qui conduisent à cette conclusion sont évidentes, et le raisonnement simple. Il n'y a qu'à comparer le développement d'un homme à celui d'un enfant, pour voir que le besoin de nourriture est relativement -plus grand dans un enfant que dans un homme. A quelles fins l'homme demande-t-il des aliments? Chaque jour son corps éprouve plus ou moins d'usure : usine produite par l'action musculaire ; usure du système nerveux par les actes mentaux ; usure des viscères dans l'accomplissement des fonctions de la vie : le tissu ainsi détérioré a donc besoin d'être renouvelé. Chaque jour aussi par rayonnement son corps perd une grande quantité de chaleur; et, comme pour la continuation des actions vitales la température du corps doit être maintenue, il faut compenser cette perte par une production constante de chaleur : pour cette fin, certains éléments du corps s'oxydent continuellement. Subvenir aux dépenses journalières, et pourvoir au chauffage en vue de la dépense quotidienne de chaleur, tels sont les seuls buts pour lesquels l'adulte a besoin d'aliments. Considérez maintenant l'enfant. Lui aussi dépense par l'action la substance de son corps ; et il n'est besoin que de remarquer son activité incessante pour voir que, en proportion de son volume, il dépense probablement autant qu'un homme. Il perd aussi de la chaleur par rayonnement ; et comme son corps présente une plus grande surface en proportion de son volume que ne le fait celui de l'homme, et qu'il perd par conséquent plus rapidement sa chaleur.
lu quantité de combustible qu'il réclame est, à volume égal, plus grande que celle réclamée par l'adulte. Ainsi, môme si l'enfant n'avait plus à grandir, comme l'homme fait, il aurait besoin, en raison de sa moindre taille, d'une plus grande quantité de nourriture. Mais, outre qu'il répare son corps et maintient sa chaleur, l'enfant doit créer de nouveaux tissus, croître, en un mot. Après qu'il a été pourvu à l'usure générale et à la perte calorique, l'excédent de nourriture contribue à la construction organique ; et c'est seulement en vertu de cet excédent que la croissance est normalement possible : la croissance qui se produit quelquefois en l'absence de cet excédent produit une prostration manifeste qui est la conséquence d'une restauration incomplète. Il est vrai qu'en vertu d'une loi mécanique qu'il est impossible de développer ici, un petit organisme a un avantage sur un grand à cause du rapport existant entre les forces réparatrices et les forces destructives ; avantage, en réalité, auquel on doit la possibilité même de la croissance. Mais môme en admettant ceci, n'en est-il pas plus évident encore que, si un régime par trop insuffisant peut être appliqué sans anéantir complètement cette réserve de vitalité, cependant il la diminue et par suite doit diminuer aussi la taille et la perfection corporelle. Que ce besoin de matériaux soit impérieux chez un organisme en voie de développement, on peut le voir dans cette faim d'écolier qui dans la suite de la vie se présente rarement avec un égal degré d'intensité. On peut le voir aussi dans le retour relativement prompt de l'appétit. Et, s'il est encore besoin d'une autre preuve de ce besoin excessif de nourriture, nous la trouvons dans ce fait que, pendant les famines qui suivent les naufrages et les autres désastres, les enfants sont les premiers a mourût. EStant admis ce besoin relativement plus grand de nourriture, et il faut bien l'admettre, il reste une question à se poser : devons-nous y répondre en donnant une quantité plus grande de ce qu'on peut appeler dès aliments dilurs, ou une moindre quantité de ce qu'on l'éducation. 9
194 HBRBEftT spknckh.
peul appeler d^s alimente concentré*? La nourriture assimilable qu'on retire d'un poids donné de viande ne peut B'extraire que d'un poids plus considérable de pain, ou d'un poids plus considérable encore de pommes de terra, et ainsi de suite. Pour subvenir aux besoins, la quantité doit augmenter à mesure que les qualités nutritives diminuent. Devons-nous alors répondre aux besoins suppléraentaires causés par la croissance de L'enfant en lui donnant la même quantité et la même qualité de nourriture qu'exigent les adultes? Ou Lien, sans tenir compte de ce fait que son estomac doit digérer, eu égard à son volume, une quantité relativement plus grande de celle bonne nourriture, le surchargerons-nous encore en lui donnant en plus grande quantité une nourriture inférieure?
La réponse n'est pas douteuse. Plus on diminue le -travail de la digestion, plus il reste d'énergie pour la croissance et l'action. Les fonctions de l'estomac et des intestins ne peuvent s'accomplir sans une grande dépense de sang et de force nerveuse ; et, dans la lassitude relative qui suit un copieux repas, tout adulte a une preuve que cette dépense de sang et de force nerveuse se prend sur le système général. Obtenir une alimentation suffisante au moyen d'une grande quantité d'aliments peu nutritifs, c'est demander plus de travail -aux viscères que si on l'obtient par une moindre quantité d'aliments très nutritifs. Ce travail supplémentaire est une perte qui se manifeste chez les enfants par une diminution d'énergie, ou une moindre croissance, ou même les deux à la fois. La conséquence, c'est qu'il faut les soumettre à un régime qui combinera dans la mesure du possible les qualités nutritives et les qualités digestives.
Il est certainement vrai que les garçons et les filles
.pourraient être soumis à un régime exclusivement ou
-^presque exclusivement végétal. Dans les classes aisées on
; peut trouver des enfants auxquels on donne relativement
p. peu de viande, et qui néanmoins prospèrent et semblent
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se porter à merveille. Les enfants des travailleurs connaissent à peine l'alimentation animale, et jouissent cependant d'une vigoureuse maturité. Mais ces faits qu semblent combattre notre opinion n'ont pas du tout la portée qu'on leur attribue communément. En premier lieu, il ne s'ensuit pas que ceux qui dans leurs premières années prospèrent avec le régime du pain et des pommes de terre atteindront dans la suite un complet développement ; et la comparaison entre les travailleurs agricoles et la noblesse, en Angleterre, ou entre les classes inférieures en France, n'est nullement en faveur du régime végétal. Puis, il n'y a pas Là une simple question de volume, mais aussi une question de qualité. Une chair flasque et molle fait aussi bien à la vue qu'une chair ferme et musculeuse; mais bien qu'à un œ'ù inattentif un enfant dont les tissus sont développés, mais lâches, puisse paraître l'égal d'un autre dont les fibres sont bien fermes, l'épreuve de leurs forces montrera la différence qui existe entre eux. L'obésité chez les adultes est souvent un signe de faiblesse. Les hommes perdent de leur poids par l'entraînement : voyez les coureurs et les athlètes. Par conséquent, l'apparence de ces enfants grossièrement nourris est loin d'être concluante. En troisième lieu, outre la taille, nous avons h tenir compte de l'énergie. Entre les enfants des classes ni se nourrissent de viande, et ceux des classes qui se nourrissent de pain et de pommes de terre, il y a un consiste marqué sous ce rapport. Sous le double rapport de a vivacité intellectuelle et de la vivacité physique, le petit oaysan est grandement inférieur au fds du gentleman.
Si nous comparons différentes espèces d'animaux, ou lilférentes races d'hommes, ou les mômes hommes ou inimaux quand ils sont différemment nourris, nous trouvons une preuve encore plus évidente que le degré l'énergie dépend essentiellement des qualités nutritives de i nourriture.
Dans la vache, qui se nourrit d'un aliment aussi peu mtritif que l'herbe, nous voyons que la quantité consilérable de nourriture réclamée nécessite un svstème
196 HERBERT IPBHCBR.
digestif énorme ; que les membres, petite en comparai du corps, son! écrasés par son poids; qu'à transporter ce corps lourd, et à digérer cette excessive quantité de nourriture, il se dépense beaucoup de force; et que, comme il ne lui m reste guère à dépenser, cet anima] est lent. Comparez à la vache le cheval, c'est-à-dire un animal qui s'en rapproche assez par la structure, mais qui est habitué à un régime de nourriture plus concentrée. Ici le corps, et plus spécialement sa région abdominale, est dans un rapport plus petit avec les membres ; ceux-ci ne sont pas limités dans leur puissance par la nécessité de soutenir des viscères si massifs, ni par la digestion d'une nourriture si encombrante ; et, comme conséquence, on trouve à la fois plus d'énergie locomotrice, et plus de vivacité. Si, en outre, nous opposons la stupidité et l'inertie de la brebis herbivore à la vivacité du chien, qu se nourrit de chair et de matières farineuses, ou d'un mélange des deux, nous voyons une différence analogue dans l'espèce, mais plus grande encore dans le degré. Et si, dans une promenade à travers les jardins zoologiques, or remarque l'inquiétude avec laquelle les carnivores courenl de long en large dans leurs cages, il n'y a qu'à se sou venir qu'aucun herbivore ne dépense ainsi d'énergie et pure perte, pour voir combien est évident le rapport entre le degré de concentration des aliments et le degré d'activité que déploient les animaux.
Ces différences ne résultent pas directement de diffé rences de constitution, comme on pourrait le croire, mais bien de différences entre les aliments dont les êtres sonl appelés à se nourrir; et la preuve, c'est qu'on peut les remarquer entre les divisions différentes d'une même espèce. Les variétés du cheval en fournissent un exemple Comparez le cheval de charretier, ventru, inerte, inintel ligent, avec le cheval de course ou de chasse, étroit de flancs et plein d'énergie ; et alors rappelez à votre mémoin combien le régime de l'un est moins nourrissant que celu de l'autre. Ou bien encore, prenez vos exemples chei l'homme même. Les Australiens, les Hottentots, les
autres sauvages, qui vivent de racines et de baies, de
larves d'insectes, et autre maigre chère, sont relativement de petite stature, ont de gros ventres, des muscles mous et peu développés, et sont absolument incapables de se mesurer avec les Européens, soit au pugilat, soit pour un effort prolongé. Considérez maintenant les races sauvages de bonne venue, fortes et actives, comme les Gafres, les Indiens de l'Amérique du Nord, et les Patagons; vous les trouverez grands consommateurs de viande. L'Hindou mal nourri succombe sous l'Anglais nourri d'aliments plus substantiels; et il lui est aussi inférieur en énergie mentale qu'en énergie physique. En général, croyonsnous, l'histoire du monde nous montre que les races qui se nourrissaient bien ont été des races énergiques et dominatrices.
L'argument devient encore plus fort si nous trouvons ((lie le même animal est capable de plus ou moins d'efforts selon que son alimentation est plus ou moins nutritive. C'est ce qui a été démontré pour le cheval. Bien qu'un cheval au vert puisse gagner de l'embonpoint, il y perd sa force, comme on s'en aperçoit en le mettant à un travail pénible. « La conséquence de la mise d'un cheval au vert » est l'affaiblissement du système musculaire. » « L'herbe » est un très bon moyen de préparer un bœuf au marché » de Smithfield ornais un très mauvais moyen de préparer » un cheval pour la chasse. » Nos pères savaient parfaitement qu'après avoir passé Tété dans les prés, les chevaux demandent à être nourris quelques mois à l'écurie avant de pouvoir suivre les chiens, et qu'ils ne se trouvaient en bon état qu'au commencement du printemps suivant. La pratique moderne est celle sur laquelle insiste M. Apperley : « Ne jamais mettre un cheval au vert, j'entends un cheval » de course, et, a. moins de circonstances particulières et » très favorables, ne jamais changer son régime. » G'està-dire ne lui jamais donner de nourriture inférieure : on
I. Smithfield} il s'agit in non de la ville <los Etats-Unis qui porte ee oom (Hhode Island). mais d'une grande place de Londres qui serl aujourd'hui de ■arche. En France, nuus dirions La Xilb-tic.
108 HEKbliKT BPBNCIR,
no peut ol)tonir une grande force de résistance que par l'usage continu d'une alimentation substantielle. El c'est
si vrai, à en croire M. Apperley, qu'une alimentation supérieure, si elle se continue, peut taire qu'un cheval médiocre égale un pur-sang, nourri à la manière ordinaire. Ajoutez à ces différentes preuves ce fail bien connu que, si l'on demande double lâche à un cheval, on lui donne habituellement des fèves, aliment qui contient une plus grande quantité d'élément azoté, ou de matériaux propres à former de la chair, que l'avoine qu'on lui donne habituellement.
En ce qui concerne les hommes, cette vérité a éternise en évidence avec une égale, ou même une plus grande clarté. Laissons de côté les hommes qui s'entraînent pour des tours de force, non sans remarquer que ce régime est entièrement d'accord avec la doctrine que nous soutenons. Parlons de l'expérience des entrepreneurs de chemins de fer et de leurs ouvriers. C'est un fait depuis longtemps reconnu qu'un manœuvre anglais qui mange copieusement de la viande est bien meilleur ouvrier qu'un manœuvre du continent vivant de farineux ; et môme les entrepreneurs anglais de chemins de fer sur le continent trouvaient du bénéfice à emmener avec eux leurs ouvriers. C'était la différence de régime qui causait leur supériorité, et non la différence de race, ainsi qu'il a été clairement démontré dans la suite; car il est arrivé que, quand les manœuvres du continent ont vécu de la même manière que leurs concurrents anglais, ils sont arrivés à peu près à les égaler en travail effectif. Voyons la contre-épreuve : nous pouvons en apporter personnellement notre témoignage fondé sur une expérience de six mois de régime végétal, l'abstinence de la viande a pour effet de diminuer l'énergie du corps et celle de l'esprit.
Ces diverses expériences ne confirment-elles pas notre opinion concernant la nourriture des enfants? N'impliquent-elles pas que, même en supposant que la même taille et le même volume soient atteints également par le régime le moins nutritif et par le régime le plus nutritif, la qua-
lité des I issus est notablement inférieure dans le premier cas? Ne oonfirment-elles pas notre conclusion posée à priori que, bien qu'un enfant de qui on attend peu dans
le sens de l'activité corporelle ou mentale puisse se trouver assez bien des substances farineuses, l'enfant à qui on demande non seulement de former la quantité normale de tissu nouveau, mais encore de combler les vides produits par une grande activité musculaire et de plus les vides produits par un exercice constant du cerveau, doit se nourrir de substances renfermant une plus grande proportion d'éléments nutritifs? Et n'est-ce pas un corollaire évident qu'on ne peut refuser cette alimentation supérieure qu'au détriment de la croissance, de l'activité corporelle ou de l'activité mentale, dans la mesure où le permettent la constitution des enfants et les circonstances ? Nous ne croyons pas qu'un esprit logique puisse mettre ceci en doute. Penser autrement, c'est reprendre sous une forme déguisée la vieille chimère des partisans du mouvement perpétuel, la possibilité de créer quelque chose de rien.
Avant de quitter la question de l'alimentation, il faut dire quelques mots d'une autre condition, la variété. A cet égard, le régime de l'enfance laisse beaucoup à désirer. S'ils ne sont pas, comme les soldats, condamnés à vingt ans de bœuf bouilli, nos enfants ont généralement à supporter un régime qui, bien que moins extrême et moins uniforme, est tout aussi évidemment en contradiction avec les lois de la santé. A dîner, il est vrai, ils ont ordinairement une nourriture plus ou moins variée, et qui change chaque jour; mais pendant des semaines, des mois et des années, revient le même déjeuner de soupe au lait, ou, peut-être, de bouillie à la farine d'avoine; et avec la même uniformité la journée se termine ou par une seconde édition de la soupe au lait, ou par du ttié avec du pain et du beurre.
dette pratique est en opposition avec les indications de la physiologie. La satiété produite parle retour fréquent d'un plat, et le plaisir causé par un mets longtemps inconnu au palais ne sont pas sans intention de la part de la na-
200 Il K II BU HT RPBNC8R.
ture, comme on lo croit assez légèrement : ce sont là des motifs qui conseillent une salutaire diversité de régime. C'est un fait établi par de nombreuses expériences qu'il existe à peine un aliment, si bon qu'il soit, qui présente en proportions convenables ou sous des formes appropria à nos besoins tous les éléments requis pour entretenir les forces vitales d'une manière normale ; d'où il s'ensuit qu'un changement fréquent de nourriture est nécessaire pour équilibrer l'apport de tous les éléments. Il y a un autre fait, connu des physiologistes, c'est que la jouissance procurée par un aliment préféré est un stimulant nerveux qui, en augmentant Faction du cœur, et en faisant circuler le sang avec une augmentation de vitesse, contribue à la digestion. Ces vérités sont en harmonie avec les maximes de l'élevage moderne, qui prescrivent un régime varié.
Non seulement le changement périodique de nourriture est très désirable, mais, pour les mômes raisons, il est très désirable qu'on prenne à chaque repas une nourriture variée. Un meilleur équilibre des ingrédients et une plus grande stimulation nerveuse, tels sont les avantages qui se font sentir dans ce cas comme dans l'autre. Si on demande des faits, nous pouvons donner comme exemple le bien-être de l'estomac à la suite d'un dîner français, énorme comme quantité, mais extrêmement varié dans sa composition. Peu de gens oseront prétendre qu'un égal poids d'une seule espèce de nourriture, même bien cuite, puisse être digéré avec autant de facilité. Si on désire d'autres faits, on les trouvera dans tout livre moderne sur les soins à donner aux animaux. Les animaux profitent mieux quand chaque repas se compose de plusieurs sortes d'aliments. Les expériences de Goss et de Stark « apportent la preuve la plus décisive de l'avantage, ou plutôt de la nécessité de n'user que d'aliments mélangés, afin de produire le composé le mieux adapté à l'action de l'estomac ' . »