INTRODUCTION. XI
un chêne et le germe un animal ; un meuble se fabrique mécaniquement, un organisme se développe par évolution. Evolution ne signifie pas simplement changement, mais changement en mieux, progrès vers le meilleur. Il y avait longtemps que ce mot île progrès avait été introduit dans la langue philosophique : qu'on se rappelle Pascal opposant magnifiquement l'esprit de l'homme « fait pour l'infinité » à l'instinct immobile et stationnaire de ranimai, ou bien encore comparant toute la suite des hommes à un seul homme qui vivrait depuis des milliers d'années ci augmenterait sans cesse ses connaissances et son patrimoine intellectuel. Ce qu'on n'avait pas encore bien compris avant Darwin et M. 11. Spencer, c'est que le progrès doit s'eutendre de la nature tout entière, homme et animal, matière organisée et matière brute. Aristote avait dit déjà qu'un immense ci universel désir du mieux est au fond de la nature et constitue sa vie intime, qu'elle tressaille de désir et d'amour en face de l'absolue perfection qui la sollicite. M. II. Spenoer,plus modeste dans ses affirmations, constate aussi ce désir et ces tressaillements, mais il qualifie (V inconnaissable cette suprême perfection à laquelle la nature est comme suspendue. N'entendez poinl par ce met progrès, les bénéfices, les résultats utiles qui l'accompagnent ordinairement et avec lesquels l'homme est porté à le confondre : L'homme se croit à tort le centre de la nature (c'est le point de vue anthropocentrique), la fin qu'elle a toujours en vue (c'est le point de vue télêologique). Supposez que l'hypothèse de la nébuleuse proposée par Laplace soit acceptée: notre terre provient alors de la condensation de cette nébuleuse et s'en est détachée à l'époque de la formation de notre système solaire ; elle fut longtemps une masse de matière en fusion ; il fallut des milliers d'années pour que sa croûte devint solide, des milliers d'années pour que sa surface se revêtit d'épaisses Forêts et d'une luxuriante végétation ; bien des Flores et bien des Faunes parurent et disparurent avant la naissance de nos lointains ancêtres, avant que notre race s'emparât des forces qui l'opprimèrent d'abord et que l'homme se rendit liualement, comme dit Descartes, maître et possesseur de la nature. Voilà l'évolution : eut-elle lieu en vue de l'homme tard venu dans le Système et même tard venu dans « ce coin de l'univers où il est logé», pour parler comme Pascal ? Nous l'ignorons et nous devons nous contenter de constater le fait et la loi de l'évolution dans l'éternelle impossibilité où nous sommes peut-être de lui assigner avec certitude ses causes et ses lins. La formule populaire et ridicule de cette théorie est celle-ci : l'homme descend du singe. Ou voit qu'il descend de plus haut ou plutôt que le singe et lui montent de plus bas. Surtout qu'on ne s'avisa pas de prendre des railleries pour des raisons et de conserver, par un sot amour-propre, cette orgueilleuse prétention de faire de