INTRODUCTION
l'homme le centre et la Un de l'univers ; j'aimei ait mieux, a-t-on dit, être un singe perfectionné qu'un Adam dégénéré. Il faut nous garder de ces raisons de sentiment qui ue sont pat des raisons : il ne B'agit pas de savoir ce que vous aimez mieux, mais ce qui est vrai. Pendant longtemps L'homme a mis amour-propre à ce que son petit globe fût immobile : qui songerait aujourd'hui à se sentir humilié de ce que la terre tourn ■ ' Eh bien ! il y a peut-être aussi une gravitation et une sorte de translation universelle des êtres, c'est l'évolution. Où nous emporte-t-elle ?
Le progrès et ses lois les plus générales. — Rien ne se perd et rien ne se crée dans la pensée et dans la nature. 11 y a cela de commun entre la pensée et la nature que tout s'y réduit à des forces : un esprit qui conçoit une pensée ou qui affirme une vérité, c'est une force en exercice ; un atome de matière qui gravite ou qui entre dans une combinaison chimique, c'est une force qui se manifeste. La grande loi de l'intelligence est de passer sans cesse d'un objet à un autre objet et d'en percevoir les différences : c'est ce que les Anglais appellent la discrimination et ce que nous nommons la comparaison. Quant à passer d'un objet au néant, l'esprit ne le peut pas ; la pensée du néant serait un néant de pensée. La première loi qui s'oifre à nous est donc la loi de la permanence de la force ou de la conservation de V énergie que la sagesse antique avait déjà entrevue quand elle disait : rien ne vient de rien ; rien ne retourne à rien. Que ce principe soit indémontrable, il n'en faut pas douter, mais notre intelligence passe outre et le déclare nécessaire. D'ailleurs nous pouvons être assurés qu'aucune expérience ne le contredira jamais sinon en apparence et pour des esprits superficiels. Il a fallu bien des efforts pour élever au sommet de la plus haute des pyramides la pierre qui la couronne ; ces efforts, cette force déployée n'est point perdue ni détruite, mais d'actuelle qu'elle a été elle est devenue potentielle, c'est-à-dire actuellement invisible, toute prête cependant à redevenir actuelle et visible si une rupture d'équilibre précipitait ce bloc et si des instruments appropriés enregistraient la somme de forces que sa chute mettrait en liberté. Ces forces sont donc emmagasinées, non détruites, et il en est ainsi dans tous les cas. La seconde loi générale du progrès pourrait se formuler ainsi : toutes choses égales d'ailleurs, une même cause produira toujours les mêmes effets. S'il survenait une différence, cette différence serait un effet sans cause, ce qui est inacceptable pour la raison. Il ne faut pas cependant entendre par la cause ou
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l.t causalité quelque chose d'occulte et do mystérieux ; c'est tout simplement la concomitance constante ou la succession invariable de deux phénomènes. La troisième loi est celle de la transformation ou de Y équivalence des joncs : Quand une force mécanique se transforme en une force physique ou chimique (par exemple quand la rotation et le frottement d'un cylindre de verre produisent de l'électricité), la force nouvelle dégagée n'est pas une création nouvelle, mais une manifestation différente et un simple déguisement de la première. La même molécule de fer qui iraverse l'espace sous forme d'aérolithe pourra vivre dans le sang et peut-être penser ou du moins collaborer à la pensée dans le cerveau. Il y a des équivalents psychologiques des forces physiologiques. Disons enfin quelques mots d'une quatrième loi qu'on peut appeler loi du rythme universel : le rythme est la proportion et la régularité des mouvements successifs connue ceux du pouls, du ÛUX et du reflux de la nier. Tout progrès est rythmé, c'est-à-dire que, comme la propagation de la lumière dans l'éther, du son dans l'air, il semble entrecoupé par des reculs II aspire sans cesse à se dépasser lui-même et sans cesse aussi, arrêté par l'obstacle, il parait revenir eu arrière pour prendre son élan et le franchir.
Le progrès dans l'humanité. — Telles sont les lois les plus générales du progrès. De ces lois dérive sa nature même et sa déiiniiion : le progrès est toujours le passage de l'homogène à l'hétérogène Le lecteur fera aisément l'application de cette défi* nition à l'hypothèse de la nébuleuse mentionnée plus haut. Remarquons seulement que la création et le progrès lui-même conservent leur caractère mystérieux, de l'aveu de M. H. Spencer lui-même : « La genèse d'un atome n'est pas plus facile à concevoir que la genèse d'une planète. En vérité, loin de rendre l'univers moins mystérieux qu'auparavant, notre théorie en fait un plus grand mystère... Que notre harmonieux univers ait autrefois existé, en puissance, à l'état de matière diffuse, sans forme, et qu'il soit lentement arrivé à son organisation présente, cela est beaucoup plus étonnant que ne le serait sa formation, suivant la méthode artificielle que suppose le vulgaire... L'hypothèse de la nébuleuse implique une cause première aussi supérieure au Dieu mécanique de Paley que celuici l'est au fétiche du sauvage*. » Revenons à la définition du progrès et tâchons de la mettre en pleine lumière par des exemples empruntés au régne animal et à l'histoire de la civi-
1. Essaya, t. l, p. 898. Paley est un philosophe anglais, grand partisan des causes finales et qui explique l'univers par on Dieu qui < lanee les plant sur In tangente de leurs orbites » comme parle J.-J. Rousseau.