‹ L'éducationChapitre 9 sur 38 · I. Entozoair intestinaux, animaux p comp · texte numérisé non relu

I. Entozoair intestinaux, animaux p comp

classe • - Helminthes.

30 HERBERT BPENCER.

leurs opérations d'après la loi de l'offre et de la demande, loi dont l'application exige la connaissance de faits nombreux, et la. science générale des principes sociologiques : le détaillant, le revendeur doit aussi avoir une teinture

de cette instruction spéciale, et la prospérité de son commerce dépend de la justesse des ses prévisions sur les prix de gros et les besoins de la clientèle. Gomrni ni pour-

riez-vous entrer dans le tourbillon des affaires commerciales, si vous n'en connaissiez pas la première et la plus vitale des lois, celle qui règle les mouvements mémos de ce tourbillon.

Oui, quiconque s'occupe de la production, de l'échange, de la distribution des marchandises, doit posséder certaines parties de la sociologie : c'est pour lui une question de première importance. Quiconque se trouve, de près ou de loin, mêlé à quelque industrie (et qui ne Test plus ou moins?) doit connaître par les mathématiques, la physique, la chimie, les propriétés des choses. Dans la biologie, il peut trouver une réelle utilité, et de la sociologie il tirera certainement un grand profit. D'où vient qu'on réussit ou qu'on ne réussit pas dans ses efforts pour gagner sa vie, en d'autres termes, pour se conserver soimême par des moyens indirects? Le plus souvent, de ce que l'on connaît ou Ton ignore certaines parties des sciences dont nous venons de parler, connaissance peu scientifique, j'en conviens, tout empirique, je l'accorde, mais pourtant fort différente de l'ignorance complète. Qu'est-ce qu'apprendre un commerce, sinon apprendre la science dont il dépend, quel que soit le nom qu'on lui donne? Concluons donc qu'il est essentiel d'asseoir l'éducation sur une base scientifique pour deux raisons : parce que la science prépare à tout et parce que la science raisonnée est mille fois supérieure à toutes les connaissances empiriques. Qu'on ne s'imagine pas qu'il suffise de connaître les faits : il faut les comprendre, il faut en savoir le pourquoi et le comment pour être bon fabricant ou bon négociant; il faut même souvent ajouter à l'intelligence du pourquoi et du comment la connaissance des relations

L'ÔDUCATII 3f

et des enchaînements. Dans ce siècle de Bociétés en participation, il n'est presque personne, excepté peut-être l< paysan, qui ne Boil intéressé comme capitaliste à quelque affaire qui n'est pas la sienne propre : chacun est donc intéressé à posséder les connaissances qui ont rapporl à ces affaires d'où dépend son gain ou sa perle. Voici, par exemple, une mine de houille dont L'exploitation a ruiné les actionnaires : c'est qu'ils ne Bavaient pas que certains fossiles appartiennent à la couche de granit rouge sons

laquelle on ne trouve pins de charbon de terre. On a fait

de nombreux essais pour construire des machines électromagnétiques destinées à supplanter les machines à \apeur : ceux qui ont fourni les fonds, s'ils avaient compris la loi de corrélation et d'équivalence des foi-ces, n'auraient eu garde de perdre leur argenl ' . Tous les jours on voit des gens fournir des fonds pour lancer des inventions dont le plus novice en science leur démontrerait aisément l'inanité. Presque en tous lieux, on peut recueillir des histoires de fortunes compromises et dissipées par l'engouement de quelque irréalisable projet.

S'il en est ainsi dès à présent, si L'ignorance s'expie par des pertes d'argent, si on le constate tous les jours et sur une grande échelle, quel sera, dans L'avenir, Lesort

de ceux qui resteront étrangers à la science? lMus les procédés scientifiques se répandront dans les arts industriels sous la pression inévitable de La concurrence; plus

les sociétés en participation iront se multipliant en vertu de la tendance universelle (pi'il est aisé de constater; plus aussi chacun sentira ia nécessité de posséder des connaissances précises et scientifiques.

Dans l'enseignement donné par nos éc qui est

I. Il ne fnudrail pourtant pas conclure trop précipitamment. I que li' métal de la pile s'use en produisant de l'électricité; maie il n'est pas prouvé M1"' l;i dépense représentée par cette usure l'emporte nécessairement sut- li> travail obtenu au moyen de l'électricité développée. C'est ainsi qu'on utilise les chutes du Rhône pour l'éclairage électrique : la force produite par la chiite ne se retnuive qu'incomplètement, mais cela importe peu, puisqu'elle était précédemment perdue et de nul emploi. • ,\ découvertes de

M. M . Despres, on peut espérer qu'un jour cette tore.' p inrri être transpa

et utilisée a île grandes distan

le plus négligé, c'est justement ce dont nous aurons le plus besoin dans la vie et dans les affaires. Nos industries périraient, sans l'instruction complémentaire que chacun acquiert, comme il peut, après une éducation, prétendue terminée. Sans cette éducation supplémentaire, sanscescon* naissances acquises et accumulées d'âge en âge en dehors de tout enseignement régulier, nos industries n'auraienl jamais pu naître et prospérer. Supposez qu'il n'y ait pas d'autre enseignement que celui de nos écoles publiques; ce serait ramener l'Angleterre d'aujourd'hui à l'Angleterre des temps féodaux. La science toujours grandissante des lois qui régissent les phénomènes, la science qui nous a rendus maîtres et possesseurs de la nature 1 , la science procure aujourd'hui au paysan, dans sa chaumière, des jouissances jadis interdites aux rois eux-mêmes , eh bien, c'est à peine si les écoles publiques en enseignent un fragment, une parcelle ! Ces connaissances essentielles, et pour ainsi dire vitales, qui ont fait de nous une grande nation, qui donne à notre existence nationale elle-même son point d'appui et son fondement, personne ne les enseigne : c'est dans l'ombre qu'elles se propagent, c'est au hasard qu'elles s'acquièrent, tandis que nos instituteurs brevetés et patentés continuent à marmotter leurs formules surannées.

Nous arrivons à la troisième subdivision de l'activité humaine, à l'éducation que nous avons le devoir de donner à nos enfants, tâche importante à laquelle rien abso-

I. Nous empruntons cette expression à Descartes, dont le Discours de la méthode renferme, magistralement exprimées, plusieurs des idées que développe ici M. H. Spencer : « Au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les ouvrages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. » (Disc, de la met h., vie partie.)

lumen i oe nous prépare, si la fatalité voulait qu'il ne restât de notre civilisation qu'une collection de nos livres de classe, ou bien une liasse de compositions de collège, quel ne serait pas L'embarras d'un antiquaire de l'avenir en constatant qu'il n'\ a pas à relever le moindre signe indiquant que nus élèves dussent devenir un jour pères (le famille. - Il faut, se dirait-il, que ce suit là un COUTS d'études destint- aux célibataires » et il ajouterait : « Je constate que l'on donnait des soins attentifs à une foule de choses; on s'attachait spécialement à l'étude des li\ ride peuples disparus, d'où je conclus que ce peuple n'avait guère de bons livres dans s;i propre Langue. J'ai beau chercher, je ne Lrouve pas même une allusion à l'art d'élever les enfants. Certes, ce peuple n'eût pas été assez fou pour oublier un sujet qui implique de si graves respon* sabilités : il est donc de [otite évidence que j'ai entre les mains le cours d'études d'un de ses ordres monastiques. -

Parlons sérieusement : n'est-il pas inconcevable que la vie et la mort de nos entants, leur valeur ou leur ruine morale dépendent de la manière dont nous les élevons, et (pie néanmoins on n'ait jamais donné dans nos écoles la moindre instruction sur ces matières à iW^ élèves qui sont destinés à fonder une famille? N'est-il pas monstrueux (pie le sort dc^ jeunes généra! ions soit abandonné à l'aveugle routine, aux caprices du moment, à la pure fantaisie; ajoutez encore aux stupides suggestions dr^ nourrices et aux conseils dangereux des grand'mamans. Si un négociant entrait dans les affaires sans la moindre potion d'arithmétique ou de tenue de livres, nous nous récrierions sur s;i folie et nous serions sûrs de sa ruine I brève échéance. Si le premier venu, sans ombre de connaissances anatomiques, prenait en main le bistouii lu chirurgien, nous serions stupéfaits de son audace e1 ferayés pour ses malades. Mais que de parents entreprennent la lâche si difficile d'élever leurs enfants sans avoir

jamais songé aux principes qui doivent diriger L'éducation

physique, morale et intellectuelle: cela n'est pas l'ait

pour nous surprendre : la présomption des pères et le danger des enfants oe nous fonl éprouver ni colère ai pitié ' !

Aux milliers d'enfants qui succombent, ajoutez les centaines de milliers qui survivent avec des constitutions ruinées, les millions qui grandissent avec des santés affaiblies, et vous aurez une idée des maux qu'infligenl à leurs enfants des parents ignorants des lois de Ja. vie. Songez que le régime imposé à nos enfants exercera sur eux une influence excellente ou détestable à chaque moment de leur existence, qu'il y a vingt manières de se tromper et une seule d'avoir raison, et vous vous rendrez compte du véritable désastre qu'entraîne à sa suite une éducation irrationnelle et routinière. Décide-t-on, par exemple, qu'un enfant sera vêtu d'une jaquette courte et ira jouer en plein air par un froid vif qui rougit ses membres? C'est une décision qui pèsera sur son existence : voici une maladie, ou du moins une santé compromise, les forces diminuées, et, en perspective, la vigueur de la maturité altérée, les chances de bonheur et de succès affaiblies. Les enfants sont-ils soumis à un régime trop peu varié, à une alimentation trop peu nutritive? ils s'en ressentiront toute leur vie, et leur énergie physique, hommes ou femmes, subira une déperdition plus ou moins considérable. Leur défend-on les jeux bruyants, ou bien les force-t-on à cause de la légèreté de leur vêtement à se tenir enfermés quand il gèle? tenez pour certain qu'ils seront dans l'impossibilité d'acquérir toute la santé et toute la vigueur qui leur était due. Quand leurs enfants, filles . et garçons, se montrent malingres et maladifs, les parents

1. Comparez J.-J. Rousseau : « Un père, quand il engendre et nourrit ses enfants, ne fait en cela que le tiers de sa tâche. Il doit des hommes à son espèce; il doit à la société des hommes sociables; il doit des citoyens à l'Etat. » Désespérant de trouver dans les pères qu'il voit autour de lui de bons précepteurs de leurs enfants, ne voulant pour rien au monde d'un précepteur mercenaire, il conclut de la manière la plus paradoxale et la plus chimérique : « Fais-toi donc un ami. Je ne vois pas d'autre ressource. » Mais il est le premier à déplorer qu'on soit réduit à cette extrémité. « Pourtant les affaires, les fonctions, les devoirs... Ah! les devoirs! sans doute le dernier est celui de père. » (Emile, 1. I.)

L'ÉDUCATION. 3a

(lisent que c'est une malechance ou bien encore une épreuve envoyée par La Pro^ idence. Grossière erreur! c'esl le chaos, la routine qui règnenl dans leurs esprits, qui les font croire à des effets sans cause, ou les poussenl à chei cher dos causes surnaturelles. Il peut arriver sans doute que ces causes se trouvenl dans la loi d'hérédité, mais il faut les chercher presque toujours dans les absurdes pratiques de L'éducation. Ges souffrances, cette faiblesse, cette langueur, ces misères, ce sont les parents qui eu sont eu\inèines responsables. Ne sont-ils pas commis au soin de surveiller heure par heure, la \ Le de Leurs enfants? Cruelle légèreté qui néglige de s'instruire des lois de La vie, et, partant, s'expose à les contrarier incessamment dans tout ce qu'elles ordonnent ou défendent ! Dans leur profonde ignorance de la physiologie la plus élémentaire, ils ont

joui' par joui' compromis et ruiné la constitution de leurs enfants, ils oïd infligé d'avance le fléau des maladies et de La mort prématurée et à leurs enfants et à leurs derniers descendants.

La même ignorance entraînanl avec elle les mêmes conséquences funestes se manifeste dans L'éducation morale aussi bien que dans l'éducation physique. Jetez les yeux sur une jeune mère et sur la manière dont elle dirige sa nursery1. Il > a quelques années à peine, cette jeune femme était à l'école ou l'on bourrail s;i mémoire de mots, di' noms propres, de dates; on dédaignait d'exercer sa réflexion; ou ne songeait pas même à lui ouvrir L'intelligence sur les meilleurs moyens de guider l'esprit naissant d'un enfant - ; on lui donnait une instruction absolument étrangère à ces préoccupations et impuissante à la mettreen étal de découvrir elle-même ce qu'on ne lui enseignait pas. Les années suivantes, ii a fallu

1. Nursery, chambra de la nourrice, partie il'- L'appartement aux

petits enfants.

v?. Ce n'est qne depuis quelques années que l'on a Bongé h fonder \aptffchologie de l'enfant. De grands observateurs, Darwin, M. Taine, ont apporté

leur contingent a oette science nouvelle. Nous ne saurions trop r immandei

l'étude ili"s lieux précieux ouvrages île M. Bérard Pérez : Les trois premières années de Venfani el L'enfant de trou àsepi ans. (Biblioth. de philos, contemporaine, Alran éditeur.)

apprendre la musique e1 la broderie, lire des romans, aller dans le inonde : le moyen de lui parler des graves soucis de la maternité el de lui donner cette solide culture de l'esprit qui la préparerait si bien à porter légèrement ces soucis et ces responsabilités! Aussi regardez-la aux prises avec un caractère qui se développe el qui <-st soumis à sa garde et à ses soins : quelle ignorance des faits qu'elle doit diriger et quel aveuglement dans une direction qui demanderait tant de clairvoyance et de lucidité qu'à peine les plus éclairés en sont capables. Elle ne sait rien de la nature des [émotions, de leur ordre de développement, de leur rôle, du point précis où finit l'usage, où commence l'abus. Elle s'imagine quïl y a des sentiments absolument mauvais, d'autres absolument bons quel que soit leur degré : deux opinions également fausses de quelque sentiment qu'il s'agisse. Ne connaissant pas l'organisme et la structure de l'enfant, elle ne saurait connaître davantage les effets de tel ou tel traitement. Quoi de plus inévitable que les résultats désastreux dont nous sommes journellement témoins? Ignorant la nature et la marche des phénomènes de l'esprit, son intervention est plus nuisible que ne serait une abstention complète. Telle série d'actions qui eussent été régulières et bienfaisantes, elle les entrave continuellement au grand détriment du bonheur et de l'avenir de son enfant dont elle altère ainsi le tempérament, comme elle gâte le sien propre, et dont elle s'aliène l'affection. Pour le porter à telle action, elle emploie tel motif dangereux : la crainte, l'intérêt, l'orgueil, et n'obtient ainsi que l'acte extérieur, développant au dedans les pires défauts, l'hypocrisie, la peur, l'égoïsme, au lieu des bons sentiments. Elle préconise la sincérité et lui donne constamment des exemples de mensonge, en proférant des menaces qu'elle n'exécute pas. Elle lui prêche la domination sur soi-même sans songer à se dominer et sans s'apercevoir qu'elle le gronde avec humeur pour des peccadilles. Elle ne se doute pas de cette vérité que dans la nursery comme clans le monde il n'y a qu'une seule discipline vraiment salutaire, qu'un

seul juge de toutes nos actions bonnes ou mauvaises, l'expérience des conséquences naturelles ' ; ces conséquences sonl les plaisirs et les douleurs qui dérivent de nos actes en vertu de la nature même des choses. Sans théorie qui puisse la diriger, entièrement incapable de prendre pour guides la lumière des faits et l'ordre même du développement mental <le son entant, elle n'écoute qu'un instinct aveugle, et l'incohérence de ses idées produirait presque toujours les plus tristes résultats, n'était la tendance dominante du jeune esprit à revêtir le type normal de la race, tendance qui lutte victorieusement contre toutes les influences secondaires.

La culture de l'intelligence n'est-elle pas à son tour dirigée exactement de la même manière? Puisque l'intelligence a des lois, puisque ces lois règlent son évolution, il s'ensuit évidemment qu'il n'\ a pas de véritable culture

intellectuelle >ans la connaissance de Ces lois. Supposer

que l'on peut régler la formation des idées et les faire entrer dans le trésor de l'esprit sans comprendre comment se forment et s'emmagasinent les idées, quelle absurdité! Qu'il y a loin de l'enseignement tel qu'il est à l'enseignement tel qu'il devrait être, mais aussi qu'il \ a peu de maîtres et surtout de parents qui sachent un peu de psychologie! Aussi notre système actuel d'éducation est-il extrêmement défectueux dans le fond et dans la forme. Les choses essentielles, on les passe SOUS silence :

ce qu'on enseigne est nuisible en soi et nuisible par la manière dont on l'enseigne. Sous l'empire de ce préjugé qui fait voir toute L'éducation dans les livres, les parents mettent les premiers livres en . • les mains des enfants beaucoup trop tôt et à leur grand détriment. Ils ne songenl pas que le livre est un instrument complémentaire, un moyen indirect destine à suppléer les moyens directs

1. J.-.I. Rousseau est, surce point, le précurseur de M. U. Spencer. « Loin

itteotif ;i éviter qu'Emile in- se blesse, ,i<' serais fort fàohé qu'il ne se

jamais, ci qu'il grandit sans connaître la douleur. Souffrir est la pre-

prière chose qu'il doit apprendre, et <* ** 1 1 » - qu'il aura le plus grand besoin de

■avoir. Il semble que les enfants ne soient petits et faibles que pour prendre

ces importantes leçons sans danger. » {Emile. 1. I«r.)

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quand ils nous manquent, un*' sorte de procédé artificiel qui nous fait voir par les yeux d'autrui quand non- ne pouvons voir par nos propres peu* : aussi oos maîtres sont-ils toujours prêts à nous donner des faits de seconde main el une science puremenl livresque. Ds ne soupçonnent pas l'immense valeur de L'éducation spontanée de nos premiers ans; ils ne comprennent pas l'esprit d'observation qui est naturel àl'enfant et ils l'étouffent, an lieu de le favoriserde tout leur pouvoir, de l'éclairer et de l'étendre : ils s'acharnent .:i fixer s<-s yeux el sou i sui' des objets et des idées qui répugnent h son âge ou qu'il ne comprend pas. Endurcis dans ce préjugé superstitieux qui leur fait adorer les symboles de la science au lieu de la science même, il est une vérité toute simple qui leur échappe absolument : c'est qu'il faut d'abord connaître ce qui se voit et ce qui se l'ait dans Ja maison, dans la rue, dans la campagne, et puiser le plus possible à ces sources d'observations avant d'vii ouvrir d'autres et de recourir aux livres1 : en effet, non seulement les connaissances immédiates ont plus de valeur réelle que les connaissances indirectes, mais encore ce n'est que dans la proportion même où l'on connaît les choses par expérience personnelle que l'on comprend les mots et qu'ils éveillent des idées dans l'esprit. Remarquez encore que cette instruction formelle et non réelle, on la commence trop tôt, on la poursuit sans tenir le moindre compte des lois du développement de l'esprit. La loi nécessaire du progrès intellectuel est d'aller du concret à l'abstrait : or, sans se soucier aucunement de cette loi, on commence par des

1. C'est ce que Rabelais, qui vivait cependant dans un siècle où i des livres offusquait et étouffait la science des faits et de la nature, mais qu était guidé par un bon sens supérieur, a parfaitement mis en lumière. On se rappelle l'étrange méthode de maître Jobelin Bridé et de maître Thubal Holol'erne : A leur école, le pauvre Gargantua n'avait appris que des mots et des arguties scolastiques, « et qui pis est, en devenait fou, niais, tout resveur etrassoté. » Ponocrates, son nouveau précepteur, ne rejette, certes, pas la science des livres, mais voici comment il en use avec son élève : il lui fait premièrement observer les choses, étudier la nature, visiter les artisans, tout cher et palper, pour ainsi dire, la réalité, et ce n'est qu'après avoir vu de ses yeux, touché de ses mains, qu'il compare sa propre science à celle que l'on trouve dans les livres « la conférant avec les livres des Anciens qui en ont escript. »

études abstraites, par exemple la grammaire qui, loin d'être placée au début, devrail être reléguée <:i la lin «les études. La géographie politique, science morte et sans intérêt pour L'enfant, devrait n'être qu'un appendice à la sociologie ; or, on l'étudié de bonne heure, tandis qu'on laisse à peu près de oôté La géographie physique que l'enfanl comprendrait mieux et qui l'intéresserail bien davantage. Dans chaque étude L'ordre est interverti : on donnedes définitions, des règles, des principes au lieu de les faire découvrir et de les tirer, comme le veut l'ordre naturel, de l'observation des cas particuliers, Puis, brochant sur le tout, vient la détestable habitude de faire apprendre par cœur, excellent moyen de sacrifier L'esprit à la Lettre. Aussi voyez les résultats : les perceptions naturelles émoussées par des études premières mal dirigées et qui concentrent sur des livres toute L'attention de L'esprit ; La confusion et L'obscurité dans l'intelligence de L'enfant, parce qu'on lui a enseigné ce qu'il ne pouvait pas encore comprendre, et que dans chaque science on a fait passer les généralisations avant les faits dont elles dérivent; L'élève réduit à l'état de simple récipient di^ idées d'autrui au lieu d'être un chercheur curieux qui s'instruil Lui-même; le cerveau fatigué etles facultés surmenées, et, comme résultat, un bien petit nombre d'esprits donnant ce qu'on était en droit d'attendre d'eux. Un passe ses examens et adieu les Livres! Les connaissances acquises, faute d'être organisées et coordonnées, se dissipent et s'oublient, le peu qu'il en reste est Lettre morte, parce qu'on n'a pas cultivé l'art de les appliquer aux réalités, parce qu'on n'a pas développé en soi le talent d'observer avec exactitude ci de penser par soi-même. Ajoutez (pie, si l'on n'acquiert ainsi que des connaissances de mince valeur, on néglige du même coup une niasse immense de faits cl d'idées dont la valeur est incalculable.

Ainsi, nous trouvons que les laits répondent exactement à nos prévisions théoriques. L'éducation physique, morale et intellectuelle des enfants est absolument défec-

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tueuse, el cela en grande partie parce que les parents smii étrangers à la science qui seule pourrai! les guiderel les conduire directement au but. Quel bon résultai peuton espérer quand on voil qu'un des problèmes les plus Inextricables s'impose à des gens absolument incapables dele résoudre parce qu'ils Lgnorenl fes principes sur lesquels il faudrait s'appuyer? Pour faire un soulier, pour bâtir une maison, pour diriger un navire ou une locomotive, il faut un long apprentissage : s'imagine-t-on que, pour développer un être humain dans s*. m corps el dans son esprit, il suffise d'employer des moyens comparativement si simples que le premier venu en soit capable sans la moindre préparation antérieure? Et s'il n'en v;i pas ainsi, si au contraire ce dévouement d'un être humain esl le plus complexe, à part une seule exception1 que la nature nous offre, si par conséquent la tâche de le seconder est d'une extrême difficulté, n'est-ce point déraison et folie que de ne point préparer l'homme à cette tache? Certes, il vaudrait mieux sacrifier bien des arts d'agrément que d'omettre cette étude essentielle. Quand un père, sous l'impulsion de faux principes acceptés les yeux fermés, s'est aliéné l'affection de ses enfants, lésa poussés par sa sévérité h la rébellion, et s'est fait ainsi l'instrument de leur malheur et du sien, je souhaiterais qu'il réfléchît un peu, regrettant de ne pas s'être pénétré d'éthologie2 plutôt que des tragédies d'Eschyle. Quand une mère pleure son premier-né, qui a succombé aux suites d'une fièvre scarlatine, qu'un médecin sincère lui a confirmé cette triste vérité dont elle se doutait déjà que son enfant pouvait être sauvé si sa constitution n'eût été d'abord affaiblie parl'abusdel'étude,quandcette mère reste écrasée, anéantie sous le poids du chagrin et des remords, que c'est une petite consolation pour elle de pouvoir lire le Dante dans le texte !

1. La sociologie est encore plus complexe que la biologie et que la s.-ience de l'éducation, car elle les enveloppe et les suppose.

2. L'éthologie est une partie de la psychologie : c'est la science des variétés de l'espèce humaine, des caractères de l'homme, et ou distingue l'éthologie des races, des peuples et des individus.

En résumé, pour diriger l'activité humaine s'exerçant sous la troisième forme que nous avons reconnue, il faut posséder une science spéciale : la science des lois de la vie. Il faut absolument être un peu familiarisé avec la connaissance des principes de la physiologie et des vérités élémentaires de la psychologie pour savoir élever les enfants. Nous ne doutons pas que cette vérité ne soit accueillie par un sourire. Demander que les parents étudienl une science si abstruse, voilà ce qu'ils taxeront d'absurdité, si nous demandions que les pères et les mères possédassent une connaissance approfondie et complète de ces matières, nous tomberions en effet dan6 un paradoxe insoutenable. Mais il n'en va pas ainsi : «1rs principes généraux, des exemples bien choisis pour les faire comprendre, il D'en faut pas davantage. On pourra même donner cet enseignement sous la forme de préceptes reconnus et arrêtés en évitant toute discussion philosophique. Eu lout cas, voici 1rs faits désormais hors de doute : l«i développement physique et intellectuel des enfants est soumis a des lois; si les parents ne se conforment pas du lout à ces lois, c'est la mort à brève échéance; s'ils ne s'y conforment que dans une certaine mesure, c'est pour le corps el pour l'esprit la maladie et la faiblesse; ce n'est qu'en s'y conformant complètement que l'on peut élever l'enfant à la pleine perfection de Ba nature. Qu'on juge donc si. pjour lous ceux qui sont destinés à avoir ces enfants, s'instruire de ces lois n'est pus la plus impérieuse des obligations.

Des devoirs <\r> parents passons maintenant aux devoirs des citoyens. Nous avons à chercher quelles sont 1rs connaissances qui rendent un homme capable de bien remplir ses fonctions de citoyen. On ne peut pas dire que ce genre de connaissances soit totalement oublié dans l'éducation actuelle : nos programmes renferment

i-' Il ERB i.HT S!'i

certaines études qui s'y rapportent et, 'lu moins en théorie, recommandent l'étude fie nos devoirs politiques et Bociaux. Examinons la seule étude 'le ce genre a laquelle on accorde une place importante, l'étude 'le l'histoire.

.Nous l'avons déjà remarqué, l'enseignement qu'on donne communément sous ce nom est des plus illusoires si on l'envisage au poinl «le vue de son utilité pratique1. Dans nos cours classiques d'histoire, à peine rencontret-on quelques faits propres à mettre en Lumière les vrais principes de l'activité politique; dans les livres écrits pour les adultes, on. n'en trouve pas beaucoup plus. Quelles lumières voulez-vous que des biographies de souverains et nos enfants n'apprennent guère autre chose jettent sur les causes du développement des nations? Intrigues de cours, complots, usurpations, quand on saurait tout cela sur le bout du doigt, on serait fort peu avancé sur cette science des causes du progrès national qui seule importe. Voulez-vous une esquisse de tous nos livres d'histoire? Il y a eu contestation pour le pouvoir souverain, d'où bataille rangée; les généraux s'appelaient de tels noms de tels noms leurs lieutenants; il y avait tant de mille cavaliers, tant de mille fantassins, tant de batteries de canon ; les armées en présence furent disposées en tel ou tel ordre; on manœuvra, on prit l'offensive, on battit en retraite de telle et telle manière ; à une certaine heure de la journée désastre, à une autre heure victoire ; dans ce mouvement cet officier fut tué, et dans cet autre ce régiment fut décimé ; après force péripéties ce fut telle armée '

1. Comparez J.-J. Rousseau : « Par une erreur encore plus ridicule, on leur fait étudier l'histoire [aux enfants]; on s'imagine que l'histoire <'st a leur portée parce qu'elle n'est qu'un recueil de faits. Mais qu'entend-on par ce mot de faits? croit-on que les rapports qui déterminent les faits historiques soient si faciles à saisir, que les idées s'en forment sans peine dans l'esprit, des enfants? Croit-on que la véritable connaissance des événements soit séparable de celle de leurs causes, de celle de leurs effets, et que l'historique tienne si peu au moral qu'on puisse connaître l'un sans l'autre? Si vous ne voyez dans les actions des hommes que les mouvements extérieurs et purement physiques, qu" apprenez-vous dans l'histoire? absolument rien. >• [Emile, 1. II. Voy. encore le livre IV du même ouvrage.)

qui remporta définitivement la victoire, et finalement il y eut de chaque côté tant de tués, tant de blesses, tant de prisonniers. Eh bienl de tous les détails accumulés dans cette narration, cherchez quel est celui qui vous renseignera et vous éclairera sur voire conduite de citoyen. Vous avez lu, je suppose, « Les quinze batailles décisives de l'histoire; » vous avez lu en outre les récits de toutes les batailles donl le souvenir est resté dans la mémoire des hommes : quelle lumière en retirerez -vous pour éclairer votre voie dans [a prochaine élection? o Pardon, direz- vous, ce sont là des faits et des faits fort intéressants.» J'en conviens, ce sont des faits, — quand ce ne sont pas des fables OU tout au inoins des tietions dont le fond seul est vrai1, — et j'a\oue même que, pour beaucoup, ce sont des faits intéressants. En sont-ils pour cela plus utiles à connaître? Il y a des goûts artificiels ou dépravés qui attribuent une immense valeur à ce qui n'en a réellement aucune. Le tulipomane ~ ne céderait pas un oignon rarissime pour son pesant d'or. Il y a des gens qui désirent passionnément une pièce de porcelaine de Chine laide el fêlée. Il y en a d'autres qui achètent fort cher quelques reliques d'un assassin fameux. Oserat-on soutenir que ces manies donnent une exacte mesure de la. vraie valeur de leur objet ? Assurément non ; dès lors on admettra que l'intérêt passionné que l'on peut

1. La Bruyère di1 judicieusement : « Une chose arrive aujourd'hui, et presque bous dos yeui : cent personnes qui l'ont vue la racontent <l<- cent façons différentes; celui-ci, s'il est écouté, la dira encore d'une manière qui n'a pas été <lii<'; quelle créance donc pourrai-je donner a des faiis qui sont anciens et éloignés de non-; par plusieurs siècles? I . Ce scepticisme historique serait exagéré. La Bcienoe qui a pour mission de démêler le vrai do faux en histoire B'appelle critique historique.

■J. « Le fleuriste a un jardin dans an faubourg; il y court dès le lever «lu Boleil, et il en revienl à bod coucher; vous le voyez planté el qui a pris racine ;ui milieu de ses tulipes et devant la solitaire; il ouvre de grands yeux, il frotte ses mains, il se baisse, il la voil de plus près, il ne l'a jamais vue si belle, il a le cœur épanoui de joie : i! la quille pour V orientale; de là, il va à l,i veuve; il passe au ilnip d'or, de celle-ci, a l'agate, d'où il reviènl enfln ii la solitaire, où il se fixe, où il se lasse, où il s'assied, où il oublie de dîner : aussi est-elle nuancée, bordée, huilée, ;i pièc< - emportées ; elle a un beau ■■ ou un beau calice; il la contemple, il l'admire . et s. La Bruyère, De la mode. Voy., ' la suite, l'amateur de fruits, l'amate ir de médailles, l'amateur d'estampi

prendre h certains récits historique* n«-i pas du tout la marque infaillible de La réelle importance des faits qu'ils relatent, et qu'il est nécessaire, pour bien juger de cette importance, de procéder comme Lorsqu'il B'agil des autres laits, c'est-à-dire de se demander quel esl leur usage, quelles sonl leurs application.-, si l'on vous apprend que Le chat du voisin a l'ail ses petits hier, c'esl un l'ail dont on vous informe, mais un fait san> valeur. Voilà donc un l'ait parfaitement inutile a connaître, un l'ait qui ue saurait avoir la plus petite influence suc vos action-, un fait qui n'a pas le moindre rapport à cette \i." pleine et complète à laquelle vous essayez d'atteindre. Eh bien! faites subir la môme critique à la grande masse des faits historiques et vous aboutirez à la même conclusion. Ge sont des faits assurément, mais des faits dont il n'y a rien à tirer, des faits, si l'on peut dire, inorganisables. Voilà pourquoi ces faits ne peuvent d'aucune manière servir à tracer une ligne de conduite, ce qui est pourtant la principale utilité des faits. Lisez-les, si le cœur vous en dit, pour votre plaisir, mais ne vous flattez pas d'y puiser une réelle instruction,

Ce qui constitue l'histoire digne de ce nom, c'est précisément ce que la plupart des ouvrages d'histoire passent presque toujours sous silence. Il n'y a que quelques années que les historiens ont commencé à nous donner un peu largement des connaissances vraiment utiles. Jadis le roi était tout et le peuple n'était rien : de même, dans les anciens livres d'histoire les actions du roi formaient les premiers plans du tableau dont la vie nationale n'était que le fond obscur et confus. De notre temps, le bien des nations est devenu l'idée dominante et l'intérêt des princes a été rejeté au second plan ; aussi les historiens commencent-il à se préoccuper sérieusement des phénomènes du progrès social. Ce qui est vraiment essentiel à savoir, c'est l'histoire naturelle de la société. Les faits que nous voulons connaître sont tous ceux qui nous aideront à comprendre le développement et l'organisation d'un peuple. Plaçons au premier rang la des-

cription historique de son gouvernement : mais qu'il soit entendu qu'on éliminera le plus possible les commérages sur les personnes et qu'on insistera de toutes ses forces sur les ressorts qu'il met en jeu, les principes dont il dérive, l--i méthode qui le guide, les préjugés dont il est imbu, les corruptions qui l'altèrent, puis, qu'on ne s'en tienne pas au pouvoir central, à sou caractère et à sou action, mais qu'on le suive dans les pouvoirs qui en sont dérivés el jusqu'à ses dernières ramifications. Ayons égalemenl une description parallèle du gouvernement ecclésiastique, de son organisation, de sa ligne de conduite, de sa puissance, de ses relations avec l'Etat et ajoutons \ encore son cérémonial, ses dogmes, ses idées religieuses, je n'entends pas seulement celles que l'on professe en théorie, mais surtout celles qui constituent le Pond même des croyances et ta règle «le la conduite. Sachons aussi quelle a été l'influence exercée par une classe sur une classe, influence qui se révèle dans les étiquettes sociales, titres, salutations, formules de politesse1. Pénétrons dans la vie même du peuple et dans le> usages qui régnent dans la famille et hors de la famille, sans oublier ceux qui ont trait aux relations des

(\ru\ sexes et aux rapports des parents avec leurs enfants. Les superstitions même, depuis les mythes les plus importants jusqu'aux charmes et aux sorcelleries, devront être soigneusement indiquées. Ensuite, il faudrait connaître les grands traits du système industriel: comment on pratiquait la division du travail; quels étaient les règlements commerciaux; s'il y avait des castes, des corporations ou s'i] n'\ <".i avait pas: quels étaient les rapports des patrons el des ouvriers ; pai quelles voies se faisait la distribution des produits;

quels étaient les iiinyns de conununica t ion et les signes

représentatifs des valeurs. En outre, il faudrait rendre

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