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CHAPITRE III

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I. Conditions générales de l'attention. — Cette importante faculté de l'intelligence a pour conditions ordinaires des mobiles ou stimulants émotionnels, des motifs ou stimulants intellectuels, grâce auxquels elle s'attache à certains objets ou s'en déprend, et des mouvements correspondant à des états mentaux, les suggérant et suggérés par eux. Exercer Tattention de l'enfant, c'est profiter de ces conditions ou les produire, en sorte que l'habitude en devienne plus facile. Ces raobilesy ces motifs et ceâ" suggestions opèrent à chaque instant sur l'attention de l'enfant, en dehors et en dépit de notre surveillance et de notre volonté. Il est à Técole de tous et de toutes choses avant d'être à la nôtre. Il appartient à son milieu physique et social, à l'entourage et aux circonstances, plus qu'il n'appartient à la famille. Raison de plus de chercher à contrôler l'éducation naturelle qu il reçoit ou se donne, à y introduire, quand nous le pouvons, une sélection et une direction profitables, en somme, à remplir à son égard, aussi consciencieusement et aussi largement que possible, notre rôle d'excitateurs et de modérateurs, c'est-à-dire d'éducateurs.

II. Les mobiles de l'attention. — Les mobiles, sensations, inclinations et sentiments, qui mettent en

jeu la volonté, sollicitent également rattention, qui a avec elle des rapports si étroits. La psychologie générale et la connaissance du cœur humain nous indidiquent les modes principaux et assurent les grandes lignes de cette influence ; mais la nature particulière de chaque individu réclame souv<»nt une application spéciale de ces puissants moyens de suggestion.

Pour ce qui regarde le côté général de la question, M. Ribot a dit à peu près tout ce qui suffit. On peut, avec lui, distinguer trois périodes plus ou moins tranchées, selon la prédominance des mobiles divers de Tattention. Dans la première dominent a l'action des sentiments simples, la crainte sous toutes ses formes, les tendances égoïstes, l'attrait des récompenses, les émotions tendres et sympathiques, cette curiosité innée qui est comme Tappétit de Tintelligence et qui se rencontre chez tous à quelque degré, si faible qu'il soit. Dans la deuxième période^ l'attention est suscitée et maintenue par des sentiments de formation secondaire : Tamour-propre, l'émulation, l'ambition, l'intérêt au sens pratique, le devoir, etc. La troisième période est celle d'organisation : Tattention est suscitée et maintenue par l'habitude. » Les divers mobiles « ont créé par répétition un entraînement durable .. Le seul fait d'être placé dans une certaine attitude, un certain milieu, entraîne le reste, et l'attention se produit et se maintient moins par des causes actuelles que par des causes antérieures accumulées ; les mobiles habituels ont pris la force des mobiles naturels (1). »

Ainsi les mobiles égoïstes, espérance d'un plaisir,

(1) Psychologie de l* attention, p. 54.

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crainte d'une peine, seront les plus ordinairement employés dans la première période, pour faire naître l'attention. Mais déjà les mobiles altruistes, Taffection, Tamour-propre, une rudimentaire curiosité, s'ajoutent aux mobiles sensoriels. A nous de voir quels mobiles, et à propos de quels objets, sont à mettre en œuvre de préférenoe, selon les individus et selon les circonstances. Plus Tenfant est jeune, plus l'effet du mobile, surtout de la crainte, doit être prochain : la menace d'un déplaisir plus ou moins éloigné, et dont la réalisation ne paraît pas certaine, influe moins que les promesses d'émotions agréables, et, en général, les mobiles positifs plus que les mobiles négatifs.

Si les divers mobiles dont il vient d'être question n'agissent pas également sur tous les enfants, ils n'opèrent pas toujours de la même manière sur le même enfant. L'état de santé, la fatigue, même la fatigue du jeu, lappétit non satisfait, la satiété, la préoccupation vague d'une peine récente, une association d'idées intervenant à l'occasion d'une certaine personne ou à l'apparition d'un certain objet, combattent l'action de mobiles très puissants dans d'autres moments. N'oublions pas surtout que les mobiles peu énergiques sont à préférer, soit pour exciter, soit pour maintenir l'attention, s'ils y réussissent, et qu'il ne faut en aucun cas abuser des mobiles, ni les multiplier ni les renouveler outre mesure. En effet, l'élément émotionnel précède en général l'exercice de l'attention, mais il doit ensuite lui être subordonné, sous peine de distraire ou d'accaparer pour lui seul l'attention. Surtout à partir de la troisième ou de la quatrième année, il convient de ne faire appel aux PiRXz. — L'Education Intellectuelle. 6

mobiles que quand on ne peut pas s'en passer : déjà l'attention artificielle, d'habitude, d'entraînement, de curiosité intellectuelle, doit avoir acquis un certaia développement.

L'attention dans ses rapports avec les mouvements. — Si, au poitit de vue subjectif, l'attention peut être considérée comme la persistence d'une ou d'un petit nombre de perceptions ou d'idées distinctes, elle implique, organiquement, la production « d'une plus grande énergie psychique dans certains centres nerveux,* avec une sorte de catalepsie temporaire des autres centres. » Cette inhibition cérébrale, analogue, en petit, à celle qui accompagne l'idéation hypnotique, se manifeste au dehors par une adaptation et par un arrêt de mouvements. L'activité proprement intellectuelle peut même souvent être mesurée par la capacité de répression des mouvements inutiles à Tattention. La rareté des mouvements, chez les apathiques, est loin d'indiquer, il est vrai, l'exercice de Tattention; cependant chez eux, comme chez les vifs et les ardents, la règle générale est que la diffusion des mouvements accompagne la diffusion des idées.

Il y a deux observations à faire à cet égard : la première, c'est qu'en vertu de l'excitabilité des états psychiques par les mouvements qui leur sont naturellement ou artificiellement associés, l'intérieur se moule sur l'extérieur. C'est pourquoi faut-il en général respecter l'attitude de l'enfant manifestement attentif. Voulons-nous le rendre attentif, nous devons savoir, d'après notre connaissance générale des enfants et notre connaissance particulière de

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Tenfant que nous élevons, quelles sont les attitudes à lui suggérer ou à l'interdire.

Mouvements excitants. — Parlons d'abord des . attitudes suggestives. Les nôtres influent largement sur l'attention de Tenfant à mesure qu'il devient plus capable de les imiter et de les comprendre. Voyez-le, disais-je, ailleurs, jambes jécartées et jarrets tendus, observer les mouvements ténus d'une araignée encotonnant sa proie ou agençant les fils argentés de sa toile; ou bien, la tête redressée, la bouche entrouverte le tronc penché et les jambes pliées; admirer la lente ascension d'un cerf-volant dans les airs; ou, frétillant de la tète et des quatre membres, le cou secoué de rapides frissons, essayer de suivre l'essor glissant ou saccadé de l'hirondelle sur les eaux tranquilles ; d'autres fois, le corps raidi d'une tension oblique, les yeux fixes et à fleur de tète, la respiration contenue, la joue empourprée, une jambe en avant, les bras infléchis et avancés, imposant en quelque sorte silence à tous ses organes, sauf aux organes de perception, épier sans vouloir l'efïrayer le beau poisson qui joue dans l'eau limpide. Vous pouvez noter là nombre de mouvements instinctifs et de mouvements appris, imités, qui sont des stimulants ou des effets de l'attention (1).

Puisque l'enfant imite si aisément nos façons d'agir et de nous tenir, fournissons-lui souvent, par notre exemple, l'occasion d'être attentif : ces suggestions motrices lui seront plus utiles que nos exhortations, nos préceptes et surtout nos gronderies. Toutefois ne le croyons pas attentif par cela seul qu'il

(l). UEntàni de trois à sept ans, 3* édition, p. 116.

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prend, à notre exemple ou de lui-même, les attitudes de l'attention : nos questions, les siennes, ses réflexions et ses actes, nous indiqueront ce qu'il en esta cet égard.

Il ne faut pas, du reste, s'exagérer les difficultés que Tatlention trouve à naître ou à se maintenir chez les enfants particulièrement lents ou vifs. Les uns et les autres ont leur façon d'être attentifs ou distraits. J'ai là sous les yeux une fillette de six ans et un petit garçon de trois ans et demi, enfants d'ouvriers parisiens. Berthe est lymphatique comme sa mère, et le garçon nerveux comme son père, petit-fils d'un Basque. Il faut voir de quelle façon Berthe tient un petit ouvrage de couture et associe les pièces d'un patron, avec les gestes mesurés et délicats d'une couturière de la maison, son amie. Le pétulant Marins, qui sait déjà sauter, danser, cabrioler et mimer, avec un entrain imitant de très loin celui de son père, dès qu'il se met à ses jouets ou à ses images, un vrai travail pour lui, prend immédiatement les poses de son père burinant ses pièces de graveur : la tête immobile, les yeux fixes, les mains agiles et le corps soulevé parfois d'une brusque secousse. Nos exemples viennent donc souvent à bout du tempérament et du caractère, qu'il s'agisse d'attention ou de toute autre opération intellectuelle.

Pour un enfant de vingt à vingt-cinq mois, ces leçons, qui réclament une attention soutenue, ne doivent pas dépasser quelques minutes. Elles ne durent guère plus avec l'enfant de deux à trois ans, et guère davantage avec l'enfant de quatre, de cinq, de six ans. Elles peuvent, d'ailleurs, chaque jour, ou presque tous les jours, être suivies d'une courte his-

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toriette se rattachant autant que possible par quelque détail important à l'objet de la leçon du jour. Ces petits récits sont faciles à inventer, et les livres dans lesquels la mère pourra au besoin trouver des modèles, ne manquent pas ; mais il convient d'imiter ces modèles sans les reproduire servilement. Rien ne vaut, en fait d'instruction, comme en fait d'éducation, l'initiative que l'on sait donner à Tenfant et se donner à soi-même. Souvent la leçon se termine par un exercice musical, une chansonnette plutôt gaie, qu'accompagne naturellement la voix de l'enfant. Ensuite, quelques gambades ensemble ; puis, les jouets, grande ressource de distraction et de réfection des organes, plutôt que d'instruction proprement dite. L'enfant s'v amuse avant tout ; mais souvent son attention s'y applique sans se lasser, et il y trouve de lui-même un rapprochement avec quelques-unes des choses tout fraîchement apprises. Qu'il le fasse ou non, n'en ayez cure, ne lui en dites rien, à moins qu'il ne vous fasse part de ses réflexions. Le jeu de l'enfant est sacré, c'est sa chose.

Les jeux ( 1 ) . — A ce propos, quelques mots sur les jeux. Beaucoup d'auteurs ont exagéré la valeur ins-

(1) Entre autres, Preyer et Sikorskj, justement critiqués par Colozza, dans son excellent livre t // giuoco », et par Fornelli dans Tintroduction de ce livre. Je trouve des exagérations peut-être beaucoup plus graves, mêlées à des idées fort suggesUves, dans l'ouvrage de M. Seguin sur VEducation des enfants normaux et anormaux, pp. 59 et suivantes. Ainsi: « Les enfants qui n'ont pas de jouets saisissent la réalité fort tard et n'atteignent jamais à l'idéal. Le^ jouets sont des moyens intermédiaires d'expérience entre la grande réalité de la vie et la faiblesse de l'enfant. — Enlevez la poupée, et du même coup,

tructive du jeu. Ils en ont fait un synonyme d'expérimentation raisonnée. Ce serait, d'après eux, le principe et rinstrument de toute la première éducation. Sans doute, le jeu peut mettre en éveil toutes les facultés intellectuelles, mais cela n'arrive que par instants, lorsque l'exécution en est difficile ou mal comprise. La difficulté surmontée, le jeu appris, le plaisir, qui en est la fin essentielle, avec la libre expansion des mouvements, peut bien rester, mais la participation de rintelligence n'y est plus qu'illusoire. Les jeux qui offrent le plus les apparences de l'expérimentation et du raisonnement ont, d'ailleurs, la plus grande facilité à tourner à l'automatisme.

En dehors des jeux plus ou moins spontanés, où ractivité de l'enfant se déploie tout entière, il est une loule de moyens propres à favoriser ses attitudes attentives. Les genoux de la mère, voilà le premier banc d'école. Bien assis, reposant contre son cher appui, d'un mot, d'un geste, d'une caresse, sa mère, une main passée autour de son cou, n'a pas de peine h l'immobiliser pendant quelques minutes, pour le faire écouter ou regarder ce qu'elle veut qu'il écoute ou regarde. La chaise haale, qui égalise le niveau des têtes, et qui rapproche à tant d'égards le petit homme

vous enlevez du cœur et de Tesprit les sentiments ot les images, la poésie, toute aspiration, toute expérience «lèjà prête pour l'application à la vie réelle. — Les jouets parlent aux sentiments alors que l'esprit n'est pas encore ouvert à la raison ; les livres nu peuvent apprendre ce que les jouets inculquent à l'enfant ; les nations qui ont le plus de jouets sont aussi celles qui ont le plus d'individualité, d'idéalisme et d'héroïsme (I) ; si vous dites avec quels jouets s'amusent vos enfants, on peut vous prédire quelle sorte de femmes ou d'hommes ils deviendront. ))

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des grandes personnes, placée à côte du siège de sa mère, permet à celle-ci de devenir la première table de travail. La-dessus, on feuillette ensemble un livre d'images (une petite fille de deux ans et demi appelait cela lire ses images) ; on indique, en touchant du bout du doigt, Timage interprétée ou la couleur désignée, ce qui a le double avantage de produire une économie de mouvements et de donner par avance à l'enfant le respect du livre et de Tceuvre d'art. Là, et bientôt devant la table, on commence à explorer des yeux et des mains des objets de diverse nature et de différentes formes, qui donnent les premières notions de couleurs, de dimensions, de poids, de distance, de température, d'odeurs, etc. .

Quand l'enfant est déjàgrandelet, des jeux divers (est-il besoin de les énumérer ?) peuvent devenir une application ou une répétition des exercices d'instruction. Beaucoup de fillettes, autour de moi, en sautant à la corde, répètent plus exactement qu'en classe la série des nombres jusqu'à vingt, trente ou quarante ; mais comptez-donc sur cela pour leur inculquer les plus simples éléments d'arithmétique ! Le profit que l'attention peut en retirer ens'exerçant avec agilité et précision, est bien compromis, d'ailleurs, par la tendance qu'ont ces jeux , soi-disant instructifs, comme tous les autres, à s'énerver dans la routine.

Mouvements supprimés. — Il nous faut parler maintenant de l'attention aidée ou provoquée par la suppression des mouvements. Ici un mot, un geste, un ton d'autorité, une simple indication, suffisent très souvent. Rien de systématique ni d'outré. Le docteur Sikorski ne me paraît pas avoir su éviter ce

double écueil dans les observations suivantes, sur lesquelles je crois cependant utile d'appeler Tattention des parents.

« Uallaitement de l'enfant à des intervalles réguliers est le premier moyen pour Thabituer à supporter la faim, qui devient très intense dans le moment de l'allaitement. Lorsque Tenfant commence à prendre la nourriture des adultes, des exercices systématiques deviennent très utiles. Je me suis servi pour mes propres enfants de la méthode suivante, que je trouve très pratique. Tous les matins le lait était chauffé sur une lampe à esprit de vin, en présence de Tenfant, et cela dans un but pédagogique spécial. Le procédé de l'ébuUition du lait et de son refroidissement consécutif qui exige de quinze à vingt minutes, offrait» Tenfant un divertissement instructif, et lui servait d'école pour apprendre à supprimer la sensation désagréable de la faim.

Les enfants auxquels on fournit le lait tout préparé ne savent point comment cela se fait, et demandent à manger, le matin, dès qu'ils sont réveillés. Or, c'est présisément ce moment de la faim la plus intense qui est surtout propre à l'exercice de la volonté* L'attention de l'enfant à tous les détails de la préparation de la nourriture est on général très grande, son attente est vive et sa volonté fort tendue. Dans ses conditions, la suppression de la sensation de la faim s'accomplit à l'aide des moyens les plus puissants dé la volonté et de la conscience. Pour peu qu'on agisse avec prudence, les enfants ne se montrent point fatigués ou irrités ; au contraire, Tattente constitue pour eux un passe-temps des plus instructifs. L'attente de son tour à table, pratiquée dans le

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même but par les parents, est aussi très utile ; mais elle doit avoir lieu tous les jours, et les adultes doivent s'y soumettre comme les enfants (1). »

Cet état expectant, qui a tout à la fois Tavantage de simplifier les mobiles et de mettre fortement en jeu la mémoire et l'imagination, puissants auxiliaires de l'attention, opère par inhibition ou arrêt de mouments. Il n'est pas un acte, un désir, un sentiment, excitant d'une manière énergique les tendances personnelles ou sympathiques du jeune enfant, qui n'en puisse de temps à autre fournir l'occasion : n'importe quel plaisir différé ou promis, celui de la nourriture, d'une caresse, d'un jeu, d'un cadeau, d'une promenade. On sait l'excitation produite chez un enfant de quatre ou cinq mois par les préparatifs de la sortie : pas un détail de cette opération, un objet y concourant, une attitude, un geste, une parole, un regard, pas une circonstance associée à cette grande affaire, n'échappent à l'œil brillant de l'observateur.

Le procédé décrit par le psychologue et pédagogue Russe est donc à retenir. Il y a cependant une grosse lacune à signaler. Sikorski nous montre le suggestionneur en action, mais comme un personnage quelque peu absirait : nous ne savons rien de ses allures, de ses gestes, de ses mines, de ses discours. Nous avons lieu cependant de le supposer opérant gravement, avec calme et méthode, avec une certaine sobriété de gestes et de paroles. Mettez à sa place un père nerveux, une femmelette agitée, une bonne étourdie, prodigue de manifesta-

(1). UEvcdution psychique de Venfanl, Revue phiL de mai 1885, p. 540.

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lions extérieures, allant et venant, rangeant, dérangeant, gesticulant, criant, riant, geignant, interpellant à tout propos et sans raison, gens, bêtes et choses : emporté et secoué par ce tourbillon d'impressions diverses, Tenfant, sans nul doute, ne perdra pas de vue les gros détails de Tintéressante préparation, mais son attention on négligera forcément plus d'un détail utile à connaître. Tort plus sérieux, chacun de ces exercices ratés lui fera perdre une bonne occasion d'appliquer et de développer son attention, ce qui a quelquefois autant d'importance que d'avoir appris quelque chose. Les parents et les maitres reprochent souvent à leurs enfants des habitudes d'étourderie ou d'indolence dont ils furent eux-mêmes les auteurs.

Autre observation, qui m'est suggérée par ma sœur, ancienne et excellente institutrice. S'il est bon de ne pas trop complaire aux désirs de l'enfant, il est peut-être maladroit de n'obéir pas régulièrement aux exigences de son appétit. L'estomac n'est pas si docile qu'il puisse se prêter bénévolement aux ruses que l'on prend avec lui. On peut tromper la faim, dit-on, dormir pour diner, écrire un livre comme le fit Montesquieu, je crois, pendant les instants perdus à attendre son dîner; il n'est pas hygiénique, il n'est pas utile de faire attendre le moment fi.xé des heures de repas. Il ne faut pas traiter l'estomac en serviteur: il est un peu notre maître, et un maître impérieux chez l'enfant. » Après avoir pris conseil du Sikorski, mes observations précédentes et cette dernière seront peut-être bonnes à méditer.

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