‹ L'éducation intellectuelle dès le berceauChapitre 12 sur 33 · L^ATTENTION · texte numérisé non relu

L^ATTENTION

tous les âges, c'est de respecter et d'exciter rinitiative deTenfant. Quand Jacotot déclarait qu'on peut s'instruire sans maître, il disait trop, et il se hâtait d'ailleurs de restreindre ce principe trop absolu en proclamant la nécessité, au moins pour le début, d'un maître vérificateur. On a aussi beaucoup exagéré, de nos jours, ce que Ton a appelé du nom barbare d'autodidaxie. En réalité, l'enfant apprend de nous avant d'apprendre par lui-même . Il ne travaillera jamais seul , à aucune époque de sa vie scolaire, pas plus aux écoles supérieures qu'au lycée, à l'école primaire ou à l'école maternelle. L'essentiel est qu'il travaille, qu'il apprenne et comprenne, qu'il observe et raisonne.

Sachons éveiller ou ranimer la curiosité et l'intérêt, sans lesquels il n'y a pas d'attention véritable : que l'enfant nous suive ou que nous le suivions, peu importe, pourvu quil travaille avec plaisir, avec entrain, qu'il aime à découvrir la vérité, et qu'on l'y aide, en laisant la moitié ou le quart du chemin avec lui. A nous de savoir discerner l'exacte part de collaboration que nous devons nous attribuer selon l'âge de reniant, son intelligence naturelle, sa curiosité native ou acquise et sa capacité actuelle d'attention.

Il importe, en second lieu, d'observer une gradation et une progression constantes en ce qui concerne les objets d'enseignement : passer du connu à Tinconnu par des transitions insensibles, du plus ou moins facile. On ajoute : aller du concret à l'abstrait, et du particulier au général, formule banale, souvent mal comprise et mal appliquée, et que je complèterais par celle-ci : revenir tour à tour de l'abstrait au concret, du général au particulier. A tout âge, et aussitôt qu'il peut entendre et parler notre langue,

Fenfant ne sait véritablement rien d'abstrait et de général que ce dont il peut, en l'analysant, restituer le concret et le particulier (1).

Un troisième conseil à donner, c'est qu'on ne prolonge pas l'attention, à propos d'objets uniques ou variés, au-delà des limites où la fatigue et la distraction commencent pour chaque enfant. Des parents observateurs sauront toujours reconnaître ce moment critique d'après des signes souvent imperceptibles à d'autres yeux qu'aux leurs. Cette règle, d'ailleurs, prend de l'élasticité, à mesure que s'accroissent les forces physiques et intellectuelles de l'enfant. Celui qui, de quatre à cinq ans, ne pourrait pas fournir sans effort et avec profit plus de six minutes d'attention, soit fixée, soit distribuée, sur des objets de sa compétence, peut a Tâge de six ou sept ans en dépenser une moyenne de quinze ou vingt minutes sur les mêmes matières. Je ne crois pas, malgré Tavis de plusieurs personnes, que la loi de la durée, dans les exercices d'instruction, doive, pour le jeune enfant, se subordonnner à la loi de la variété : il faut éviter de surmener son attention, en la renouvelant, comme en la fixant.

Ceci nous amène à parler des rapports de l'attention avec les principales opérations de l'intelligence.

MÉMOIRE ET ASS0GL4TI0N DES IDEES. — S'il est

vrai, comme on l'a dit, que la culture de la mémoire se confonde avec celle de l'attention, la réciproque serait vraie aussi. Si, pour rappeler la métaphore con-

(1) Voir sur ce point les explications fournies dans le Chapitre IV.

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