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sacrée, rattenlion est le burin de la mémoire, il est certain que les premières traces du burin en appe^ lent d'autres. Une certaine force, d'attention va d'ordinaire avec une mémoire tenace et précise, que celle-ci possède ou non les qualités de facilité pour retenir et de promptitude pour reproduire.
L'amplitude des souvenirs peut, il est vrai, fournir une abondante matière à des actes d'attention, mais plus souvent cause la distraction et l'éparpillement des idées. Cependant une mémoire heureusement organisée, c'est-à-dire, précise et tenace dans un certain nombre d'adaptations spéciales, n'entraneî pas toujours une attention imparfaite, exclusivement réservée à ces adaptations particulières,ce qui, du reste, à son importance pour leur développement. Mémo pour les esprits médiocres, la mémoire spéciale des sons parlés ou musicaux, des couleurs, des formes, des nombres, des lieux, des noms propres, des dates, n'implique pas une capacité d'attention très limitée pour tous les autres ordres d'images. L'orientation particulière d'une intelligence n'a pas nécessairement pour effet d'exclure les données qui ne sont pas dans sa sphère d'activité. Dès le premier âge, bien certainement, tous nos centres nerveux sont en action : il se dépense une attention latente incalculable, et il s'acquiert des richesses de mémoire sans lesquelles le travail ultérieur serait impossible.
Quoi qu'il en soit, dès le début de la vie, et toujours, il n'y a pas d'intelligence absolument dénuée de mémoire et d'attention, et l'éducateur doit s'attacher à cultiver les deux facultés, l'une pour l'autre, et l'une par l'autre.
L'attention, comme nous venons de le faire
entendre, ne s'exerce pas à vide, ou sans raison : ni Tenfant, ni Tadulte lui-même, n'observent en général pour observer. Quand on parle de curiosité, de travail intellectuel et de joie de la découverte, n'oublions pas qu'on ne s'attend à trouver du nouveau dans un objet que parce qu'on en sait déjà quelque chose, ne serait-ce que la couleur, la forme, la provenance ou un certain usage. C'est donc dans les souvenirs bien vérifiés, certains ou probables, du jeune enfant, que doit se prendre le point de départ d'une nouvelle connaissance, c'est-à-dire, l'intérêt d'un nouvel exercice d'attention. C'est là, du reste, ce qui rend possible et la progression et la liaison des idées et des jugements.
L'adulte, dont le cerveau est sain ou dispos, peut à son gré plus ou moins diriger le travail suggestif de l'association des idées, accorder ou refuser son attention aux idées, aux images, aux sentiments suggérés par leurs coassociés, se procurer, par le jeu volontaire des similitudes et des contrastes, des objets ou des motifs d'attention qui ne se présentent pas spontanément. Ce que la volonté plus ou moins bien conditionnée de l'adulte lui permet de faire pour lui-même, il doit chercher à le faire, toutes proportions gardées, pour l'enfant, et surtout pour le jeune enfant. Celui-ci n'a ni la force ni l'idée de choisir entre les idée ou les images automatiquement, comme au hasard suscitées dans son cerveau par l'effet des modifications mentales à cause interne ou externe. Il lui est presque toujours possible de réduire, à un moment donné et pour un but précis, le champ de la suggestion mentale, et susciter ou maintenir dans la conscience, telles ou telles idées. Il lui suffit de
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savoir, pour les mettre en œuvre, quels sont les faits faits mentaux, c'est-à-dire, les souvenirs qui ont été les mieux gravés, le plus souvent ou le plus fortement liés dans les expériences de Tenfant, par Tefïet des circonstances, des prédispositions naturelles ou des exercices antérieurs. Ce choix et cette suggestion sont un jeu pour l'éducateur qui s'est toujours acquitté de sa tâche avec zèle et intelligence, et qui sait, pour ainsi dire, son enfant par cœur.
Plus l'enfant est jeune, plus il faut savoir se borne/, dans ces suggestions d'attention, à un petit nombre d'objets ou de qualités des objets. Peu à la fois, mais souvent la même chose, c'est une règle qui convient pour l'exercice de l'attention comme pour celui de la mémoire. Ni dispersion, ni rabâchage. Quand nous voyons un enfant de deux à trois ou quatre ans manipuler les objets connus ou les jouets familiers avec une activité pour.ainsidire machinale, sans que rien dans le regard atteste l'observation ou l'attente de quelque chose d'intéressant, nous devons voir là un travail plus utile aux muscles qu'à l'intelligence. Sans doute l'enfant joue, et il faut qu'il joue la plupart du temps pour jouer. Mais il est des moments où nous devons faire en sorte que son jeu tourne à la gymnastique de l'esprit. G*est à quoi sert le petit nombre des jouets. Il est bon pour cela de lui en retirer même quelques-uns de temps à autre, pour lui laisser toute latitude d'expérimenter ceux qu'il garde, si le fait se produit pour lui spontanément ou avec une prudente intervention de notre part. De la sorte, quand il revient de ceux-ci à ceuxlà, il y apporte tout à la fois, une attention non
épuisée et sollicité par l'impression toute récente de PcRBz. — L'Education Intellectuelle. 7
ses observations. Soit qu'il revienne des objets bien connus à des objets nouveaux, ou d'objets fraîchement expérimentés à ses jouets ou objets d'études familier, il leur prête une attention rafraîchie par le changement et bien aidée par des mobiles excitants d'observation. A la façon de certains ouvriers qui selon l'expression populaire, font du neuf avec du vieux, rattachante des étoffes ou à des habits fatigués des pièces vierges de tout usage, il applique l'ancien au nouveau et le nouveau à l'ancien.
L'emploi de l'association suggestive a d'ailleurs ses inconvénients. S'agit-il de Tassocintion dite par ressemblance, il faut en connaître exactement la nature et la portée. C'est plutôt jugement de ressemblance qu'on devrait dire ; or, ce jugement, consécutif d'une association, soit en vertu de Thabitude, de la loi du moindre effort, et par un effet de la paresse ou de la vivacité propre à l'enfance, se fait souvent avec une promptitude telle qu'on y peut voir une opération automatique: l'enfant ne jage pas, mais reproduit un jugement. Voulons-nous exciter l'attention de l'enfant par une association de semblables, formulons si nettement notre intention, ou notre question, que l'enfant ne soit pas tenté d'accrocher son attention sur autre chose. Si la suggestion hésite ou paraît dévier, renouvelons aussitôt notre formule en la modifiant quelque peu, si besoin est ; s'agit-il d'associations ou de jugements de contraste, la même méthode nous aide à fixer exclusivement l'attention de l'enfant sur un objet ou un point de vue déterminé.
La suggestion de contraste joue un rôle important dans la psychologie et la pédagogie de l'enfant. Pour l'instruire comme pour l'élever, il est souvent né-
ti ATTKNliON 1)9
cessaire de lui présenter deux idées opposées et corrélatives, comme celles de oui et de norty et d'absence, de lumière et d'obscurité, de bruit et de silence, de chaud et de froid, de grandeur et de petitesse, de vie et de mort, de beau et de laid, de bien et de mai, etc. L'opposition d'une image ou d'une idée éclaire et fait distinguer mieux celle qui en est le contraire ou la négation. Là précisément est le danger, comme Ta fort bien remarqué Fauteur d'une excellente étude sur les Phénomènes de contraste. « La présentation d'une idée, dit-il, développe l'idée antagoniste ; mais celle-ci peut prendre une telle énergie qu'elle détruise sa corrélative et reste dominante dans la conscience (1). » Racontez à l'enfant une fable, il y croira sans hésiter. Dites-lui de regarder tel objet, de vous l'apporter : l'idée lui viendra souvent de faire toute autre chose, ou il la fera même avant d'en avoir eu l'idée. Souvent les ordres, les prières, la persuasion produisent mécaniquement le contraire de ce que l'on désire. Le voilà fatigué d'un jeu, nous lui disons de le cesser, et aussitôt le reprend une nouvelle ardeur pour ce jeu. Cette tendance est fréquente chez tous les enfant, mais plus particulièrement chez les enfants surmenés, vicieux, malades, chez les enfants atteints d'une tare quelconque, « jeunes candidats à la folie ou à la névrose. » Le mensonge, l'esprit de contradiction, l'insubordination à la règle, les fantaisies incohérentes, les alliances de mots ou d'idées disparates, lot commun des histériques, et tendances plus ou moins dominantes chez les enfants mal équilibrés, se rattachent à ce
(1) De Sanctîs, Les phénomènes de contraste en psycho* logiCy Rome, 1895.
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mécanisme automatique de la suggestion par contraste.
Rapports de l'attention avec l'abstraction et LA généralisation. — L'abstraction, la généralisation y comprise, peut aussi fournir à l'éducateur un moyen d'exercer l'attention de l'enfant. Il est vrai « qu'une grande partie de nos abstractions se fait sans donner grand'peine à l'esprit. Quelques-unes sont tout-à-fait « naturelles, » puisque, l'application spontanée des sens opère par voie d'abstraction, même plus tard , je crois qu'un grand nombre d'abstractions élevées sont le résultat d'un travail à peu près inconscient (1). Sans doute, mais il n'est pas indifférent au développement intellectuel de l'enfant qu'il fasse aussi le plus possible d'abstractions inconscientes, mais précises, toujours dans la mesure de ses forces. Il importe surtout que nous vérifiions sur ce point ses progrès successifs, pour les confirmer et de les graduer. Nous devons, dans ces exercices, n'avoir tout particulièrement en vue que de faire bénéficier son attention de son travail d'abstraction.
Etant donné que le plus humble degré de l'abstraction est celui qui nous fait distinguer un être ou un objet de son groupe ou de son milieu, cet exerce, dirigé par l'éducateur, aboutit à la simple reconnaissance marquée parun nom. « Qu'est-ceci?» A cette question, fenfant doit pouvoir répondre : « C'est un homme, une femme, un enfant, un cheval, un chien, un arbre, telle plante, une maison, un livre, une boite, etc. » Un mode un peu plus
(1} Citation empruntée à M. Paulhan.
l'attention loi
compliqué du même genre d'abstraction est celui qui nous fait distinguer les parties les plus apparentes, sinon toujours, les plus essentielles, d'un ensemble ou d'un tout collectif. « Qu'y a-t-il dans ce jardin, dans cette forêt, etc. ? » J'ai vu beaucoup d'enfants, à peine âgés de trois ans et demi, capable de répondre à ces questions, en montrant du doigt, même dans des images, en nommant avec plus ou moins d'exactitude, les parties de ces forêts ou Iqs objets contenus dans ces ensembles. Il en était de même, et ceci est assez important, pour les parties essentielles du corps et du visage humains, des animaux et des végétaux les plus connus.
De cette synthèse encore assez vague qui correspond à la question : u Qu'est ceci ? », l'abstraction, par une découiposition progressive des êtres individuels ou des ensembles, doit arriver à une synthèse de plus en plus adéquate, en sorte que l'enfant passe aisément des torts aux parties et réciproquemment. C'est là un genre d'abstraction plus élevé, qui touche à la généralisation, et on peut commencer discrètement à y exercer un enfant de cinq ans. « Que fautil (de quoi se compose ?) pour faire une personne, un cheval, un chien, un arbre, un rosier, une maison, un champ, etc. ? » C'est ici l'interrogation d'analyse. On remonte synthétiquement des parties au tout : « Quand voit quatre pieds, un grand corps, une crinière, une longue queue, un animal qui court et qui parfois hennit, qu'est-ce que cela fait? » Ainsi de suite ; inutile de multiplier les exemples. Ces exercices alternatifs de décomposition et de recomposition, qui partent d'un nom bien connu pour y revenir, en faisant mieux connaître la nature et le genre
d'un être ou d'un objet, doivent se faire journellement pour un enfant de cinq à sept ans. Ils sont à la portée des mères les plus réfractaires à l'abstraction, pour peu qu'elles aient reçu une instruction suffisante, et qu'elles y mettent du leur. Est-il nécessaire d'ajouter que l'attention y prend pour le moins autant de part que la mémoire ou l'imagination ?
Il s'agit enfin de reconnaître, non plus les parties, mais les aspects ou qualités des êtres et des choses. La nature y pourvoit d'elle-même jusqu'à un certain point : encore nous est-il possible de seconder son œuvre. « Inutile de dire aux élèves, a écrit M. Compayré, que le verre est dur, lisse, transparent, ce qu'ils savent très bien ou peuvent apprendre d'eux-mêmes par leurs observations personnelles, par leurs conversations avec leurs parents ou avec leurs maîtres. » Observation assez justement appliquée aux leçons de choses faites à une classe enfantine. Encore cette connaissance à demi spontanée des qualités des choses serait-elle incomplète sans le nom précis de ces qualités. A cet égard, il n'est pas inutile de vérifler si l'enfant passe aisément des noms aux qualités et des qualités aux noms. Savoir dire que le lait, le papier et la neige sont blancs, c'est déjà quelque chose, et surtout de savoir que la qualité de blanc leur est commune. De là il faut aller pas à pas, toujours en vérifiant, analysant et synthétisant, aux qualités moins apparentes des êtres et des objets. Tout exercice fait a son heure et convenablement dans ce sens sera forcément un excellent exercice d'attention.
Rapports de l'attention avec le jugement et
LATTBNTION
LE RAisoNNBMBNT. — L'enfant mène souvent ces deux opérations avec une désinvolture qui peut ressembler à de la spontanéité inventive. Mais il ne faut pas s'y tromper : pas plus que Tadulte, il n'improvise, en général, les conclusions des prémisses que les circonstances ont posées devant lui : c'est là de la mémoire, de l'imagination, de l'habitude, avec le pli déjà donné par les exemples de l'entourage, etc. Toujours est'il que l'enfant intelligent, observateur et fourni d'un vocabulaire assez abondant et précis, conditionne plus attentivement et plus correctement qu'une autre ses petites inférences, parfois jus'tes, parfois risquées. Voici deux traits qui vont nous le prouver.
La petite S... a vécu, dès ses plus jeunes années, au milieu des fleurs d'un vaste jardin, et elle s'était intéressée à tous les phénomènes qu'elles peuvent off*rir à l'esprit d'un enfant. Comprenant vite qu'une fleur fanée est une pauvre fleur décolorée, elle appliquait le qualificatif de fané à tout ce qui avait perdu sa couleur propre. Ainsi, son ami M. Laurent lui ayant trop serré la main pendant une promenade, elle la montrait à sa, mère en ajoutant : (( Laurent m'a fané la main. » Elle avait alors deux ans et demi seulement.
Un autre jour, elle était tombée, s'était un peu contusionnée et on lui fit des applications d'arnica. La semaine suivante, on rencontre dans la rue une connaissance, un monsieur que son chien turbulent avait fait tomber sur le trottoir. Il raconta l'accident. La petite ne dit rien sur le moment, mais elle avait écouté. On se quitte. Alors elle : « Monsieur, monsieur, je veux vous dire quelque chose ! » L'interpellé
approche et l'enfant lui glisse deux mots à l'oreille. « Que vous dit-elle donc » demandent les parents. — « Elle me conseille, répond le monsieur, de ne pas manquer de me mettre de l'arnica sur mon mal. »
Un enfant ainsi doué quant à l'observation et à l'attention n'a pas besoin d'être excité à produire des inférences. Nous n'avons qu'à les redresser de temps à autre, soit que l'erreur offre quelque danger au point de vue moral, soit que Tenfant y soit manifestement tombé par malice ou insuffisante attention. Il vaut mieux quelquefois revenir après coup sur ces petites erreurs, qui sont presque de petites fautes, quand l'enfant revenu à son sang-froid est plus capable d'y réfléchir. C'est là tout à la fois une leçon et un exercice d'attention.
Rapports de l'attention avfx l'imagination. — Une image vive accapare l'attention jusqu'à supprimer entièrement toute autre image. L'éducateur peut en user quelquefois pour attirer l'attention sur ce qu'il va dire ou faire. Le nom seul d'un objet intéressant en quelque manière la sensibilité de l'enfant, l'annonce d'une chose connue, d'une chose à montrer, d'un exercice ou d'un jeu, suffisent très souvent pour préadapter l'attention des enfants de tout âge. Mais y trop insister, ce serait donner à l'attention le temps de suivre, par le fait d'une, impression actuelle ou ravivée par l'association des idées, une autre direction. L'éducateur doit être sobre de paroles et de gestes, sauf le cas où il juge nécessaire de se répéter pour maintenir l'attention fixée sur un objet ou une idée déterminée. vSon langage, pour la même raison, doit être aussi net et simple, aussi peu imaginé que
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possible : le contraire est, en général, une cause de distraction.
Les exercices d'imagination doivent se restreindre à un petit nombre de souvenirs, s'il s'agit d'imagination représentative, et de détails d'exécution, s'il s'agit d'imagination poétique ou pratique. On doit se défier de l'association des idées", faculté attractive et discursive par excellence. La folle du logis ne doit servir que d'introductrice et d'excitatrice à la sage du logis, qui est sans contredit l'attention. En outre des exercices toujours très courts pour tous les enfants âgés de moins de huit à dix ans et largement variés; trois minutes bien employées à une seule chose sont plus fructueuses que dix minutes dépensées à trois choses différentes. Le jeune enfant de trois ou quatre ans doit lui-même, à certains moments, dont l'éducateur est seul juge, être tout entier à ce qu'il dit ou entend, à ce qu il fait ou voit faire. Cette observation, comme celles dont il est question plus haut, s'appliquent à toute matière d'instruction (et d'éducation) : jeux divers, gymnastique, activité tournée à la satisfaction des besoins naturels ou factices, récits, récitation, calcul, lecture, écriture, chant et dessin, etc.
Avant ce qu'on appelle l'instruction proprement dite, ou les exercices scolaires, les premiers et les plus importants exercices d'imagination active portent sur des souvenirs personnels et assez récents. Si nous savons y encourager l'enfant, surtout en l'écoutant et le faisant répéter, ce qui est rarement nécessaire, c'est un jeu pour lui très captivant. Il n'est pas même inutile de l'exercer à se faire entendre parle geste et à mimer, sans charge, les actions, à figurer les faits dont il a été le témoin ou l'acteur. Romanes
parle d'une fillette de deux ans qui, par ses gestes seuls,, décrivit la scène d'un premier bain de mer, Teau, les enfants, les mariniers, le sable, etc. Voilà un moyen bien naturel et bien simple d'attirer l'attention du petit enfant sur des images récentes, et quelquefois assez anciennes, de les raviver, de les fixer et de les organiser en un tout déjà vaguement esthétique.
Avec nos propres récits, nous offrons à son imagination et à son attention des stimulants encore plus forts. La reproduction par l'enfant de ces narrations lui est non moins inutile. Nous nous contenterons, dans les premiers temps, d'un récit très court, nous l'exigerons même, pour éviter le verbiage.
« Quand sa sœur lui raconte une histoire, la petite E.., âgée de deux ans et six mois, la répète aussitôt. Par exemple. Vota bimba, pipi, biscotte, bubu, pancia, acca zuccu, pipi, pippi, pippi, bimba ah ! ah ! ah ! C'est ici la traduction infantine, avec force ellipses et abréviations de mots, force onomatopées aussi (et gestes, cela va sans dire) de l'histoire racontée par sa sœur, et que voici dans son vrai texte : If Una volta una bambina ha dato tanto biscotte ail' uccello, e Tuccello aveva maie alla pancia. La bimba gli ha dato l'acqua e zucchero, il pipi canta, la bambina è contenta (1). » Une autre fois, chez la même enfant, l'imagination et l'attention, semble-t-il, se sont montrées plus paresseuses. « Vota iho, bimbo sopa
(1) M"® Paola Lombroso, Saggi di psicologia, del bambino. Roux, édit. Turin, 1894. — Traduction du récit : « Une fois une fillette a donné beaucoup de biscuit à Toiseau, et Toiseau avait mal au ventre, l'enfant lui a donne de Teau et du sucre, et l'oiseau chante, et la fillette est contente. »
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asino. pace ? N'ata ? {Géra un asino, un bambino ando sopra l'asino. Ti piace ? Un 'altra ?» (1).
Dans ces exercices, qui paraissent de simples jeux, il doit être facile de s'assurer si c'est l'imagination, ou l'attention, ou toutes les deux, qui sont en défaut, soit dans un cas spécial, soit d'une manière habituelle. L'exemple suivant, encore emprunté à M"® Lombroso, nous met en présence, l'auteur nous en avertit, d'une fillette à faible imagination. Du reste, elle n'a que trois ans, la vraie mesure de l'imagination nest guère facile à constater, ou plutôt à prévoir, chez des enfants d'un âge aussi tendre. « Si Gina feuillette un livre d'images, elle ne sait pas imaginer des actes et des aventures pour les personnages représentés ; mais elle en rapporte avec vivacité tous les détails et elle les relie à ses expériences passées. Elle voit l'image d'un homme à cheval et elle dit : « Le cheval fait pioc pioc. » C'est là une représentation exacte de la façon dont le cheval va en avant, mais elle ne sait pas imaginer où il va, pourquoi, etc. »
Ne serait-ce pas ici le cas d'exciter un peu l'imagination analytique de l'enfant, et du même coup son attention, en lui suggérant des idées, l'aidant à trouver des détails, qu'il n'a pas su trouver lui-même. C'est quelquefois aussi simplement la mémoire des mots, des sons ou gertes expressifs, qui fait défaut et nous pouvons fournir à l'enfant les mots, les gestes, les onomatopées que ses idées appellent.
Le dessin est un exercice, moitié scolaire, moitié esthétique, qui peut commencer au moins à l'âge de quatre ans. L'usage du calque, à l'aide du papier
(1) Traductions : (c II y aval un âne, un enfant monta sur l'âne. Te plaît-elle ? Une autre ?
transparent, ou de tracés au crayon, n'est pas une méthode à dédaigner, dans les essais d'écriture et de dessin. La main de Tenfant acquiert de la force et rhabilude à des déliés qui peuvent fixer sa plume incertaine et hésitante. Je sais qu'on l'a critiquée, mais des maîtres et des mères de famille à ma connaissance, s'en trouvent bien. Je trouve que c'est le premier devoir de copie le plus simple à proposer aux enfants. L'imitation du modèle alternant avec l'objet ne doivent venir qu'assez tard. Ce ne sont pas là des exercices de petit enfant. L'imitation exige un assez grand efîort d'attention, quand les yeux de l'enfant doivent alternativement aller du papier ou de l'ardoise au modèle, et souvent il s'y perd, ce qui n'arrive pas avec le calque : ici il peut se reposer ; il se retrouvera sans peine, il a tout sous la main.
J'en ai dit assez pour n'avoir pas à m'étendre sur les autres exercices d'instruction enfantine. Exécutés par la même méthode, c'est-à-dire par le jeu combiné de l'observation, de l'imitation et de l'imagination, ils fortifient l'attention et l'imagination, l'une au moyen de l'autre. Ils nous fournissent aussi d'utiles renseignements sur la mesure faible ou forte de l'attention, soit naturelle, soit déjà artificielle, et sur la possibilité d'en corriger plus ou moins les défauts.