‹ L'éducation intellectuelle dès le berceauChapitre 15 sur 33 · L ABSTRACTION ET LA GENERALISATION · texte numérisé non relu

L ABSTRACTION ET LA GENERALISATION

chaises. — Mais tu me dis ce qu'il y a dans ma chambre. Est-ce qu'il n'y a qu'une chambre dans nue maison ? — Non, il y en beaucoup, cinq. — Avec quoi fait-on une maison ? — Du bois, du papier, des murs, une porte, de la peinture. — Tu n'oublies rien? — Des fenêtres, du zinc dessus. — Pourquoi y a-t-il des maisons ? — r Pour être dedans, et y coucher, et y manger. » Pour être plus avancée que son frère, on le voit, elle ne l'ait guère, La moyenne des enfants méthodiquement élevés peuvent aller bien au delà. Si on les avait dressés à observer et à dire en les montrant d'abord du doigt, puis de souvenir, les parties, les aspects, le contenu, les usages, la matière, d'une maison, d'une chambre ^ d'un jardin, d'un champ, d'un bois, etc., ils repondraient d'une manière suffisante aux questions concernant .le contenu et le sens d'ensemble de ces divers abstraits, et de beaucoup d'autres ; par exemple, d:s couleurs, des form,es, des dimensions, des saveurs, des qualités sonores et tactiles, du n.ouvement, de la fempeVafure, du poids, etc.

Contentons-nous d'un exemple relatif aux qualités statiques des êtres et des choses, l'abstrait couleur. Évidemment, je ne commence pas par demander, même à un enfant de cinq à six ans que je sais bien élevé, ce que veut dire le mot couleur. Je l'y prépare, avec des abstraits, moins élimés : « Qu'est ce que c'est que d'être jaune ? — C'est être comme, comme... etc. » (Il me nomme différents objets, différentes plantes, différents êtres). Je pose la même question pour le bleu,, le rouge, le blanc, le noir, le violet^ le verl, et il trouve aussitôt des noms à acco- ' 1er à cet attribut. Remarquons cette énumération

comparative, qui remplace l'analyse, ici impossible, mais qui, avec le mot comme, indique la tendance synthétique. J'ajoute à mes questions un autre terme, qu'il suffira ensuite de dégager, pour le rendre tout à fait abstrait. « De quelle couleur est une chose jaune ? — Elle est jaune. — Oui, mais je veux le mot couleur avec. De quelle couleur est une chose jaune ?

— Elle est de couleur jaune. — Bien. — Quand elle est rouge? — De couleur rouge. — Quand elle est bleue?

— De couleur bleue. — Alors quand une chose est d'une certaine couleur, qu'est-ce qu'elle est ? — Elle est... jaune, elle est rouge, bleue^ verte. — Tout cela à la fois? — Non, rien que jaune, ou rouge, ou bleue.

— Retiens donc bien ceci : quand une chose est rouge, ou bien jaune, ou bien bleue, ou blanche, ou noire, ou .verte, ou violette, on dit qu'elle est d'une certaine couleur. Voilà ce que c'est que les couleurs, ou la couleur. »

Jusqu'à Tâge, non seulement de sept ans, mais de huit ou dix ans, et même au delà, ce genre d'abstraction doit suffire, à mon avis, pour le développement de l'esprit de Tenfant, et l'explication scientifique du comment et du pourquoi des couleurs peut être attendue jusqu'à l'enseignement vraiment théorique de la lumière et des couleurs.

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