‹ L'éducation intellectuelle dès le berceauChapitre 21 sur 33 · V .- ' rr^^'f^B · texte numérisé non relu

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nous lui arrive toute faite par la parole. Les parents judicieux le savent, et ils en font profiter doublement l'enfant, d'abord en lui parlant tout naturellement la langue habituelle de leur pensée, et ensuite en ne la lui parlant que dans la mesure où il peut Tentendre. Tous les mots qu'il entend ou qu'il emploie n'ont pas la signification étendue ou restreinte qu'ils ont pour eux. Les éducateurs du premier âge savent bien que les progrès de la pensée sont en rapport avec ceux de Tanalyse des choses plutôt qu'avec ceux de la parole. Combien ai-je vu de parents instruits, mais maladroits, beaux-esprits dont le jugement était en retard sur la mémoire ou l'imagination, qui n'avaient réussi §i faire d'enfants intelligents que des psittaciens ridicules, en leur inculquant des jugements et des manières de grandes personnes, sans s'être jamais demandé ce que ces frêles esprits pouvaient en comprendre !

L'éducation toute formaliste de certaines écoles aboutit au même résultat : certains premiers de classe ne sauraient au dehors rien dire que des mots, rien dire de sensé sur les objets qui leur valent tant de succès scolaires.

Parlez donc toujours à l'enfant simplement, correctement, sobrement, avec bon sens et à propos, et cela seul lui suffirait presque pour former son jugement. La lecture et l'écriture comptent aussi parmi les nombreux exercices propres à faire servir la langue à la culture de cette faculté. Quand l'enfant est déjà grandelet, il convient de redresser toutes ses fautes d'expression, surtout les impropriétés et les obscurités, comme si c'étaient de véritables erreurs de jugement, car l'intime liaison du langage avec la

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pensée fait que les uues entraînent les autres. Les exercices de lecture et d'écriture doivent être toujours très courts, exécutés avec la plus grande attention, et au besoin répétés deux ou trois fois de suite, au moins pour les enfants de six à sept ans, auxquels ils sont déjà familiers. A cet âge, du reste, tous les exercices pratiques, tels qu'exemples, récits de faits réels ou fictifs, lettres, définitions, développements, problèmes, concourent au même résultat.

De quelque exercice qu'il s'agisse, interrogations, dessin, langue, il ne laut jamais perdre de vue ce conseil toujours bon à répéter : amener l'enfant à prendre des habitudes de réflexion. « Gomme on ne juge bieii que lorsqu'on sait exactement de quoi il s'agit, et qu'on y a porté une attention suffisante, on accoutumera les enfants à bien voir, à bien examiner, avant de décider et de répondre ; et lorsqu'ils se tromperont, surtout par légèreté, au lieu de les reprendre simplement, on les obligera à répéter la question, puis à examiner de nouveau et très attentivement, enfin à se rectifier eqx-mêmes : rien ne pro fitera davantage à leur jugement et à leur intelligence. En général, il faut habituer l'enfanta ne pas se payer d'apparences et à aller au fond (à la réalité) des choses : rien ne contribuera davantage à fortifier chez lui le bon sens et la réflexion (1). »

(1) Charbonneau, Cours théorique et pratique de pédagogie, p. 101.

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