‹ L'éducation intellectuelle dès le berceauChapitre 27 sur 33 · r-e iii JÉTn : if · texte numérisé non relu

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dilion supportable, c'est que toutes les voix se fondent en un ensemble bien homogène, où Ton ne distingue plus telle ou telle voix en particulier. Cette homogénéité s'obtient par la suppression de ce qui distingue trop spécialement la voix de chacun, la suppression de ce que le timbre individuel a de trop saillant. Or, quand le ; larynx sont distendus par des efforts violents, la fusion des voix est impossible, car il se produit autant de sons à timbre criard qu'il y a de chanteurs ; ces sons n'ont ancune affinité entre eux et affectent désagréablement l'auditeur. Nous ne voulons pas dire qu'il faille constamment appliquer sur les voix une sourdine qui exclurait toute nuance et produirait la monotomie ; loin de là, le piano le plus doux et lo lorto le plus énergique viendront à l'occasion. Pour obtenir cette fusion mélodieuse des voix, il est nécessaire que dans le piano comme dans le forte chacun, tout en émettant de beaux sons^ règle sa voix de manière a entendre celle des autres exécutants.

« La rudesse et la dureté du chant résultent quelque fois du peu d'ouverture donné à la bouche. Le peu d'écartement des mâchoires, qu'on observe chez le plus grand nombre, est dû à l'influence physique du climat, soit à une mauvaise habitude prise durant les leçons. Il est facile de constater que, par une température froide et humide, la mâchoire inférieure se serre convulsivement contre la supérieure et acquiert une rigidité qui ne cède qu'à Tinfluence de la chaleur et à l'exercice â l'heure des repas. C'est pour cette cause que la plupart des chanteurs des pays froids et humides serrent les dents et produiduisent des sons rauques et gutturaux. Pour combat-

tre cette influence physique et prévenir cette mauvaise habitude, ayez soin que les enfants ne serrent pas les dents en chantant, et, dans les morceaux que vous enseignez par imitation, ouvrez vous-même la bouche convenablement et sans grimacer, afin que par votre exemple ils acquièrent la bonne habitude.

« L'écartement des dents varie avec la. prononciation des différentes voyelles et de leurs équivalents...

« La mauvaise tenue de la langue est une troisième cause d'émission défectueuse du son. La langue qui ne concourt pas directement à la production du son peut en altérer diversement les qualités. Quand, par une contraction, la langue selève au fond du gosier, elle ferme en partie au son le passage par la bouche et lui donne un timbre nasillard ; quand c'est le bout de la langue qui se soulève, le son prend le timbre du bêlement. Pour éviter ces deux défauts également disgracieux, la langue doit rester couchée entre les dents de la mâchoire inférieure et ne se mouvoir que pour produire les articulations ; si elle tend à se soulever, le maître, avec un crayon ou une aiguille à tricoter, l'abaissera et indiquera la position voulue.

« Une quatrième cause de Toxécution défectueuse se trouve dans la mauvaise position du corps. D'ordinaire, les élèves sont assis pendant la leçon de chant ; mieux vaudrait qu'ils fussent debout, se reposant dans les intervalles d'arrêt. Si cela n'est pas possible, il faut qu'étant assis, ils se tiennent droits, la têle haute, la poitrine avancée, les épaules effacées, le bras gauche légèrement appuyé, la main droite libre pour battre la mesuie, et qu'ils se gar-

dent surtout d'appuyer la poitrine contre le banc, car, loin de les reposer, cette position gêne le mouvement des poumons.

« La respiration défectueuse nuit beaucoup à la belle exécution. Des auteurs très compétents dans la matière conseillent d'aspirer très-lentement Tair dans les poumons et de le dépenser de même en chantant. La seconde moitié de cette règle est plus facilement applicable que la première, car dans un mouvement rapide le temps pour respirer est trèscourt. Ce qui importe surtout, c'est qu'on le fasse : 1** sans bruit ; 2° aux temps faibles de la mesure ; 3° durant les silences ; 4° qu'on soit capable de chanter une grande phrase musicale d'une seule haleine. 11 faut respirer naturellement, sans effort, de manière à bien remplir d'air la partie inférieure des poumons, sans soulever la partie supérieure de la poitrine. Pour acquérir la faculté de chanter longtemps d'une seule haleine, piano, puis mezzo-forté. puis forte .. »

Nous recommanderons aussi aux maîtres de veiller à l'observation des nuances que les auteurs' appliquent à leurs mélodies, pour mieux indiquer les sentiments qu'elles tendent à exprimer.

Voici quelques autres conseils empruntés a M. Dupaigne :

« Ce n'est jamais l'oreille, si Ton n'est pas sourd, c'est l'exercice qui manque.

« Chez les enfants, cet exercice n'est jamais long. Chez les adultes, les organes sont moins souples, mais néanmoins on arrive au but.

« C'est ainsi qu'il est plus difficile d'apprendre à lire à l'âge adulte que dans les premières années de

Tenfance ; mais, de même qu'on réussit à apprendre à lire à tout âge, on peut réussir également à apprendre à chanter. Dans ce cas, on peut se dire que quand on est arrivé à bien prendre Tunisson, on a fait la moitié du chemin. Ceux qui prétendent « n'avoir pas d'oreille » sont simplement ceux qui n'ont pas eu cette première éducation, presque toujours instinctive, et pour laquelle il n'y a pas denseignement.

(( Quand on commence à faire chanter des enfants, on en entend toujours, dans la masse, qui, timidement, suivent les autres, mais en chantant d'autres sons, essavant de monter et de descendre, arrivant souvent à chai:: ter à peu près l'air ; mais une quarte ou une quinte plus bas. Laissons-les faire ; cela ne durera pas, et, au bout de quelque temps, avec de la bonne volonté et de l'attention, alors surtout qu'on prend les enfants en particulier et qu'on les encourage au lieu de s'en moquer, ils se corrigent peu à peu, et Ton est tout surpris, un beau jour, de voir que leur voix ne jure plus avec celle de leurs camarades. Ils ont fini par acquérir la faculté de chanter à l'unisson des autres, c'est-à-dire de reproduire exactement des sons qu'ils entendent.

(( Une seconde difficulté est celle du timbre. Former le timbre de la voix des enfants, c'est un art. Ce n'est plus seulement une question de patience, mais surtout d'expérience. Toutefois, il y a un moyen bien simple de réussir, c'est de profiter des timbres tout formés qu'on a à sa disposition. Dans une masse d'enfants, il y en a toujours qui ont appris à chanter chez eux et qui ont déjà une voix agréable. Il faut

les faire chanter seuls pour servir d'exemple aux autres.

« Il est évident qu'il y a là une difficulté spéciale aux écoles de garçons, qui ne se reproduit pas dans les écoles de filles. Dans les écoles de filles, la maîtresse peut obtenir facilement une bonne qualité en servant de modèle elle-même, si elle a la voix douce et agréable.

« Pour les garçons, c'est différent. Les maîtres chantent une octave plus bas, et la voix d'homme a un tout autre timbre que la voix d'enfant. 11 est donc nécessaire d'avoir à côté de soi, autant que possible, un enfant déjà formé ayant un joli timbre, une bonne prononciation, la voix bien juste et surtout bien douce ; on le fait chanter le premier, et on le propose comme exemple à imiter (1).

« La douceur delà voix est une qualité essentielle à obtenir. Presque partout on laisse crier les enfants, surtout les garçons. C'est le fléau de l'enseignement du chant et un des plus grands obstacles à son bon effet pédagogique.

« 11 faut que le maître déploie toute sa fermeté pour défendre aux enfants d'employer la voix de poitrine dans les notes élevées et même dans les notes moyennes. A partir du sol de la clef, en général, les enfants ne doivent employer que la voix de iêle. C'est aux environs de cette note ordinairement que le passage d'une voix à l'autre peut être insensible.

(I) Quand les enfants seront partout confiés à des femmes jusqu'à Page de neuf ans, cette difficulté sera supprimée. Les petits garçons auront une maîtresse de chant sur laquelle ils régleront leur voix.

« La troisième difRculté est relative au goût, au sentiment, à l'expression, à rintelligence du chant. Celle qualité, osons le dire, il faut l'avoir soi-même pour la communiquer aux autres. Jusque-là on peut former des enfan-ts qii arriveront à produire des sons, qiîi sauront peut-être le solfège, mais qui ne sauront pas chanter.

« Pour les habituer à « bien dire » les choses, à sentir, à comprendre ce qu'ils chantent, il faut avoir nrn seulement du goût, maijs un peu de la flamme du véritable artiste. S'il n'est pas toujours nécessaire, ni même quelquefois utile, d'avoir des artistes de profession pour enseigner les enfants, c'est à la condition que rin-lituteur sera lui-même artiste ; s'il sent qu'il ne l'est pas assez, qu'il cherche à le devenir davantage. On voit rarement un instituteur ne pas arriver, avec de la persévérance, à dire avec goût, avec art même, ce qu'il lit ou ce qu'il récite ; ce qui n'est pas au fond bien différent ni beaucoup plus difficile que de mettre de l'expression et du cœur h ce qu'on chante. Avec de la bonne volonté et une bonne direction, on peut mettre en fait que tous ceux qui ont pu surmonter les dilQcultés techniques de la musique, ou presque tous, peuvent y arriver.

(( Il n'est pas nécessaire d'avoir « de la voix: ». Quand on parle, on a une voix, et il y a toujours moyen de se servir de la voix qu'on a, de manière que le timbre n'en soit pas désagréable. De même, au point de vue du chant, on peut modifier son organe, le réformer au besoin, et Ton arrive à avoir ce que l'on appelle une « voix de compositeur », qui donne au moins l'expression voulue, une voix qui n*a ni la force ni le charme de celle du chanteur de pro-

fessîon, mais qui peut être suffisante pour renseignement.

« Ainsi, Tunisson, le timbre, le goût, voilà les trois difficultés principales que Ton éprouve dans l'enseignement du chant. »

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