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L'ÉMULATION ET LES RÉCOMPENSES

positif, qui montre à l'enfant qu'on s'en rend compte et qu'on le;? aj»i)i(''cie.

Tendances contraires. — Je sais bien qu'il y auncertam nombre d'éducateurs qui, pour des motifs diveis, ne veulent entendre parler ni d'émulation, ni de récompenses, sous prétexte qu'elles seraient dangereuses, inutiles ou injustes. Leurs conclusions sont les mêmes, mais les raisons qui les y conduisent sont très diflërentes.

D'abord, un esprit d'ascétisme et de mortification tend à exclure de l'école, comme delà \ie, tout ce qui réjouit, tout ce qui égaie, tout ce qui contribue au bonheur des enfants. Les récompenses ruinent la modestie. Elles font des créatures d'orgueil, idolâtres d'elles-mêmes. Elles ne sont bonnes qu'à exalter la vanilé humaine, alors qu'il faudrait au contraire la mater et l'abattre. L'émulation n'est qu'une contrefaçon de l'ambition et, comme le disait Boileau :

L'ambition partout chasse l'humilité. ^

Mais voici des considérations d'un tout autre ordre. Un optimisme excessif, noble sans doute, mais décevant, fait que l'on compte trop sur les forces de la nature humaine. On s'imagine que l'enfant peut être excité au travail par des motifs purement désintéressés, par la seule idée du devoir à accomplir, sans qu'il soit besoin de mettre en jeu ses instincts personnels. Laissons les élèves, nous dit-on, trouver leur récompense dans la conscience de leurs progrès, dans la satisfaction intérieure que leur procure l'accomplissement de leur tâche, et renonçons, puisqu'il est inutile, au vain appareil des récompenses scolaires.

Enlin et surtout, il faut compter avec un faux esprit d'égalité, qui aspire à tout niveler, qui prétend supprimer la distinction du rang et du talent, et qui va jusqu'à vouloir abolir le choix, la préférence accordée au mérite, dans le classement des fonctionnaires. Ces égalitaires à outrance sont naturellement hostiles au maintien des traditions qui, de tout temps, dans les écoles et dans les collèges, ont conféré des pré-

rogatives, pour leur conduite, leur travail et leurs succès, aux élèves qui en paraissaient dignes. Plus de distinctions d'aucune espèce : car elles donnent aux enfants le goût des distinctions sociales, qui sont mauvaises, elles aussi, et condamnées à disparaître ! Plus de compositions, plus de classements d'élèves : car les bonnes places constituent une sorte de privilège, au profit de ceux qui les obtiennent ! Plus de distributions de prix : car elles attentent au principe d'égalité ; comme si ne devaient pas toujours nécessairement subsister les inégalités naturelles de l'effort et du mérite, et par suite le droit et le devoir de les distinguer et de les récompenser !

Les récompenses sont justes autant qu'utiles. — Nous ne redoutons guère, pour l'avenir de l'émulation et des récompenses, aucune de ces trois oppositions. L'ascétisme n'est plus de notre temps : c'est plutôt l'excès contraire, l'amour exagéré du bien-être, de la vie facile et douce, la mollesse de la discipline, qui seraient à craindre. D'autre part, l'expérience nous enseigne de plus en plus que c'est se faire de la nature humaine une conception chimérique, plus chimérique encore quand il s'agit des enfants, que de prétendre conduire les hommes par le seul amour du bien, par la seule aversion du mal.

Quant aux objections plus dangereuses qu'on tire d'une interprétation abusive de l'idée d'égalité, nous ne pensons pas non plus qu'elles puissent jamais triompher : il n'est pas possible que le bon sens n'ait raison d'elles, au moins chez les esprits réfléchis. S'il est juste, en effet, que tout travail ait son salaire, il ne l'est pas moins que tout effort vers le bien ait sa récompense. Je sais bien que les adversaires des récompenses scolaires sont généralement les mêmes hommes qui interdisent à l'humanité l'espoir des sanctions futures dans une autre vie : peut-être serait-ce une raison pour qu'ils reconnussent la nécessité de conserver et même de multiplier celles de ce monde... Mais enfin, s'ils ont raison de ne pas vouloir que l'homme fait pratique une vertu usuraire, qui, en quelque sorte, prête à Dieu ici-baspour en être payé au

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