VI AVANT-PROPOS
tout le savoir littéraire et scientifique dont ils ont besoin, on a voulu que la troisième année de leurs études fût plus spécialement consacrée à la culture professionnelle, et que le normalien d'aujourd'hui ne devînt pas rinstituteur de demain sans avoir trouvé à Técole, avec un commencement d'application pratique, Toccasion d'étudier théoriquement les méthodes et les procédés de l'éducation intellectuelle et morale.
C'est pour les aider dans cette partie de leur tâche, qui n'est ni k moins délicate, ni la moins importante, que jious avons pris la plume. Dans quel esprit ? Avons-nous besoin de le dire? Dans le même esprit de libérahsme et de discrétion prudente, qui anime les nombreux ouvrag-es que nous avons composés, depuis un quart de siècle, à l'adresse de l'enseig-nement primaire. Nous ne sommes pas de ceux qui rêvent de révolutionner la pédagogie, de la transformer par des nouveautés téméraires. Il s'agit seulement, selon nous, de condenser d'abord, avec le plus de précision possible, d'harmoniser, avec certaines corrections nécessaires, les théories de nos devanciers. Ces théories, en effet, sont sorties de l'expérience et des réflexions de tous ceux qui depuis des siècles, par la pensée ou par les apphcations, théoriquement ou pratiquement, ont travaillé à l'œuvre de l'éducation. Nous inspirer des idées de tous les g-rands éducateurs, tel est le premier de nos devoirs ; et nous serions presque disposé à prendre à notre compte les paroles que prononçait Girard, le sag-e instituteur de l'école de Fribourg-, un novateur pourtant à sa manière, quand il disait : « Je n'ai jamais eu d'autre prétention que celle de restaurer ce que le bon sens a découvert depuis des siècles. »
Un historien ang-Jais de l'é^uçatioR, fiobert Hébert Quick, c^iii a suivi nos propre^ travaiix §^v^p une ^xtrêffie J)ienveiUance,nousa reproché un jour Tabonçlai^çQ (|^s ci-
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talions qui émaillent nos écrits : « M. Cotnpayré quotes too muchy>^ disait-il... C'est un défaut dont nous n'avons pas essayé de nous défaire, estimant qu'il n'y a aucun avantage à chercher une expression nouvelle à des idées vraies que l'on fait siennes, quand elles ont été une fois exprimées en perfection. On trouvera encore ici un très grand nombre de citations, parfois des pages ou des demi-pages, empruntées aux maîtres de la pédagogie, aux plus récents surtout ; et par là, d'ailleurs, nous somnxes entré dans l'esprit des programmes de 1905, qui recommandent avec instance « la lecture des auteurs pédagogiques modernes ».
Est-ce à dire qu'il n'y ait pas des nouveautés heureuses à introduire dans la vieille pédagogie, pour la compléter, pour la corriger en certains points ? Non certainement : les recherches de la psychologie, surtout de celle qui étudie l'enfant pour mieux connaître l'homme, ont ouvert à l'éducation des horizons nouveaux ; et une analyse plus exacte des éléments et des ressorts de l'âme humaine permet de définir avec plus de précision les moyens dont l'éducateur doit se servir, pour éclairer les esprits et pour former les caractères. Aussi avons-nous sans cesse fait appel aux psychologues; et, bien que nous ayons à cœur de rester fidèle aux traditions françaises, nous avons largement mis à contribution les philosophes de l'étranger, tous ceux qui ont pensé que leur science psychologique serait vaine, si elle ne contribuait pas au progrès de l'éducation. Nous nous sommes adressé notamment au leader actuel de la philosophie américaine, à M. William James, dont les Causeries pédagogiques peuvent être considérées comme un petit chef-d'œuvre, et aussi à l'allemand Herbart, encore si peu connu chez nous, bien que son œuvre pédagogique date de cent ans, et