R(».>IA>CE
Dorl-il encor';* ah ! ne réveille/ pas : Tout doucement marchez tant qu'il repose. Doux fruit d'amoui" , ah ! sur ton Iront de rose » Que de baisers quand tu t'éveilleras ?
•Mais le soleil va blesser s;i paupière , Empressez- vous d'ombrager son berceau :
Plus je le v<»is , plus je le irouve beau ; bonliein l|■»•>^l rien av.iiil (pied'èlre mèiv. nUs.)
tableau ( li.inii.iiil ! son .iiiie lui sourit .
|{<\;iiil le j<»iii' qui lui douiia mmi frère.
lit iiiriix souris! du ciel signe prospère.
One I ;nnili('' p(»nr j.un.iis les luiil.
Ali ! qn ils ont liieii l'.nr nnlile de leui- |iei-e î
Sei<»nl \aillans aussi dans les combats.
<.)u«iil laudia-l-il qu'ils sorleni de mes bras;'..
Douleur n est rien aN.inMpie dèlK- inere. fiiis.)
De jour en jour , s'augmente mon bonheur , Car chaque jour accroît leur gentillesse ; Chaque instant même ajoute à leur adresse , A leur esprit , et surtout à leur cœur. Je n'en reçois caresse si légère , Qu'aussitôt , d'aise on me voit tressaillir. Puis-je exprimer ce qu'ils me font sentir ? Plaisir n'est rien avant que d'être mère. (Bis.J
Puissent du ciel les dons les plus heureux , Par ces doux sons , pénétrer dans vos âmes ! De la vertu puissent les vives flammes Vous inspirer des désirs généreux !
Pour vous sauver de la douleur amère Les noirs chagrins et les cruels soucis , Je souffrirais tout pour mes tendres fils ! Amour n'est rien avant que d'être mère. (Bis.)
Ici , l'on n'entend point de musique lascive Qui corrompe le goût , amollisse les cœurs. Rarement y gémit la romance plaintive (11) , Qui verse dans les sens de rêveuses langueurs. De célèbres morceaux d'une savante école , Animés par les sons de riches instrumens , De la Divinité lem* semblent la parole. Ils excitent , en eux , les nobles sentimens , Ravivent les vertus , cl Icui- mâle énergie , Pour reprendre , au malin de sérieux travaux ,
Et variant le cours tl'iiiie honorable vie , Embellissent ses biens , adoucissent ses maux.
Les frères et les sœurs de rexcellenie Adèle
Imitent ses vertus , égalent ses succès.
Pour ses portraits , Elise a toujours un modèle.
D'un père son pinceau fait revivre les traits ,
D'ime mère a rendu l'expressive figure.
Ses parens , tour à tour , on même leurs amis ,
Exercent son talent rival de la nature.
Ses gracieux tableaux décorent le logis ,
Et resserrent les nœuds d'un fortuné ménage.
Eglantine , des flèui-s a l'amour innocent ,
Et des roses , surtout , préside au jardinage ,
De Flore et de Pomone obtient maint doux présent,
Parfume la maison, orne et garnit la table.
Habile lx»taniste , elle fuit du savoii*
L'orgueilleux étidage : active , secourable ,
Elle trouve un plaisir dans un pieux devoir.
Au pauvre elle fournit la plante salutaire
Qui peut d'un mal cruel arrêter ks progrès;
Elle guérit sa plaie , adoucit sa misère ,
Ya le biiii <|u'elle fait ajoute à ses attraits.
Oui , le soiijile tissu d'un mobile vis;ige
Dans ce sexe, toujours «le sesm(iMirsestem|»reini.
Il csf une U'aiiti' . des vérins srti* partage (12; . Ou , romrnc en nu miinii- , \o fond du «(pm* se peint
De respect et d'amour elle touche notre aine , Y conserve , sans art , un empire éternej : Elle brille à nos yeux d'une céleste flamme , Qui , dans son pm* éclat , montre un être immortel.
DL HiniÈME CI1A\T.
(1) Au sexe aimable , aussi , je dois donner mes soins.
J'ai annoncé, dans le discours préliminaire, que je donnerais ici l'extrait de l'écrit que j'ai publié sur l'éducation des filles, et dans lequel j'ai exposé le résultat de ma propre expérience. Cet extrait renfermant dans rtlle seule note presque loutt-s celles que ce cLant peut fournir sur son objet principal , offrira plus d'ensemble , et naîtra dans une plus grande é\idence une partie si importante de l'éducation de la jeunesse.
Il doit paraître bien téméraire d'écrire sur l'éducation des filles, lorsque nous possédons un si beau traité de Fénélon sur ce sujcU Mais , depuis 46t$8 qu'il fut publié , jusqu'ù nos jours , l'éducation des filles, surtout, a bien changé de face. Les principes d- la s line morale sont les mêmes dans tous les temps ; mais les mœurs ont subi de grands changemens , et l'éducation des deux sexes doit toujours être en barmonic avec elles. On a dit que le livre de Fénélon était plus propre à faire des filles pieuses que des mérc^de familles. Nous tdcbons d'unir l'un et l'autre, en déterminant le degré d'instruction et de talent qu'il convient de leur donner, suivant leur position.
(Jii<iii|iii' , dans loidn* social , tout lo j)()ii\()ir soil ciiti»' li>8 mains d(> l'iiomme , il n'(>n est pas moins vrai (|ti(> la IViiiiiK' , (|iii semble èlre dans son «Milièrc drpi'iulaurc . exjTcc , »?l doit excn'er sur lui rinlliicme la pltis |)iii>s;ii»U'. En vain est-elle d<^;^uisée s«)us l'apparenre de la faiblesse, «le la Mmmission, de la légèreté, cette inlltienee n'en est paN moins réelle. Nous ne |>rétendons ni la bhlmer. ni la resln-indre : elle ««st juste , piiis«jiie railleur de la naline en ;i fait une de res IoIh invariables, contre lesquelles celles de l'homme . mi-me les plus desp(itii|iii's , ne petivent jamais eiitiéremenl |)ré\alnii. Il ImiiI donc ijuiiiie éducation iiinvenable la réguluriM* , d la la^M' tendie a un bul IcL^itime.
Or, par ,jnel mo\cn l'édocalion de* lill.-s peut elle ani-
ver à cet heureux résultat ? C'est par la culture , sagement dirigée , des sciences , en les employant moins à satisfaire une vaine curiosité , qu'à développer et perfectionner la raison ; des arts , en s'en servant , non pour alimenter un dangereux orgueil , mais pour occuper l'imagination ; enfin, et avant tout , des précieuses qualités qui font le bonheur de la femme dans les diverses positions de sa vie.
Quelle route faut-il tenir, pour ne point rester en deçà du nécessaire , sans courir au superflu ? car l'excès de la science et du talent peut avoir, dans les femmes , de graves inconvéniens.
Cette matière est aussi difficile à traiter, qu'elle est importante. Qu'on n'attende point de nous ces flatteries , que les jeunes personnes doivent s'accoutumer, de bonne heure, à regarder comme une preuve de peu de sincérité , et souvent même comme un piège adroitement couvert de fleurs. Puissions-nous, aussi, ne point leur paraîlre trop sévère, en leur offrant des vérités capables de blesser l'amourpropre ! Nous désirons être utile , et pourtant ne pas déplaire.
Nous ne puiserons point chez les Anciens les lumières qui nous sont nécessaires ; leurs mœurs différaient des nôtres , et l'espèce d'asservissement où ils tenaient les femmes , n'admettait point l'éducation qu'elles doivent recevoir parmi nous. La France est le pays où , dans tous les temps , elles ont trouvé le moins d'obstacles à l'exercice de leurs droits naturels, mais où leur empire a les suites les plus nuisibles , quand une sage éducation ne les porte pas à s'en servir pour accomplir leur noble deslinalion.
Jusqu'à nos jours, celle des filles a été trop négligée. Fénélon s'en plaint dans son excellent ouvrage sur ce sujet ; cependant on paraît y avoir fait peu d'attention, tandis que tout a été prodigué , dans tous les temps , par l'Etat , comme par les particuliers , pour celle des garçons.
On soigne , il est vrai , davantage , aujourd'hui , l'éducation dos filks ; mais , sans .idopter de règle li\e , sans
mettre , ilans les différentes parties qui la composent , celte juste proportion qui , seule , peut la rendre profitable. Tous les soins sont donnés fréquemment à des frivolités, tandis que l'on négrlifTf '« principal. Cependant . qui ne sait pas que les talens brillans, sans une instruction solide , mettent les mœurs dans un péril évident ; et que. parmi nous, une femme vicieuse fait plus de tort à la société qu'un homme corrompu ? Une éducation mal dirigée est donc pire, encore, que le manque d'éducation.
D'un autre côté , l'ignorance livre une jeune personne au désœuvrement et à l'ennui, la laisse en butte à de continuels dangers; et, quand l'àge lui fera sentir l'avantage des choses utiles . elle ne pourra plus captiver sou attention, pour les acquérir. Elle se verra privée , pour la vie , dtr sa propre estime et di* celle des autres ; et si la Providence ne l'appelle point au mariage, le célibat . état paisible et doux pour une fille qui, pouvant employer le temps d'une manière utile , agréable et variée , sait se sudire •^ elle-même , est , pour celle qui est dépourMie de connaissances et de talens , un étal de langueur, qu'elle s'efforce en vain de dissiper par la fréquentation du monde , dont elle contracte, pluR qu'juirime autre , tous les défauts.
Tj'h bons donc de poser des prin<ipe5 certains ; essayons de tracer le plan d'un édifice, qui joi^o à la beauté l'avantage enrori" plus précieuv de la solidité.
Ilien différente d»' ^éducation des hommes , celle des fr'mroes doit . A quelques exceptions prés , être appropriée au rang , A la fortune . et nu-me aux localités.
L'exercice de Ions les eDi|)U»is, de touti'S les professions, (*t presque exrlii>iv( ment le domaine de l'homnuv lMu.«i il porte loin >iei; connaissances et ses talens , plus il est assuré qu ils ne nuiront poiiil i\ son Ixmheur. de quehpje condition qu'il Roit ; et que, partout, au contraire , il peut en tirer MU parti fort avantageux.
Mais une fille, dont les parens sont peu torlunés. n« lrou\«', d'abord, ni dan« len provinren.ni même facilement
DTî HUITIÈME CHANT. 127
à Paris , à puiser, dans des écoles gratuites, les secours nécessaires pour cultiver les heureuses dispositions qu'elle a reçues de la nature ; et si , ce qui est extrêmement rare , des moyens particuliers lui sont offerts , ils deviennent déjà , pour elle , une source de mille dangers , parce qu'ordinairement elle n'a pour guide , dans les démarches qui lui deviennent alors nécessaires , que l'inexpérience , la légèreté , la faiblesse de son âge et de son sexe.
En supposant même que , par le concours des plus heureuses circonstances , elle arrive au terme d'une éducation brillante , il est trés-douteux que ses connaissances , ses talens, ornés des plus précieuses qualités de l'âme et du corps, fixent sur elle des vœux assez purs, pour que la couronne d'un hymen fortuné devienne la récompense d'un si rare mérite. Cette vérité est cruelle , sans doute ; mais , n'écrivant point un roman , nous devons nous garder ici de séduire l'imagination par de flatteuses illusions. Nous ne dissimulons point qu'un sentiment de justice , inné dans tous les cœurs, qu'un instinct naturel d'honneur et de fierté , fondé sur la conscience d'une valeur composée de tout ce qui peut ennoblir l'espèce humaine , aux yeux de la raison et de la Divinité même , ne secondent puissamment ces brillantes chimères , dans la pensée d'une jeunesse vive et sensible ; mais le désenchantement cause tant d'amertume , que , pour son bonheur, il lui serait mille fois plu5 avantageux de n'avoir jamais porté ses pas dans un sentier qui semblait la conduire à des lieux de délices , et au bout duquel elle ne trouve souvent qu'une plaine aride , où , asservie à la plus pénible culture , elle recueille à peine quelques fruits , arrosés de sueurs et de larmes.
Si , comme il serait plus conforme aux bonnes mœurs , les femmes étaient exclusivement appelées ù l'enseignement des personnes de leur sexe , alors les filles de la classe peu aisée pourraient se proposer, dans une éducation brillante , une profession honorable et une condition meilleure ; mais une prévention injuste nuit encore à l.) confiance que
les femmes pourraient obtenir dans des fonctions qui exigent tant de douceur et de patience ; et, même au sein des grandes > illes , celles qui exercent cet étal , ne jouissent pas toujours d'un sort bien désirable , si on le compare , surtout , aux peines infinies que leur ont coiité leurs talens.
Le Gouvernement montre l'exemple de réparer cette injustice, en n'admettant, à exercer l'instruction dans les maisons* fondées par sa bienfaisance , pour l'éducation des filles , que des personnes de leur sexe.
il existe , nous le s.ivons , des femmes infiniment estimables , qui , n'ayant pour tout bien , que des connaissances et des talens distingués, enseignent avec succès; mais cette ressource , incertaine et précaire , vient à l'appui du principe qui nous paraît démontré , qu'en général ** , l'éducation des femmes doit être proportionnée à leur fortune , et de plus, appropriées leur situation , beaucouj) moins variable que celle d<*s hommes.
Il est donc bien plus sûr, pour une fille privée des dons d'.' la fortune, de s'en tenir à savoir lire, écrire, el de joindre , à un travail honnête , les principes de morale . «le religion , propres à la bien diriger dans ce genre de vie . (|ue d'and)itionner des talens ipii compromcltraienl son bonheur.
' Saint-I)onis et ses surrursalc^.
•• Je (lis on Rénéral , car il i-xislc dr rares excepliuDS de jeunes |)er- M)nnes qtir le pn'-core et rare (lé>(l<)|)penienl (l'un pénie nr(isli(|ue «lesline tt devenir «les inodMes pour celles qui eullivrnt le in^ino art. Telle a pani «Irrnièrenu nt dans nuire ville, M"' Mazil , (|ui , p.ir la réunion peu commune de la plus brillante exi-culion sur le piano , d'une belle voix de (kssus et df roniralto , avec le talent de la rom|)osilion dans le meilleur srnre pour la rirlie«.se di" l'harnumie ri la pr^re de la mélixlie , a excita notre juslr admiration.
*** Je pourrais en citer bien des exemples. Je choisis celui i|ui m- présente .1 ma mémoire, parce ((u'il s'esl pasM- nous nos yciu. Nous avons eu «u Mans, il y a déj.i lonR-temps , une artiste fort estimable, élève d'un j>érr i(ui élJil iMin mnltrc de violon ; il nvail donné Mtii lalnit A sa s««conde tille ; < l je le« ai rnlindus, pluoimrs fois, exécuter d(*s nyinpbonies concertantes «|ui étaient fort appjaudirs dr l'nncii-n concert, alor^ ét.ddi !\ l'Hotel-de- Mlle. O musicien. i|ui était allemand, et connaissait Torl bien l'barmnnic, tu a»nH ensiiRné b s premieis piinri|Ms à «a (illc, .'i qui il me pri.t de donner
DU HLITIÈME CHANT. 120
De !a classL* peu fortunée , remontons à celle où lègncî une aisance honnête : notre principe y trouve encore son application, quoiqu'avec bien plus de latitude. Là, le besoin ne commandant plus le travail , la tendance continuelle à la paresse et au plaisir, fait sentir aux parens que n'aveuglent point la faiblesse et l'imprévoyance , combien il est indispensable d'occuper leurs filles de choses utiles et agréables. Mais ils varient beaucoup d'opinion sur la mesure d'instruction à leur donner. Les uns croient ne devoir presque les occuper que d'ouvrages manuels , et faire entrer la culture de l'esprit pour très-peu de chose dans leur éducation. Mais quelle estime pourra prendre un époux instruit , pour une femme incapable de délibérer avec lui sur les intérêts communs , ou de le suppléer, si la mort le ravit à sa famille? Peut -il être bien porté à traiter comme son égale, une personne dont toutes les facultés morales auront , avec les siennes, une disproportion si révoltante ? Combien n'ont pu , par cette raison , fixer ou conserver la tendresse de leurs époux ? combien leur auraient épargné des fautes graves , et prévenu leur ruine , si elles eussent reçu les lumières d'une éducation convenable à leur position ?
des leçons sur leur clavecin , pour l'exécution et pour la composition. Je la mis en état d'occuper l'orgue de l'église de la Coulure , et d'enseigner le piano ; et comme elle possédait le précieux avantage d'accompagner ses élèves avec le violon , elle ne manquait pas de leçons. Un nouveau maître , plus fort qu'elle , s'établit au Mans ; ne voulant pas lui rester inférieure , elle vient ù Paris, que j'habitais ù cette époque , et me prie de lui indiquer trois des premiers maîtres pour le piano , la harpe et la composition. Effrayé , pour elle , d'un travail qui me parut tellement au-dessus de ses forces , j'essayai inutilement de l'en détourner , et de lui persuader qu'elle pouvait être heureuse au second rans ; elle voulait occuper le premier. Elle passa donc, ù Paris , un temps assez long , travaillant jour et nuit , la tête pleine de l'idée d'une infaillible supériorité. Elle revint , en effeî , au Mans , avec un talent assez remarquable ; mais , au iieu d'un maître , elle en trouva deux solidement établis. En vain se fil-elle entendre en vantant ses grands modèles. Son ambition , complètement déçue , lui l'i perdre la raison. Mise à l'hospice, elle y a langui pendant plusieurs années , et a fini ses jours dans un élat déplorable , quoique secourue par sa sœur , ouvrière fort estimée. J'aurais bien d'autres exemples à rapporter, fi l'appui <in principe ici établi.
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