I.a iiiiisi(|U(' l'emporte, alois . sur tous les aris
l'aie cl S.UIS vie, aupiés , la jiarlanle pcifUurr
Ne pnil (|ii«' faiblemnit (''iiionvoii" cl fiappci" :
Mèinr les viMs divins . s,iiis loi(<'. sau^ m(»sur<' .
Tii-^lrmi'iil . sur la f'Trc . .ilois ■.nublcni laniprf.
Kulerpr , si tes so-ius le < rdciil ru pni>s.uir<' :
l II Iriomplir si bran nr «hirr i|ii nii iiKiiin-nt.
l'Ins viU snfii nus plaisirs, m<»iiis ils onl dr (-onstauc<' :
Des aiUiqiies concerts où reste un monument? Orphée , où retentit ta musique sacrée ? Un débris de ta lyre orne-t-il quelque autel ? Mais le marbre , l'airain , étendent leur durée ; D'Homère un vers peut-il cesser d'être immortel ?
Si ton règne est trop court , de l'homme ô douce amie ! Il ravit l'univers : du pâtre jusqu'au roi , Tes chants ont toujours fait le charme de la vie , Et toujours le malheur fut adouci par toi. Du malade agité par la fièvre brûlante , Tu calmes les transports et rafraîchis les sens. Quand , vers lui , s'avançait une mort effrayanle , Tu viens le garantir de ses coups menacans. O ciel ! ce malheureux allait fuir la lumière ; Un sombre désespoir précipitait ses pas. Quels magiques accords apaisent sa colère , Et désarment , soudain , son homicide bras ? Dans ces temps de l'honneur et de la barbarie , Où le droit de l'épée usurpait tous les droits , Le chant du troubadour , de la chevalerie Adoucissait les mœurs et les rigides lois. Aujourd'hui , môme , au scinde tant de politesse , Que de férocité cède à des sons flatteurs ! Oui , tes accens , encore , o lyre enchanteresse , Des tigres , des lions , enchaînent les fureurs ! Heureux , heureux l'enfant , dont les tendres organes Sont , par de jolis aiis , chacpic jour caressés ! n I :>
:>26 LEDl CATION.
De vos cris discordans , musiciens profanes , Gardez, dans son berceau , qu'ils soient jamais blessés. Qu'une mère attentive , à voix juste , amoureuse , Fasse naître , en chantant , sur sa bouche un souris , Exerce , sur son âme , une influence heureuse ; Qu'à l'écouter , déjà , son oreille ait appris !
0 comme l'haimonie , aux vertus nous anime? De l'amour de la {^doire enflammant les p[uerriers , Elle sait leur donner ce courage sublime Qui méprise la juort , pour cueiflir des lauriers. Signal de l'aflégresse , en nos fûtes jtubliijues. Au temple eUe embellit le culte du viai Dieu. Que d'attraits elle ajoute à nos mœurs domestiques ! Elle orne le b<jnlieur , en tout temps , en tout lieu.
Oui , l'aimable harmonie est l'art par excellence. Mais «pie pénibl»' cl long «'st son enfautemcnt ! Qurl dur apprentissage, cl (picl savoir immense Des sons et des accords , de leur enchamemeirt , Inéjmisable fonds, source toujnms nouvelle Des ra\issans effets du l(»ii( li.inl cl du beau ! Arl vrainicnl < léateui" , In n'as point {\o iikmIcIc. La nature se cache ; cl son divin flaudM'au . Sans briller à les yeux, cl l'échauffc el leudnaso. Non , rien n'est comparabh' ii l'ardeur de les feux , Tous le*> senssoni s;iisis de trans|Miiiscl d'cxlase . Ilavdn sidiliinc , alors, ion Iront b.ippc les cieux. (dn( k , Sacdiini, !Moz;irl. Hccthoven, ( jmarose ,
Rossiiii l'enchanteur , et vous maîtres français ,
Dont le miel le plus pur de leurs sucs se compose ,
Et de la double école unissez les succès ;
Votre éloquence exerce un fabuleux empire ,
Et, comme aux temps anciens, polit, orne les mœurs
Le talent qui surgit , à votre gloire aspire :
Où trouver vos secrets pour émouvoir les cœurs?
Cet art aérien , dont un faible écho reste ,
Dès qu'il nous a charmés , ré vole vers les cieux.
Oui , du premier des arts l'origine est céleste ;
Lui seul vit éternel dans ses chants glorieux.
Vous tous, qui d'Apollon sentez les vives flammes , Et (jui de votre encens honorez ses autels , Consultez la nature , inspirez-en vos âmes ; C'est ainsi que vos noms deviendront immortels. Mais il n'est pas donné d'expliquer le génie : Le talent , quelquefois , devine ses secrets : Ses œuvres sont ta gloire , ô puissance infinie , Gages du vrai bonheur promis par tes décrets. Oui , ces œuvres , ce beau , terrestre et doux partage , Annoncent le parfait que verra l'âme un jour. Lorsque si magnifique est la mortelle image (40) , Qu'es-tu , divin objet d'un éteinel amour?
Vous donc qui le chantez en imitant les Anges , Et par vos arts divins célébrez ses grandeurs , D'illustres souvenirs transmol iront vos louanges; Mais , comnio les moi-lels , passent ces vains honneurs.
22S l'kthcxtion.
Etcriiollc est aux ciriix la [>alino ilii génie; Son iiiéiite , jamais , n'y sera clisjmté. \'(nis y lirez vos noms dans le livre de vie : Fuie et sans fui sera voire lélicité.
Des enfans d'Apollon (initiant la docte éeole ,
Osons porter nos yeux sur les enfans de Mars.
Ils naissent , et la gloijre est déjii leur idole :
Ils ne rêvent qu'exploits, t\u(' ix'iillcnx hasards.
Leiii' cœur ne se repaît (|iit' des lnillaiis faits d'armes
De l'anticiue vaillance et des ajjfes nouveaux ;
Ils voudraient ne j^'randir (lu'au milieu des alarmes.
Et déjà , de leur sanj^, avoir teint leurs drapeaux.
Là , tout doit inspiier le plus mâle courage ,
Nouriir des senlimens noMes et généreux ,
I) amour pour son jiays enllanuner le jeune âge.
Vers nos jtrospérités diriger tous les vœux ,
Apprendre , jioiir riioniiciu" , ii mépriseï' la vie ,
A clierclicr des \\rn\s le glorieux trépas.
Pour vivre d;iiis les t<'mps dont la mort est suivie ,
l'.f recevoir, ;m\ cieux , la |»nlme de^ condjal^.
Iniliioi Iris ril(»\(|is , dont le gcnei'eilX /ele
A ser\ i la pallie ;nix « <»nseils, d.'ins les e.imps.
One s.i I <■( niiii.iiss;iiMe , il NOS grands imiiis lidrle ,
Signale ses liieid'ails siii- non jeunes enfant!
nu'eii Iriii iiiniiii .ml < es noMis Iniil I :i\ < niiians «legloin\
Elle nllic M |t MIS Ml lus \ ns |»»''| ille|i\ emplois;
El (Rie vos souvenirs vivant dans leur mémoire , Ils brûlent , comme vous , de bien servir leurs rois ! Suivant , avec respect , la stricte discipline Qu'en votre illustre enceinte on vit toujours fleurir, A commander, aussi, quand leur rang les destine, La première science est , pour eux , d'obéir. Endurcissant leur corps à de nobles fatigues , Ils seront du soldat et l'exemple et l'amour. Ils voudi'ont s'élever, non par d'obscures brigues. Mais par des faits brillans qu'aura vus un grand j<jur.
Dociles à ta loi , Dieu puissant des armées (41) ,
Jamais ils n'attendront que de toi leurs succès.
Les portes des cités, sans toi, restent fermées ;
Ton invincible bras, seul, les ouvre aux Français.
De notre âge fameux , que vous offre l'histoire ?
La discorde au-dedans , la victoire au-dehors ,
Des triomphes , partout , qu'à peine on pourra c roiie ,
El Dieu , de sa colère épuisant les trésors.
En vain toute l'Europe a plié sous nos ai*mes ,
Et la force , au silence a réduit l'univers :
Dé la paix aurions-nous jamais goûté les charmes,
Si le ciel n'avait mis un terme à nos revers?
La France acquit , enfin , sa liberlé chérie :
Que le règne des lois allcsle ses bienfaits !
Ah ! (;e qu'elle a coulé de pleurs à la palri;',
De sang à vos aïeux , ne roid)liez jamais.
NOTKS
1)1 DIXlKMi: CHAM.
■1) Sagement établis, de \a>k*ss«'min:iiivs,
l.e si-niiaairedu Maus, placé dans l'anciture a! bave do Suiiil-Viiun.t, c^l , pcut-tlre , le plus beau qu'il y ail en France, tant par sa poNÏlioo sur le haut de la colline qui domin? le bass-îj de; la Sailli», que par s» s iirmrnsps et magnifiques bàliracns, distiihuôs de manirre à contenir le no'iibre considérable des élèves de pUilcsoiilre et de Ihôolo^ie. Dans un rh(ii:r si:pcibe et liés -^orore, hur cbaiit , foru-é ppr une ixcdl 'Ute niéihode, (l soutenu par doux bonsnphicléïdes, orTre un ensemble majestueux qui orre, de la roauit re la plus touchante il la plus digne , l'ollice-modilf». Pe-là 'C propage un culte scmbl;.b'e dans les priiicipah s relises tlj notre vaMe d'ocèse. J'ai lu que le nombre dos occlésinsliqnos ju^és nùce^sains en France par les évéques, s'élevait ù cir.qiianle-deux mille; qu'il ) en avait ([uarinte mille en aclivilé da service * , cl que rL'nivcrsi'é en comptait environ six cents dans ses coilé.?rs. C'eft un lien bien nécessaire pour maiiitt nir des rapports qui ne sauraient être trop iniimes entre le clergé et le corps enseignant.
Autrefois , les élèves ccelésii'tiquos rc<:aionl d-tiv irinéos de tliéologi?;i!i r<illége-'-éminaire de l'Oratoire du Mans , cninine externes , vivant clie/ leurs pnren» , ou en pension chez des pailiculiii s ; ils n'étaient astniuls qu'à pnsscr une année au séminaire de la Mission. Ce temps éta't Lieu inMilIisant pour qu'ils prissent les hubJludes du leur étal , et pu8s«'iU èlre alfc rmi» dans ws saintes praliqne". Aujoiinrinii , les pilUs et les j,'inii h •«■•initi, lires sont trévïn^cment établis poiiréiiioiivi r la Tor:ilion des jeunes gin», le* éloigner, de bonne heure, du comiiierqj du monde, et des dangers d'une vie libre et dissipée. Plusieurs années d'une vie réglée sont indispensables pour y assujettir l'esprit rt le eorp». d'une manii*'redunible ; c'»"*! la seule garantie di s IxinneH nHi-urs , < oiiiine di » boums éludes ecclé^ woMiqur» ; ba<r M.lidi-, inébranluble de ce;ie wuiélé li remuante, dont elle est l'ancre de «;iliit.
l)'(>i'i ii"<ulle la tenir lie II' i|iic i'oi lu iiilleiirH, (|ii'il y ariiciirc, en frnnri', environ dix mille rnoimunrs pii»ée'«drs M^uiir» de la reli|{inn , cl dit cietcirrt du culle, p< ndinl l'iuie un pnlie de l'iintiee.
(2) Ecoutez , chaque jour, les sublimes leçons.
Avoir acquis la science , être devenu , par l'assiduité aux leçons d'un docte maître, un habile théologien, ne suffit pas pour être en état de remplir complètement les devoirs du sacerdoce. La grande affaire est d'acquérir l'usage de la parole pour éclairer les esprits, toucher les cœurs, et les déterminer à être non auditores , sed factures legis. Si vous ne savez pas parler, et bien parler, vous ne pouvez , même avec beaucoup d'instruction , faire que peu de bien. C'est déjà quelque chose que d'avoir, pendant le cours des études, exercé sa mémoire par les récitations , et son jugement par les dissertations scientifiques; le point essentiel, indispensable , c'est la prédication , qui fait croire et pratiquer ; voilà en quoi consiste le véritable apostolat. L'éloquence de la chaire doit donc occuper spécialement les séminaristes , dés qu'ils sont engagés dans les ordres sacrés, et , par conséquent , irrévocablement destinés à la sainte et laborieuse mission d'évangéliser les peuples. Ministres de la parole par excellence, ils n'eu peuvent remplir dignement les hautes fonctions, s'ils ne s'efforcent d'égaler, ou même de surpasser les autres orateurs par leurs lumières et leur éloquence.
Presque tous les ecclésiastiques à qui j'ai parlé de l'établissement d'un cours d'éloquence sacrée dans les séminaires, sont convenus avec moi de son extrême utilité. Un seul me dit , cependant , un jour, que le talent de la parole était naturel , et que ce serait inutilement retenir les jeunes gens une année de plus au séminaire. Si la nature peut beaucoup, si, sans elle, on ne peut espérer de succès, l'art peut encore davantage ; fiunt oratores. Les meilleures armes demandent que ceux à qui on les confie , soient habiles à les manier. On ne doit donc épargner ni l'exercice, ni le temps qu'exige l'apprentissage de l'art auquel est confiée la défense d'une cause aussi sainte, contre des adversaires qui joignent , eux-mêmes , au talent de parler el d'écrire , boaiicoup d'aulrcs puissans movons d«' séduction.
Lorsque le jeune lévite a le tMuur eiillamnié de la grande victoire (juil vient de remporter sur les \anités du monde , lorsque , soldat courageux , il vient de s'enrôler, pour jamais, dans la milice du Seigneur, ne doit-on pas, alors, lexercer, sans relâche , au maniement des armes défensives et offensives, avec lesquelles il lui faudra combattre, à droite , à gauche , pour conquérir et conserver ? C'est le moment où , brûlant d'une ardeur vraiment généreuse , il demande ([u'on lui montre à se serNir de ses forces, qui viennent de prendre un si grand accroissement. L'enthousiasme divin (|ui l'anime, est la source la plus pure «le celte grande élcquence qui sait tiioniplier de tous les obstacles. Est-ce un jeune homme timide, el balbutiant péniblement «jiiel(|ues petits discours, appris par co'ur. avec des intonations fausses, des inilexions à contrc-Mms , des gestes ridicules, qui peut occuper avec succès, dans un siècle si indocile au joug, si imbu de sophismes anti-religieux, el si asservi au respect-humain, les sublimes fonctions de l'orateur sacré? Peul-il avoir appris, tout seul, l'art le plus difficile de tous ? Je suis surpris d'admiration , quand je vois un jeune prêtre se tirer passablement d'un sermon , sans avoir eu d'autre secours »|ue ses proj)res observations. Mais je m'afflige (|uand j'assiste , surtout dans les campagnes, où le Ix'soin est h* plus urgent, à une grand'messe , s;«ns entendre une courte et solide instruction: ou bien <|iiand le prune est si Ciiblc, si peu a|)pro|irié, (|u'il Naudrait mieux le supprimer. Kst-ce le bon prêtre (jue j'accuse? à l>ieu ne plaiM' ! I loniment saurait-il bien faire i r (]u'oii m* lui a point montré? Il faut, rncnie encore, avoir \ u el entendu. ( >ui, on a lieu de s étnimei , (pjand on rencontre des (uateurs distingués, soil il.'iiis |;i chaire , soit au barreau , lorsqu'il n'existe . ni pour luui- ni pom l'autre, de cours S|)écial d'élo(|uence ; «ertes , (»n ne peut attribuer «"ette sorte de phénomène <|ir;\ d'heureuM'ii dispositions naturelles, «{ui font goûter les bons tnodeleii , au point de par>enir, peu à peu , i\ les imiter. Mais (pie r|c l.tlonnenieiis . que d'eiriiils , poui aiii\ei a ce
Dî DIXIÈME CHANT. 233
degré de perfection ! Eh ! que de défauts dans ia fabrique du discours, comme dans son débit, ne décèle pas, et ne fait pas déplorer l'absence d'un enseignement qui les eût fait disparaître !
11 est donc bien à désirer qu'il soit établi , dans tous les séminaires , un cours d'éloquence sacrée , dont le maître , tel que nous en possédons plusieurs parmi nous , gratifié luimême d'un beau talent, en même temps que d'sm dévouement à toute éprouve , et de poumons infatigables , prenne la peine , dans ses leçons , d'unir l'exemple au précepte , de joindre une pratique assidue à une théorie non minutieuse , et visant à une élégance mondaine , mais noble et élevée à la hauteur du sujet. Il faut que ce maître , tout embrasé de l'ardent désir d'enfanter des hommes dignes de l'apostolat , ait le courage de lire tous les discours de ses élèves , de les corriger à fond , de les faire remanier, de les corriger encore : c'est son unique affaire. Il aura soin , surtcjut , que ces discours se recommandent par le style. Aujourd'hui , qu'il est si commun de bien écrire , l'éloquence de la chaire doit marcher de pair avec celle des autres parties. Que dis-je ? elle doit surpasser toute autre éloquence, autant que les grands sujets qu'elle traite l'emportent sur toutes les affaires humaines. N'est-elle pas devenue éminemment délibérative ? Ne fesant presque plus entendre de discours d'apparat , prodiguant même rarement ses richesses pour orner des vérités morales généralement admises , elle s'attache à défendre les causes vivement controversées. Elle embrasse les plus chers intérêts de l'humanité, dont les destinées dépendent des victoires qu'elle remporte sur ce scepticisme qui donne une fausse direction à toutes les opérations de l'esprit humain ; sur cet égoïsme qui desséche les cœurs; sur tous ces genres de cupidité, etifanlés par les mœurs nouvelles. Pour combattre avec succès de si redoutables adversaires , nous voyons les grands orateurs se servir des mêmes armes «[u'eiix , emprunter au siècle son langage enchanteur, poui le désenchanter de ses chimères, le
ratneiior aux idées saines, qui peuvent , seules, édifier un buiibeur durable.
Le maître d'éloquence , habile à mauiiT tous ces genres de slvie, y exercera donc, avec un zèle infatij^able, des élèves déjà en état de l'imiter. Il n'est pas assujetti , connne les professeurs d'humanités, à faire marcher, de front, dix exercices dilTérens. Ouand le même discours serait à l'ordre toute une semaine, il n'en craindrait aucun blâme. Rien ne le géiïc . rien ne b' presse que la iiéressité de parvenir à en faire composer de bons, et à les faire bien débiter. Mais il faut que , toujours prêt A payer de sa personne , il se mette lui-même souvent en scène, et qu'en y mettant ses disciples , il ne leur passe ni prononciation vicieuse, ni main ais geste. L'action oratoire est le véhicule d' la pensée. L'expression de la voix, du regard et du geste , est laccompagnement indispensable de la parole ({ui doit saisir les auditeurs par tons les sens à la fois. I,es jeunes orateurs seront exercés à toutes les matières, depuis la simple instruction jusqu'au discours le plus solennel , en leur fes;»nt fidèlement observer la grande règle des convenances pour les circonstances , les personnes et les lieux. Os jeunes orateurs , ainsi exercés, pourraient , afin «l'excitt'r h'ur émulation , et d'ac(pièrir l'usage nécessaire, obtenir l;i permission de débiter, dans les paroisses, les discours (nie les maîtres en auraient jugé d'i;,'nes. Ils soulageraient et sup|)léraient les ecclésiasli(|ues «pie la maladie , on un surcroit d'occupations peuvent empêcher de rtMoplir cette partie essentielle de Ifur ministère.
Est-ce donc tout ? Le plus grand pas reste encore à faire ; c'est l'improvisation. N'oil.i , voilà le but essentiel. Il faut nécessairement <|ur» ce rnaitre le fasse atteindre, à ses disciple*, l/impn» isation , inspirée par un cfpur plein de Dieu . oit vraiment le pain de la parole. Le dise ours écrit est toujours un peu froiil. On p«>iit l'admirer, mais il est rare (|u'il fjisv une impression profonde. L'.ittention de l'orateur se réfléchi! trop sur liii-mèmi' , ponr qu'elle puisse se jiurler
m mwkME CHANT. 23")
sur lout ce qui l'environne, pour que son âme s'épanche, se manifeste à cette multitude sur lïiquelîe il doit observer, sans cesse, l'effet de sa parole puissante. J'ai vu plusieurs prédicateurs, d'un falenit distingué, débiter un sermon tout entier en tenant les yeux fermés, de peur de se troubler, et que l'œil de leur esprit ne perde , un instant , la page , la ligne de leur cahier. Quel dommage qu'ils n'aient pas été exercés, dans un âge convenab'e , à braver les hasards de l'improvisation, à demeurer imperturbables à tous les accidens inopinés qui peuvent frapper les sens, à toutes les étranges pensées qui traversent, quelquefois, l'esprit de celui qui parle an milie'i d'un auditoire nombreux 1 Quel e.ffet peut produire une face immobile sur un peuple qui veut être ému , et dont il faut, pendant un exorde qui le tient incertain, inquiet de ce qu'on va lui dire, étudier les dispositions, sonder les pensées . afin de s'emparer de toutes ses facultés , pour les mouvoir , les maîtriser à son gré, par les célestes inspirations de cette éloquence spontanée , dont la chaleur et l'abondance ne peuvent jamais trahir celui qu'anime une foi vive, capable de transporter des montagnes, et qui a puisé, dans l'invocation, dans l'intuitioti de l'Espril-Saint, la ferme confiance que toutes ses paroles vont couler d'une source divine !
Oui , tel est le résultat d'une foi sincère. Lemaifie qu'embrase un saint zèle , s'attachera , d'abord , à l'inspirer à ses élèves par fes tendres effusions; et rien ne se commuiu'que plus facilement ([ue 1rs scntimens relig'eux. La grâce de Dieu ne manque jamais ; et si le travail est inséparable des devoirs de l'homme , avec un tel aide , le succès eu est toujours, oui , I(;uj0urs certain. Maîtres et disciples, avec une telle foi , tous surmonterez bientôt , au-delà même de vos espérances , les grands obstacles de l'improvisation.
Il ne faut pas s'aveugler , néanmoins , au point de croire qu'un esprit stérile et vide puisse y réussir. Vne telle présomption serait punie par des efforts infruclueuv. Klledoit être préparéo par de solides et fortes étudrs, par la le; t'.no
2Mt NOTÉ, s
el Ijualysi' raisonnée des uieilleui s ouvrages eu toul g» me , par un riche assortiuient de coimaissautes bieu classées , bien basées sur l'unique vérité, par un long exercice de la composition écrite et cliàliée a\ec soin, afin qu'on puisse p.irler de même ; enlio, par la fréciuente habitude d'une méditation profonde, inaccessible à toute distraction. Le maitre, avec de telséléves , tout à Dieu , tout à son art , toute ceux qu'il veut électriser de su céleste llamnie, commence par choisir un sujet ' , ou mieux encore, par prier ses auditeurs de lui en fournir un. 11 le considère d'abord , en luimême, avec sonœil méditatif, pour en saisir les principaux aspi cts ; il le trempe, ensuite, dans son cœur plein d'amour; là, il le revêt de tous les ornemciis (jui peineut plaire, de tuus les sentiraens qui peu\ent toucher; aussitôt, ses paroles s'exhalent de Si» bouche , comme de doux parfums de science et de vertu, et charment ses heureux disciples q«ji brûlent de l'imiter. A son tour, il propose à celui dont les yeu\ brillent le plus de ses inspirations, un sujet abondant, facile , intéressant; son cœur, encore palpitant de Hiiints transports , est un instrument harmonieux qui fait \ ihrer et résonner «eux (jui sont occordés à son diapason, l.e disciple, à son exemple, se recueille profondément pendant qiji'lqiu's instaiis, puis il énonce son plan ; le maitre le modifie, avec un éloge «'iicourageanl qu'accomj)agne la grande pen>fùe que doit toujours avoir présente un successeur des Apôtres; alorsiejruneorateur.portécomme sur les ailesd'un \('nt favorable , cl se croyjinl en présence d'un»' multiliide,
* l.i's ^ujrU les (lus iil)(iii(liiii> (lotir riiii|)r(i\i<.;ili(>n , l't lie l'utililt' la liltm %<'n^n\r, fuint rt-iix (|(ii sonl puisés dans les divcrsrirondilions di* l;i *ic , «t ()iii on! pour iilijcl sp^-rial , non lioulenicnt «l'cnsuiKniT lis devoirs qui leur »i>u( |iro(ires nialii re iiiiiiMiise) , mai» de di-moiilrerqu'aueunede m rondilion» ne <loil exciter rt'riiin)qneiiiem l'envie, eliactine avant son genre d'iifTlielions, ((ni n'est ()asniêinesoupi;onni^ desiiutrcs. On peut (jnérir, ainsi, ou uu moins diminuer lieaurou(), di-ux «runde» maladies Mxiales , l'amiiilion , et la jalousie du pau»re contre le riclie, <(ue »i«'nl arcn)Uie l'intlruction popuLiire, et ((ue |ii'iil s<ule corriger l'instruction reiipiriise. Tous Ict «u jets do mom^r-jirnlique demand4-nt une instruction spiViale , et de rWode, pour porter leur fruil.
Dî DIXIEME CHANT. 2.'>T
s'élance avec une généreuse hardiesse dans le champ vaste et neuf pour hii de la véritable éloquence. Le maître ne perd pas de vue son jeune aiglon qui s'élève , d'un vol encore mal assuré , vers l'astre de la lumière. Il le soutient, l'empêche de descendre , en lui soufflant à l'oreille quelque bonne pensée ; en lui montrant une veine abondante , une preuve inaperçue, un fait à l'appui , dont le récit lui fasse prendre haleine, et ravive l'attention des auditeurs ; il lui indique des tableaux à dessiner largement ; et pendant que le novice orateur plane , sans s'arrêter, dans les régions célestes , ses compagnons l'encouragent , d'en-bas , par des signes de satisfaction, de favorables murmures; le maître le suivant toujours, lui indique des transitions pour rentrer dans son sujet ; mais le jeune inspiré se fraye lui-même d'autres routes. « C'est encore mieux , lui dit le maître ; » et il arrive heureusement au port, enchanté de sa course. C'est ainsi que mon frère , me fesant asseoir au clavier de son orgue , pour une étude d'improvisation , me donnait un motif qu'il animait de sa voix expressive^ me suivait dans les développemens , m'indiquait les modulations que je pouvais parcourir : ici , un épisode brillant ; là , un trait de basse ou une belle suite d'accords; toutes ces idées qu'il me jetait , et que je saisissais, ne m'empêchaient pas de suivre les miennes, que fécondait cette abondance, de voler de mes propres ailes , rassuré que j'étais contre ce néant qui paralyse quelquefois les improvisations dépourvues de plan et de matériaux en réserve ; et j'achevais ma course , en laissant , encore , de beaux pays à parcourir ; car une fois que l'on est animé , la seule difficulté que l'on éprouve , souvent , est de savoir s'arrêter, à temps , et d'aborder juste où il faut, sans avoir perdu de vue le point principal.
Voilà le grand écueil de l'improvisation : car la passion enivre , emporti- au-delà de toutes limites ; on ne sait plus où l'on est ; et , cependant, la passion est la source de vie pour l'éloquence ; sans la passion , elle est morte. Ou parle sans rien dire ; on ennuie , ou fatigue ses auditeurs. lUre
238 NOTKS
profondément pénélré, vivonunt ému de son sujet . in un mot , inspiré d'en-haut . voilà ce qui est indispensable pour l'orateur sacré. « Si l'on s'abandonnait à l'éneriiie du cœur, a dit un éloquent Pontife , on aurait uuo bouche d'or. » [Le Pape Clément XIV. dan.< ses Lettres). Mais de l'enthousiasme le plus véhément . qui jamais ne dégénère en déclamations violentes, en vociférations furibondes, revenir au calme de la raison , qui démontre d'un ton tranquille , et en ralentissant la mesure (lis esprits étant aussi lents ii bien comprendre que les cœurs prompts à s'entlamnier ) ; passer de la démonstration simple , claire , qui satisfait le bon sens , aux sentimens doux (jui ont un charme inexprimable ; tirer de son instrument ces sons harmoniques , ces accens divins qui remplissent lésâmes d'une indicible et pure volupté; moduler, enfin , dans ton les ces belles cordes relative» au sujet dont la couleur et l'unité soient toujours bien conservées , quoique variées et nuancées sans cesse , voiUl ro (|ui fait le grand musicien de la parole; voilà le beau qui ne se montre imlle part avec autant de perfection ijin^ dans les subliuïes inspirations du discours spontané. Telle était l'éloquence antique des Pères de l'Eglise, dont les larges et magniri(|iir'S improvisations étaient fidèlement recueillie» par l'art sténo'^rapliique , bien plus en usage chez les Anriens que parmi nous.
Il est un autre écueil de l'inqirovisation , que l'on peu! même regarder comme le plus grand écueil de l'orateur (|ui «'•crit ou qui parle , mais bien plus à redouter pour celui qui improvis*' , c'est le danger de di'plaire , d'indisposiT, d'éloigner les esprits au lieu di» les anii'iier à soi. Des vérités fortes , siins les tempéra mens convenables , des paroles peu mesurées , peuvent sou>enl proiluire un effet tout opposé à relui qu'on se jiroposc. Mais ce n'est point par des paroles flalteuM-s (|n'(in mérite le nom d'orairur , dans ipielque genre ipii- ce soit. Il faut s'armer d'un grand courage, d'un sublime dé\oneuienl . |)our éire digne d'une si haute mission. \À*h plus célèbres oralrurs de ranli(|uilé avaient
Dr DIXIÈME CHANT. 230
fait le sacrifice de leur vie , en entrant dans cette carrière orageuse ; et cette généreusiî intrépidité , qui fut la vraie source de leur talent, est leur plus puissante recommandation auprès de la postérité. L'orateur chrétien puise , aussi , son talent dans une complète abnégation de luimême. Le feu sacré de la charité épure ses pensées comme ses paroles. Ce brûlant amour du prochain se montre avec une telle évidence dans toute son expression , qu'on ne peut douter un instant que le seul intérêt qui l'anime , est celui de la vérité et du salut des âmes ; c'est la source inépuisable des saintes inspirations , et de la véritable éloquence.
C'est ainsi que les jeunes orateurs réussiront peu à peu dans l'improvisation , qui lour est souvent si nécessaire , et dont il est indispensable à tous d'acquérir la faculté. Ils n'abandonneront pas les compositions écrites , afin d'entretenir la correction du style que l'improvisation pourrait altérer. Ils mêleront , avec avantage , l'une à l'autre , écriront un exorde pour se mettre en train , et assurer la même pureté au reste du discours, ou bien une péroraison pour raviver leur ardeur que la fatigue épuise , et offrir un résumé plus compacte. Souvent il leur viendra , d'enhaut, des inspirations si sublimes, qu'elles surpasseront tout ce qu'ils auraient pu écrire. Ce n'est qu'alors qu'ils jouiront de leur génie , et qu'ils auront la véritable mesure de leurs forces. J'ai connu des sujets qui avaient toujours été regardés comme médiocres , et en qui l'improvisation révélait un talent qu'on ne soupçonnait pas. « Vous voici encore avec votre cahier, dit un juge à un jeune avocat qui n'avait fait jusqu'alors que lire ses plaidoyers; donnez-le moi;» et il le jette au feu. Le jeune avocat , désespéré, d'abord , de la rigueur de son vieil ami , mais obligé de plaider sans cahier, s'arma d'une généreuse hardiesse , réussit , et montra im beau talent, enfoui jusqu'alors.
Un jeune prédicateur fesait toujours souffrir son auditoire par les hésitations de sa mémoire ingrate. Un de ses ('•loqucns confrèies lui p(>rsunda enfin de renoncer à ap-
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prondro des disoours par cœur, de s«> boriu'v à tVrire seulo' niPiit ses divisions , et de se confier ^ l'improvisalion pour remplir sou cadre. J'ai été téoioiii do ses succès. C'est la route que suivirent ces hommes (jui convertirent ies nations; c'est encore celle qu'il convient de prendre aujourd'hui pour continuer ou maintenir leur œuvre. L'improvisation , indispensable pour tous ceux qui exercent le ministère sacré , est donc possible à tous , quoiqu'avec des succès dilTérens. (Juand (Mie jtart il'une conviction profonde et forte, elle produit des merveilles , fait passer, toute entière , l'âme du prédicateur dans celle des auditeurs. Les missionnaires, comme les orateurs de la tribune et du barreau , en fournissent les plus beaux exemples. La chaleur de l'improvisation , excitée par un dévouement sans bornes, leur inspire des morceaux sublimes qui , jamais, n'auraient coulé de leur plume.
L'improvisation épouvante les esprits timides par l'habitude contractée , dés l'enfance , de ne rien dire qui n'ait été appris par cœur. Si l'on exerçait également les ji'unes élèves à dire le contenu de certaines leçons , puis, dans les hautes classes , a développer tout sujet préparé , d'après un plan que l'esprit pourrait s'accoutumer à saisir, comme on «•mbrasse , d'un coup-d'œil , la topof;raphie d'un lieu »'t ses divisions , on finirait par trouver qu'il est réellement plus diflicile et plus hasardeux de réciter un long discours appris par cœur, que de traiter un sujet médité avec une attention sérieuse , et une conviction profond»'. I>a transmission de la p«'ns4''e et du sentiment est, alors , immédiate. L'.ime «h' l'improvisateur |)asse tout entière dan> celles des auditeurs entr.iinés par un accent de Nrrilé irrésistible. J'ai \u, pres(|ue tous les ans, dans nos cours, du temps que les élèves iur\ésiasli(|ues les suivaieul , des sujets de \ ingt à trente ans , qui n'.i\;iietit . (pie dejiuis peu d années, (piilté les arts mécaniques |inur se livrer ;i leurs études. «Juelques-inm annonçaient de\Mirétre et sont <le>enus de véril.ibles .ipolres. par une ardeur sans égale , qui ies tendait inlatigahles au Ira-
vail. Aprùs les avoir eus pour élèves, j'étais surpris, moimême , de les entendre non-seulement débiter de très-bons discours écrits, mais improviser d'excellentes instructions, bien soutenues, et, quelquefois même, pendant un cours suivi , assez long.
On m'a souvent objecté que la timidité est un obstacle insurmontable pour l'improvisation. Cet obstacle est le même, ou plutôt, je la crois , plus grand encore pour la récitation, par faute de chaleur spontanée. Toutefois , je ne nie pas qu'il ne soit très-grand. Il exige donc, pour être surmonté , de fréquens exercices , une étude spéciale. Enfin, l'art le plus difficile , le plus utile de tous les arts , l'éloquence sacrée , doit être l'objet d'un cosirs d'une année , qui couronne les études ecclésiastiques.
Les élèves des écoles de droit , ayant la facilité d'aller tous les jours entendre de bons orateurs au barreau d'une grande ville , n'ont pas autant besoin que les jeunes théologiens , de leçons d'éloquence pour leur profession. Mais ne serait-il pas à désirer qu'ils y fussent aussi exercés par un maître , afin qu'ils ne vinssent pas en faire l'essai aux dépens des premières causes qui leur sont confiées.
Je ne puis m'erapêcher d'ajouter un mot sur cette timidité qui vient d'être signalée comme un si grand obstacle au succès d' la parole. Je me rappelle avoir entendu dire à un homme qui connaissait bien le cœur humain, qu'après avoir souvent et long-temps réfléchi sur cette timidité , il avait fini par croire qu'elle provenait, en partie , de l'amourpropre. Un grand désir de plaire , une grande crainte de déplaire, un prix excessif attaché au suffrage des hommes, la honte déplacée d'un échec , qu;>lquefois salutaire ; en- Gn, la révolte des sens contre tout ce qui nous contrarie et blesse notre vanité, voilà ce qui nous rend souvent timides et si faciles à troubler. L'orgueil , qui est une vanité renforcée , persuadant A l'orateur qu'il surpasse tous ceux qui peuvent lui être comparés, lui donne , quehjuefois , un défaut tout-à-fait opposé à la liinidilé : c'est uii<; il ti)
assiiranre insolente. J'ai remarqué que l'homme véritableraeul humble, nélail ni timide, ni audacieux. N'attendant rien des hommes , il ne recherche point leurs éloges , et ne craint point leur blàmo. Sont-ils conlens de lui ? il n'y est pas insensible. Sont-ils mécontens? s'il a pour lui sa conscience , sa paix n'est en rien altérée. Dans toutes les bonnes actions qu'il entreprend , il se regarde comme l'instrument de la Divinité, a laquelle il oITre ses succès et ses revers ; il marche toujours d'un pas assuré. Sa modestie est sincère, mais elle n'est ni timidité , ni faiblesst*. L'orateur qui peut donc obtenir la grâce de cette humilité parfaite, tout occupé de son sujet , pénétré de son excellence, et nullement inquiet du succès, demeure inaccessible au trouble; et portant toujours en avant ses regards guidés par un céleste llambeau , il met dans tout son discours une liaison suivie, une admirable clarté ; sa parole facile, pleine de vie et de persuasion , coule comme un lleuve abondant qui , dans son cours [laisible qu'aucun obstacle n'arrête , va s'accroissant de tous les ruisseaux iju'il reçoit «lans son sein , et répand sur un immense pays les trésors de sa fécondité. C'est ainsi (pie l'orateur chrétien puise dans une humilité profonde, une imperturbable confiance , une force irrésistible, un talent divin. Il attire la foule des ignorans et des savans; il leur ((tmmuiiiciue un charme incoiuiu (jni les force de sortir de leur indifTérence ; il leur fait fouler aux pieds le respect hurnaiii |)()tir fré(|uentt'r assiduemenl les temples, où ils trouve.it , dans ses touchantes instructions , le soulagement de leurs peines, l'espérance d'un lniireux avenir, et les «loux si-ntimens d'une charité mutuelle qui remplissent leurs cœurs de joie et de consolation.
(3) Klle a restreint . i lie/ vous, r.irgument 8colnsti(]uo ;
• Ne TOUS aUurlici it lu srolattique qu'aiitnnt qu'on rn ii Ih-mùii pour Mvoîr le jargon tlc^ tTolos i-t pour rt^ruU'r If» sophistes ; car, loin de faire rc«44?nc* de la lh«Wilonie , cllf n'en est que l't^rorre. -
( l.rltre du l'upr Cltmrnt Ml', loin. 2, p. 4>4. )
• Kfiln 11* di*pulr<t : on n'iVIninU mi) m dispuiiinl ; nini» , «arlipi,
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dans l'occasion, soutenir la vérité, et combattre l'erreur avec les armes que Jésus-Christ et les apôtres nous ont mises en main , et qui ne sont autre chose que la douceur , que la persuasion , que la charité. On ne prend point les esprits d'assaut ; mais on vient à bout de les gagner , quand on connaît l'art de s'insinuer. » (Même lettre.)
(4) Plus libre , le génie , écartant tout nuage ,
Le nuage le plus nuisible à l'éloquence religieuse viendrait de l'absence des hautes études des sciences , dans lesquelles elle a besoin de puiser sans cesse les connaissances nécessaires pour mettre l'enseignement ecclésiastique de niveau avec les connaissances du siècle, et confirmer cette grande vérité , que l'émancipation intellectuelle est due à la religion. Des cours de mathématiques, chimie, astronomie, physique générale, minéralogie, géologie et botanique, successivement établis dans le séminaire du iVIans , dirigés par des supérieurs zélés et d'habiles maîtres , forment , dans ce bel établissement , avec les études théologiques , et celle de la langue hébraïque , l'enseignement le plus complet que l'on puisse désirer pour ceux à qui le divin maître à dit : « Itc et docele. Allez et enseignez . > Quels trésors sont donc ouverts au génie de l'éloquence sacrée !
On a joint à ces études si propres à donner de la force et de l'autorité à la science ecclésiastique , la connaissance de l'archéologie en ce qui concerne l'histoire et la conservation des monumens historiques. Dans une lettre pastorale , notre digne prélat a ordonné à tous les curés de son diocèse de faire d'exactes investigations des antiquités qui pourraient exister dans leur voisinage, et de ne pas souffrir que des étrangers vinssent, de loin , s'illustrer par des découvertes qui seraient faites à leurs portes. La connaissance de l'archéologie monumentale est surtout utile au prêtre, dont l'église est comme la propre maison. Ne doit-il pas savoir l'i quel siècle elle appartient , quel est le style de son architerlure , afin (jue , dans les réparations ou air.éliorations dont elle peut être l'objet , la pureté des formes ne soit pas altérée ? Qu'il soit donc en état de remplir le devoir de bon et fidèle gardien , de conservateur instruit de l'asile sacré confié à ses soins !
M. l'abbé Chevreau , professeur au séminaire du Mans , a mérité une glorieuse médaille , qui lui a été décernée dans une des séances du congrès qui a eu lieu dans celte ville , en juin 1837 , de notre Société française, pour ta conservation des monumens historiques. Celte société a voulu honorer le premier , en France , qui ait joint ce bel enseignement aux études Ihéologiqucs. M. l'abbé Chevreau a justifié cette distinction par un discours très-remarquable, prononcé dans la séance du lendtinaiu , sur l'importance et le développement de l'enseignement archéologique , dans un séniiiiairr , discours qui lui a mérité les appliiiidissciiiens iininiiincs de
la nombreuse assemblée , juste apprécialricc d'un maître qui a si bien compris sa haute mission. Ce discours a mérité les honneurs de TimprcssioD.
Les excclleus mémoires lus par les autres membres , et tous profondément empreints de seulimens religieux , ont prouvé que la science n'a point de plus bel ornement ni de base plus solide ; et qu'étant ainsi publiquement manifestée , elle rapproche les esprits en gagnant les cceors. L'époque de cet heureux rapprochement , de cette fusion des belles àmcs , semble être arrivée. C'est le plus beau triomphe de la vérité sur la prévention.
(5) Cultivez bien les sons de cette voix puissante.
Une bonne école de plain-chant est établie au séminaire du Mans. Le maître inlLlIigenl qui la dirige bal la mesure , c'est le seul moyen de faire marcher avec un cnsinible parfait , un cha-ur composé d'un si grand nombre de voix. Ce bel ensemble est vraiment d'une imposante majesté. Une étude de plain-chant , dirigée par une bonne méthode , donne à la voix le développement et la justesse dont elle est susceptible ; c'est encore une excellente préparation à la pruti(|ue de l'éloquence sacrée', pour laquelle il faut une voix exercée et rendue Hexible , par la variété des intonations.
(6) Quand la nef letentit des accens d'un beau rbœur.
Ce chœur, composé d'environ deux cents voix, dans la jolie é'^liso du séminaire du Mans, et (jne soutiennent deux bons ophicléides , produit , par sou ensinible , un effet admirable. La mesure est bien observée , l'iuiivson est parfait , et roule har:nunieusement dans la voûte sonore. Ce chant majestueux, dont l'acciiit part de l'âme, charme l'oreille et remplit le cœur de «aintesémotion'i. Je me trouve heureux, lorsque je suis témoin du succès des leçons et du zMe d'un de mns plus chers disciples '. Le» beaux cantiques it autres nioneanx (|u'il fait exérutir aux séniinari-.les, aux(|iiels il r»-sle si peu de tinips à consacrer ù celte élude, conlirmenl mes observations sur riolluence ri-ciproqne de la musique et des bonnes lettres. Il ne manque plus dans l'église de ce niagnifKiue établissement, qu'un bon orgue semblable ù celui du collège ; il y fêtait un eflfet merveilleux, serait touché par un M-minariMe ; mais, ronmie un org.ininle rsi plus long h former qu'un M-r|M-nt , on pourrait destiner it cet emploi quelque Inin élève sorti de la pvill' ttr , et qm- l'du Plierait un «'minaire «vit d'autres allriliutions rnrore. Oui , »'il est une énline où un orgue soit nécessaire , c'est celle d'un séminaire , pour ornrr rndire , reposer le rhn'ur qui reprend à son lour
* M. l'Ablié Cl<>< hrnii , mui» diriTleur.
avec atie ardeur nouvelle; pour accompugner, mieux qu'un orchestre, les morceaux exécutés aux grandes fêtes, et qui seraient chantés par des voix choisies et l)ien exercées; enfin, pour renouveler dans les âmes une sainte joie , et réaliser le divin enthousiasme de ces paroles : Psatlite Dco nostro , psatlite : psallileregi nostro , psallite. Tout ce qui peut élever ces âmes vers Dieu , les unir aux chœurs célestes , ne doit-il pas être pratiqué dans l'église-modèle ? Les séminaristes font volontiers la plus douce de leurs récréations , de ces éludes musicales , qui , loin de nuire aux leçons principales , doivent, au contraire, les fortifier ; car ces études sont indispensables et exigent même un enseignement très-soigné. Pour que le chant atteigne son but , il faut qu'il ait les qualités requises ; savoir , une belle harmonie, une justesse parfaite , et l'accent du cœur. En un mot , psallite iapicnter, P. ^6.
(7) Monde, plaisir, nature, il a tout abjuré.
Non, le monde et ses plaisirs, ses biens et ses honneurs, ne peuvents'allier avec la sainteté du Sacerdoce. Plus il y est étranger, plus son caractère inspire de respect, acquiert d'autorité, exerce d'influence. L'existence du prêtre doit dilTérer beaucoup de celle des hommes, au milieu desquels et pour lesquels il vit en s'oubliant lui-même , en se sacrifiant tous les jours pour leur salut, pour leurs besoins temporels et spirituels , dont il serait détourné par les embanas d'une famille à gouverner , de biens à régir. Que d'inquiétudes , que de discussions litigieuses et irritantes , que d'intérêts matériels et incompatibles avec une certaine délicatesse , éloigneraient son esprit et son, cœur des devoirs d'un ministrre qui réclament l'homme tout entier ! Un pareil célibat, imitation de celui du divin modèle, est le plus beau îriomphe sur les passions. C'est le chef-d'œuvre de la grâce qu'une vie si parfaite. L'homme de Dieu va parfont, semant ks bonnes œuvres. S'il a renoncé aux plaisirs de la terre , toutes les joies célestes l'accompagnent sans cesse.
(8) Apôtres, qui volez au bout de l'univers,
C'est une chose merveilleuse , que la France , qui renferme tant d'éléraens de contradiction, et qui a été, plus que tous les autres pays, travaillée par le philosophisme, fournisse, cependant , le plus grand nombre de ces courageux apôtres qui , depuis 1822, époque de l'établissement de l'œuvre de la propagation de la Foi, sont sortis de son sein pour répandre dans tout l'univers la civilisation chrétienne. « Des missionnaires zélés , dit un respectable évêque , parcourent de vastes contrées , en y répandant avec d'incroyables fatigues les connaissances cl les bienfaits de la religion chci des nations infidèles et barbares. C'est l'œuvre la plus grande, la plus belle , peut-être , qu'ait inspirée le génie de la religion, que d'aller porter
NOTKS
la gloire ô>' Dieu cbei d s peuples qui n'avaient pas enleudu son nom, afin que ce saint nom soit béni, de POrient à rOccideut : « A soUs utque ad oeeasum , taudabile nomen Domini. • Cette œuvre de la France catholique prend, chaque année, un immense accroissement ; et, pour ce traNail, le plus pénible et le plus dillicile, le nombre des hommes dévoués s'accroît aussi avec les ressources auxquelles les pauvres , par une légère aumône, participent comme les riches.
On ne peut se faire une juste idée des travaux et des souffrances de ces héros du chrblianisme, surtout dans l'Inde, où la persécution les éprouve par les mt^mcs tourmens que les premiers martyrs. Le musée espagnol , qui fait partie de la superbe collection de Versailles, offre, dans plusieurs de ses tableaux, des supplices qui dépassent tout ce qu'on peut imaginer en férocité bizarre, et tout ce que nous lisons dans les Martyrologes. Ainsi, la même constance est toujours là , et le miracle se perpétue.
(9) A vous seuls est donné , (('lestes inlerpiètt^s,
Le Journal général de rinstruction publique ( 28 juin 1835 ) , m'a fourni, sur la chaire et sur les missionnaires, ce morceau remarquable :
« La chaire du dix-huiti(''me .si(*cle avait , certes, une «''lo(|U(Mice ^'rande et admirable , c'était celle des missionnaires. 11 ne faut |)as chercher, chez eux , la parole noble, classi(|ue f'I lettr('e,(|ui fait la beauté des sermons de Hossuel et de Massillon. Ce sont des |)rédi(aleijrs familiers el populaires , si je puis m'expriiner ainsi , et dont le lanf^aj^e a un cachet a lui. Voulez-vous (oiniaitre la source oi'i s'alimente l él(M|ii('iire (les missionnaires'.' c'est IKvanjjile. Les mis- Nionnaires ne \ivenl ipiavrc l'Kvan;;ile. Ils f(uit de l'Evan- ;.'ile leur lecture , leur occupation , leur nourriture continuelle. On sent , à cliaipie mot , (lan> leurs discours, rEvanu:il(' <pii se révclt' cl i|cii .s'»>\|ialc.,. ('.elui <|ui a porté rettc école à S(ui plus haut |)oint , pcnl-t-lre , de perfection , < 'est le IN'-re IJridaine. Je citerai , entre mille autres . un Ir.iil qui peindra , d'un seul coup , son élo4{ueiM-e. Il avait pré* hé tort lon^'-temps , el pourtant, malgré tousses efforts. laudiloire .iv.iii l.mudi ; i| ||'> ;i\ait ni énnition ni jdfiurH. 1^' Père Kridaine était inéconteni , iiupiiel. A l.i fin du s.'ruion , il en^a;;ea , selon l'usape , les assislans i\ enlonner un c.inli(|ue: puis, nni- fois ce raniiipn- ache>é :
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« Maintenant , dit-il , je vais vous reconduire chez vous. » On se range , on se met en marche, en chantant les louanges de Dieu ; mais toujours , toujours on continue sa route , et tous s'étonnent ; car, de porte en porte , on dépasse la demeure de chacun , et pourtant nul n'ose élever la voix, nul n'ose sa séparer du cortège. On marche, on marche, on arrive, enfin, devant le cimetière. C'est là que le P. Bridaine s'arrête : « Maintenant , voilà votre chez vous , s'écrie-t-il ; vos maisons ne sont que des auberges qu'il vous faudra quitter bientôt. Quelques jours , quelques jours seulement! je lie vous donne que quelques jours pour vous retrouver tous chez vous. »
» Voilà l'éloquence des choses, bien préférable aux beaux discours. Jugez de ce que devait être cette éloquence, secondée d'une voix majestueuse , et avec le geste animé dont les missionnaires savaient accompagner leurs paroles. Quand Bridaine meurt , quand il est perdu pour l'église , l'église perd, avec lui, une partie de sa force... Ce n'est pas lui (jui s'aviserait d'apprendre d'avance un discours ; pour s'inspirer, il ne lui faut que la vue d'un immense auditoire , parce qu'il voit dans cet auditoire, non des hommes (jui l'applaudiront , mais des âmes dont il est responsable... Le P. Bridaine a fait , d'un bout d(; la France à l'autre , deux cent cinquanle-six missions... Partout il a guéri quelque souffrance, partout il a soulagé quelque doulcur.Voycz quelle belle vie qu'une vie pareille ! quelle belle vie que celle do cet homme parcourant sans cesse» sa patrie pour consoler et évangéliser ! quelle suite de b(>lies et nobles actions, de grandes et d'admirables aventures ! Tantôt il convertit une actrice , tantôt un usurier, tantôt ( ne riez pas. Messieurs), tantôt même des avocats... En arrivant dans une ville , il prêchait ce (ju'il appelait une retraite. Nous ne savons plus guère aujourd'hui ce que c'est qu'une retraite. Voilà ce que fesait alors la chaire : il semblait , avec de tels iiorames, que lareligion fut comme un intermédiaire entre les riches et les pauvres , quêtant d'un côté , donnant di
laulre. Aujourd'hui la religion u» si plus là ; riches et pauvres l'ont tuée ; riches et pauvres sont face à face : hélas ! la société en vaut-elle mieux ? »
Tai cité avec prand plaisir ce morceau qui concerne l'éloquence des missionnaires , et on modèle tel que le père Bridainc , dont Marmontcl a dit: «qu'il avait déchiré plus de cœurs, fait couler plus de larmes , que le savant et profond Bourdalouo , et même que le sublime BossucL » Le souvenir de la mission qu'il avait faite à Tours , était encore récent dans le*; premières annéees de mon enfance. Il y en eut, alors, une nouvelle, dont les prédicateurs , formés à cette grande école , bien supérieure à celle des rhéteurs de tous les temps, fit revivre sa véhémente éloquence. C'était rncore lui que l'on croyait entendre , tant sa voi\ avait fait une impression profonde d;i;is tous les cours 1 Ma nu're en parlait avec une admiration qui , tout enfant que j'étais , me transmettait ses émotions. Je me rappelle que, lors de cette mission nouvelle, cette pauvre mère venait de rester veuve et dans nndigence , avec cinq cnfans, dont j'étais le plus jeune, feul demeurant axec elle. Elle me menait pendant le temps de ces sainte enercices , de grand malin , dans l'église où devaient prêcher les missionnaires. Là , se plaçant en face de la chaire , it moi à côté d'elle, nons passions rit.q à six heprrs, comme si nous eussions été an ciel , en entendant le*; prédications et le<! cantiques. Souvenirs de la première éducation , vous agisse/ sur toute la vie !
Cette race des missionnaires est-elle morte '.' C.omincnt le croirions-nous? Elleévangi-lisi' l'univers, et c'est la Franreqni In nourrit. Il existe, il existera toujours lie ces liefenseurs intrépides de la religion , de ces véritables Démoslht nés d>- la chain- qu'un sublime dévoûment porte i» combattre, jusqu'à t>xtinclinn d- forces, la plus cuelle des tyrannies , celle des passions qui dégradent l'homme , surtout la tyrannie de l'intlexiblc respect humain et «le rinipiIo>able prévention. «!onl l'admirable constance de ces courageux apoire* huit toujours par triompher. Nous avons joui deux fois de ce glorieux triomphe dans notre cité, (pii ne fui jamais plus heureuse, que lorsqu'elle vit le pardon des injures, la fin de longues haines, l'aimable lidélili' H la douce paix rentrées aux foyers domestiques; In Itonne foi restituant le bien mal nrquis , l'avarice devenue généreuse , certains riches guéris «le leur iu*cii<>ibililé , et donnant ft pleines mains pour «ioiiliiger la souffraurr ri la miw'ri' ; enfin , les instructions religieuS4>s . allirant l.i foule altérée de vérité et de jniiire , lotis les rcrurs rappelés vers le Dieu des misérirordes , lou» li-^ rang» ropororhés par la frutcrnilé rhn'tienne . les communians rompit» par milliers, H lu grande p4'nsée de rétemiie ravivant le» Ame par %r\ lern-urs saliiliiires ri »»-s magnifiques espérances. N'est-ce pas hi Ir vrai , Ir ron«oliinl lablr.iu di- rt- i\nr non* avoiis mi ileiiv fois duii-< no» mur» ? A la veriK*. qurlqiir» voix *ini»lre« disAiriil ; •Combieii cela «lurcra-
t il? -> Si celle ferveur, en effet, a diminué, que peul-on en accuser, si ce ii'esl rinconstance des hommes dans le bien ? Mais celle sainle ferveur n'est pas éteinte , elle se consci ve dans les i>mes privilégiées , et se manifeste par des bienfaits de toute espèce, surtout par ces pieuses iusti- Uitions qui ont pour but la communauté des bonnes œuvres , et par ces admirables établissemens créés pour donner l'instructioa aux enfans de la classe indigente , pour assurer du travail à ceux qui en manquent , pour retirer du vice les personnes qui avaient eu le malheur de perdre le trésor des bonnes mœurs , pour prendre soin des pauvres orphelines. Voilà ce qu'a produit ce feu sacré , rallumé par l'éloquence des missionnaire de nos jours. Oui , nous avons entendu de nouveaux Bridaine , et sur tant d'admirables prédications, je me plais à citer celle qui se présente à ma mémoire. L'orateur , qui prêchait dans l'église de ma paroisse , termina sa mission par un discours sur la rechute du pécheur. Trop bien instruit de la faiblesse des pauvres mortels , il s'efforça , par les motifs les plustouchans, de préserver ses auditeurs d'une rechute honteuse qui les rendît aux yeux de Dieu plus coupables que jamais , et de les affermir par les plus tendres exhortations dans cette noble et inébranlable persévérance , qui est le principal caractère du Chrétien sincèrement converti. Ce discours était d'un si beau style, tellement au-dessus de l'éloquence populaire , sans pourtant être au-dessus de la portée des ùmes vulgaires , (|u'il me parut supérieur à ce que l'improvisation pouvait produire. J'osai donc , après le sermon , prier le missionnaire de me montrer son manuscrit : « Très-volontiers , me dit-il ; » et il tira de son petit porlefenille , une simple carte, sur laquelle je vis seulement ses divisions, quelques idées et quelques commenceraens de phrases jctîées ch et là. Voilà ce qui avait fourni un discours d'une heure et demie , l'un de:; plus remarquables que j'aie entendus. Pourrait-on , d'après cela, no pas sentir d'où l'on pentlircr de semblables inspirations? Elle- n'ont pas deux sources; il n'y on a qu'une seule.
(10) Endurer les louimens, l'exil et l'esclavage.
Après dix-huit siècles, on a vu les soutiens de la foi supporter les mêmes épreuves que les premiers apôtres. Le miracle de son établissement est donc permanent. La même foi trouvera toujours des martyrs aussi courageux. Quelle institution humaine n'eût pus été mille fois anéantie ! Ne doit-on pas être lier de faire partie de celte race fidèle et dévouée , sans laquelle l'humanilé serait en proie à toutes sortes do misères et d'erreurs ? File sera la même jus([u'à la fin des siècles, sachant tout souiVrir pour tout sauver.
(11) Dans ses temples rouverts à grands frais réporés.
La caihédrale du Mans , après une longue et complète restauration , est une des plus belles de France. Son choeur , surtout , excite l'adnjiralion ;
« l les vitraux bien conservés , ont e\crce les connaissances d'un de nos sa\ans arcLt^logucs * , qui en a lu une notice uxtrèmenieiit intéressante, ù une séance de notre Socictc française pour la conseriation des monument hif toriques, L'église de la Couture , également bien restaurée , est uno des pics belles de nos contrées. Elle est riche en bons tableaux ; elle a une belle sonnerie; il ne lui manque qu'un grand orgue, dont le petit qui existe , serait un joli positif. Le chœur est remarquable , comme celui de la cathédrale, par la beauté des sculptures. On y voit un cxtmple de l'inépuisable variété du génie de l'art dans l'objet le plus simple et le plus vulgaire. Les appuis des stalles , qui sont en grand nombre, s'arrondissent eu Tcuilles de choux , dont aucune ne se ressemble. Les vitraux du chœur ont été peints depuis peu à la manière antique , par un prêtre *• , attaché à cette église, qui joint au talent de la peinture, de précieuses connaissances m archéologie. Dans toutes les villes, comme d>ins les campagnes, l'altacbement des peuples au culte des ancêtres, a excité l'émulation pour rendre à tous les temples leur antique splendeur, au grand profit des arts.
fl2' La sf i«»nce modorne y joint ses oriiemcns.
l'ne éducation ecclt*siastique, privée do l'élude de la science moderne, isolerait en quelque sorte le clergé, au milieu d'une société qu'il est appelé ù diriger dans l'usage de tous les élémens de la vie sociale, et lui ôterait nue partie de celte autorité que donnent les connaissances humaines. Elles sont donc l'un des grands mobiles qu'il peut employer pour exercer sur le siècle son action conciliatrice et sanctiliante. Le séminaire du Mans est digne de servir de modèle pour le zèle avec lequel on y cultive les sciences. 15) Elle rcn.iit, pourtant , crlte antique psallclte ,
Ln si utih' établissement avait été rendu à la cathédrale du Mans par le premier préfet de notre département, amateur de la bonne musique. "*' La psalletle était, ù peu prés, remise sur Tancien pied, et l'ancien maitre Marc y avait été rappelé. Mais , dejmis , les revenus de la fabrique sont diminués , on a rrlranché la nourriture aux pauvns enfans de clidur, qui ne rr( oiveni plus qu'une instniction musicale inronii)lèlc. Honneur ."i notre Société Philharmonique qui (nf.iit instruire deux pour la basse I Autrefois, U-K infans de cha-ur de Marc alimentaient le concert pour le chant. Airoont 6 e<ip4-rer que le» psallctte» seront rétablies sur l'ancien pied , pour ronirniiiil du culte i-t les progrès de l'arl. En attendant , le lèle du maître •"* &n|iplée ît la pénurie des moyens, 1 1 l'on iiiUnd «lans noln* ca- Ibédralc les ImIIi-^ husm-s iiiipriniics de I.alanile et de ItousM-au, l'ancien faux iHiurdiiii ilont l'harmonie n tant de majesté ; et , aux grande* félt-s, la rnukique des premiers romposilcurN et du sii\anl maître, thit-bien execuliH.'
* M. ilicbi-li-t. •• M. IuIiIh.' lourncsac. '" M. Auvtjv. •••• M. M.ittiii.
par nos amateurs qui se sont toujours plu à faire de leur talent un si digue emploi.
(14) Et la ville et la cour y viennent applaudir.
Cet école florissait encore en 1829. Quelle perte a fait l'art, et dans l'institution et dans le maître qui la dirigeait ! J'en parle comme si elle existait encore, dans l'espoir qu'elle renaîtra.
(15) Choron , dont le beau zèle égala le génie ,
J'ai visité, en 1829 , à PaLris^V Institution de musique religieuse , rue de Vaugirard. Ce bel établissement était , alors , dans sa prospérité. Son fondateur , le célèbre Choron , dont le zèle était si précieux à l'art , me donna tous les renseignemens que je pouvais désirer. Vin3;t-quatre pensionnaires, et un plus grand nombre d'externes , y étaient instruits aux frais du gouvernement. Dans une maison adjacente , un certaiu nombre de jeunes personnes jouissaient des mêmes avantages. Ces deux maisons ne formaient qu'une seule école, destinée à fournir des sujets aux maîtrises et à divers établissemens pour l'enseignement musical des deux sexes. De beaux concerts y attiraient les amateurs de la musique des grands maîtres anciens et modernes. Choron m'ayant invité à venir entendre la musique qu'il fesait exécuter dans l'église de la Sorbonne , j'assistai plusieurs fois aux vêpres dans la tribune , où plus de soixante voix et instrumens exécutaient , en parties, les psaumes aussi brièvement qu'on le fait avec le chant simple. C'était le temps des vacances où plus de la moitié des élèves étaient absens; cependant, un public choisi remplissait cette église nouvellement réparée, et richement ornée ; on se délectait de la musique sacrée des premiers compositeurs, rendue avec une rare perfection. Comment une institution qui intéressait l'honneur national , autant qu'elle était utile à l'art , n'a-t-elle pu survivre à son savant directeur ? Elle devait exciter l'émulation du conservatoire, dont le pensionnat ne s'est pas soutenu. Ce bol établisscmeiU ne peut former qu'un petit nombre d'artistes ; taudis que ks psallettes fournissaient jadis un grand nombre de bons musiciens , qui joignaient la connaissance de l'harmonie à une sûre exécution.
Le Conservatoire , avec ses quarante-cinq professeurs , est assurément une institution aussi honorable pour la France que précieuse pour l'art. Les écoles de Toulouse et de Lille en sont comme les succursales. Il sort de ces établissemens de grands artistes qui étonnent par l'élégance et le lini de leur exécution brillante. Ils y peuvent recevoir une connaissance suflisantc des règles de l'harmonie , pour être en état d'analyser les modulations des morceaux qu'ils exécutent si parfaitement , et auxquels il manquerait peut-être, sans cela, une couleur, une expression que l'on ne peut guère atteindre sans cette connaissance , que tous les maîtres devraient posséder et transmelire à leurs élèves. 11 est donc ù désirer (|ue le cours
2") -2 NOTKS
d'harmonie s«>it suivi par tous les élèves de l'école. Les éludes spéciales , dans Icsqui'lles on eu doit faire une application continuelle, deviennent par là solidi-s , intéressantes , vraiment dignes de l'art. Ne serait-il pas déplorable qu'un grand instrumentiste ne fAt pas en élat de corriger, avec certitude , une faute dans sa partie , tandis que tout bon artiste doit être capable de com|)oscr pour l'instrumi iit qu'il professe ? Quel avantage n'at-il pas , alors , pour développer ses moyens et sou génie ! Les artistes coniposileuis commencent à devenir moins rares en France ( car, en Allen:agne , ils le sont presque tous ). Quelques femmes , même , composent leur musicpie, et doublent , ainsi, le plaisir qu'on éprouve à les entendre, d'autant plus que, composant selon leur force, elles peuvent ajouter considérablement aux presligcs de l'exécution , par des diUicultés qu'elles se sont rtnduts familières.
Je reviens à une institution de musique religieuse, organisée de manière que la punie îles niuurs) niainlinl la pureté de l'art. Elle serait d'un grand secours pour l'ornement du culte. Quelle impression fcsaienl sur les àmcs ces chœurs immenses que le maître intelligent montait , en si peu de leçons , dans nos calbédralis! Celte école serait , d'ailleurs, le fojer d'un goCil sévère , maintiendrait les belles traditions , les saines doctrines , el opposerait ure digue puissante ù la coriuplion du gofti. Il est besoin d'un el.iblissement spécial pour fournir au culte des sujets qui aient reçu une éducation convenable, et pour maintenir en honneur la niusi(|ue sacrée qui sera toujours le plus beau genre. Kllc a son caractère particulier ; elle ixige, par ronséqucnt, une élude particulière. Elle a une majesté , une simplicité, une mélodie naïve et pure, qui lui sont propres. Son style convrvr les formes classiques, qui plairont toujours aux vrais amateurs, quil(|iie préférence que le public donne ù la nouveauté dont le liesoin se fait sinlir dans tous les genns ; mais le beau reste. Je réptte ici une remarque frappante , c'est que les opéras de graiuls mailres , tels que llandel, Scarlatli , ne peuvtnl plus itre supportés au théAIre , taudis (|ur leur n)u^i(|uc religieuse est toujours entendue avec plaisir dans les temples.
C'est donc une erreur de cioirc que la musique de théâtre ressemble à la nni'ique de chapelle. I,e styl.- de l'une diffère de l'autre . comme \n hvmnei» et les peintures sorr«-ps dilT<'niit des pièces et des décorations de IhéAIre. 1,»* pen-ri's , le» sculimcns ne sont plus les mêmes , quoicpie l'.trl soit le mi'mr p-mr le fond , et (|ue la fornu* seule «lilT.' re pour l'expression «•t li-s ronvenanres. C.'rsl une ((uestinn souTent agitée, et très-controversée, que cette difTéreiire entre la musique d'église cl celle du IhéAln- ; je crois y voir In mt'inr diiïén'nre qu'entre In pwMe religieuse et la poésie mondaine. I.a langui- >-*\ la inéinr : lu diltérencc c^l dans la pensée qu'elle rcvM ; ror il est rnlains nintn .itu d opéra» dont on ferait de tiès-ln-lle
musique d'église, t-n lui adaptant des paroles sacrées, selon leur expression et leur rythme. Ainsi le choix du sujet, le caractère de l'expression , les convenances et la décence de l'exéculion, voilà ce qui me semble distinguer principalement ces deux genres de musique, et résoudre, en grapde partie, la question.
11 doit donc y avoir une école spéciale de musique religieuse , puisque l'exécution de celte musique a , comme sa composition , un caractère de noble et touchante simplicité qui lui est propre. Les sujets , destinés aux chapelles , doivent donc être livrés à une étude sévère de ce genre de musique, et recevoir, dans cette école, une éducation qui les rende dignes de contribuer à l'ornement du service divin. Mais , pour assurer une existence durable à un établissement qui exercerait une si grande influence sur l'art et sur les cœurs , il faudrait qu'il fût dirigé par un ecclésiastique d'un grand mérite , savant dans ce même art , dont il présiderait les exercices, et qu'il fût attaché à une église-modèle. Tel était M. l'Abbé Buée , célèbre maître de musique de Saint-Martin de Tours, devenu, après la révolution , chanoine de Notre-Dame.
(16) Du florissant Gymnase , ah ! puisse la chapelle.
Ce vœu s'est réalisé , pour le collège du Mans. M. l'abbé Blin , ancien élève de la psallette de la cathédrale , y joint les fonctions de maître de chapelle à celles de l'enseignement musical. Son zèle sait y préparer et composer, pour les principales fêtes, de fort beaux morceaux exécutés, à grand orchestre , par les élèves , qui consacrent volontiers une partie de leurs récréations à ces exercices , dont ils sentent l'utilité pour cultiver, avec fruit, un art devenu aujourd'hui si précieux dans l'éducation de la jeunesse, et dont un tel emploi ne peut manquer d'exercer la plus heureuse influence sur leurs éludes comme sur leurs mœurs.
(17) C'est l'imposante voix d'un bon , d'un savant Prêtre ;
Quoi ! les jeunes gens de ces écoles iraient entendre des sermons 1 Eh ! n'en a-t-on pas vu des milliers se presser aux conférences de l'éloquent Frayssinous, à Saint-Sulpice ? De tels orateurs les allireront toujours, et feront passer dans leurs cœurs leurs propres convictions. Ce résultat est certain. Les scènes déplorables de trouble et de scandale que ces écoles n'offrent que trop souvent, ne doivent donc être attribuées qu'à l'abandon, à la privation de secours religieux où cette jeunesse est laissée, lorsqu'elle est dans l'effervescence de l'ùge el de l'indépendance,
(18) Que, pour guérir le corps, il faut soulager l'âme ,
L'iniluence réciproque du moral sur le physique , est l'objet des profondes et continuelles méditations du médecin-philosophe. Presque toutes lis maladies , ( I leurs moyens de guèrison dérivent plus ou moins do ce
'2r)ï NOTES
double rapport. ATant Erasistrale , plus d'un habile médecin en avait fdit siDS doute l'eipérieuce ; et , de nos joui^ , quel médecin n'a pas eu lieu d'ob-erver souvent que la tristesse desstclie les sources de la vie : « Spiritus tritiis exsiccat ossa i ; et que la joie de l'esprit , rend au corps toute sa vigueur : « Animut gaudens alalem florîdam facit, ( Prov ). Heureux celui qui sait répandre dans l'itroe malade la douce joie qui guÎTit aussi le I orps ! Le médecin et le pnHrc se disputent ce noble triomphe , dont j'ai vu de consoluns exemples. Que de tels hommes méritent bien de l'humanité ! Il n'pst point de trésor pareil à celui des bonnes œu\res.
(19) Et de l'esprit des lois profondément instruit ,
Proposer un aumônier pour les écoles de médecine et de droit, est une innovation qui n'aura guère d'approbateurs, je le sais. C'est une véritable utopie, je l'avoue encore. Mais il est des choses sur la réalisation di-squelles on ne peut guéres compter pour le présent , et qu'il est bon , cependant , de mettre au jour , lorsqu'elles sont iwssibles , utiles , qu'elles ne blessent personne , qu'elles plaisent à un certain nombre , et que , sans la pré- \rntion, elles |)lairaient ù ton?. Or, telle est l'innovation ([uo j'ose ici proposer. Que l'on daigne écouter mes motifs avec la même bienveilKuice (jui me les inspire; et, loin de mépriser le conseil du vieil ami de la jeunesse , on le regardera comme une nouvelle preuve du tendre intérêt qu'il prend au bonheur de ces pauvres jeunes gens que nous ne voyons jamais, sans la plus \ive inquiétude, se séparer de nous , et quitter leurs parens, pour aller faire le dangereux apprentissage d'une vie libre dans celte grande ville, où la vertu est si exposée à faire de tristes naufrages.
• Mais , me dira-t-on , ce n'est pas une raison pour que ces l'-coles aient un aumônier. N'y a-t-il pas de grands prédicateurs (pie vont enten<lre li-s jeunes gens assez heureux pour conMTM'r leurs pieusrs luibiludes '.' ■• Je réponds que ces discours, quelque excelleus qu'ils soient, manquent d'une rondilion essentielle , la spécialité. Je m'explique : chaque profession a sa philowphie, son but monil, ses devoirs particuliers, ses positions propres, siui esprit, en un mot, et c'wl sur (|uoi les enfans de Thémis ou d'Ksculape sont loin d'être asM-i instruits. On leur apprend le matériel de leur art , moi» non la ^■.ani^r^• de l'exerrer. La philosophie des sriences et des aris roralMe mm seulement ù les bien définir , à mettre dans une parfaite ^Idenre leurs vrais princi|>e« , à li*s bien coordonner dans leurs parties et dans leur envmblr , mais encore ti les animer de cet amour de rhiitunnilé qui montre leur réleste origine. Il ne faut pa», |M)ur retle sublime mission, des hommes ordinaires , mais des apiMris inspirés , doués d'une rloquenre l^f ranime , pnifondénieni insirulls de la irienre enM'igniV dans leur iS-ole, altn qu'ils piii*M-nt la montrer dans lou» ses rapports nvee le iMinhi'ur de rhoniiiM- , signaler les iM-rfiTtlonoiniens dont i-llr prul élre susn>pllble,
élever les ûmcs au-tlessus de ce vil inlérêt qui ne voit, dans une profession, qu'un chemin de fortune et de prééminence ; les enflammer , enfin , d'un noble dévouement h tous les travaux, à tous les sacrifices qui honorent ceux qui exercent ces professions libérale^, et les érigent en bienfaiteurs de leurs semblables. On ne peut douter que de tels orateurs ne vissent la jeunesse accourir en foule se presser autour d'eux, et qu'un tel cours ne fût le plus suivi de tous. Car le beau a des attraits irrésistibles, surtoutpour les jeunes cœurs, que leur âge , leur sensibilité naturelle et leur éducation soignée , rend plus capables de le sentir et de l'apprécier.
Qui peut douter , encore , que le caractère sacré ne donnât à de tels orateurs une autorité bien supérieure à celle de tous les autres , et ne communiquât à leurs discours cette grâce divine qui s'empare des âmes et les remplit des parfums de la vertu ? Dans ces bouches vénérables , la médecine ne serait plus seulement l'art de guérir le corps , mais de guérir l'âme avec le corps , en y versant ce baume céleste qui console et fortifie. Le droit ne serait plus seulement la froide théorie de^ relations de l'individu avec l'individu , ou de l'individu avec la sociélé , mais l'expression lumineuse de la justice éternelle et de ses conséquences nécessaires. Quels beaux fruits on verrait naître, alors, de la pratique des sciences et des arts, échauffés, fécondés par de si doux feux!
(20) Dans la voix, clairement, le fond du cœur se lit.
On a beaucoup étudié l'homme extérieur, pour connaître l'homme intérieur. Les progrés que l'on peut faire dans l'observation des moyens qui facilitent cette connaissance , tendent à son amélioration. Plus il peut s'envelopper, dérober ses pensées et ses sontimens à la pénétration des regards , moins il fait d'efforts pour être bon , plus il se fortifie dans les ténébreux retranchemens de l'égoïsme. L'homme est la dupe d'une grande erreur, c'est de croire ([!ie la dissimulalion , la ruse , l'hypocrisie , le mensonge, lui sont utiles. L'instruction religieuse peut seule le désabuser d'une erreur si funeste à lui-même et à. la société. Elle lui démontre que le chemin le plus court, h^ plus facile et le plus sûr pour arriver au bonheur , c'est la droiture de l'esprit, la simplicité du cœur. Son intérêt pour le présent et pour l'avenir ne peut être que dans la vérité. 11 est aujourd'hui démontré que c'est la meilleure politique pour les gouvernemens comme pour les particuliers. Le (léguisemcnt «le-
vient inulili* , quand les indices de la pensée sont mieux obsiTvês. En signaler de nouveaux , c'est faire une conquête au prolit de rhumauilé. Ceux que l'on a déjà trou\és dans les traits , les formes , les mouvemens du corps , révèlent beaucoup de choses de l'intérieur ; mais depuis bien des années qu'il m'est venu dans l'esprit d'observer, avec attention , la voix humaine , je me suis convaincu qu'elle ofTre le plus d'indices de l'état de l'àme. Lawater en dit quelque i'bose dans sa phvsiojînomonie , mais il ne fait (juindiquer cette source que j'ai eu de si fréquentes occasions d'explorer, et (jue j'ai reconnue pour être plus féconde en indices ((ue toutes les autres.
L'âme se révèle immédiatement dans la voix parlée ou chantée. EJant l'interprète nécessaire de la pensée et du sentiment, elle prend nécessairement aussi leur couleur, se nuance de toutes leurs teintes , même les plus délicates. Les aveufjK's jugent de quelqu'un par la voix seule , au.ssi bien que les clairvovans par tous les autres silènes extérieurs , et souvent beaucoup mieux. On ne se donne pas, dira-t-on , uni' voix grave ou aiguë, forle ou grêle, claire ou >oilée. Non , pas plus qu'on ne se doinie telle ou telle i'onforniation extérieure. Mais de même que les habitudes niorales , le développement des passions modifient les traits do la figure, et surtout l'expression des yeux; de niêtiie, aussi .ces habitudes morales et ces passions modifient la (jualité de la voix et sori accent. Tacite dit que (laligula avait la voix forte et rau(|ue qui caractérise l'homme avare , pusillanime , insolent dans la prospérité, lâche dans le malheur.
("est une vérilé d'observalion que l'on peut conslatei toutes Ils fois (|iif I iiii \ apporte quel(|ue attention. Hien n'est pins M-iisiblr , dans les reniniessiirtoul , ipii' l'altération de la \oi\ causée par la débainlie , l'iis^i^e iinnnxléie des liqueurs tortis, la tolère, les passions \iolenles. Mais les passions |)lus lomenlrées. les \ ices de caractère, les inipreHsions passagères plus ou moins profondes . tous les niouvemi-ns de l'.Wne . en nu nn»! , se réveleni .1 l'on ille
comme à l'œil exercés à ce genre d'observation ; car la voix est toujours en harmonie avec le jeu de la physionomie et l'action du corps ; c'est de leur ensemble que résulte le jugement porté.
Les organes servent l'âme ; tel maître, tel valet. Il y a des exceptions, sans doute ; mais il est généralement vrai que l'âme s'empreint dans tout ce qui sert à la produire audehors. Or, la parole et le chant étant sa voie la plus directe , la plus usuelle , leur qualité . leur accent, doivent la montrer le plus clairement. L'aigreur du caractère , un esprit diflîcile , opiniâtre, mécontent, se reconnaissent dans l'aigreur et la raideur de la voix ; l'orgueil , l'arrogance , dans une voix de gorge qui tend à monter ; la paresse , la langueur, la nonchalance , dans une voix indécise , qui tend à baisser ; la timidité , les sentimens tendres , trop affectueux , dans une voix tremblante , un accent larmoyant ; la colère la rend rauque ; la promptitude , la témérité , le désir, la précipitent, la font manquer de respiration ; l'étonnement la coupe , l'admiration l'allonge ; dans la fermeté , l'égalité d'âme , elle est bien assise , bien mesurée ; la paix du cœur, l'espérance , donnent une voix, soit en parlant , soit en chantant , sonore , facile , que rien ne gêne ; la douceur, la bienveillance , l'amabilité du carac tére, lui prêtent un accent qui flatte , charme l'oreille, qui touche, attire le cœur. L'orateur, homme de bien, a , dans la voix, une aisance naturelle, un Ion franc , inimitables au talent chicaneur et pointilleux. Je m'abstiens d'étendre davantage ces remarques qui sont de nature à ne pas plaire à tout le monde. Il est tant de gens qui craignent qu'on ne les devine ! Ils ne peuvent voir, de bon œil, qu'on multiplie les moyens de les pénétrer. Mais les personnes sincères souhaiteraient, au contraire, (jue leur âme fût ouvertes aux regards humains , comme elle l'est à ceux de la Divinité : ((ue de préventions injustes seraient souvent détruites! C'est une peine pour elles (jue leur cœur reste ignoré , tandis que la plus grande crainte des autres est qu'il soit connu. 11 17
Le nombre do rcllcs-ci diminuera à mesure que les moyens de lire en elles seront mieux observés et mieux connus. Quand on n'a plus l'espoir de pouvoir soustraire aux regards une vilaine àme , qu'on a , au contraire , la terrible certitude que tout le monde en dérouvrira les hideux secrets , il n'y a plus d'autre parti à prendre que de la rendre meilleure. Qui peut faire ou penser mal, stn lélement , sans rougir de soi-même ?
On ferait un traité fort curieux sur l'examen détaillé des indices que fournit la voix pour la connaissance du cœur humain. 11 suffit , à mon sujet , d'attester qu'on y pénétre facilement par lobservation attentive de sa (jualité et de son accent, dont la variété est infinie comme celle des caractères. Je finirai par une remarque dont j'ai souvent été frappé , c'est que la voix fausse qui provient d'uiK* oreille défectueuse , indique , comme le strabisme , quelque défaut de rectitude dans le jup^ement. J'en ai entendu doimer la démonstration par d'habiles physiolop^istes. L'àme doit n«'îcessairement être mal servie par des organes vicieux. J'ai tenté , par de trrands efforts , de corriger des voix fausses ; je n'y ai pas mieux réussi , que des médecins que j'ai vu donner de lon;rs soins à des strabites. Mais ce qui me cause encore une surprise extrême , c'est que telle personne a la voix très-juste, en parlant, et Irés-fausse, en chantant. Tel orateur m'a charmé dans la cliaire par sa voix harmonieuse , qui nie déchirait l'oreille en chanlaiil une préface. J'ai coiiiiii des personnes (pii me lavissaienl en déclamant des vers, et qui me torturaient \)ai une clians(»n. Ma remnnpie trouvait là son ap])lication inlaillible : (piand elles raisonnaient de < crtaincs choses, le défaut de jugement se montr.iit daii«» une analo;;ie frappante a\ec le défaut <lo l'organe. Ln voix marcjiie aussi bien les div«'rs états du corps quo de l'dme. Os observations n'ont échappé ni à 1 1 ph)- Hiologie , ni ^ la médecine.
Il enl certain (praujourd'liui la <-onnaissanc(> du cummiiumnina fort avancé par rob<MTvation plus pénétrante des
signesextérieursqui sont des indices manifestes des actes intérieurs. La phjsiognomonie deLawater, la crànologie de Gall, la phrénoiogie de Spurzheim,ont, certainement, ouvert un vaste champ à la philosophie, en lui offrant des données d'une grande probabilité pour l'étude de l'homme moral. J'ai toujours été surpris que l'on prétendit tirer de ces connaissances des conséquences tendant au matérialisme. J'ai entendu quelques savans disserter sur ces théories , et nier qu'on pût en conclure rien de semblable , rien qui fût contraire à la morale ou à la religion. Voici ce que je lis dans l'introduction à la phrénologie. « Voyant ( le docteur Gall) qu'il reconnaissait la mémoire verbale à un signe extérieur ( les yeux saillans) , il s'imagina qu'il en pourrait être de même des autres facultés de l'àme ; car il espéra que de semblables découvertes le conduiraient à connaître les fonctions du cerveau ; mais il n'eut jamais l'idée , comme l'ont prétendu ses détracteurs , et comme le croient encore les gens du monde , que les facultés de l'àme eussent leur siège dans tel ou tel endroit du crâne ; » et que , par conséquent, telle protubérance dût victorieusement déterminer, dans l'homme , telle action de vice ou de verttu , de sorte que tous les crimes fussent ainsi justifiés, et toutes les belles actions , privées de leur mérite , comme étant des conséquences nécessaires de l'organisation. Il y a certainement une inlluenre bit-n marquée du physique sur le moral , et du moral sur le physique ; mais de ce que les actes répétés d'une passion violente, de la colère , par exemple, ont sillonné comme la foudre la face par telle ligne, ou soulevé , comme une explosi(m volcanique , telle protubérance sur le crâne encore tendre , s'ensuit-il que celte bosse , ou ce trait , doivent déterminer dans l'individu une action de colère? Nullement. Les signes de la passion peuvent, d'ailleurs , subsister, quoique la passion n'existe plus , comme certaines éminences terrestres attestent des volcans éteints. On rapporte que quelqu'un s'étonnant de voir sur la figure deSocrate les signes d'une passioo honteuse, ce sage avoua
-qu'en eflol. il y avait été enclin dans sa jeunesse. L'habitude de tt'I vice petit déformer la voix ; mais ou en conclurait mal que le défaut de celte voix détermine ce vice. Il est donc certain qu'il est des signes extérieurs de tel penchant , de telle passion ; mais l'àme n'en est pas toujours présentement possédée. Il est également conslanl qu'elle n'est jamais dépourvue de la force nécessaire pour en triompher. Ainsi , la science physiologique peut coiiliuner ses découvertes , sans que la morale et la religion puissent s'en alarmer le moins du monde. L'homme ne cesse jamais de jouir de toute la liberté nécessaire pour choisir le bien de préférence au mal. Les signes extérieurs sont bien des indices des mouvemens de l'àme , mais ils sont effets, et jamais causes, et l'on n'en peut tirer aucune conséquence tant soit peu f i\orable au matérialisme.
(21) Vos chefs-d'truvrc vantés sont tous religieux!
J'ai lu qu'un grand peinlro d'Italie, Jean de Ficscbc, surnoninié Angelico ou le Bcato, se meilail en pritre avant de commencer à peindre, parce qu'il ne travaillait que pour exprimer à Dieu sa foi, son espérance, son amour. Il pleurait à chaudes larmes chaque fois qu'il a>ait à peindre un crucifiement , tant il souffrait a\ec le Sauveur mort pour le racheter. Aussi , dans "(es merveilleux ouvrajfes , la perfection de l'expression répond-elle à la sainteté de l'invenlion. Le fameux peintre vénitien Gentile , signait ses chefs-d'œuvre: Amorr criicis iiicctisiis. (\ole extraite. )
(22) Aux saints vœux d'une .«œur doit de revoir le jour.
Ce talx-au drs reliRieusi^s <levanl lequel on aime à s'arn'^ler pour le contempler, avec une émotion profmule, avec un saint recueillement, prouve bien (|ue la lu Ile expression vient du <<iiir. I.a religieuse malade était la fille du peintre. Son pinceau a rendu les sonlinu-ns d'un père , et «le s«m pinceau ils passent dans toutes les àmcs faites pour goAter le beau. Kien n'inspire et ne tnudie comme tout ce qui est puis*^ dans une tendre piété.
(2iJj Sorti de les pinceaux, sublim»' Uaphaél ;
Il y n un contraste frappant entre le style de» premiers ouvrage» de RaphaM , et relui qu'il adopta dans le» dernii-n's annét>» de sa vie , apn'^ qu'il vM cHU- aux suggi stion» du s«-rpent, et qu'il eftt liontcusement s.icriH£ auvrau d'or de l.i vn«nulilé du p.i(;nnisnie. (^kIc extraite.)
(2'»j Vont orner ce wilt)n , thértlre dr leur gloire,
I.a franco fnnmil k lont , aux nrt» ronimr ;mu science» ; et quoique
des circonstances peu favorables eussent dû ralentir leurs progrès, enlever aux arts, surtout , une partie de leurs ressources , et diminuer le nombre des compositions , le salon de 1836 a compté , malgré la sévérité du jury qui prononce sur leur admission, 3,500 ouvrages , par 1,300 artistes, ce qu'on n'avait point encore vu jusqu'ici.
(25) Guérin ne trouvait point sa Phèdre encor parfaite :
J'habitais Paris à cette époque, et je fus témoin du triomphe de ce grand artiste, dont le beau talent devenait eucore plus intéressant par ce trait d'une rare modestie qui lui mérita les suffrages unanimes de ses jeunes rivaux. lisse firent , par leur noble procédé qui fut applaudi de tout Paris, autant d'honneur qu'à lui.
Quelqu'un s'est étonué de ce que je citais Guérin de préférence à David , dont je ne parle même pas. Il ne m'appartient point ici de m'ériger en juge d'un peintre aussi célèbre que David. Mais il est de mon sujet de donner la préférence aux artistes inspirés par le génie religieux. Or , son tableau de l'enlèvement des Sabines , qui est son chef-d'œuvre, me révolte par ses guerriers nus , avec leur armure sur la peau. Rien ne me paraît plus contraire à la décence comme à la vérité. D'ailleurs, toutes les poses des personnages sont forcées , il n'y a rien là de naturel ; tandis que Guérin me charme par sa noble simplicité , sa chasteté virgilienne. L'antiquité religieuse respire dans tous ses tableaux remplis de grâce , de vérité , et dont le coloris enchanteur offre partout la nature dans son beau idéal.
(26) Que je voudrais, surtout, pouvoir de l'iiarmonie
L'harmonie a des lois qui lui sont propres ; mais , quelles sont-elles ? sur quel principe sont-elles basées ? C'est ce que des hommes de génie ont beaucoup cherché et n'ont point encore trouvé et démontré d'une manière qui ne puisse être controversée. L'accord parfait , et l'accord de septième , sont les élémens de toute l'harmonie , majeurs ou mineurs , diminués ou superflus ; ils ne forment , par leurs renversemens, qu'un petit nombre de familles , ce qui doit exciter à acquérir une coimaissance qui exige si peu de peine.
Depuis le système de la basse fondamentale , que Rameau mit en vogue , et qui régnait encore dans le temps de mes études, quoique déjà l'on sentit qu'il entravait le génie , que de systèmes ont été |)roposés dans des écrits d'un grand mérite , même sous le rapport du style ! Car la littérature musicale a pris un essor égal aux autres parties , et se rend de plus en plus recommandable. Moniigny a cherché le principe de l'harmonie dans la nature même , et a composé un bon ouvrage. Les articles que ce savant artiste à fournis à l'Encyclopédie , sont bien supérieurs à ceux qu'y ont insérés d'illustres lilléralcins riui n'étaient point nuisiciens. l-,es éci>les d'Italie ont publié leur mêlhode. I.«' docte professeur du Conservatoire,
262 NOTEvS
Catei , a publié la sienne ; et , cependant , j'ai lu dans un auteur qui raisonne très-bien sur cet art, ces propres paroles : « On cherche , depuis • long-temps , le principe universel d'harmonie, d'eprès lequel on puisse ■ admettre ou rejeter telle ou telle suite d'accords, je doute qu'on ledi~ tcvuire. > Le plus général que Ton puisse donner aux étudians , c'est de lier les accords , dans leur succession , par une ou plusieurs notes qui leur soient communes ; principe qui souffre , cependant , d'heureuses exceptions , comme dans les suites de sixtes qui sont si suaves. Je n'ai pas été peu surpris de lire qu'un maître distingué en était reveuu au principe de la basse Tondamenlale , au grand scandale de l'école moderne. J'aToue avoir éprouvé une certaine joie, en voyant remettre en honneur un système qui , dans ma jeunesse, offrait à mes essais une règle certaine, une marche déterminée qui salisfesait et guidait mon inexpérience \ doctrine dans laquelle avaient été instruits ces grands harmonistes que l'on entendait alors sur Torgue. Je suis cependant persuadé que Técole moderne l'emporte; car, sa bonne musique est bien supérieure à l'ancienne. Autrefois , le cercle des modulations était très-étroit ; aujourd'hui , on module dans tous les Ions; néanmoins, les grand> niaiiros , dans leurs ixarts toujours bien amenés et bien motivés , ne perdent jamais de vue les cordes principales du ton ; et les surprises qu'ils causent uc nuisent point à l'unité , principe constant de toute bonne composition. On ne peut discoitvenir , néanmoins, qu..- la nouvelle musique, comme la nouvelle poésie . ne nous offre quelqiiTois des choses bien bizarres , et quoiqu'en musique , le beau n'ait point de type déterminé , le goût est un juge irrécusable.
La musique n'imite point matériellement comme la peinture , et pourtant elle exprime tout , (|uoii|ue d'une manière iiulétenninée. La belle harmonie a toujours été imit.itive ; je le ri-mar({ue toutes les fuis que j'entends ix noire cathédrale les mess«'s imprimées de Luiandc , qui datent du siècle de Luuii XIV. L'expression en est souvent sublime el simple ù la Tois ; non seulement le» mots pathétique!* passas , sepullus , sont rendus par des arrorcK qui Muit .'i l'.'tnic , mais titiblliuni, imisiLi/ium , qui paraissent si ingrats pour la niusi(|ue , ont leur» accords propres , qui rendent l'idée d'unr manière elonnanle. La musique e\|»ressive n'u réellement rien de terrestre comme les autres arts; c'est un langage céleste, ravissant.
Aioii , avec dixt méthodes d'harmonie différentes, les hommes de génie s'entendront liinjour* pour ciécr de Im'IIcs rhones. Le goùl , la S4>nsiliilité , l'oreille surluul , Mront toujours les nirilliurs guides ; l'étude ^\^-^ mndèles et leur» tradiliun% , le<» Miurr«>^ du Immu. Combien ne drvonvnons pas regretter qu'il ne nn»% viil rirn parvenu de la musique des anciens 1 Nous les aiirion« riTl.iinrmrnt inntt't ilant < cl art , connue il.nis tous l(*s autres , dont les ineillena's érole^ i«»nl ff)nd<W's ^ur la ronnaiMonce approfondie de
l'anlique. Car , peut-on croire que la musique , ce langage si naturel de tous les senliraens du cœur, soit un art nouveau? L'imprimerie transmettra notre musique à la postérité. Mais l'expression , la manière , la couleur , l'intention , en un mot , la seule lecture ne peut les transmettre aux esprits les plus intelligens. Il faut nécessairement entendre ; voilà ce qui doit se perdre.
Regrettons les maîtrises , qui étaient les conservatoires de la pure harmonie , dont la connaissance était devenue rare , même parmi les plus habiles praticiens ; et réitérons nos vœux pour le rétablissement de ces écoles également précieuses pour le culte et pour l'art.
(27) D'enfans aériens , ce son propagateur 1
Les cloches, du ton le plus grave, rendent distinctement ces sons liarvwnifiiies. On appelle ainsi tous ceux qu'un corps sonore fait entendre , outre le son principal , le seul que distinguent les oreilles vulgaires , et non exercées à en faire l'abstraction pour saisir bien tous les autres. Les cordes graves des instrumens présentent ce même phénomène, mais il est besoin d'une grande attention pour discerner clairement les plus sensibles de ces sons harmoniques produits par le son générateur. C'est ce que l'orgue a imité dans ses jeux de mutation, nazard , tierce, quarte, doublette , qui réunissent sur une seule note plusieurs tuyaux accordés à diverses intervalles de tierce , quinte, octave, double octave , tous absorbés dans le son le plus grave qui s'en nourrit.
(28) Le peiipleentend, joyeux, leurs clameurs triomphantes. La sonnerie de l'abbaye de Saint- Vincent du Mans était la plus belle de la province, quoique la cathédrale eût des cloches d'un poids plus considérable ; la grosse pesait onze mille. Cette sonnerie de Saint-Yincent se composait de quatorze cloches , dont huit formaient une octave pleine à partir du si-bémol , du poids de six mille. La succession régulière de ces tons parfaitement justes, et de la qualité la plus pure, produisait ( quoique la bonne manière de sonner n'ait jamais été usitée dans noire pays , ni la meilleure combinaison des tons employée par les fondeurs) , une harmonie vraiment céleste , favorisée encore par la position de la tour sur le lieu le plus élevé de la colline qui domine la Sarthc. Pour jouir de ce concert niagniliquo, on descendait dans la prairie de Beaulieu, d'où l'on entendait ces voix fortes et harmonieuses portées au loin par l'haleine des vents , qui nuançait et multipliait leurs accens dans la vaste étendue des airs. Quelle majestueuse et touchante expression de la pensée de l'homme élevée vers la Divinité 1
(29) De nos temples sacrés , ornement magnifique ,
L'orgue de nos grandes églises , instrument gigantesque, est le plus beau , le plus riche de tous , puis((u'il en réunit la majeure partie. I/orguc
était tà'ViDclliplié , aulrcruis, et l'art de lu toucher triait MUgulièreiucnt encouragù par la consiciéralion dont il jouissait. Il était le foiidciueDl de la uiusique. Lu organiste était un musicien universel. Obligé d'improviser dans tous l'^s tons, d'accompagner et de transposer le piain-chant , il |)ossédait à fond la science de l'harmonie , et savait écrire dans tous les genres. Les élèves qu'on formait à cet art, étaient les plus brillans sujets des maîtrises, et devenaient des maîtres précieux pour nos villes. Presque tous jouaient de divers inslrumens, et se rendaient utiles dans les concerls. Aujourd'hui la classe d'orgue du Conservatoire est la seule école de cet art dont l'Allemagne est , aujourd'hui , presque la seule pairie. Il s'est rétabli quelques belles orgues dans les cathédrales el les principales églises. Elles sont touchéos , presque toutes, par des pianistes qui n'en lirenl qu'un médiocre parli. 0 Un bon harmoniste , dit Castil-Blase , est un phéniv que l'on > ne rencontre pas toujours dans les très-grandes villes. La province a » tout perdu en perdant les organistes. Ils étaient les véritables conserva- ■ leurs de hi doctrine u)usirjle. •
Les bons facteurs sont devenus rares , comme les bons organistes *. La capitale en possède quelques-uns qui entretiennent ses orgues magnifiques; mais ils sont loin d'être encouragés comme autrefois. Le bel orgue de Saint- Sulpico valut à son célèbre facteur Cliquot, la croix de l'ordre du Saintl-spril. Le fiuieux Sèjcaii le touchait adinirublemenl ; il joignait l'élégance du chant à une savante harmonie. Suint-Martin de Tours possédait un orgue presque .lussi beau , et un habile organiste, Dupré , qui ne le cédait in Séjcan que pour la gr;\cc du style ; car il l'égalait pour la science de l'harmonie. Losutur disiit un jour on ma présence : «Quand j'étais maître
• de musi(|nc de Sainl-Marlin de Tours , el que je fesais exécuter quelque
• morceau «jui plaisait à Diipré , il le traitait ù son tour, sur son orgue ,
• avec tant de génie, qu'il me fosait \enir la ch;iir de poule. » Je dois ce souvenir ù cet artiste du premier ordre, qui fut le maître de mon fnir, et aussi mon modèle , et (|ui me reçut en 1784 pour l'orgue de Saint- Pierre du .Mans, apr<S une épreuve d'improvisation sur des motifs qu'il me donna, et (|ue je me plais enrore à traiter sur mou pelil orgue du collège. Ksl-ce nn rliaini.ml souvenir après un intervalle île ciii(iuanl«'-rinq un»? Le Mans posM^lait , avant la révoluti(U), pln<<ieiirs exielliiis luilTets d'orgue»; (cliii de rablKi}e de Saint-Vincent avait été construit par le fto- T&nl Dnin llédn*. Son traité de la facture d'orgue , inséré dan» rEncyclwpédie , ni riirore aujourd'hui le guide des meilleurs facteurs.
L'orgue r<>l un instrunirni ;i;irrailenicnl en riipport avec le culte dniil il e»t l'orncnirnl. Son niécmiiome savant 1 1 mystérieux se dérolM-nux regurd».
• l'ii Ixiii org iiiioli- ildii ( (innailre piirf.iitiincnt li- mécani-inc de l'orgue , ufln d'élrcen élot de ron»<-iller Im répaialiont ou lunélior.itionH néressaiiv» . r( (l'en «urveiller la honnr eiéculion. Il doit pouvoir, au hesom , réparer ce ipii i*»l urgriit , «t urrorder W» jeux d'onche.
La plupart même de ceux qui le touchent ne le comprennent pas bien. Tous les genres d'industrie concourent à sa confection. Il résume tous les accens de la nature. Un orgue à cinq claviers est vraiment un instrument universel. On le dirait placé dans le temple par les mains de Dieu même. La vasle étendue de TédiDce favorise, par ses voûtes et ses piliers, dont les courbes varient à l'infini, la propagation et la modification des sons, qui prennent ainsi des nuances très-variées , et deviennent des voix célestes.
On a reproché à cet instrument de manquer d'expression. Cela est vrai ,K,ur les petites orgues * à un seul clavier, que l'on entend dans les salons. Mais les grandes orgues à cinq claviers, sous les mains d'habiles artistes, sont susceptibles d'une variété infinie , et de tous les effets d'orchestre que l'on peut désirer, du pianissimo au fortissimo. Celles même à deux claviers ne peuvent encourir le reproche de monotonie , quand on sait les toucher avec intelligence. Je ne prétends pas, toutefois, que cet instrument égale un bon orchestre qui , dans lu symphonie, peut faire réciter séparément , et mettre en scène les divers instruniens qui le composent. On peut très-bien marier l'orchestre avec l'orgue. En Allemagne, la tribune de l'orgue réunit fréquemment plusieurs instrumens à vent. Ce mélange d'harmonie produit un effet ravissant. Mon frère se plaisait à se placer mystérieusement dans une tourelle du grand orgue , qui touchait presque à la voûte de l'église , et à jouer là un bel air de basse , d'un style simple et large , que je lui accompagnais avec le jeu de flûte. Ces deux instrumens concertant et dialoguant ensemble , la flûte de l'orgue semblait participer de l'expression de la basse. Ce chant céleste surprenait, dans l'église, les auditeurs qui croyaient que l'orgue venait d'être augmenté d'un jeu nouveau expressif. J'ai réuni, plusieurs fois , dans l'orgue de notre collège, l'orchestre des élèves , pour exécuter des morceaux concertans.
J'ai touché le petit orgue appelé expressif; j'en ai été assez satisfait ; mais il enfle ou diminue , à la fois , tous les sons du clavier, tandis que , pour mériter ce nom , il faudrait que, comme le piano, chaque note, et non pas toutes les notes ensemble , fût susceptible de passer du fort au doux. Ainsi il y a encore , dans tous les arts , un grand pas à faire vers la perfection. On peut modifier indéfiniment ; mais la perfection que l'homme peut atteindre est restreinte dans des bornes que Ton concevra toujours pouvoir être dépassées.
Le plaisir que j'ai pris toute ma vie à toucher l'orgue , me fesant,
• C'est avec répugnance que, pour me conformer aux Dictionnaires, je donne le genre féminin à ce mot pris au pluriel. J'ai toujours entendu les organistes instruits dire les ùons, les beaux orgues ; comme au singulier, un bon , un bel orgue. N'est-ce pas une locution bizarre que de duc c est ,m des belles orgues de France? Les bons écrivains se sont sounus à I usage. De ce nombre est Joseph d'Orltsue. auteur des excellcns articles sur l'orgue, insérés dans VVnivcrsitc CallwUquc.
qiielqupfoi>, repasser dans ma mémoire toutes celles que j'ai connues, soit à Paris , soil dans les différentes villes de province que j'ai habitées , je trouve que le Mans est, après la capitale, où il y en avait, autrefois, jusque dans les plus petits oraloires, la ville qui fut une des plus riches de ces beaux inslrumens , non seulement par leur nombre, mais encore par leur qualité. Aujourd'hui qu'une pensée savante et mélancolique aime à se reporter sur tant de monumens qui ne sont plus , et que nos pères fréquentaient pour s'y i^ecueillir dans le sein de la Divinité , et enlre- Itnir un dou\ commerce avec leurs saints protecteurs , ma pensée se roinplait aussi ù se rappeler les orgues qui les décoraient , à se rappeler leurs accens si pieusement répondus par la foule des fidèles , spectacle imposant à contempler de leur tribune. Le Mans posséda d'habiles facteurs ttd'excellens organistes ; il ne put donc y être établi que de bonnes orgues, que ces artistes durt-nt multiplier dans leur patrie. )/orgue de la cathédrale fut jadis un chef-d'œuvre, connue l'attestent ses proportions grandioses, et la richesse de ses sculptures , dont les détails admirables feraient la matière d'une notice aussi intéressante que celle de ses beaux vitraux. Lorsque, ù l'ftge de dix-huit ans, je devins organiste de cette église, les vieillards qui y étaient attachés depuis leur jeunesse, conservaient, sur son orgue, dis traditions fort curieuses ; ils me disaient qu'on l'avait placé dans l'enfoncement qu'il occupe , plulut qu'au bas de la nef, où serait sa véritable place , pour que son harmonie vint directement remplir la vaste étendue du chouur, parce qu'on avait l'espérance d'élever un jour cette nef an niveau des ailes de la croix. Ils me rapportaient encore que cet orgae fesait parler de gros tuyaux placés en avant, aux deux piliers des bas-côtés, et dont l'effet était merveilleux.
L'.ibbaye de Saint-Vincent possédait un orgue à trois claviers, ouvrage «lu célèbre Dnm Hedos. L'église colli-giale de Saint-Pierre en avait un excellent à quatre claviers, montant au mi, avec pédale descendant au fa. J'étais lier, ù seiz.- ans, de loucher ce bel instrument , dont les (lûtes surpassaient colles des autres orgues. Le faclenr l'arisiit s'y était distingué plus qu'à toutes celles dont il avait peuplé la Uretagne et la iNormandie. J'ai coiniu cet homme respectable dans un ûge déjà avancé j j'aimais à le visiter dans sa jolie hobilotion du Coigné , près le Mans , où j'admirais une curieuse collection de coquillages et autres production» marinet , qu'il lenn-illait <l.ins ses tournées sur les cotes de la M.i:ulie. Il fut du nombre den pt-rsonnes rnurageiiH«'s qui donnèriMit un serrel usile aux pn'tn-s d.in^ la persécution. Lui et son é|M)use expièrent ce généreux dévouement par une longue détention qui , ji' crois , termina leur honoraltln rarrièrr.
I. 'abbaye de la Coulure at.nl un or^ue usm?! considérnblc , mais trèsanlique ; la Mi'sion , ou était !•• semin:iiie , en avait un plus moderne
dans sa belle église *. Celui des religieuses de l'abbaye du Pré , était à deux claviers vraiment faits pour une main de femme. Ce charmant instrument ** était du frère de Parisot , bon facteur aussi. Les Génovéfins de l'abbaye de Beaulieu en avaient un fort joli , à un clavier. Le professeur des jeunes novices , qui jouait fort bien de la flûte , et fesait souvent avec moi de la musique, m'invitait quelquefois à le toucher. Je dois un tendre souvenir à ce bon Amaury, une des plus belles âmes que j'aie connues. La Providence a protégé ses jours qu'il coule , encore , paisibles , dans un monastère du Portgual. Le nombreux clergé du Maine compte, maintenant, bien peu de ses anciens membres.
La paroisse de Saint-Benoît avait un assez joli orgue à deux claviers, où le marquis de Fiers avait établi un jeu de petits oiseaux. II avait, aussi, mis un orgue à Sainte-Croix , et même un à Saint-Gilles; il en plaçait partout où il pouvait, et se multipliait pour les touciier, lui et ses gens. Les Jacobins possédaient un des meilleurs , à trois claviers , délicieux à jouer, et placé dans la tribune la plus élégante, qu'on appelait le Jubé des Jacobins, dont les colonnes, la balustrade et les sculptures étaient de Germain Pilon. Ce jubé a figuré long-temps sur la terrasse supérieure des Promenades ; on voulait en faire la façade d'un café. Il s'est dégradé et a disparu. Enfin les Cordeliers avaient aussi un orgue à deux claviers, que je touchais dans ma jeunesse, et sur lequel j'aimais à accompagner, à toutes les oraisons du carême, qui étaient très-suivies, le Stabat chanté, soit par un des religieux, soit par deux amateurs qui avaient de superbes voix de basse-taille. Telles étaient les orgues que possédait la villedu iMans avant la révolution.
On m'a souvent demandé si tel bufl'et d'orgue était complet. Ils sont plus ou moins considérables , depuis celui qui n'a qu'un clavier et un seul jeu , jusqu'à celui qui a cinq claviers et cinquante registres , ou davantage , selon l'emplacement dont le facteur a pu disposer. Ceux-là étaient rares en province. Je n'ai connu , dans celles qui nous avoisinent , que l'église de Saint-Martin de Tours qui en possédât un de cette importance. A Paris, les orgues de Notre-Dame, de Saint-Sulpice , de Saint-Roch, heureusement conservées , ont cinq claviers. Elles offrent un assortiment complet de jeux nécessaires pour constituer leur harmonie , mais le nombre n'en est point déterminé. Dans les orgues neuves ou restaurées , chaque facteur se fait un honneur d'ajouter quelque jeu nouveau.
On n'a jamais pris assez de soin pour la conservation des orgues.
* Cette église à trois nefs , dont les voûtes sont soutenues par des piliers d'une architecture élégante et légère , a échappé à la destruction , parce qu'on en a fait , dès sa suppression, un grenier à fourrages. Combien il serait ù désirer qu'étant située ù l'une des extrémités de la ville , elle put èlre rendue au culte !
** Il avait été donné par l'abbessc, M"" de Saint-Simon.
i>G8 NOTES
Presque partout , ces précieux instrumens sont inondés de la poussière produite eu uellojaHl les temples. Je n'ai guère connu que mon orgue de S'-Salurnin de Tours , dont les montres fussent fermé.'s par des conlre- Tents légers dans la forme des tourelles, et ornés de peintures. Les jours où l'on touchait l'orgue, le souffleur les ouvrait en arrivant. J'ai conservé un si agréable souvenir des deux grands tableaux de David s'accomprgnanl sur la harpe, et d'une belle sainte Cécile, qui se développaient, à droite et à gauche , au-dessus de mou clavier , que j'ai mis, à la mcme place, dans mon orgue du collège , les deux gravures qui «"présentent ces célestes musiciens, pour en recevoir des inspirations.
Le zèle des Gdèles continue de se montrer dans l'ornement des églises ; les orgues ne doivent point être oubliées , puisqu'elles en sont un des plus utiles. L'art de leur facture s'est perfectionné conmie tous les arts mécaniques ; et d'habiles org^mislcs se forniero:it, conune autrefois, si l'on excite leur émulation.
Aujourd'hui , quatre orgues existent au Mans , celui de la cathédrale , nouvellement réparé ; celui de la paroisse de la Coulure , que plaça dans cette église le facteur Loir , élève de Parisot : c'est un joli positif qui attend un grand orgue , devenu nécessaire dans une église si belle , si bien ornée, où le culte est accompagné d'une grande pompe , et où se trouve l'emplacement le plus convenable. I.'égliso du Pré en poss^de un qui a figuré à l'exposition des produits de l'industrie , et a valu une grande médaille d'arg<-ul à son facteur *. Une dame bienfaisante , qui fut autrefois mon él<ve ** , nous ayant donné un joli orgue qu'elle conservait dans s:>n iilon , on en a fuit le positif, auquel on a joint un second bnlVcl d'une forme élégante. Ce charmant instrument a deux claviers, est proportionné à lu grandeur de la chapelle du colli'-ge , et très-bien posé dans la belle tribune , qui peut contenir soit un chu-ur de chanteurs , soit un orchestre nombreux d'élèves de cet établissement, où il doit , en ajoutant ù la pompe du culte, nourrir le gnnt de la iMiniie musique.
Je n'ai compté que quatre orgues actuellement existant nu Mans ; il en est, cependant , un cinquième qui , quelque petit qu'il soit , ne doit assurément pas être oublié : c'<st celui de la chapelle du Sacré-Co'ur de notre »illr. Sa jolie flûte arconqiagne divinement «l<'s voix dont In douceur le dispute icillc de ses *orjs. il n'i-st rien de |)lus délicieux que lu musique (ju'ou mtrnd , aux S.ilul^ , dant crlte rh ipclle. l'.lle a le vrai caractère de la musique religiiuM', qui est d'élever les Mnm, ft Dieu , de le-» placer parmi le» rliTur» céle^li-». • J'ai cru entendre chanter des unges, • me disoit (|»hIqu'un , oprè* avoir nsti^lé à un de ce» SalulA. Ces voix purm, dont l'accent
* M. (iuill(i)iard.
*' M" 1,1 li.irniiiii' <l>i iJiM.inl.
est si bien approprié à l'expression de morceaux choisis parmi ceux des grands maîtres, ceîte belle harmonie qui résulte d'un rare assortiment des trois sortes de voix qui la composent, dont le développement est si bien ménagé, l'accord si parfait , qu'il ne laisse rien à désirer pour la justesse, même dans les unissons ; tout cela annonce l'enseignement le plus soigné*, et prouve que l'orgue est l'instrument par excellence pour accompagner les voix, assurer ei soutenir leurs intonations, et leur donner cette suavité céleste qui charme l'oreille , et pénètre jusqu'au fond de l'âme. L'accompagnement du piano n'approche point de celui de l'orgue pour la justesse et le moelleux.
(30) Qu'il mérite ce nom , et sous des mains habiles.
L'organiste, pour être digne de sa profession , doit être profondément instruit des lois de l'harmonie ; et comme son orgue réunit presque tous les instrumens, il n'était pas rare, autrefois, qu'il en cultivât plusieurs au point de pouvoir les enseigner. Il était alors, il est encore aujourd'hui , dans plusieurs villes , l'artiste nécessaire de toute réunion musicale. Il est au piano la ressource des chanteurs pour accompagner, à livre ouvert , sur la partition dont il possède l'intelligence par la connaissance de l'harmonie. Souvent , sur une simple partie de chant, il improvise un accompagnement , et supplée tout un orchestre. D'autres fois , il fait trèsproprement une partie de basse ou de violon, simplifiant, avec adresse, les passages qui peuvent se rencontrer au-dessus de sa force.
L'organiste qui a le bonheur d'être pénétré d'une piété vive et sincère , est Je plus heureux des fidèles que rassemble l'église dans ses solennités. Jouissant, dans sa tribune, de l'imposant spectacle d'un culte pompeux, et de celte foule silencieuse et recueillie qui remplit le temple , il en est inspiré. Ses tendres émotions fécondent son imagination de beaux niolifs qu'il traite, qu'il développe avec une admirable abondance, et qu'il orne de toutes les richesses de son art. C'est un puissant orateur : il remue toutes les i^mes , il charme toutes les oreilles de ses mélodies enchanteresses. Le plain-chant, les belles hymnes, acquièrent, par ses larges accompagnemens , une majesté vraiment lithurgique. L'esprit divin le remplit tout entier ; il a oublié la terre ; il se croit dans les cieux. Heureux mortel , que sont les jouissances de l'orgueil , des honneurs ou des richesses , auprès de celles de ton talent sublime !
* M. Delaporte , l'un de mes anciens élèves pour l'orgue , est spécialement chargé, dans cette maison , de l'enseignement du chant , et de l'accompagnement de l'orgue à la chapelle. Cet estimable artiste possède encore un beau talent sur le violoncelle, bien précieux pour noire Société philharmonique.
Le stvle de i'orfjue comporte toutes les beautés musicales. On a dit que la musique du siîcle avait envahi les Icraples, cl que la musique d'église, en général , ressemblait à celle du tliéûtre. Assurément , on ne doit entendre, ni sur l'orgue ni au chœur, des airs qui rappellent des paroles profanes , et détournent la piété des fidèles par des idées voluptueuses ; il nous a toujours paru peu convenable de chanter des cantiques sur de pareils airs. Tous les airs connus n'ont pas cet inconvénient : il est un choix 5 faire. Mais l'organiste, comme le maître de chapelle, peuvent tri-sbien s'approprier les plus beaux morceaux dos partitions et œuvres quelconques des grands maîtres , et les prendre pour modèles dans leurs compositions. La religii'u s'empare de tout ce qui est beau, et le sanctifie. L'architecture n'a-t-elle pas orné nos églises de toutes les beautés des temples payens ? La peinture ne se sert-elle pas des mêmes couleurs dans les sujets sacrés et profanes ? La langue poétique n'est-elle pas la mime dans ces deux genres ? Les beaux-arts y usent, aussi , des mêmes procédés; mais l'inspiration est diflérenle , et l'expression doit s'accorder avec le sujets Ainsi , les sujets sacrés et profanes différant essentiellement entre eux , l'expression et les convenances doivent différer également. L'art est toujours le même, mais le style varie suivant le sujet. La musiciue d'église , à l'orgue coumie au ckœur, excitera donc toutes les émotions capables d'élever les ûmes vers la UiTinité. Tour ù tour tendre ou véhémente, mais toujours chaste et pure , elle se mariera parfaitement avec la majestueuse gravité du chanl-plané , si simple et si touchauL La pieuse décence des exécutans doit toujours être en harmonie avec en bel ensemble, et les lidèles remplissant le saint lieu , y trouveront , sous des impressions si heureuses , l'oubli de leurs misères , de leurs passions , et sentiront leur cœur se remplir des joies du ciel.
Jeté loin de sa patrie par les vicissitudes de la vie , celui qui possède le talent de l'orgue , et que sa piété conduit dans une église ornée de cet instrument, jouit d'un lK)nlieiir (in'on ne peut rendre. Ouelle ne fut pas la joie de ce célèbre Trapisle (|ui , dans ces derniers temps , alla visiter les saints lieux , lorsqu'un orgue frappa ses regards dans l'églis»' de Sainte- Catherine , à Bethléem ! Voici ce qu'il dit :
• l*rê> de l'église de Sainte-Marie , à nélhlêem , en est une autre nom-
• m^-e Sainlc-flatJierine , <|ui appartient aux Catholiques. Son priticipal
• ornement est un excellent orgue que je vais tourher souvent , et d'autant
• plu* vol(iiitier«, que l'iiiirmonie de ccl instrument ajoute beaucoup, M-Um
• moi , fe la douceur des émotions que l'on éprouve, particulièrement, \
• ltélhlé«-iii. . ( PéUrin. A J,riii. . par le P. or. (;*nA«iii. )
Il n'e»t point d'in»lniment qui exige, autant que l'orgue , une étude prorondr de l'hurmonie pour l'arronipognenii iil du plaui-chanl , et l'iuiprovikation , qii'il ntl iii(lipi|H.*nsalile de |M>u\oir pratiquer. Lu fugue CHt la rom|iositlon qui lirnl le premier rang dan< le genre île l'orgue , *nit p.ii' m
difficulté , soit par la richesse de son harmonie ; elle donne la mesure de la science de l'organiste. Bien traitée , elle prouve un génie profond , une forte tête musicale. Le plain-jeu ouvre encore une large carrière à l'art de moduler ; il en étale tous les trésors ; c'est un enchaînement continuel d'accords développés par des traits , qui , n'étant point assujettis à la mesure , plaisent infiniment par leur inépuisable variété de phrases élégantes, de charmans caprices , par mille surprises enharmoniques qui ravissent l'oreille du connaisseur. Les élèves ne sauraient être trop exercés à ces études sévères. Lors de la réception d'un orgue , les grands organistes débutaient toujours par un long et savant plain-jeu. L'école de l'orgue n'existe plus en France qu'au Conservatoire de Paris , depuis la suppression des psallettes ; mais comme elle se soutient, dans tout son éclat, en Allemagne et en Italie , elle ne peut être perdue pour nous , et dès que ce talent aura repris la faveur qu'il mérite , les organistes habiles reparaîtront bientôt. En attendant, il serait à désirer que tout organiste de cathédrale fût obligé , comme autrefois , de faire un élève. L'estime dont jouissaient les organistes , les rendait communs. Il n'était pas rare , même , de voir de forts amateurs se distinguer dans cette partie. Ils visitaient souvent les orgues , se fesaient amis de l'organiste , qui se plaisait à leur faire les honneurs de son clavier. Nous avions , au Mans , dans ma jeunesse, un marquis de Fiers , grand amateur d'orgue , au point de s'être chargé de l'orgue de la cathédrale , dont l'organiste était devenu infirme ; et il était plus fier de cette suppléance et du talent qu'elle lui supposait , que de son titre de marquis. Il se vantait , quand il revenait de Paris , d'avoir touché les plus belles orgues , et de ses liaisons avec les premiers organistes. Il ne rêvait que musique , en fesait son unique occupation ; il avait des orgues en plusieurs églises , et , dans sa maison, clavecin , piano, instrumens à vent et à corde , de toute espèce , de manière à pouvoir monter un concert sur-lc-chanip. Les musiciens et amateurs étaient toujours bien reçus chez lui. Ses domestiques étaient nombreux , et il n'en recevait aucun , que , préalablement , il ne se fût assuré s'il avait des dispositions pour quelque instrument ; et il se chargeait ensuite de les mettre en état de faire bientôt leur partie , et de jouer du serpent dans les églises où il avait des orgues. Ses gens étaient aussi ses soulllcurs et ses timballiers , lorsqu'il fesait le tonnerre sur l'orgue de Saint-Julien. J'ai vu sa femme même avoir la complaisance de se placer à côté du clavier, pour l'accompagner du roulement de la caisse avec beaucoup de précision et d'intelligence ; femme digne d'éloge , qui , respectable par ses vertus , sa bonne éducation et sa naissance , se prêtait aux folies musicales de son époux, et vivait avec lui dans une parfaite union. D'ailleurs , il était bon , extrêmement affable et obligeant; mais il fallait lui donner de l'enrens, et c'est ce qu'on ne pouvait toujours faire sérieusement ; car lorsque , diuis
l'eiéculion d'on morrean , il se liTrait à «on délire , ce n'était plus qu'unr risible confusion de notes. Dans S6s improvisation*, il se rappelait les beauv motiTs qu'il avait entendus des (jrands maîtres , et débutait souvent trî-sbien : mais après quelques minutes , perdant de vue son sujet , il s'égarait dans un dédale d'idées que ses doigts étaient impuissans à rendre : alors le désordre de foute sa personne était tel , qu'on l'eût dit assis sur le trépied de !a Pjlhnnisse ; mais comme «on enlhousiasme était réel, il trouvait des admirateurs , et il était en effet ce Cherile d'Horace,
Qiiem bis terque boniim ruvn risti niiror. Il avait de beaux roomens qui le fesaient applaudir, et donnait de bons diners qui fesaient passer le reste. Toutefois , il rendait service à l'art, et méritait l'indulgence que Mare et Piclion avaient pour lui. Pour moi, si jeune alors , et d'humeur enjouée , il ne m'était guère possible d'imiter leur réserve, et quelques scènes comiques que nous eûmes ensemble, se présentent encore pour égayer ma mén^oire.
N'ayant jamais rencontré d'amateur de ce genre , je me suis plu ù tracer «on portrait. J'écris pour l'art , et quelquefois , comme je l'ai dit . pour mon plaisir, quand un souvenir agréable m'en fournit l'occasion.
(31) Par la nature même, ici, l'art est instruit.
Je ne copierai point ici ce que la physique acoustique nous apprend sur le phénomène de la résonnance du corps sonore. Je dirai seulement que tout son fait entendre d'autres sons dilliciles à saisir, et qu'on appelle harmoniques. L'oreille attentive peut en apprécier quelques-uns d;ins les sons In^s-graves , comme dans celui d'une grosse cloche, ou du monocorde , instrument qui consiste dans une très-longue corde de contre-basse, tendue sur une boite étroite, de même longueur. En écoutant avec attention le son de celle corde agitée , ou celui de la grosse cloche , on entend distinctement résonner la dixième , la douzième, c'est-à-dire, la tieree et la quinte au-<lessus , et une fouie d'autres (|ui composent re iKjurdonnenifnl dont ['ttri-ille est remplie. IH grand (omposileur me lit remarquer, un jour, en frappant la note la plus gra>e du piano , que l'on entendait résonner la septième. Le son grave enfante donc non seulement dr« intervalles consonnans , mois aussi des intervalles dissonnans. J'ai vu , dans un lion ouvrage de Momigny , un tableau de cette rayonnanre du son qui S4- propage romme la lumière. De même , en effet , que le rayon lumineui , d.ifn sa di\ergenre, fourmille de (|iiantilè d'autres rajons i|ui M* multiplient , de même le son grave enfante une multitude d'nulre< ^ous dont on conip^ivrail non seulement la gamme , moi» tout le syslèmi- diatonique avrr les »«n« inlermédiainii. I.eo iM«j»t rouUiirs que produit le rayon Inrainrtii , n'ont-rlles pas uin«i leurs nuanrr» , qui forment In transition de l'une il l'outre ' l.n pierre ipii lonilM' d.m» l'eiin ne devient elle pas le
centre de plusieurs cercles parallèles , entre lesquels on en peut observer une infinité d'autres moins sensibles ? C'est ainsi que se propagent les sons harmoniques , résultant du son grave. On a basé sur ce fait un système d'harmonie , dont le principe se trouve ainsi puisé dans la nature. Catel dit, dans son Traité : « L'accord primitif, produit du corps sonore, contient tous ceux qui sont pratiqués dans l'harmonie. »
(52) D'un doigt vif et léger habilement pressée ,
De tous les instrumens de musique , le piano est , maintenant , le plus répandu , quoiqu'il coûte le plus cher. C'est une preuve incontestable de sa supériorité sur tous. Il est le plus agréable, le moins fatigant, offre le plus de ressources , est le plus nécessaire à l'art. Dans les salons , il remplace l'orchestre. Avez-vous une réun'on nombreuse ? vous ouvrez votre piano, vous placez une partition sur le pupitre , et voilà un concert organisé. Etes-vous seul ? vous exécutez une symphonie , comme si vous aviez dix instrumens. Levez-vous le couvercle du piano ? sa riche harmonie remplit le plus vaste appartement. Etes-vous compositeur ? vous vérifiez au clavier l'effet du morceau que vous venez d'écrire ; les sons divins de l'instrument vous inspirent les chants les plus mélodieux , et vous êtes sûr des accompagnemens que vous leur adaptez.
Mais Je dois dire, de suite , qu'il faut savoir l'accorder, et remettre une corde qui vient à casser dans la chaleur de l'exécution ; car il n'y a rien de plus détestable que d'être forcé de faire de la musique sur un piano discord. Les plus beaux morceaux, exécutés par des talens supérieurs, perdent alors tout leur prix. Seriez-vous assez riche pour payer tous les jours un accordeur, je vous dirais encore : « Sachez accorder votre instrument. » Car l'accordeur est à peine sorti , que la corde neuve qu'il a mise a baissé. Une corde vient-elle à fléchir, si vous savez la relever, vous mettez en repos toutes les oreilles. Comment se fait-il que tout autre instrument soit accordé par celui qui le Joue , cl que si peu de personnes sachent accorder leur piano? Cette opération est, à la vérité, un peu compliquée, fatigante même , pour les pianos à trois cordes. La partition demande une attention extrême : la distance du clavier aux chevilles , l'effort qu'elles exigent pour les tourner, lassent le bras tendu ; et de jeunes élèves , les dames surtout , ne peuvent guère prendre cette peine. Mais qu'arrive-t-il? On se dégofite d'un instrument qui n'est plus en bon état ; il en coûte d'appeler fréquemment l'accordeur, surtout quand on est à la campagne. Alors le dégoût d'un piano discord fait négliger la musique dont il est l'ûme. On se prive ainsi du plus doux, du plus honnête de tous les plaisirs ; et l'on perd le fruit d'un beau talent qui avait coûté tant à acquérir.
Quel conseil puis-Je donc ici donner qtii soit praticable i' C'est de commencer de très-bonne heure à acquérir la connaissance parfaite du méca-
27 i NOTES
nismcde l'iustrumenl , que beaucoup de pcrsomies, qui le louchent bien, ignorcul eu graude partie. Il faut , de bonne heure encore , écouter atleiitivcmeiil la partition d'un habile accordeur qui fait toutes les quintes parfaitenienl égales entre elles, par un tempérament délicatement ménagé, afin de jouer juste dans tous les tons , la musique d'aujourd'hui étant omnitonique ; car qui accorderait par quintes justes , comme on accorde le violon , Unirait sa partition par uue quinte très-fausse. Ceux qui accordent à la haie, font d'abord toutes les quintes justes, ce qui est plus facile; puis sacrilianl la justesse dans les tons moins usités , ils trouvent à la fin une quinte passablement juste. Mais quand , en préludant , on passe dans tous les tons , on ne s'aperçoit que trop combien cette partition est défectueuse. Beaucoup de personnes ont , pour l'étude , un piano de peu de valeur ; c'est sur celui-lù que l'ou doit s'essayer à accorder, ù remettre des cordes , aCn d'opérer, ù coup si'ir ensuite , sur un instrument de prix. Il faut espérer que la disposition des chevilles , en face de l'exécutant , et dans la ligne des touches auxquelles elles correspondent , prévaudra ; alors, l'accord du piano sera beaucoup plus facile. Il est à désirer, surtout, que l'on parvienne ù faire de bons pianos unUordes. J'en ai touché , chei Pieyel , plusieurs dont la perfection ut'a paru fort avancer. Les basses étaient superbes, les dessus brillans , mais le mullum faible. Kh bien '. il faut lutter contre celte difliculté , cl on la vaincra ccrlaincnu ni. L'accord sera alors plus solide , et l'on évitera le terrible inconvénient résultant des trois cordes , de n'offrir presque jamais à l'oreille délicate un unisson parfait. Le piano unicordc ayant obtenu, à l'exposition, la médaille d'or, on doit être surpris que l'auteur n'ait pas poursuivi le perfectionnement de son lieunus»- invention. La critique qu'il a >ubie, loin de le découragor, devait l'exciter, au contraire , d'après le jugement des hommes éclairés qui lui avaient décerné le prix , h faire de nouveaux efforts pour arriver à la perfection obtenue dans 1rs harpes , qui sont des iiistrumcns unicordcs.
Le piano a donc encore un grand pas à faire , et dans la voie de progrès où nous v»mn»es, on peut assurer <|iie ce pas sera fait. Alors le piano n'ayant plus qu'une seule corde ù chaque note, s'accordera aussi f.ic.ileinent (|ue la harpe , c-t les jeunes personnes, mi'^me les plus délicate», y pourront parvenir ; de plus, la tension d'une seule corde , au lieu dr troi», n'exigeant plus un barrage d'une aussi grande force , diminuera beaucoup le poids (le l'instrument qui est êtiornie.
Ne peut-on pan espérer qu'un instrument si utile et si mulliplié sera rendu pi us portatif ; Ce serait rt'-soudre un U-au problème que de trouver le moyen di- rMuire le piano de moitié ou même àin deux tiers de son volOBectde ton p<iids , sans diminuer, ou plulAt rn ougmenlunl encore In Cdcci de wm kormonie. On fabriqui' , depuis lung-l<'nips , d< n piano» droits ; jr suis stir|)ris qu'ils n'niml pas plus dr «oKUe. J'en .n \\\ de pluiieurs
sortes. J'en ai touché an excellent chez un célèbre facteur ; mais le buffet s'élevait au-dessus de la tête de Texécutant, et cette forme ne peut avoir de succès. J'en ai touché un très-bon , au Mans , il y a quelques années, lors d'un concert que donnèrent des artistes. Je rexaminai avec grande attention ; il était à deux cordes seulement, et produisait autant d'effet que les grands pianos carrés. Le clavier en était d'une extrême facilité à jouer, La moindre pression fesant parler la note, on pouvait, à son gré, nuancer son jeu du plus doux au plus fort, et il résistait au toucher le plus vigoureux *. La personne qui le toucha, au concert, attaquait les notes avec la plus grande force , aûn que l'on pût juger de sa sonorité et de sa solidité ; aucune note ne fléchissait. La forme en était gracieuse , ne masquait point l'exécutant. Il se roulait comme un petit meuble , n'occupant pas plus de place qu'une harpe. Roller, son auteur, obtint une des premières médailles à l'exposition , et un rapport très-honorable fut fait à l'Académie royale des Beaux-Arts , par une commission de savans , parmi lesquels figuraient Cherubini, Lesueur, Auber, Paer, et Berton, rédacteur de ce rapporL Je me plais à en citer quelques lignes ; « La hauteur de ce nouveau piano » auquel M. Roller a donné le nom ùe piano-droit (on l'appelle aussi piano » vertical , quoique les cordes en soient obliques ) , est de trois pieds ; sa » longueur, de quatre, et sa largeur, tout compris, de dix-sept pouces. » Sous ce petit volume, ce piano rend des sons qui peuvent être comparés, >> pour la force , à ceux des meilleurs pianos ; nous l'avons joué et écouté » avec la plus grande attention. Sa qualité de son est pleine, bien nourrie; " son timbre ressemble à celui que pourrait avoir un instrument de grande » dimension. La durée de ses vibrations , sans diminuer sensiblement , " peut remplir les plus longues tenues. Cette propriété , jointe à celle de » graduer le son à volonté, et par nuances les plus délicates, rend ce piano » propre à l'exécution des morceaux larges et graves , ainsi qu'aux tenues » d'harmonie, et aux successions d'accords les plus vives et les plus variées. » Entendu à une certaine distance, et en regard du pianiste, les différens » effets qu'il peut produire sont plus sensibles encore. La table d'harmonie » n'étant pas masquée par un fond lourd et épais, l'air environnant pro- I) page horizontalement , et sans aucune entrave , les vibrations des cordes " qu'elle est destinée à multiplier. Une plus grande intensité, une nouvelle » qualité de son en résultent évidemment. L'heureuse disposition de cet » instrument nous paraît être d'un grand avantage. . . Le système d'échap- > pement que M. Roller a appliqué à ses pianos-droits, nous semble supé-
* C'est un perfectionnement remarquable et bien précieux des piiinos d'aujourd'hui. Autrefois, les cordes cassaient fréquemment ou se discordaient, aussitôt qu'on attaquait la note avec vélièmence. Le piano, maintenant, supporte , comme les autres inslrumens, que l'on lire <le ses cordes tout le son qu'elles peuvent rendre, mais sans assonuuer riustrunu-nt.
• rieur à ceux connus jusqu'à ce jour. . . La solidité de celle méc;\iiiqup & I élé l'objet de noire altenlion parliculière ; nous avons comparé les diiïé-
• renies pièces qui la composent à celles des échappcmens en usage : elles t sont loules plus forlts , el e\éculées arec une précision parfaile... Nous - pouvons donc aflirraer que, sous ce rapport, comme S"us celui do ' l'harmonie , le pijno-droil de M. Rollcr jouit d'une supériorité incon-
• teslable sur les pianos horizonlaux et verticaux. » Au témoignage de ces grands maîtres , juges si compélens d'un instrument dont ils font un continuel usage, j'ajouterai une considération déterminante, cille du prix des pianos de Roller, qui , à rai>onde leur construction moins coûteuse, doit naturellement être moindre que celui des grands pianos carrés , qui exigent presque le double de matière. Pleyel fabrique beaucoup de petits pianos droits à deux cordes, ou pianinos. Ils sont très-jolis, et n'ont pas plus de largeur que le clavier , au-dessus duquel les cordes montent perpendiculairement. Celle forme cependant ne prévaut pas. Le facteur Pape, dont les pianos ont fait de si beaux progrés, ne l'a pas adoptée. J'ai appris , depuis peu , que cet habile facteur a fait un piano smis corde*, ù lames mélailiqups , substituées aux trois cordes qui ne restent jamais long-temps d'accord. La voie du perfectionnement est ouverte pour arriver à l'unité ri à la fixité d'un son de belle qualité. Puisse ce nouvel essai avoir cet heureux résultat I
Le roi des instnimens méritait une note un peu détaillée. Que de choses l'aurais à dire sur son enseignement que j'ai joint à l'enseignement littéraire, pendant {|uinie années <le ma jeunesse, soit en province, soit à Paris 1 Mais rexccllciito uiéthodc du Conservatoire renfernic Inul ce qu'on peut désirer de plus iilile. J'ajouterai seulement que l'étude de cel instrument, quand elle est bien faite, étant celle qui fait le vrai musicien, il serait éminemment utile, pour donner un goftt pur, de réunir, dans un seul recueil, non quelques |)assages seulement , pour servir d'exemples, mais les morceaux Us pins refommandnbles des inailres anciens et modernes des diverses «Voles, qui renfiTUienl toutes les bellt s traditions de l'art ; que l'on Ht, enfin , pour cette partie, ce qu'on a fait pour l'élude des langues ancienne» et modernes, dont on a recueilli les plus beaux morceaux des meilleurs nuleurs. On apprendrait enrore , ainsi , l'hisloire de l'art, au moins di-puis un »iirle,Oufl(|ucs pièces rhoisies deScarlali, llandel, Uark , des £pu»res udmiralilesdeClémetiti, llaxlii, n(rlliov(n,el autres grands maîtres, aplaniraient loulis les diflirulirs de l'inslrunienl pnur l'evécutiou de la musique ortuelle , et donneraient aux élèves le goflt de la musique sévère, qui di^lingurrn toujours les .inialeurs formés t\ la bonne école , et qui deviennent trop rares.
Oserai-jernnsigner ici une idée qui m'est ^ou\enl revenue dans l'esprit, crllr d'un piano h ijuarlt He ton. J'en ui fuit part , il y ii long-temps , (t
deux liobiles facteurs de Paris , qui , à mon grand étonnement , nie dirent J'avoir eue , et même en avoir fait des essais. L'un me fit voir une caisse de piano avec un clavier à notes brisées qui , sans confusion , présentaient les quarts de ton ; mais il hésitait à achever un essai qui exigeait gratuitement une grande patience, une dépense considérable de temps et d'argent, et qui , surtout , dépassant le système actuel , ne trouverait peut-être aucun artiste pour le faire valoir. L'autre facteur , renommé par les beaux perâclionnemens de ses instrumens,me fit voir aussi une ébauche de piano , à quarts de ton , très-compliquée; mais il me dit : « C'est assez d'une révolution politique , sans en faire une musicale. » Celle-là serait toute pacifique, et ne contrarierait même pas notre système d'harmonie , dont elle v.e serait qu'une cxtensiou. Ce serait , seulement , de nouvelles nuances de sons plus rapprochées de la nature , et qui , sans rien changer aux lois de l'harmonie, la rendraient bien plus imilative. Un ton ne renferme que deux intonations : la vois du rossignol en fait entendre vingt dans ce seul intervalle. Pourquoi la musique a'en ferait-elle pas autant , et le céderait-elle à la peinture , qui , entre ses sept couleurs primitives , qui sont comme les sept notes de la gamme, offre des nuances infinies ? Le célèbre Boieldieu , passant par Angers, lut chez mon frère, dans un discours que je lui avais envoyé , sur l'influence de la musique , une note sur les quarts de ton. Ils en raisonnèrent ensemble, et ce grand artiste dit qu'il ne croyait pas qu'il y eût aucun succès à obtenir. Mon frère , avec qui je me suis plusieurs fois entretenu sur ce sujet , n'a rien prononcé. Le temps m'a manqué pour effectuer le désir que j'aurais eu de faire exécuter Roiis mes yeux l'essai d'un piano à quarts de ton , de peu d'étendue. Je me serais plu à l'accorder moi-même , et à me livrer à des investigations de mélodie et d'harmonie , qui ne peuvent guère être tentées que sur cet instrument. Je me rappelle cependant avoir entendu autrefois , à Nantes, un grand musicien anglais , qui , dans une réunion de musique, m'offrit de ra'accorapagner sur la flûte une sonate de piano. N'ayant à lui présenter qu'un accompagnement pour le violon , il l'arrangea sur-le-champ pour sa tlùte, et me charma par des nuances qui m'étaient inconnues. Après le morceau, j'examinai sa flûte, qui était armée de dix-sept clefs, et fesait entendre les quarts de ton. Il joua seul des morceaux de sa composition , où l'emploi de ces quarts de ton fesait un effet ravissant. J'en ai toujours conservé le souvenir, et j'ai lu dans mes recherches sur ce sujet, que les anciens connaissaient les quarts de ton. On m'a objecté que cette division du ton trop serait peu sensible. Mais quand je monte une corde de piano, je partage un ton en plus de vingt divisions sensibles. Au reste , je n'affirme rien de positif sur l'idée de perfectionnement que je viens d'émettre.
Je finirai celle trop longue digression par une observation que j'ai souvent faite en préludant. C'est que l'enharpionique approche beaucoupi
intenliouncltoraent des quarts de tons ; on s«?nt dans ce genre de modulations et dans d'autres cas encore , un vrai besoin d'une division intermédiaire, pour passer d'un demi-ton au demi ton-voisin. Les instrumens à cordes sur lesquels l'artiste crée ses intonations, font entendre , quelquefois , des quarts de ton sous des doigts habiles que diri2;ent une oreille délicate et une ùme sensible.
Enfin , en attendant les pcrfeclionnemens que le génie apportera , avec le temps, dans la facture du piano, qui sera toujours l'instrument principal , le foyer de l'hannonie , si l'on mesure l'intervalle immense qu'il y a entre le petit piano à cinq octaves qui succétla , comme une graude merveille, aux clavecins et aux épimlles, et les grands pianos ù six octaves et demie que l'on fabrique aujourd'hui, et qui, danscbsdix dernières années, ont fait un grand pas vers la perfection , on admire avec étonnemeut l'immense progrès de llntclligenre humaine dans tous les arts , depuis soixante ans.
L'enseignement de cet instrument laisse biauroup à désirer. On y pousse les élcvi*s ù une perfection d'exécution qui est étonnante , et la plupart ne comprennent pas ce qu'ils exécutent , ue sont pas en état de rendre compte des modulations d'après les règles de l'harmonie, comme on fait analyser aux jeunes étudians un morceau de littérature. Tout bon enseignement, dans quelque genre (|ue ce soit , doit faire usage de l'analyse raisonmc. Quel instrument est aussi favorable que le piano , à l'élude de l'harmonie?
(33) Une touche docile aux seotimens du cœur ,
L'expression et le style !... c'est la chose principale à laquelle on doit s'attacher dans la culture perfectionnée des arts , en général , et du piano en particulier. Quand l'exécutinn mécanique est bien établie, et que l'élève est en état de sentir , il faut s'attacher à lui faire phrnser et nuancer tout ce qu'il exécute. Le goftt est un guide naturel , mais il doit être éclairé par la connaissance de l'harmonie. Ainsi, dans une fugue de llandel ou de Back , comme dans un Ihmu morceau de lUi thoven , l'élève fera sentir 1m cliaDgrmens de modulation , ressortir les bonnes noies qui jtortent les accords de transitions. Sans la connaissance de l'harmonie, on fera souvent den contrc-M?ns ou de graves omissions qui laissent insignihanle l'a-uvrc du Réaie. Dans les passages les plus brillnns , les bonnes notes , les Ihmux ■eoords doivent charmer l'oreille , satisfaire l'esprit et le cu'ur par un discours suivi et accentua. Le piano doit n-ndre toute In gr.^ce d'im beau chant , atls^i bien qui- les voix li.ibilis cl pures , modèles admirables , i|U(! rirulrumcnii»|c ne saurait écouli-r avec trop d'attention pour en imiter , avec toute la vatibilité d'un U-au talent , re»pre>sion célrsic. La plu» belle rièculion ni froldr, faligante , sans rrtte etprrh«inn , i|ui donm* In
vie à ce que l'on exécute , c'est d'elle que l'éducation du pitoio reçoit tout son prix ; c'en est le perfectionnement.
Cette éducation exigerait , je le répète, que l'accord de l'instrument en fît partie , c'est à quoi on pourrait former l'élève dès le commencement. L'exercice de l'accord, qui devrait toujours prendre une partie de la leçon , aurait deux grands avantages , le premier , d'accoutumer l'oreille à apprécier les sons , ce qui manque à beaucoup de personnes musiciennes ; le second , de donner à l'élève un goût plus pur et plus vif pour la bonne musique , car rieu ne gâte autant l'oreille et le goût que de s'habituer à jouer un instrument discord. Je crois donc utile de donner quelques avis sur la manière d'accorder que j'ai apprise des meilleurs facteurs , et de ma propre expérience. D'abord , il faut savoir faire la partition qui consiste ù accorder , par quintes et octaves , en partant du rc du milieu, ou d'un autre ton donné, les dix -neuf notes qui se trouvent dans l'intervalle d'une onzième. Cette opération ne demande que de l'attention, et quand elle est bien faite , tous les morceaux qu'on exécute ont une harmonie llatteuse dans tous les tons. Pour cela, il faut que toutes les quintes soient également tempérées, car si l'on accordait par quintes justes, on arriverait plu» haut que la note dont on est parti , et ladernière quinte serait horriblement fausse. Il faut donc diviser également celte différence excédante , sur toutes les notes de la partition , ce qui se fait par ce tempérament des quintes; mais les octaves seront accordées parfaitement justes. Autrefois, ou partait du quatrième la en montant ; aujourd'hui , la partition la plus usitée , part du re au-dessous. Il faut avoir soin de prêter une grande ullcntion , afin de trouver promptement le ton que l'on cherche , sans trop tourner la cheville à droite et à gauche , ce qui nuirait beaucoup à la solidité de l'accord. 11 faut tenir la clef ou marteau , d'une main ferme, ot frapper fortement la note , alin d'éprouver la corde , qu'il est bon de presser un peu en montant, à cause de l'effort qu'elle fait pour descendre , surtout dans les dessus qui doivent tous être, pour la dernière octave particulièrement, une idée plus haute pour se trouver bien d'accord avecles basses qui tendent ù monter, comme les dessus à lléchir. Cet accord du piano demande, ù la vérité, une attention extrême. La moindre distraction fuit casser la corde , ou prendre une cheville pour une autre. J'ai entendu citer un accordeur qui , sans mettre de coin entre les cordes pour étouffer les deux que l'on doit accorder successivement après la première , n'entendait que celle qu'il accordait , quoiqu'il en frapp;\t trois à la fois { je parle des pianos ù trois cordes ) , de sorte qu'en moins de dix minutes , il ractluit le piano d'accord au milieu des conversations d'une société nombreuse. C'est un tour de force unique d'attention. Ua piano à deux cordes est bien plus facile à accorder. Un piano , toujours bien d'accord , et niainlçnu au diapazou, s'améliore, étant bien louché. Celui, au contraire,
qu'on négli^ et qu'on joue étant discord , perd considérablement de sa qualité , surtout s'il est mal touché. Eu toute chose , le plaisir est le fruit du travail et du soin. Il est grand , sans doute , le plaisir de toucher un piano parfaitement d'accord , comme aussi rien n'attriste l'ilrae autant qu'un instrument discord ; c'est un vrai martyre. Clemcnli avait toujours une clef sur lui, et, avant dj jouer , il accordait les mauvaises notes. C'est une habitude très-peu cofiteusc , et qu'on devrait faire prendre à tous les élèves. On a Iwau vanter la solidité de certains pianos pour l'accord , on ne quitte jamais un pinno , après quelques heures d'exercice, sans qu'il n'y ait des notes à reloucher. C'est un malheur que d'y devenir insensible , par négligence ou par impuissance. On est privé du premier charme delà musique , la pureté de l'harmonie.
Je Tiens de recommander le travail ; mais j'en blâme beaucoup l'excès. On accroît les dimcultés d'une manière vraiment eiïrayante pour la santé des jeunes élèves. Je l'admire ; mais , comme je sais toutes les angoisses qui l'accompagnent , mon admiralion est toujours mêlée d'un sentiment pénible. Lorsqu'on aura atteint les bornes du possible , et épuisé toutes les combinaisons de ces diflicultés si fatigantes, j'nime à penser qu'on reviendra plus souvent à l'expression et à la grâce , que l'on porte aujourd'hui h une grande perfertion , et qui sont les seules sources du vrai plaisir comme du vrai beau ; il n'est pas b'^snin de (\iirc autant de frais qu'on le croit ordinairement , pour toucher et pour plaire.
Le» maîtres et les facteurs ne sauraient trop propager le goftt d'entretenir les pinnns parfaitement d'accord , car le nombre des amateurs s'accroîtrait sensiblement , cl tous y gagneraient,
(34) Tu r()mpos<»s, toi soiil , totile une symphonie.
Dans le» bonnes compositions pour le piano , on ne sent pas le besoin du «•cours des autres inslrumens. Les grands artistes préfèrent souvent se faire entendre sans arrnmpagnement. Leur talent ressort davantage , et peut être mieux apprérié. Les sonates avec aerompagnement de violon et basse, les trios, les quatuors, les symphonies, tout cela n'est plus de mode pour cet inslniment. C'est un caprice, un air varié. Une entière liberté de modulationii , des traits brillans, des scènes d'harmonie h grands effet* , caractérisent ces créations nouvelle» où le génie semble s'égarer dans di's improvisations sublimes, souvent bi/arres. Mais ce beau désordre n'est qu'appaniit ; l'habile arlisie ne perd pas de vue son th^me , il le ramène nver une adresse (|ui caus** luïc agréable »ur|»rise , rhnrme le» oreille», rxrilr un doux murmure et de vifs applaudissemen». Ce genre romantique me ravit , comme la jetmc et l)rillantp assemblée. Je suis fi^rhè , rcpi-ndnnt , qu'il fasse oublier le Iwnu genre rlassi(|ue , ce» l)elle» lonatii de Cicmrnil, rc« Minâtes si graciruM-s d'Iliilmandel , toute la
DU DIXIÈME CHANT. 28î
musique si variée , si spirituelle , brillante et facile à la fois , de Pleycl , et surtout cette riche collection de sonates du savant , du pro^'ond Haydn ; mais , pour goûter complètement ses admirables productions , il faut être en état d'en comprendre la langue par la connaissance des accords et des modulations. C'est alors qu'on peut suivre ce grand génie dans toutes les routes qu'il parcourt autour de son mode principal , dont il paraît quelquefois si éloigné par des excursions enharmoniques dans lesquelles il se joue avec son motif , en lui donnant sans cesse quelque tour ingénieux , quelques grâces nouvelles, Tout-b-coup, par une marche savante , par une solution heureuse et inattendue , il retombe dans le ton , retrouve son motif et accomplit son œuvre avec une admirable unité. Dans l'exécution de pareils morceaux , les doigts ne sont pas seulement exercés et l'oreille satisfaite par des chants mélodieux et une ravissante harmonie ; les facultés intellectuelles captivées par un intérêt toujours croissant, sont dans une activité continuelle , et l'àme est ravie dî pénétrer les mystères de fa science qui passent inaperçus sous les yeux vulgaires , privés des lumières d'une bonne théorie. Quel vide dans ce genre d'enseignement ! Je ne puis revenir de mon étonnement , quand j'entends des personnes douées d'un très-beau talent mécanique , qui ne connaissent pas un seul des accords si variés qu'ont groupés leurs doigts agiles , et qui ne peuvent pas improviser, avec connaissance, le moindre prélude dans le ton du morceau qu'elles exécutent. Los maîtres que fournissaient autrefois les psallettes , après avoir fait une étude spéciale de l'harmonie , en donnaient à leurs élèves des notions , au moins suffisantes pour l'intelligence de leurs leçons. On ne disait pas encore : « Sonate , que me veux-tu ?» On pâlissait , au contraire , sur les belles sonates de Bocchérini , et même sur les fugues bien comprises de Back et d'Handel ; une élite d'artistes , d'amateurs, est encore instruite à cette école sévère , la seule qui fasse jouir pleinement d'un si bel art ; car on ne peut bien goûter que ce que l'on comprend.
Il faut avouer, cependant, qu'un assez grand nombre des personnes heureusement organisées, font leurs délices de la musique sans la comprendre ainsi; mais, ce goût les quitte ordinairement avec la jeunesse , quand la sensibilité physique commence à s'émousser ; tandis que les personnes initiées dans la science de cet art , le cultivent tant qu'elles conservent leurs facultés intellectuelles. Il embellit leur vieillesse , charme leur solitude. Je me plais à en citer ici quelques exemples sur un grand nombre que j'ai connus. Je visitais dans ma jeunesse un vénérable Génovélin , de l'abbaye de Braulieu , près le Mans, nommé de Crézé , âgé de plus de quatre-vingts ans. Il jouait encore très-bien de la basse de viole , et composait pour cet instrument dans le genre de Rameau , dont il aimait à me faire entendre les Cydopcs. Il composait aussi bien de charnians dessins à l'encre de la chine , qui naissaient sous sa plume de corbeau ,
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a\ec une promplitudt; , une uelleté surprcDantes , ioiitaut parrailemciU la Ujlure , quoiqu- d'imaginaliou. J'ai connu, à Paris, Uitber , m a il re de musique de la reine Auloinetle. Etaiil un jour auprCs de moi , lorsque je jouais la ritournelle d'une romaucc que j'allais chanter , il la saisit après mon dernier accord , et de sa voix septuagénaire , il la chanta tout-à-fait dans le goût du jour, aussi bien qu'aurait fait le fameux Garât, avec Itquel je l'ai entendu chanter le Stabat de Pergolèse, sans aucune diOTérruce de fraîcheur dans la voix. J'ai fait de la Ciusique avec Albauère , ûgé de quatre-vingt-cinq ans. Sa \oix italienne semblait être celle d'un jtuue adolescent , et ses doigts trouvaient encore fort bien les accords sur le clavier. EnCo, nous avions dans noire ville le rL>spt-clable M. Pichon, presque centenaire , et qui jouait encore sur le violoncelle des morceaux de sa composition. Il nous en gral.lia de la manière la plus aimable , quand un député de la Société Philharmonique m'accompagna pour lui annoncer que nous l'avions inscrit, par honneur, à la tète du tableau de nos niembres. Agé que je suis de soixante-onze ans , c'est à celle connaissance facile d<- l'harmonie que je dois de faire encore mes délices de mon piano et de mon orgue du collège.
(35) La harpe nous ravit par ses sons enchunleurs.
Ce charmant instrument passe de mode : on dit aux dames qu'il tourne la taille , c'en t st assez pour le leur faire négliger. 11 est certain que le piano »c joue avec plustraisaiice , et convient également aux deux sexes , lundis que la baqic ne convient guère qu'aux femmes, cl que non seulement il ajoute beaucoup ù leurs grâces naturelles, mais il n'en est même aucuu dont les sons se marient aussi bien avec leur voix ; étant unicorde, ou peut le mt tire facilement et promptement d'accord, ce qui est un grand avantage, dont on ne jouit pas avec le piano. S-s trois cordes ne conservent pus longli mps leur parfait unisson, et olfrcnt fréquemment une choquai.te discordance. 0|M-nd:ml, il continue chaque jour de tout envahir dans le domaine mutical ; et la bai-pe , malgré celte rccummundaliou de l'antique, M puissante aujourd'hui , est injustement délaissée. Si la forme de cet io»- Irumciit sucré a v.irié à l'nilini , depuis que le roi-prophMc en accompagoait kes divin» cantiques , il n'en est pas moins un des plus uHciens Il > eiirré le génie t\es plus habiles facteurs qui l'uni élevé à un lrc>s-haut di^ré de |K-rrecti()n , et de u.'lèhre» compositeurs , dont lis charmans outragea »oul digue» d'etciler l'éuiuiatiou et d'inspirer le goût pour le cultiver avec le nW-nii- li-le qu'uutriToit.
(36) S<m* un arcInT légor, quelU; voix • lairo cl pure.
Quand je voit une image de Ijre antique , je ne m<- figure point qu'on ■Il pu tirer d'un instrument u Mmpk* d'aulrr paiti . que qu«-l(|ue^ suDi
pour accompagner une sorte de déclamation chantée i peu près semblable à nos récitatifs , peut-être aussi quelques airs mesurés dont la lyre marquait la cadence. A l'aspect de notre violon , ne serait-on pas tenté de porter un jugement à peu près semblable , si l'on n'en connaissait les merveilleux effets ? C'est de tous les instrumens à cordes celui qui , sous l'archet d'un grand artiste , excite le plus mon admiration ; car la vaste capacité de la basse me fait soupçonner son harmonie mâle , et tous les effets qui en dérivent, mais un aussi petit corps d'instrument que le violon, rendre des sons si vigoureux et si variés du grave à l'aigu , d'une expression toujours nouvelle , qui fait passer dans noire âme tout ce que l'artiste éprouve dans la sienne , c'est ce qui cause , chaque fois , mon étonnemenî. La fabrique de tous les instrumens fait d'immenses progrès. Le violon seul est resté ce qu'il était , il y a deux cents ans. Le vieux Stradivarius se vend trois mille francs ( dernièrement il en a été vendu un à ce prix) , et le clavecin de Ruchers, qui a coûté plus encore, attend au grenier que le frippier veuille bien le prendre pour rien. Quelle différence depuis soixante ans, de Fodor, qui nie ravissait dans ma jeunesse , au célèbre Baillot ! Je n'ai point entendu le merveilleux Paganini. <■ Nugcc difficiles ! » ai-je entendu dire à quelques personnes. C'est profaner le génie qus de traiter de bagatelles son expression la plus sublime.
Je ne suis pas partisan de la difficulté pour nos jeunes amateurs , qui ont autre chose à faire que d'y consacrer tout leur temps. Mais les conquêtes de l'artiste sur l'instrument auquel il a dévoué ses veilles , ei dont il doit nous faire connaître toutes les richesses , épuiser les inépuisables trésors de mélodie et d'harmonie , mériteront et lui obtiendront toujours , de la part des véritables appréciateurs du beau , de glorieuses couronnes. Au reste , la difficulté seule ne constitue pas le beau ; il faut savoir y joindre les chants larges et gracieux, cette expression pathétique et sublime qui nous saisit, nous transporte de plaisir et d'admiration.
(37) Tu mérites le prix, merveille des merveilles,
Il n'est rien qui puisse rendre les sensations que l'on éprouve aux sons divins de cet instrument, chef-d'œuvre de Franklin, On connaît plusieurs sortes d'harmonicas qui ne sont point celui dont je parle ici. Les physiciens anibulans jouent quelquefois d'un harmonica composé de verres à patte, de diverses grandeurs , fixés debout sur une table. Quand ces verres ne sont pas bien d'accord entre eux , car l'assortiment eu est difficile , ils les accordent en y versant de l'eau. On sait qu'un verre descend de l'aigu au grave , selon la quantité d'eau qu'il reçoit , puisque la corde sonore se double alors, et devient proportionnellement plus grave. Ils font circuler légèrement le doigt du milieu de l'une et l'autre main sur Ses bords humectés de ces verres, et en tirent des sons ravissans. Mais, avec quelque dextérité
qu'ils passent d'an verre à l'aulre , ils ne peuvent jouer que cîes airs trèsb-nls et dans un diapazoïi Irùs-borné. J'ai vu ù Paris un joli petit pianoharmonica , dont les marteaux frappaient sur dos lames de cristal d'une longueur graduée , selon les tons. Cet instrument est charmant , par le brillant et la pureté des sous, et surtout par son accord parfait et invariable qui n'offense jamais l'oreille comme nos pianos ordinaires, où il est impo>!-ibIe que, sur un si grand nombre de cordes, il ne s'en trouve pas toujours quelqui-s-une^ qui varient ; et , alors , malbeur à l'oreille trop susceptible ! Le plaisir de la musique est , pour elles , mêlé de lourmens. Od voit, depuis quelques années , de nombreuses imitations de cet harmonica , dans ces petites boites sonores , où l'on dispose des lames de verres isolées que l'on frappe , comme ranti(|ue i)sallérion , avec une bajpK'tte armée par le bout d'nne boule de liège. On en vend beaucoup dans les foires pour amu-er les enTins. J'en ai vu ù plusieurs octaves, dont les marchands jouaient lux-mèmes avec beaucoup d'adresse. On fait aussi un harmonica à Inmes de bois , fixées sur deux galons de Cl , de sorte qu'on le roule pour le mettre dans sa poche.
Mais, le bel harmonica, dont je veux parler, se compose de cinq à six octaves de verres arrondis en coupe, comme un timbre de pendule , enfilés et bien scellés, à la distance des notes d'un piano, dans un axe de fer, placé lioriionlaleir.cnt dans «ne boite en cône tronqué. On fait tourner cet axe sur lui-mf nie avrr le pied , comme une meule de rémouleur. Vis-à-vis , est un c)#ier peint, dont les notes correspondent exactement à chaque verre pour guider les doigts. On étend sur les verres une longue bande d'étoffe fine, sur laquelle on passe une éponge imprégnée de vinaigre , pour que la pression du doigt ait du mordant sur le verre qui ne rend plus , ici , un son coupé comme celui qui est proiluit par la percussion, mais, un »on soutenu , qui, nuanré par une main délicate et inlellipcnte, fuit eu- Irndre des arrens enchanteurs. Cet instrument ne comporte point une •nrcession npidc de sons , comme le piano ; mais la musique , qui lui e*l birn appropriée , est céleste. La plus MU' voix de fenjuie peut seule en égjWr la douifur ; et l'harmonie, (|u'une main savante compose de se» sont ni\issans, surpasse tout ce qiu* l'on piiit inia;;iiier. Ouelquis instru- BSeot graven, soit i vent , f»oit 6 cordes, s'y marient parfaitement. Je n'ai rien rtilcndu de si délicieux. Mon fn'-rc en jouait ; et , ù son exemple , |e m'y exerçai* quelquefois avec un plaisir extrême , dan» ma jeunes*»*. Un Père Colardeau, Minime, m^-canirien et farleur tns-hnbile, fabriqua, dans Min routent de Tours , un des po'miers h.trmnnira* qui nient paru. Il fit oUMi un joli orgue U deux rlaviers ; il était llatté (|ue nous Mussions nous amu«cr «ur Irt l>eaux instrumens dont il jouait passablement luimême ; je roc souviens que ton esprit ingénirux te montrait en toute ihos«'. Sa porte ne fermait point «ver une s«-rnire ordinaire , mais nver la poignée
a'utour de laquelle il avait établi des lettres mobiles en cuivre , qui , suivant l'ordre dans lequel on les disposait , l'ouvraient ou la fermaient. Ce bon reli-^ieux venait au secours de mon frère , quand quelque chose était dérangé dans son bel orgue de l'abbaye de Marmoutiers ; je leur tenais la note pour l'accorder.
Je reviens à l'harmonica , devenu fort rare à Paris depuis l'explosion de Grenelle , qui , en 1794 , fêla les verres de plusieurs qui se trouvaient dans le riche quartier voisin. L'extrême difficulté d'en substituer de nouveaux a fait renoncer à un instrument si casuel. On pourrait remédier à un inconvénient si désespérant , en divisant l'axe en autant de parties qu'il y a de verres. Ces parties d'axe , où chaque verre serait scellé , étant à vis , et pouvant à volonté se dévisser et se réunir , permettraient , quand nn verre casserait, de le remplacer par un autre, sans être obligé de desceller tous ceux placés avant ou après le verre cassé , opération presqu'impossible à faire sans quelque nouvel accident. Puisse cette idée que j'aurais tenté de faire exécuter, si j'en avais eu le loisir, multiplier ce rare et délicieux instrument auquel on fait le singulier reproche d'attaquer h\s nerfs ! 11 faut qu'ils soient d'une extrême délicatesse ! Si tel était l'ell'etde cet instrument , loin de causer une maladie , il pourrait , par son action sur le genre nerveux , opérer des cures merveilleuses.
Je ne dois pas oublier de dire un mot des nouveaux pianos-harmonica ou accordéons qui paraissent depuis peu d'années. Ces inslruraens , quand ils sont bons, conservent, en effet, uu parfait accord; leur son j)nr , argentin , paraît, entendu de loin , celui d'un charmant violon. Les petits ont une octave et di^mie , se jouent de la main gauche ; et le soufflet , mis en mouvement de la main droite , enfle ou diminue le son que l'on file à volonté. Les grands ont jusqu'à six octaves. Le premier que j'aye louché n'en avait que trois, il me flatta beaucoup. Depuis, j'en ai touché un ù six octaves , chez un amateur de notre ville , qui en jouait très-bien *. Une petite languette de cuivre, fixée sur une égale ouverture pratiquée dans une lame de même métal , et que fait vibrer le vent d'un soufflet , produit le son. Un facteur intelligent prétend que cette sorte d'anche , susceptible de recevoir toutes les dimensions voulues , peut aussi , par ses diverses modifications , imiler , comme les tuyaux de l'orgue , les sons des divers instrumens, et qu'on pourrait, par ce moyen peu compliqué, fabriquer des orffues sans tuyaux. Ce serait un immense progrès de ce gigantesque instrument , qui serait alors considérablement réduit de son volume , et recevrait , en m(*(me temps , ce précieux avantage de l'expression qu'on désire tant lui faire acquérir. Ce même facteur m'a dit qu'il serait de
* L'aimable M. de Linière, amateur distingué, rnlovo par une mort prématurée , et qui laisse des regrets mérités.
même possible de faire des pianos saus cordes *, ea leur substituant , non des anches, mais des lames métalliques qui rendraient des sons supérieur» en force it en qualité , avec l'inappréciable avantage d'un accord invariable. Je ne me donne pas pour (garant de ces merveilles, mais cela ne uic parait pas plus incroyable que les lampes au ^az , qui , sans huile et saus mi-cbe , quadruplent la lumière ; que les prodiges de la vapeur, La voie du prrgrts est ouverte indéfiniment , dans tous les genres d'industrie. Il n'est rien , au reste , de plus suave, que l'accordéon , soit par la qualité du son que l'on enfle il volonté, soit par sa justesse parfaite; mais, le soufflet qu'il faut mouvoir avec le pied droit , et presser d'une seconde pédale avec le pied gauche , pour donner l'expression , gêne et fatigue l'exéculanL L'harmonica de Franklin, les orgues de salon , les pianos organisés, présentent le même inconvénient. Un autre facteur me disait , un jour , que l'on trouverait , quand on voudrait , le moyen d'épargner ù l'exécutant celte fatigue. J'ai môme entendu dire qu'il existait des orgues, auxquels on avait adapté un mécanisme à cet effet ; tous les instrumens de ce genre gagneraient beaucoup par celte heureuse invention.
L'accordéon •* est donc réellement un orgue, puisque c'esl par le moyjn .-î'un soufllft (|u'il produit les sons; maison ne doil rien allirmer du degré de perfection qu'il atteindra , ni conclure d'un petit inslrtiuunl <ncoredai;s l'enfance, à ce colosse d'harmonie, qui peut former le plus riche et le plus varié des concerts. Tel qu'il est aujourd'hui , l'accordéon , à clavier de six orta*es, quoique un peu lent à parler, est délicieux pour faire de l'harmonie, jouer des airs tendres , des morceaux dans le genre et le mouvement du cautaLile, pour accompagner des chants religieux. Le piano, donl le son, Uaucoup plus prompt, mais produit par la percussion , ne peut £tre soutenu et Clé , exige une exécution brillante qui dédommage de celle sécheresse des sons par leur succession rapide ; tandis i\uc l'accordéon pou>anl soutenir et nuancer sa voix mélodieuse , et tenant UauLoup mieux ton accord , n'a point l)esoin de ce prestige; il luisutlit, pour charmer, de chants suaves et d'une belle harmonie. On ne peut rien «■nlfudrc apris; la seosibililé de l'âme a été trop satisfaite. Il n'est point de plu^ aimable compagnon dr la solitude, qui fas^e jouir le ccrur d'un plus doux «nlrrlien.
L'harmonica île Iranklui me semble préférable à tous les autres pour la beauté , la pureté <t ^exple^siun d<.' >e^ sons (jui ne s'enlUnl ixtinl tou^ a la fois . roab rcçoitcnl successivement et iunnédiatemeni d'un ùoïKt
• J'ai dit que le fartcur Pape vmnit d'en f.iire entendre un.
•• M. I.rrollin, de (.li,ilrau-(iontirr, nm.ilrur In s-intclligenl , n^iiMil liirn dan» la fjbri<atiiin iUs arror(li'-4ui«. J'en ai un de lui, à ^ix octaves, dont Ut- l>as*r« i^ont fort tirllr«. Il prnt porter loin l.i prrfnrtion de cet
in»liiiinrnl.
inspiré par le cœur , les nuances , les ondulations les plus délicates. On pourrait , dis-je , remplacer facilement les verres fêlés , par la division de Taxe , eu fixant chaque verre sur chacune de ses divisions vissée l'une dans l'autre , et se démontant à volonté. La première fabrication d'un pareil instrument exigerait beaucoup de temps , de soins et de dépense ; mais il est des amateurs qui ont tout cela à leur disposition. C'est pour ces hommes chers à l'art que i 'écris. Lorsque j'habitais Paris , je fus un jour conduit chez un de ces rares et intéressans personnages , pour y voir un harmonica que l'on m'avait beaucoup vanté. Il surpassa mon attente , et me causa un ravissement inexprimable ; il était placé sur une estrade dans un appartement orné de très-beaux tableaux. Autour de l'instrument on voyait toute l'histoire d'Orphée et d'Eurydice. Ces peintures, analogues au caractère des morceaux tendres que j'entendis exécuter , ajoutaient à l'enchantement produit pur une harmonie qui respirait la mélancolie la plus douce. Ce curieux amateur avait placé dans son harmonica tout le bonheur de sa vie. Il me dit y avoir dépensé une somme considérable, ayant fait fabriquer une immense quantité de verres pour en obtenir qui , sans le plus léger défaut , fussent parfaitement d'accord entre eux pour la justesse, la force et la pureté des sons. Aussi ne permettait-il à personne de poser les doigts sur ces précieux verres qu'il touchait avec une délicatesse , une adresse admirable. Ses improvisations étaient le fruit d'un génie inépuisable et d'une sensibilité exquise. Je ne me rappelle pas avoir jamais éprouvé de plus grand plaisir par la musique.
(58) Rien ne pont égaler tes flexibles accens.
La voix est le plus beau présent que l'homme ait reçu de la Divinité, après l'intelligence. C'est par elle que l'ùme se manifeste : elle est son interprète fidèle. Il n'est jioint d'émotions, de sentiraens, que ses accens ne puissent exprimer. Elle a servi de modèle à tous les instruraens ; mais quelque flalli urs que soient leurs sons, ils ne sortent pas, comme elle, immédiatement du cœur, et leur expression ne peut jamais égaler la sienne. La voix de l'homme, de la femme, de l'enfant, ont vraiment des caractères divins de noblesse, de sensibilité, de douceur. Ses accens font éprouver d'inell'ahles émotions; on est tenté de dire, alors, que si l'homme est un Dieu déchu, il est rcImblUlabtc; et, en général, toutes les fois que l'homme se nionlre sublime, il annonce qu'il doit redevenir parfait.
Si la voix est l'expression de l'ârae , on peut donc , par la voix , connaître ce qui s'y passe ; et si la connaissance du cœur humain est la première de toutes, ne doit-on pas attnclier la plus sérieuse importance à l'observation attentive de la voix dans la parole ou dans le chant? J'ai indiqué ces deux modifications de la voix, comme ouvrant une vasli- «•arrière à cpIIc intéressante étude. I,';\iiio montre dans la voix ses trnit<
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aussi distincls que ceux de la figure. Aussi Platon disait : • Parler , atin que je tous connaisse. » Ne pourrait-on pas ajouter : c Chantez , afin que je vous connaisse mieux encore. •
En pénéral, toute dt^fecluosité dans l'homme physique, modifie son moral d'une maniîre désavantageuse.
Concluons donc qu'en modifiant la voiï par l'exercice, on modifie aussi le caractère. La voix étant l'interprète de l'ame, elles agissent l'une sur l'autre. On devrait donc attacher plus d'importance à la bien cultiver : c'est, d'ailleurs, par cette étuc'c, mais avec de courtes leçons pour les enfans , que doit commencer toute instruction musicale, dont \o solfège est la véritable clef. Il faut , surtout , s'appliquera développer l'organe par une belle vocalisation, par une rtspi ration libre, pleine, bien réglée, et par une articulation nette des mots , dès qu'on les joint à la note. L'accompagnement du piano ou d'un petit orgue convient le mieux, pour cet enseignement , soit parce qu'il soutient la voix , lui donne de la fixité par une invariable harmonie , soit parce que le maître , tout on accompagnant , peut parlerai faire à l'élève les observations nécessaire?.
La voix doit à l'art la plus grai.de partie de ses charmes. Le chant naturel de l'homme est triste ; il alTecte le mode mineur, même pour exprimer le plaisir. On dirait que l'état de l'homme (itl-chu ne compoite plus, naturellement, l'expression de la joie. Mais la religion qui le réhabilite, et répare sa nature, lui rend l'expression du bonheur qui respire dans tous les ouvrages des arts ; car le génie qui les enfante, conçoit et suppose un état h( ureux. Ilirn ne porte dans Us cœurs une joie plus pure, que les chants religieux si bien adaptés aux différentes solennités. Ils respirent, quelquefois, «ne douée mélancolie, mais aucun n'est triste, pas même le Stabat , qui est dans le mode majeur. Ce n'est pas, cependant, qu'il forme un contre- sens avec les paroles. Il s'unit , au contraire , admirablement , avec elles , pour exprimer une douleur qui ne ressemble point aux douleurs humaines. Le bonheur si ardemment demandé, de sentir les traits t|ui décliircnl le cœur de Mari»-, scntire ritn dolorlt: la tendre reconnaissance qui voudrait partager les cruels lourmens que son Fils adorable touiïn: pour nous , /t/i uali ruinrrati , jam dif^nati , pro me pati , pirnat meeum divide : ce brAlant désir d'être blessé de ses blessures , plaf^is vulnerari, de ft'enivrer de sa croix, cnire liàc inehriiiri : l'espérance impoUente de partager sa gloire, /!«■ ut oniitur donriur Paradt$i f^lorla ; touti*» ces di»crvn e»preK>i(ins d'un amour passioiuié ont tlù inspirer au musicien qui s'en i'»t pénétré «ivemetit , un céleste chant <lii mode majeur. Ce chant si • impir , dont U-s Im-IIcs basses fournissent 6 l'arrompagniileur de si riches accord», r*t d'une mélodie vraiment divine, quond il est pris dunt le Ion cl aviT le mouvement cl l'arrenl ctmvenabirs. Le Stabat , chnnté dans le Ion mineur, ne iM-mil pas «upporliible.
Je pourrais faire de semblables observations sur le Sancta gens , chant de triomphe et de joie, et qui est, cependant, dans le mode mineur, parce qu'il n'exprime point une joie mondaine , mais la joie douce, pure , inlé- 1 ieure d'une âme naguère ensevelie dans la douleur, et qui , duns ce jour de gloire , renaît à la vie de la grâce , vie toute céleste.
(39) Que nos concerts , sans toi , deviennent languissons !
Beaucoup de villes possèdent des Sociétés philharmoniques. Ce sont de précieux élablissemens, tant sous le rapport des mœurs et de la civilisation que des progrès de l'art. Notre ville en a vu s'établir une depuis quelques années ; c'est son plus bel ornement. Puisse-t-il s'y consolider , y devenir même une institution nécessaire I Le chant est une partie essentielle des concerts , mais les morceaux de chant s'organisent difficilement. Il existait autrefois un concert que fit cesser la révolution. Il était dirigé par Marc, muître de chapelle de notre cathédrale , doul la psallette fournissait de très-beaux chœurs. Les amateurs des deux sexes ne manquaient pas plus qu'aujourd'hui ; mais il en coûte bien davantage de se mettre en scène pour chanter, que de faire sa partie dans un morceau de musique instrumentale. Il serait donc à désirer que chaque Société philharmonique pût établir, comme cela existe dans quelques villes , un enseignement musical qui remplaçât celui des anciennes psallettes. Nous voyons, avec un intérêt mérité , des artistes dignes de la confiance des parens , ouvrir des cours pour de jeunes élèves. Ces cours méritent d'être encouragés ; ce sont des pépinières où se forment des sujets intéressans qu'on ne peut trop se hâter de faire paraître aux concerts , et dont on doit accueillir les essais avec une aimable indulgence. Notre ville n'a jamais offert une réunion d'artistes, en tous genres , aussi recommandables par leurs talens, et les qualités estimables qui en doublent le prix.
(40) Lorsque ?'i magnifique est ta morlclle image , L'idée de Dieu se traduit par les œuvres les plus sublimes du génie
qu'elle inspire. Tous les arts lui doivent leurs chefs-d'œuvre : l'architeclurc lui doit ses temples magnifiques du moyen-âge , qui l'emportent sur les palais , comme le roi descieux sur les rois de la terre ; la peinture, des tableaux sans prix ; lu musique, ses grands maîtres et leurs plus célèbres compositions ; ci lli -ci lui doit l'orgue, ce géant des inlrumens, les cloches, CCS colosst's d'harmonie dont les majestueux et célestes concerts enivrent les peuples de vivifiantes penséis.
(41) Dociles à ta loi , Dieu puissant des armées ,
Dans les écoles militaires , les élèves doivent recevoir la même instruction religieuse que dans les collèges, où la plupart ont déjà fait leurs premières éludes. Mais dès qu'ils passent dans les différens corps, si jeunes encore, ils en perdent le secours nécessaire à tous. Officiers et soldats ne sont plus assujettis îi aucun devoir religieux. Osrrai-je , dans l'intérêt de cette
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290 NOTES Dl' DIXIÈMK CHANT.
brave jeiirc<s<» et de la société môme dont elle est appelée à mainlenir l'ordre , émettre le vœu pour qu'elle continue de recevoir une instruction religieuse analogue à son état. Elle soi ait donnée par un aumônier attache à chjque corps , comme je l'ai tu pratiquer , nirme dans les régimens protestans avec une grande exactitude ; j'ai vu les soldats se rendre , sans armes, deux fois à régli«e, le dimanche. Pendant le séjour des alliés , dans notre ville , les Prussiens s'étaient emparés de l'église du colléjje , et plusieurs fois , la semaine, Irur ministre 1rs réunissait dans la Salle des Actes, pour les instruire h chanter en parties.
Les lois militaires , quelque sévères qu'elles soient , ne soumettent point les cœurs à la règle. L'instruction religieuse , qui agit sur la conscience , est plus puissante que la crainte des chàtimens pour obtenir une bonne discipline. Il serait donc ù désirer que chaque corps eCit un aumônier choisi , de préférence, parmi les ecclési isliques sortis des rangs de l'armée, apris y avoir donné des preuves d'une conduite honorable. Connaissant les devoirs et les misères du métier , il serait évidemment propre à une instruction spéciale, qui de sa bouche descendrait ar.int dans les cœurs. Elle les disposerait à l'obéissance, les maintiendrait dans les bonnes mœurs; le roi pourrait compter sur des soldats Odèles , et la patrie sur de lélés défenseurs.
Je me rappelle avec plaisir avoir eu dans mon cours un élève creli'siastique, âgé de 30 ans, qui avait servi sous Bonaparte. Il avait tellement perdu l'habitude des exercices classiques, qu'il ne pouvait suivre les dictées, n'ayant pas fait, me disait-il, d'autre (^'crilure depuis dix ans, que le conirôle de ses soldais ( il était sous-oflirier ) ; mais, endnrri à la fatigue et dévoré du désir d'atteindre au but de sa voralion si long-temps interrompue, il passait une partie des nuits ; cl , à forte de persévérance Ft d'encouragement , il reprit peu ù peu ses anciennes et sludieuS4>s habitudes, tellement qu'il parvint ù se |)lacer parmi les moyen"» de la classe. Sa récitation était h nte , mais ferme ; tout ce qu'il composait était marqué au coin du bon sens et d'une nnlile sim|ilieité ; aussi , est-il devenu un e\a-llent pasteur. Ce sont de Ici» hommes que je souhaiterais pour aum^oiers de régimens ; ils auraient la confiance et l'amour du soldai , qui , •pri's son temps de senirc militaire , ne rapporterait point , comme il arrive trop souvent , ces mœurs dissolues et celte indilVerenre religieuse (pour ne rien «lire de plu* , qui perdent le peujiie des campagnes comme des lille*. «Oiie peiiM-raienl de nous, a dit un piiblicisle, ces nations barbares, rbi-{ qui non» voulons, par no« victoires, établir la civilisation qui serait noirr plus gInriruM- conquMe, n'ili voyoirnt leurs vainqueurs ne pratiquer aucun culte , tandis qu'il* lont si «crupuleux obscrruteuni du leur P -
»n hf.s xtifs m iiiMivii iHv>i.
POÈME
VIU.l >ll.NT
Merveilleux effets de l't^ucalion chrétienne jusque dans les prisons. — Elle retire le jeiuie prisonnier du vice, et le rend à la vertu. — Histoire de Césarion et de Marianne. — On puise dans l'éduralion relis:ietiselesprorédés les plus propres à prévenir ou à {jurrir l'aliénation mentale. — Education des enfans des rois. — Portrait d un précepteur diffne de ce haut emploi. — Cette éducation peut se combiner avec l'éducation publique. — L'héritier du trône protégera, surtout, rE(olc Polytechnique. — Tableau de cette école. — Diverses parties du <;énie civil et militaire. — Ponts, routes, édilices publics, fortifications, art des sièges, des campemens , marine , télé<;raphie , aérostats , paratonnerres, astronomie, éclairaj^e au paz, mines, machines à vapeur, chemins de fer, puits artésirns. — Etude ;;ém^ ralcdi' la nature. — llililédes voyafres pour perfectionner l'éducation. — liuils (in'cn relircnl la pcindu'e, la jioésie , la nui'<i(iu<- , la l>ola[ii(|iic , l'iMudc des lois, l'art militaire, le commerce, l'auriculturt' . les arts mécaniciues, la vie privée. — Le matin , favorable i\ l'étude.
W.To'
E rédu cation exposant les merveilles , Aftâ^i^ J'ai peint des lieux heureux, où se complaît le cœur. Mais je vais effrayer les sensibles oreilles ; Je vais montrer le crime , en des lieux pleins d'horreur. Osez , dans les prisons , d'un pas ferme , me suivre , Et sur des condamnés arrêter vos regards. Dans cet affreux séjour, pourtant , il leur faut vivre. Voyez tous les tourmens peints dans leurs yeux hagards ! Eh bien ! dans ces enfers le Christ descend encore , D'esclaves du démon pour briser les liens , Et délivrer leur âme ; en elle il fait éclore , Par des pleurs abondans , la foi qu'il donne aux siens. Là , trop souvent , gémit la coupable jeunesse , Qui suivit des pervers les avis séducteurs. Le vice l'entraînant dans la scélératesse , Quelle horde elle a fait de brigands destructeurs !
Pour lon},'-temps , dans Ips fers , par les lois enchaînée ,
29 i l'Éducation.
Restera-l-clle en proie au sort le plus cruel ?
La chai'ilé se montre à sa vue étonnée ,
Et vient la préserver du supplice éternel .
Sa férocité cède à de tendres prières ;
Et des préceptes saints le langage nouveau
Fait briller à ses yeux les célestes lumières :
Du vice est écarté le funeste bandeau.
Le jeune prisonnier verse un torrent de larmes
Qui l'ont lavé , déjà , de son ini(piité :
Il connaît la vertu , lui trouve mille cbarmes.
Et ne voit plus d'espoir que dans la piété ;
Il implore d'un Dieu , cbaque jour, la clémence ,
Et son vif repenlii- appelle le pardon.
Un mile travail chan^^e son existence (1) ;
Par lui , de la sagesse il obtient l'heureux don.
De mémo que l'on voil la terre abandonnée , Ll ( ouverle, pailoul , de buissons épineux, Sous une habile main , dès la première année , De fertiles ^Mi('*rèls s'embellir à n<KS yeux ; 1)11 iriiiif prisoimici' , .linsi l'âme asservie A l.i iii;ili( e , :iii ( rime, ;i (riidiribb'S peiKliMn*^» Cbrélieiiiie , semble prendre mie nouvelle vie: Sur lui , le ( it'l sr pl.iîl ;i verser ses présens. l'Ins s;i;;e , puisse-i-il , s'exilant de la terre . Où \il le souvenir de ses anciens forfaits, Aller les expier d;ms un .nilie luMnisphère . Où le Iraxail lui ren<l*' •! Ilinimem el la pai\ !
Tel fut Césarion : d'amours illégitimes Ayant reçu le jour, enfant il ne suça , Avec un lait impur, que funestes maximes. Sa mère , sur son cœur, jamais ne le pressa ; Jamais un doux baiser, un caressant sourire , Ne firent naître en lui de tendre sentiment ; Il entendit , sans cesse , une aigre voix maudire Ce fruit d'un vœu trahi par un perfide amant ; Et croissant , au milieu de sinistres présages , Un sombre caractère , une barbare humeur, Préparèrent son âme aux mœurs les plus sauvages ; Il aima les médians , imita leur fureur. Voleur, si jeune encore , assassin plein d'audace ,. A sa jeunesse il dut d'échapper à la mort. Bravant du magistrat la terrible menace , Il se vit , sans frémir, enfermer dans un fort. C'est là qu'objet des soins d'un zèle charitable , A la grâce il sentit son cœur s'ouvrir enfin. Jusqu'en ces sombres lieux , éclairer le coupable , . Sainte Religion , voilà ta noble fin !
Qu'ajoutcrai-je encor? La pauvre Marianne Ne fut instiuite , helas ! que pour savoir mourir. Elle naquit, aux champs , dans une humble cabane , Qui , contre tout danger, aurait dû la couvrir. Mais , sans l'amour de Dieu , fragile est l'innocence- Mariannc , en partage , avait de la beauté : A la vertu, ce dou qui joint tant de puissance.
Du vite impur l'expose à la brutalité.
Sage diibord, elle est , déjà , prête à se rendre :
Vue mère qiii reste , alors , son seul soutien ,
En vain , au nom du ciel , de l'amour le plus tendre ,
La presse de sauver son plus précieux bien ;
Elle cède aux transports d'une flamme ennemie ,
Et vient , pendant la nuit , <iuel forfait plein d'horreur !
Porter le coup mortel à sa mère endormie... !
Du remords déchirant ô soudaine teireur !
0 justice , toujours vengeresse du crime !
Déjà, sou propre aveu la condamne à la mort.
Dans un obscur cachot, comme au fond d'un abîme ,
Des gouffres de l'enfer elle louche le bord.
D.imts (lt> ( harilc' , mères du misérable ,
One voire ministère à jamais soit béni!
Pasteurs pleins d'im saint zèle, au brigand exécrable ^
Du (ici «'Si , p.ii vos soins, le chemin aplani.
La triste Mariamic, à voirc voix sensible ,
D('*j:i reçoit , d'cn-liant , les secom^s consol;nïs.
SouFiiisc , «'llr snbil un Irc'jKis moins horrililc ,
El LiisseiiFigiand exemple aux pt'chcursrepentans.
nn'.iniail produit , sni- rllr , un ciUn-tien pr<»fanc ,
Di' froids LiisniirH'iiitii, le siupidc rmli.ii i;is ".'
Oui . dt-v jik'm rpics saints, ci th- Dieu seul cin.nic .