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REFRAIN EN CHOEUR

Le travail est , mes chers amis , De tout temps et de tout ]>ays.

Lâche, celui «{ui s'en dispense!

Ou il est beau d'obleiiir sa noble récompense !

Ainsi que l'oiseau poui- vo1(M- , I)i<-u (il l'homme pour Iravailler.

La paresse, iudif^Mic cs<^'lavage.

De la mort «si la liisle imaj^'C.

Ouaud le jour Uiil sur les rôleaux .

(^'('sl pour eu ciiasser le repos;

Et tant que sa lumière dure , Tout travaille dans la nature.

Le travail est , etc.

L'homme , image du Créateur , Devient son digne imitateur , En façonnant , pour son usage , De ce Dieu l'admirable ouvrage.

Les pierres , les métaux , les bois , Les animaux , suivent ses lois ; Ses mains lui soumettent la terre , Et tout ce que ce globe enserre.

Le travail est , etc.

Le travail orne ces beaux champs , Les couvre de fruits abondans ; Il bâtit , il peuple les villes , Les enrichit des arts utiles.

Des enfans et des citoyens Occupant l'esprit et les mains , Il chasse la mélancolie , Et fait le bonheur de la vie.

Le travail est, etc.

Le pauvre actif gagne du bien ; Le riche oisif mange le sien.

La fortune tourne sans cesse :

L'un s'élève quand l'autre baisse.

Le diligeiil seul a du cœur ; A lui la gloire , à lui l'homieur I Le paresseux se déshonore , C'est le travail seul qu'on décore.

Le travail est , etc.

Il est la source des vertus ;

Et du Seigneur fait les élus.

Quand nous voyons Dieu , sur la terre ,

Endurer souffrance et misère ;

Que tu parais léger pour nous ,

Travail , dont les fruits sont si doux !

Nous ouvTant rélernelle voie ,

Déjà , tu nous remplis de joie.

Le travail est, etc.

Chassant les cou[)ables désirs , Tu j)réserves des faux plaisirs.

L'utile occupe ton génie , II en écarte la folie.

Par loi , la paix dans les maisons Règne , à l'abri des passions ; Toi seul conduis notre jeunesse Dans les sentiers de la sagesse.

Le travail est , etc.

Soyons rivaux ri lK»ns amis.

Par le travail toujours unis l

Et que jamais la basse envie Ne vienne souiller notre vie !

Voyez , par de communs efforts , Combien les bras deviennent forts !

Aidons-nous donc comme des frères ; Nous rendrons nos destins prospères.

Le travail est, etc.

Seigneur , bénissez nos travaux ; Ils adouciront tous nos maux.

Est-il de plus purs sacrifices , Pour expier les injustices ?

Accordez-nous votre secours , Et qu'ils remplissent nos beaux jours ! Daignez nous donner , en partage , Grâce , santé , force et courage.

Le travail est , etc.

L'âge mur est jaloux du bonheur de l'enfance ;

S'il a grandi , privé d'un utile savoir ,

Il sent la servitude où le tient l'ignorance ;

Que ses bras vigoureux manquent d'un grand pouvoir î

Il faut qu'il ait recours à des mains étrangères ,

Pour calculer le prix , le fruit de ses labeurs.

Il est comme en tutelle , en toutes ses affaires ;

Et , souvent , il se nuit par de graves erreurs.

Il n'est jamais trop tard d'apprendre et de s'instruire : Sur la terie , il est peu d'irréparables maux.

Sitôt (|uo le soleil a doue cessé de luire , Que roiivrier , après un moment de repos , Accoure se ranger sur les bancs de l'école , Et devienne , h son tour , disciple obéissant ! Là , de maîtres zélés écoutant la parole , In nouvel homme, en lui, se forme à leur accent. Dès-lors , il a perdu sa rudesse première , Et son intelliirence ayant pris son essor , D<»uble l'activité d'un travail plus pn^spère : L'aisance en est le prix , il possède un trésor.

Du pauvre , ainsi , l'enfant fait ta force , ô patrie ! Reçois-le dans ton sein , au sortir du berceau (5) . Dans un asile sûr conserve bien sa vie ; Prépare son esprit , imprime-lui ton sceau. De sa triste orij^nne adoucis la misère ; Ta richesse s'accroît , <piand il a vu le jour. Dai^^tie animer ses sens d'un souiiiv de mère ; Bientôt , tu le verras répondre à ton amour.

lions Frères, que ne puis-je enfanter des écoles (6) ! Les vôtres orneraient nos cités et nos < ii;mij>s. Partout , serait uoiuri du pain de vos paroles Le fils dn p.nivre , objet de vos soins si touchans. l'n bien tant désiié passe notre espéi'ance : Oi'<'I'pie nondtrriix , déjà, i\\io soient vos nourrissons, rnjdu^ ^r.ind nondire. eneoi, eroîlr.iit dans l'i^^noraucc. Si Ion neùl Irouv»- l.nl d'elendie vos leçons.

Nécessité toujours éveilla l'industrie.

Des enfans indigens le sort te fit pitié , Charitable Lasalle , en voyant la patrie De cette foule , à peine , instruire la moitié ; Avare de son lait , n'en donner qu'une goutte A qui peut , tour à tour , approcher de son sein. Du savoir populaire élargissant la route , Y conduisant , de front , un plus épais essaim , Tu connus le grand art d'électriser des masses , Et de les éclairer d'un unique flambeau (7). Quel ordre merveilleux on admire en ces classes , Qu'un même maître instruit sur un même tableau 1

Oui , de l'amour de Dieu le fertile génie Sait , à tous les besoins , égaler les secours. L'ignorance est la mort , la science est la vie. La race des mortels s'accroissant , tous les jours , Que d'âmes on verrait manquer de nourriture , Si l'on n'eût défriché des champs encor nouveaux ; Si l'on n'eût enchéri sur l'ancienne culture (8) , En doublant ses produits par de moindres travaux ! Ainsi , seul au milieu d'une troupe orpheline , L'ingénieux Herbault sait charmer leur malheur. En lui , de la science est la source divine , Il la répand sur tous , de son sensible cœur. Tel , l'oiseau généreux , beau modèle de mère , Prodigue sa substance h ses nombreux petits : Ou tel , l'astre du joui' , d'un seul jet de lumière ,

12 l/ÉDUCATlOR.

Inanimé dos mortels les yeux appesantis. Par un art aussi prompt , le maître cuinmuuiijjie Sans fatigue , sans bruit , son âme à mille enfans. Voyez comme chacun à bien suivre s'applique Les ordres des signaux élevés sur les bancs ! Comme un seul moniteur préside aux exercices , Que dirigent des chefs à tous les rangs placés ! Tout du jeune âge , ici , corrige les caprices. Les enfans , l'un i)ar l'autre , au devoir sont di'essés. Entre eux sont mutuels l'exemple , l'influence Du vuli^aire s;ivoir , des vulgaires vertus , Surtout, de cette heureuse et prompte obéissance, Sans laquelle , chez nous , renaîtraient mille abus.

Le sable offre, d'abord, leurs premiers caractères ; L'ardoise les reçoit , ensuite , plus parfaits. Ainsi , vous révélez vos précieux mystères , Lan^Mie , calcul , dessin . à leurs yeux satisfaits. On d(»nne Iv, signal : tout autour de la classe, ^ iijgt cercles, à rinslanl , cfi cadence formés. Couronnent vingt tableaux où chacun , «le sa place , I.il des préceptes saints , à grands traits imprimés. Comme Ir jcuiK' chef commande le silence , l'.ii' la ( r.iiiilf cl l'Iioiiiiciir 1rs icimI assujettis! Dr i'oidii'. sin- les roiirs, il nn inlic j.i puissance , Voiii- gouvcinei- |cs grands, ainsi <pie les petits. Ions M'mbleni s'insj>irer la ménie <lisci|>line . Kl la paresse . irj . n"es| gtièie (|n'n!i vain nom .

Un enfant transmet donc à l'enfant la doctrine ; Du compagnon la voix instruit le compagnon. Si de maître , un moment, le rôle est son partage, Un empire si court ne peut l'enorgueillir. Bientôt , sujet soumis d'un mentor de son âge , Lors même qu'il commande , il ne fait qu'obéir. Tel , un miroir frappé des traits de la lumière , Fait briller vingt miroirs d'aussi vives clartés ; Tels , on voit ces enfans , dans la même carrière , Par une ardeur commune être tous excités.

Peut-être craignez-vous qu'un progrès trop rapide , Ne fasse qu'effleurer de si jeunes esprits. Qu'une active pratique , en eux le consolide ; Et l'épargne du temps leur sera d'un grand prix.

Le triste élève , ailleurs , tenu comme à la chaîne ,

Sur son banc dur languit dans un ennui cruel ;

Le mouvement , ici , le tire de la gêne (9)

Qui , souvent , pour sa vie est un poison mortel.

A la marche joint-on , pour marquer la cadence ,

Ou quelque doux cantique, ou quel<[ue chant joyeux (10) ?

Vous faites du travail un plaisir pour l'enfance ,

Et des larmes , jamais , ne flétrissent ses yeux.

Dans ce petit état , la présence du maître

Est l'unique moteur de ses nombreux ressorts.

Il est l'âme du tout , de lui tout semble naître :

Foyer de la doctrine , il répand ses trésors.

\l L'EDrCATlON.

Tel , larlisle siicré , de son fécond génie Anime , au temple saint , des forêts de tuyaux , Dont les accords qu'enfante une docte harmonie , \ous élèvent à Dieu par des concerts si beaux (11). Cette école est , enfin , une image fidèle D'un peuple gouverné par le meilleur des rois. Dont l'autorité ferme , autant (|ue paternelle , Garantit le lion ordre t't l'empire des lois.

D'un pur enseignement , simple de sa nature , Ecartons , s'il se peut , cette prévention , Dont Lasiille , autrefois , essuya le murmure : Qu'il serve aussi les mœurs et la religion ! Peut-il mamjuer ce but , si le bon pasteur veille? Pi'opagei" le savoii* , c'est seconder les cieux ; Mai^ en nudlipliant sa divine merveille , Qu'il aide à jiropager les sentimens pieux!

Kend-oM . s.iiislcur < on* < tins . le savoir jiopulaire? O ! (pi'il «anse de maux , sou iiisolcul orgueil ! I.c iiKM haut , de ce fru «pii r/'cliaidfc , l'éclain^ , Tni !•' , an miliru de nous , l'incendie cl le deuil. Une ( «i riiscj^iicmeiil rayounaul , éleclritpie. D'où |HUt naître un bran j<»ur, ou la nnil «lu chaos, Des mo'urs et des vertus offre le gage uni«pic. Qui des glandes «ili's .assure \v repos! Sfni succès lient an\ mains ii ipii l't'tat < oulle Ce fécond iiisiiurnenl «m de \ie on de nioit.

Donnons-lui , tout le veut , la sainte garantie Qui devra cimenter un éternel' accord.

Bons Frères , c'est pour vous que mon suffrage incline ;

Sans vanité , sans bruit, vous l'emportez sur tous.

A notre art , quel beau code offre votre Doctrine (12) ?

Ses lois pourraient , souvent, être un guide pom' nous.

Enrichi des trésors de votre expérience ,

Tl assure , en tous lieux , vos modestes honneurs.

Mais l'intérêt public chérit la concurrence ;

Serait-elle un fléau pour nos instituteurs ?

L'état doit empêcher qu'ils n'enseignent dans l'ombre :

( Le grand jour même, encore, éclaire tant d'abus ! )

Il doit les éprouver , déterminer leur nombre ,

Payer un juste prix à leurs soins assidus.

Consolant avenir , ou flatteuse chimère ! Si les enfans au bien pouvaient tous être instruits , Si pour eux , la patrie , étant meilleure mère , Ils payaient son amour par de plus heureux fruits , Nous taririons , alors , la source de ces crimes (13) Qu'engendrent l'ignorance et l'incrédulité. De l'enfer , en fureur , referme les abîmes : En l'éclairant , grand Dieu , sauve l'humanité !

La méthode nouvelle à tous les arts s'api)lique ; Apollon applaudit , partout , à ses succès ; Et , contre notre attente , on a vu la musique Devoir à ses leçons de lapides progrès.

(Juaiul l'école a nourri reiifanl de sa dottrino , Déjà fort , sa raison l'appelle aux ateliers. Ainsi régénéré par noti'e discipline.

Coin! tien il apprend mieux nos arts et nos métiers ! AtftMilifh la voix d'un maître plus sévère. Dont il faut qu'il soif prompt à servir l'intérêt , Il se plie h s«n lois , et I(^ travail austère , A sii naiss^Mile ardeur présente un vif attrait. Peut-il s'ou^Tir l'entrée à l'école puhliijue , Où l'active industrie éveille les espiils , Agrandit l'horizon du savoir mécanicpie , Enfante mille ohjels . dont nos yeux sont surpris? Bientôt , par son adresse et son obéiss;mce , Des maîtres il oliiient quehpie gage flatteur. Dans l'art (pi'il a choisi , sa laie iiUelligence Avertit (pi'il n'est [)oint scrvile iniilatcur. Qu'en ses mains le rabot ou le cis(\iu fa(;onne lii li<»is (hn- ('( poli . selon mille dessins , On (|ii»' -on lourd ni.iilnni sur l'iMiclinne it-soime. l'oiM- doinpl( r nn nuMal do< ili> à ses desseins , l'n goût noiivr.ni , m.iis |iMr. pic-sitlc ii ses ouvrages. One diNiingue , siutont , nn lini pré( i«'ii\. A l'aiis , ils iront méiiler les suffrages. Kl «haiinei- 1rs re;^.irds d'un j»en|>le cnrirnx. Du pauvre, .linsi , le fils (pTi-lcve l:i p.itrie. Par ses t.deiis , nn jour, en devient l'ornement : Oui . ces lirillans produits d inw mile industrie. ^oiit i|i rhiiiMK'in li.nuMis nn ne lie nioininient!

Mo(leàte!4 artisans , dans votre iiumble carrière , La Gloire aussi vient donc ennoblir vos travaux î S'ils gagnent de valeur , que votre âme en soit fîère ! Sachez, par leurs progrès , surpasser vos rivaux. Qu'envierez-vous , alors , à l'oisive richesse ? Ses vices , ses ennuis , ou ses infirmités ? Jeunes , vous languissiez dans l'affreuse détresse : Quels biens sont donc égaux à vos prospérités ?

Mais , au premier des arts que ma voix vous convie (14) ! Pour l'état et pour vous , il est le vrai trésor : Inépuisable source et de biens et de vie , Les vertus , le bonheur , en découlent encor. La gloire devrait être , aussi , sa récompense , Et le prince , partout , le premier laboureur. Cet état s'ennoblit , déjà môme on commence A couronner, chez nous, son génie inventeur (15). Une palme , à son tour , lui sied bien en partage ; Mars serait-il jaloux des honneurs de Cérès ? Ah ! combien il faut d'art , de force et de courage , Pour changer un sol rude en de féconds guérets !

Garde-toi , fils du pauvre , au sortir de l'école , Gâté par la mollesse , ou par la vanité , De briguer , dans la ville , un ambitieux rôle , Et de rougir , ingrat , du sein qui t'a porté. Auprès de ce village où le berça ta mère , Aime à rendre ces champs plus fertiles, plus beaux. II 2

IS l'ÉIH CATION.

— « Oui, s'ils étaient h moi ; mais, comment d'une terre, » Où l'on est enchaîné par d'inflexibles baux ,

» Prendre à cœur, sans profit, la pénible (mlture , » Pour autrui , l'arroser d'épuisantes sueurs ? »

— L'ignorance , autrefois , fut féconde en injure , Et de tous les humains enfanta les malheurs.

Le pauvre tenancier , et le maître lui-même ,

Gémissaient , asservis , sous de barbares lois.

Libres , et secourus par la bonté suprême ,

Ils jouissent égaux , aujourd'hui , de leurs droits ;

Et , s'ils prennent conseil d'une saine doctrine ,

Si l'intérêt commun leur dicte un juste accord

Qui ne soit point troublé [>ar qu('l«|ue humeur chagrine,

L'industrie au colon promet un heureux sort.

Accroître les progrès de la mère industrie , Est donc le premier soin de la société ; Et la ferme-modèle assure à la patrie l'n nouvel élément de sa ])i'()S|K'ril<''. L'habile agriculteur «jui de Texpérience , CiKupie jour, y ponrsuil les précieux ess;»is. Ne vient itojni v(mis enllei- d'iiiu» vaine science. Mais, par <l<'s f;iils eeilains , g.nanlir vos succès. Ses leçons ii vo^ veux révèlnii I.i n.ihire , Oui , toujotns travaillant , s'indigne du repos. Varier ses produits. <'sl de ragri( ullnie Le grand but «pi'il prn|t()se à vos constans travaux. Onel(jnc piddÎL'ienx iiiie devienne lenr nombre.

La terre doit , partout , nourrir ses habitans.

Les nouveaux fruits de l'art ne sont, encor, que l'ombre

Des merveilles , sans fin , qu'enfanteront les temps ;

Car du Dieu créateur la puissance infinie

N'a point fixé de terme au cours de ses bienfaits.

Qu'à la force des bras se joigne le génie ,

De mille agens naîtront mille étonnans effets.

Étendez , en tous lieux , vos paisibles conquêtes ;

€es sables , couvrez-les de tapis verdoyans.

Quand le fer du soldat va moissonnant les têtes ,

Le fer du laboureur va ravivant les champs.

Rendez , jeunes colons , vos labeurs plus prospères, Et sachez vaincre , enfin , d'antiques préjugés. Nus d'épis , quel aspect que les champs de vos pères ! Par l'horrible incendie ils semblaient ravagés. €hez nous , à l'épi jaune , une verte prairie Succède, pour nourrir un plus nombreux troupeau. Quand , sur eux , la famine exerçait sa furie , L'absence de Cérès les livrait au fléau. Aujourd'hui , nous voyons la pomme américaine Nous fournir , pour l'étable , un fourrage excellent , Et , pendant les rigueurs de la saison prochaine , Apaiser notre faim par un mets consolant.

Egalons , surpassons les nations rivales : Le Français fut , toujoui's , le peuple industrieux. Riche de beaux talens, de vertus sans égales : Quoi pays a l'eçu {)his de (avours dos cioux ?

20 l' F.Dr CATION.

Sacliez, sur vos travaux, du Dieu do l'abondance. Attirer les bienfaits par des vœux assidus. Implorez ses secours , invoquez sa puissance ; Quels miracles , j^artout , vous voyez répandus ! Quels sont ses instrumens ? Vos mains laborieuses : Elles plantent la vigne où l'eau se cliange en vin : Ne font-elles pas voir, dans ces plaines heureuses. Les pains multiplies j>ar un |)ouvoir divin ? Chassez , par le travail , l'indigence importime : Vous donnez la richesse , et pauvres languiriez? Mais restez loin des lieux où siège la fortune : Des mis("'res du riche, hélas! vous frc'iniiiez.

Tauvre , ne gémis plus , car , dans ton indigence , Tes sens , pour te sei-vir , te restent-ils encor ? Tu goûtes le lx)nheur d'une entière existence: Jouir de leurs bienfaits n'est-( c jias un trésor ? Vois le nuiet , l'aveugle , à (|iii tu fais envie : Qu'ils voudraient (''changer h'in- soit roiitic le tien ! L'oreille est , avec I'omI , l.i moitié de la vie ; L'homme possède . enenx , son j)lusprécienx bien. D.ins l'âme , |)ar leur voie , .'dtondenl les idé<s , Kt les dons du gé'iiie , et ceux de la raison. Dès <jue ses facultés n'en sont point secondées, Inerte, ilji' l.in^'iiil dans s.i noire piisdii.

Présent , ijui du I rès-H.uit nous rends l.i noble image, I*aio|r , <|nt| iii.dlniM d'i^'Uorcr Ifs aeeens î

CHANT SEPTIÈRIE. 21

Qu'il est , pour la pensée , affreux cel esclavage ! Par de doubles liens il enchaîne nos sens. D'un voile épais l'ouïe est-elle enveloppée , Comment pourra la bouche imiter quelque son ? Si l'une par la voix ne fut jamais frappée , L'autre ne peut tenter d'en rendre l'unisson.

Quel doux commerce , alors , a perdu son empire !

La mère désolée appelle en vain son fils

De ces noms cai^essans que la tendresse inspire ,

Il ne lui rend , hélas ! que de sinistres cris.

Son chant n'essaiera point d'endormir sa souffrance :

Comment trouverait-il un passage à son cœur ?

Elle ne j>eut des ci eux lui donner l'espérance ;

Ce regret met le comble à sa juste douleur.

Qui viendra donc , en lui , dompter l'humeur sauvage , Ses appétits grossiers , ses transports furieux ? 0 toi , qui des lions sus enchamer la rage , Attendrir les rochers , calmer les flots fougueux , Divin Orphée , \c\ , ta Ipe enchanteresse Unirait à la voix des accords impuissans : Le sourd , comme enfermé dans une forteresse , Serait inaccessible à tes sons ravissans.

Tout languit , tout se lait , pour lui . dans la nature : Les oiseaux malineux n'ont point de doux concerls , Les ruisseaux l'ugilifs d'agréable nmrmure ,

22 L'ÉDrCATlO!^.

L'harmonieux zéphyr n'anime [)oint les airs. Les hurlt'mciis dos vents , ni le bi-uit de la foudre , Ne portent dans son âme une sainte terreur. La mer mugit , la terre est prête à se dissoudre , Stupide , il n'entend point la voix d'un Dieu vengeur. Près de lui , le péril menace , gronde , éclate , Il n'est point averti d'une imminente mort ; Le salpêtre , en courroux , s'enllamme , se dilate ; Il périt sans pouvoir parer le couj) du sort.

Ainsi , contre le sourd , dans un affreux silence , Sans cesse, autour de lui , tout seml»]or<^!isi)irer. Sombre , inquiet , son œil , ciui j)eint la défiance , Vous dit qu'aucun ami ne le peut rassurer. Aussi , ni la gaîté , ni l'aimable sourire , \e vieiMient de son front dissiper les soucis, l'n chagrin soujiçomieux , en tout temps, y resjûre . If d'un ( «nir isolé révèle les emmis.

Des Sages de la (Irèce , admirable science , N'avfv.-vous pu trouvei" un remède à ses maux (Iti)'i* lii llairdtcau maïKjuait donc à votre iFUelligonce , I M :iiiii iiir ;» nos ((ruis , poui' ces |ii<'ii\ Irav.iiix ! P.'iiivir s»»iird! j>aiivi"e av<'Ugl('! csi-il iin sori plus triste r.l qui ui»i il»' uiifu\ nos soins et nos biiMilaits !

Dans K'ui uii^èrc, Ik'I.is! dit<*s, (pii l«*s assiste (17V>

r|i;uil»'. |oH|uulstoi! seule, lu |e( uUU.Us ,

En eux, de l'Homme-Dieu les membres déplorables,

Et de pilié l'enfant , smlout , émeut ton cœur.

Tu quittes tes beaux cieux : sous les traits vénérables

D'un habile mortel , d'un Prêtre du Seigneur ,

( Toujours ta voix divine a consolé la terre ) ;

Tu dis aux sourds-muets : « Ma maison est à vous ,

» Recevez-y les soins que prodigue une mère ;

«Bientôt, pour vous, naîtront, enfin, des jours plus doux. »

0 miracle d'amour , d'incroyable constance ! L'homme inspiré leur crée un langage nouveau. Le signe de l'objet , joint à sa ressemblance , Sa figure se grave aisément au cerveau. De ces signes parlans , ô puissance expressive ! Du muet , autrefois , l'impénétrable corps (18) , Comme en un mur d'airain , tenant l'âme captive , L'empêchait d'attester sa noblesse au dehors. Capable , maintenant , d'émettre sa pensée , Elle sort du silence , épanche ses désirs ; Et de sa chaîne étroite , enfin , débarrassée , Des premiers entretiens savoure les plaisirs.

Le docte maître , encor, porte plus loin son zèle :

Chose étrange! un muetvousparledelavoix(19) ;

Et les mots arrachés d'un organe rebelle ,

Excitent la surprise et la joie à la fois.

De la société recouvrant le partage ,

Il oiifichit nos ;<rts do ses progrès croissans (20) :

L EDI CATIUN.

Il écrit , grave , imprime , pcim même ; et son ouvrage Par sa perfection frappe et ravit nos sens.

Honnem' à ta mémoire , habile de l'Epée , Do!it le pieux génie est célèbre h jamais ! Des sourds-muets ton âme était tout occupée , Et des rois ton école attira les bienfaits. Jaloux de soulager ce gem-e d'infortune , Ils y font accourir des sujets studieux. Le bon nbhé leur rend sa science commune , Leur apprend les secrets d'un art ingénieux (20. Ces apolres , bientôt , chacun dans leur patrie , Ont imité son zèle , et fait chérir leurs noms. Dans les grandes cités une école établie , Du savant inveiUeur reproduit les levons.

Béni soit le mortel dont !'hund)le ministère

Se dévoue à cet art ami des maliieureux !

Qu'en lui , de jour en jour , la science prospère ,

Kt , dans ses nourrissons , ses soins religieux !

Voyez-les sous ses yeux tous laiigés en silen<'('.

— « En silence?... Eh! s.'ms<loul(', ils ne peuvent parler. »

— Vous croyez donc, ainsi, jugeant sin ra|»parence,

0«ic j.ini.iis le b.iliil iir vient les consnjer':'

Muets, ils suiil c.iiiseui's: admirons l.i n.iliiie

(.)ui sr iiiniiiK' . il.iiis Ions , avec les menu-, iiails ;

()l)SCrve/. <l«' ce s(»iii<l I t\|»re-,sive fij^Mue :

n ll'nMVe ;i ( n||is|MiH(|| <• :\\i't \«ills lllillr ;illl .ilK ;

Et quoique délaissé , méprisé , solitaire , 11 se voye , en tous lieux , le rebut des humains , Et ne puisse espérer un ami sur la ten^e , Ingénieux , il sait adoucir ses destins.

Admis à fréquenter cette admirale école ,

Y trouvant des pareils , ainsi que lui , sans voix ,

Pressé par le besoin de créer la parole ,

Il entend par les yeux , il parle par les doigts (22).

Un même sort lui rend ce commerce agréable ;

Il a des compagnons , il n'est plus malheureux.

Son signe est répondu par un signe semblable ,

Et des doux entretiens nul n'est plus désireux.

De son âge l'on voit la gaîté reparaître ,

Et du bruit qu'il peut faire il ne se doute pas ;

Mais , docile , il se calme, au seul coup-d'œil du maître ;

Et de ses aigres cris arrête les éclats.

Ce maître , avec ses sourds , fit son apprentissage (23) ,

Observa leurs regards, leurs gestes, leur humeur.

De la nature , en eux , admirant le langage (24) ,

Du signe méthodique il compiit la valeur.

Ce signe, de la chose offre aux yeux la peinture (25) ,

Et le nom propre , même , imite le sujet (26) .

Alors , comme un dessin, se trace l'écriture :

Chaque mot à l'esprit rappelle son objet.

Ce bel art , à la fois , esi donc simple et sublime ,

Et son enseignemeni fa( ilc cl inerveilleux.

Sur la |»laiuho , taiilùl , le crayon qui ranime , Joignant limage au mot , rend ses traits lumineux (27); Tantôt , le doigt du maître , en l'air , avec vitesse , Ecrit tout ce qu'il veut ajouter au tableau. L'œil subtil de l'élève , égalant son adresse , Suit la pensée , au vol , et saisit ce flambeau. Car si le sort jaloux a fermé ses oreilles , L'éclair n'est pas plus vif ni plus prompt (jue ses yeux (28) ; La parole , art divin , sans égal en merveilles , Sur la l)ouche il la lit d'un regard curieux. Ainsi brille , pour lui , le jour de l'évidence , Et rien ne reste obscur en des sens obscurcis. Alors , du sourd-muet , s'ouvre l'intelligence (29), S'éclaire la raison ; ses droits sont reconcpiis. Ne le flattons point trop : jamais de Polynmie Il ne peut espérer les divines faveurs. L'ouïe absente , adieu , cliarme de l'iiaiinonie , Connue sans l'odorat, adieu , parfum des fleurs! Mais, sans être oialeur , nmsicien , poète , Le souid-nmet , instruit , peut couU'r d'heureux jours. Que <le biens loin (les(piels l'âme vit satisfaiU; , El qu'un Dieu sag<' a dû soustraire à nos amours ! l'niii le sourd finira des sons la ti'istc absence , (hi.iiid , d<îs icrrestns bords, ^iI^llci('ll\ dt'seils , Son âme lia df Dieu (•(►ntempler la puissance. Va diiiimmbrable', ( bd'urs enliMïdra h's concerts.

IV'ii- qiieK lili("^ s.Kii's r.ivcii^lc m iiileicsse

Il ne verra , jamais , ce radieux soleil. S'endormant dans la nuit, la nuit, d'une ombre épaisse, Couvre encor sa paupière , à son triste réveil. En vain , chaque matin , la diligente aurore Peint de mille couleurs le ciel et nos coteaux ; En vain des feux du jour la terre se décore , Se plaît à nous offrir de suaves tableaux ; Sans cesse , dans les cieux , variant ses miracles , La lumière ravit , console les mortels ; L'aveugle, hélas ! privé du plus beau des spectacles, N'a rien pour adoucir ses regrets éternels. Enfant , il n'apprit point à répondre au sourire , Ni de ceux de son âge à partager les jeux. Des regards maternels l'irrésistible empire N'échauffa point, en lui, des germes précieux ; Et , plus que le muet , indocile , sauvage , Objet hideux à voir , sans pitié rebuté , De tout temps , il subit un plus dur esclavage , Ne pouvant , comme lui , courir en liberté.

Prends courage , pourtant : ton exil sur la terre , Pauvre aveugle , n'est point sans espoir de secours. Enfin , l'on a tenté d'alléger sa misère : Un maître industrieux change ses mauvais jours ; Dans la nuit ténébreuse , il éclaire son âme , Lui fait de la science entrevoir les rayons , Sait , même . l'embraser de sa divine flamme ; Et des arls , des verliis , lui transmel les leçons.

L'aveugle , par l'ouïe , admet bien plus d'idées C)ue n'en peut recueillir le muet par les yeux. Entendre est plus que voir pour former les pensées (30^ , Et saisir des objets tous les rapports entre eux. L'aveugle peut de tous comprendre le langage ; Pour le muet , il ftiut étudier le sien. L'un avide , aux discours ouvre un libre passage ; L'autre peut rarement lier un entretien. Du premier on peut faire un artiste, un grand honune; Le second ne sera qu'un liabile artisan. Homère était aveugle: en Grèce ainsi (pi'à Home (31) , Apollon, [>our j)lusieurs , fut un Dieu complaisant. Chez nous , Euterpe , aux uns enseigna l'harmonie , Alix antres, Calliope inspira de beaux vers. Ceux-là vivent heureux des faveurs d'Uranie , Leur calcul , leur comi)as, mesurent l'univers. Même la pauvre fille , avengle de naissance (32) , Aux travaux de IMiiierve (obtient d'heui'eux succès. Avec idu .'lidc , o ciel , le travail , la conslance , Sont , pour tous les malheurs, des remèdes paifails.

DèsTan* icn temps, l'aveugle eut, en France, iiijasih'(33);

I II sainl loi le jniida pour ses pienx compagnons;

Mais son eiiseignomoni , (i'iivi<» si dillicile ,

J)e noire i<»i in.nl\r leçnl l«'s piMMiiiers dons.

Des aveugles , alor^ , on («ligea l'école (3i) :

pour orner leur esprii on lit d'Iienrenx essais.

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