‹ L'éducationChapitre 20 sur 47 · I. "orgueil , |<> d(''S('spoir, dans leiu' affreux chaos · texte numérisé non relu

I. "orgueil , |<> d(''S('spoir, dans leiu' affreux chaos

Kleign< ni l:i raison ; cl < elle (m lipsc «(bscuic

De l'cspiii «'gar»' Uonqn' les vains clioils:

Des |»laisirs mensongers, par leur ivress<* ini|uii*e.

Kn onl bamii N> vrai . li-ouliN'* t<»us l<'s ressorte.

Souvent II' '^:IM;4 bouillonne; une lièvre brûlante

Agile rinsens('> d'une «''Iran^e Inreiii

Il ne coiinaîL plus rien , un démon le tourmente ; Tremblez : il vous tuerait dans sa féroce erreur. De ce terrible mal nous signalons l'atteinte Dans rélève indompté qui , rejetant tous freins , Abjurant de Dieu même et l'amour et la crainte , Au maître patient cause d'amers chagrins.

Que de mortels , ainsi , traînent leur triste vie , Chez qui , parfois , rayonne un précieux talent ! La raison lutte en eux , repousse la folie : Vient-elle à succomber? alors, s'ouvre un volcan.

L'insensé furieux , autrefois , dans les chaînes , Et dans un antre infect, rugissait, délaissé. Jamais il n'entendait que des voix inhumaines : Le malheur, le bon sens, tout était offensé. Douce philantropie , honneur à tes lumières (6) ! La charité t'inspire, et préside à tes soins. Du malade empressée à calmer les misères , Tu lui donnes la paix , le premier des besoins. L'air pur d'un beau séjour, des fleurs, de la verdure. Des visages sereins , des cœurs compatissans , Le travail , un régime appris de la nature , Ont apaisé , déjà , le trouble de ses sens.

Mais cet ordre divin qu'ignora sa jeunesse , Sera , pour le guéiii", le plus puissant secours. L'âme seule est malade : ;i son âme s'adresse

L'acccMii (jni la soulage et l'adoucit toujours.

Une chapelle , encore , est donc ici l'asile ,

Où iiaile aux cœurs troublés l'Esprit consolateur.

La sainteté du lieu rend l'insensé docile ;

Le ministre . l'autel , l'encens , un chant llatleur.

Le pénètrent . hienlôl , d'une joie inconnue :

Une aurore succède ii sa profonde nuit ;

Un bien-être nouveau dans l'âme s'insinue ,

C'est l'aimable raison dont lo llambeau reluit.

Le principe divin du mal détruit la trace ,

L'ordre parle : l'oreille a recueilli ses lois ;

Et l'éducation , par les dons de la grâce ,

A repris son empire , et recouipiis ses droits.

La jeunesse l'éprouve en tout état de vie ,

Au sein de ro[)ulencc ou de la pauvreté ,

Par les coups du malheur" quand elle est poursuivie ,

ComiiK' au (aîle éclatant de la prospérité.

Ail (li\iii , exposons ta pins jj^rande nirivt'illr. Va , de si tiistes lieux , entrons dans les palais. Ainsi . (In sein des nuits, phispme, plus vermeille , l.a liimière se nionlic ;i nos veux satisfaits. {Ju*- Il lin lie mcschants, ÎMn^e. en soit la couroime ! Viens laniiner ma voix : dis-moi , (piels dons des cicux Doit un savant nii«il.i . ii l'iK-iitici- du ti'(\ne . Traiisiiu'lfi <• .i\.( lin soin tendre <•! relif^'icnx.

I)i- I edin .iiimi . Il i|iii II)' l'v.t riiilliieiK e

Sur les enfans des rois , qui des peuples , un jour, Régleront les destins , le rang et la puissance , Devront , par des bienfaits , mériter leur amour î

Un monarque , du peuple et l'arbitre et le père ,

Est toujours si jaloux de revivre en son fils !

De sages conseillers font un règne prospère :

Le plus digne Mentor sera donc seul admis.

Éprouvé dans ses mœurs , autant qu'en sa doctrine ,

Egal , par sa grande ame , à son emploi sacré ,

Qu'il unisse au savoir une bonté divine ,

Et des devoirs des rois ait l'esprit pénétré !

De leurs faits les plus beaux que nous offre l'histoire ,

Qu'il s'applique à nourrir leur auguste héritier.

L'enflamme du désir de la solide gloire ,

Pour ceindre, un jour, son front d'un immortel laurier.

Loin d'être courtisan , c'est un guide sincère : Aux yeux du jeune prince , ornant de mille appas L'austère vérité , seule elle sait lui plaire : Vers son bel avenir c'est là le premier pas. Des vives passions les fréquentes atteintes , Comme des traits sans force , expirent dans son sein ; Du juste il sent déjà les salutaires craintes , Et de l'autorité connaît l'unique fin.

Peut-elle d'un Mentor la sage discipline Du Prince garantir les publiques verdis?

Est-ce , loin des témoins , qu'une illustre doctrine

Fournit les plus beaux fruits de ses soins assidus?

L'enfant né dans la pourpre , au sein de la mollesse ,

Où pourrail-il puiser cette mâle vigueur,

Celle émulation <pi'il faut à sa jeunesse,

Dans les rudes travaux que lui prescrit l'honneur?

Celui qu'espère , un jour, i)Our soutien , la patrie ,

Croîlra-t-il i^qioré de ses autres enfaiLs ?

De l'amour de la gloire , nu milieu d'eux nourrie ,

Son âme en doit offrir des exemples frappans.

De l'ardeur qu'il lient d'eux . ô connue il les embrase

Dès qu'aux nobles désirs il ouvre ses esprits !

Qu'il vieime donc s'asseoir sur les bancs du Civumase ,

V tlispute la palme , y rcuqjorle des prix !

Que , niellant à profit les leçons de l'histoire , f)n ]r voie imiler laul déjeunes héros, Oui . Itrùl.iiil «rrmiolilii- leiii- nom par la victoire , Aimaient à se mèlrr i» de dignes rivaux. ÏMiis(priI l'cmpditi r;i jun- le r.jug , la puissance, Que son âme l'emporle en venus, en grandriii! \«' l»rillrra-l-il ()as , aussi , par la science. Quand il en dnji , un jnnr, èiio le pi«>tr<l('ur ?

Le Mrntoi inoiiiir. aJms , si prud<'nte saj^esse . S'il pcMl bien i^Muxcin» r « «• ««mr crii'iNfsc »nl , C.'ilnwT te nnlijc nr;^M<il <|n«' . (I«j:i , l'ttn i .irc^sr . I .'lire un lioninK- :m < nnipli d ini |)Imi)' :iii<)lr^( rnl.

De lui le peuple attend un avenir prospère : Cher à ses compagnons , il aura leur appui. 11 vécut avec eux dans un âge sincère ; Il n'appellera donc qu'amis sûrs près de lui , Et n'oubliera , jajnais , que la gloire des princes Est de savoir régner sur des peuples heureux.

Bientôt , astre nouveau , visitant les provinces , Il va les réjouir par son front gracieux. Des soldats partageant les dangers , la fatigue , Comme il excitera leur belliqueuse ardeur ! Quel regard vif et sûr ! nul accès pour l'intrigue : Qu'il sait bien distinguer l'homme vrai du llatteur ! Prenant des plus grands rois la bonté pour modèle , Il vient se reposer sous le chaume indigent. Pour porter sur le trône une âme paternelle , Il exerce , déjà , son zèle bienfaisant.

Qu'il connaisse l'hospice où gémit la souffrance ,

L'asile du malheur, et l'affreuse prison ,

Le collège où l'on forme , où l'on instruit l'enfance ,

L'école des bcaux-arls que chérit Apollon.

Que dans ces lieux , d'un prince il parle le langage ,

Observe d'un coup-d'œil , se souvienne de tout ,

Et laisse , en s'éloignant , quelque généreux gage

Qui prouve son grand cœur, autant que son bon goût.

Aimable Piélé , (|uo le peuple contemple

.304 i; ÉDUCATION.

Ton image en ses mœurs ! modèle des vertus , Celui (jiii doit régner, de ses vœux doil , au temple , Offrir, pour son pays , les fidèles (ribuls. Juste et religieux , vaillant , sensible et ferme , Digne de succéder à d'illustres aïeux , Puisse le Ciel propice assurer un long terme A des jours qui seront si chers à nos neveux !

Je sens tout ce qui manque à celte faible esquisse De la plus belle part de mon riche sujel. Que d'un sage Prélat le beau plan s'accomplisse (7) , Et j'imj>ose. silence à mon zèle indiscret.

\ ers ton illustre enceinte , ô Reine des écoles , One l'héritier du trône aime à porter ses pas! OiM'l ;mi(mr, quelle ardeur, ses regards, ses paroles, Aux élèves charmés n'inspireronl-ils pas? De son règne ils scronl l'instrument cl la gl«>ire : Il comiaît donc le prix de leurs doctes travaux. Il veut en être iiisiniil , en orner sa mémoire : S'en bien servir, voilii le seciel des héros.

h 'iii nailia sa grandeur? d(^s fruits de ieiu" génie, r.ir <l»s digues, dts qn.iis , des pdiils majestueux, (hi l'clt^aiiec il l'.iij scia toujours unie. I.es uhs s.iiiiniil i|iiinpl<|- un IIiminc inipi'liieux ; Au <<)ninier<'e m \igU(ur nuvrir <le larges routes , Imi ( onibl.iiil les N.'illoiis . .ili:iiss:int les coteauN .

Dans les rocs montueux creuser de vastes voûtes , Canaux hospitaliers si chers aux matelots , Pour faire circuler l'abondance et la vie ; Bâtir dans les cités leurs plus beaux ornemens (8) , Des portiques à Mars , Cérès , Mercure , Hygie (9) ; Des palais à Thémis , de pieux monumens A l'enfance , au malheur, au Dieu de la nature , Où l'on admirera les chefs-d'œuvre des arts Qui viendront embellir leur noble architecture.

D'autres à leur pays construiront des remparts , Ils l'environneront d'invincibles barrières , Sauront armer, guider ses vaillans défenseurs , De bronzes menaçans hérisser ses frontières , Et les mettre à couvert d'injustes agresseurs ; De ses fiers ennemis assiéger les murailles , Et , contre leur fureur, asseoir, munir des camps ; Par des plans assurer le succès des batailles , Dont l'art décide mieux que d'innombrables rangs ; Vous construire en nos ports , citadelles flottantes , Pour proléger nos di'oits sur l'empire des mers ; Etendre des savans les conquêtes brillantes , Porter l'honneur français au bout de l'univers.

D'autres , encore , instruits dans l'art télégraphique , Qui , chez vous , prit naissance , ô peuple cénomaii (10) î A l'aide de signaux , étincelle électrique , Transmettront la pensée , mu loin , dans un monienl. Il 20

•iOG LÉDl CATION.

Ceux-ci , (le Montgolfier successeurs intrépides ^1 1) » Enfin vainqueurs il'Éole et do ses vents fougueux , En feront les coursiers de leurs vaisseaux rapides. Et laisseront un nom vanté chez nos neveux.

Quelques-uns de Franklin suivant la noble trace. Élèvent sur nos toits , font courir un long fer ; Du tonnerre (jui gronde ils bravent la menace , De ses traits dévorans désai*ment Jupiter. Mortel , de ta science en admirant l'empire , Ah .'d'un si grand bienfait crains det'enorgueillir : Si la foudre à tes pieds en rugissant expire , Du ciel ce feu vengeui* sait aussi te punir.

Ilrmcux, |>ai -dessus tous, ceux dont le beau génie ri.iii;iiii ;iiix légions de ces astres brillans. Se livie , avec .iidcni-, an culte dTranie Qui seconda Icinl ail de merveilleux présens. Des tubes plus jiarlails, et leui's glaces magi(]ues, I-f'in- orU fait (h'couvrir des milliers de soleils (12). Dr (cs mondes s;ms (in s|iectacles magnifiques , Vons enchantez nos \eiix <le plaisii's sims pareils!

Quelle jil.ifK lir clarl»' î (pidle vive lumière iti'liand lin jour si pur dans les |iliiss(»mbres lieux! In iKiiivcin Ti «inhllM'c ;inime-l-il la terre Dune fiainmr ia\ie .ni -scin niriiie des cicux? Homme des ( li.nnps , \ i»ns \uii ( riic lainp»^ nouvelle ,

Oui, sans huile, sans mèche , éblouit nos regards : Tes sorciers ont-ils fait jamais chose si belle ? ^ a , désabuse-toi , les sorciers sont les arts. O prodige étonnant ! une vapeur impure S'allume , tout-à-coup , et dissipe la nuit. Tel le nuage épais de rigsîorance obscure S'électrise , et , soudain , la science reluit. Ceux-là fouillant du sol les entrailles profondes , Iront , loin du soleil , affronter mille morts , Ou le gaz foudroyant , ou la fureur des ondes , Et de ces sombres lieux arracher les trésors. Savans , vous avez fait d'immortelles conquêtes D'élémens inconnus , de nombreux minéraux ; Et les ains enrichis ont couronné vos tètes De paisibles lauriers , prix d'immenses travaux. Les œuMes des beaux-arts, sont dus à votre audace, Tous leurs matéiiaux , leurs puissans instrumens. De tant d'énormes poids qui transporte la masse , Et quel esprit agit dans ces grands mouvemens ?

Du sein de la nature une force féconde

S'est révélée à l'homme , et remplace ses bras.

Delà chaudière ardente, où l'eau bouillonne et gronde (1 3),

S'élève une vapeur qu'on ne dompterait pas ;

Et sa prison de fer, par son effort immense ,

Volerait en éclats , avec un bruil affreux ,

Si l'on n'avait appris à régler sa puissance :

L'art sait en obtenir les dons les plus heureux.

La vapeur prête une âme à ces belles macliines Oui semblent se mouvoir de leur seul mouvement ; Et ne dirail-on pas que , par des mains divines , Est poussé ce vaisseau sur le vaste élément ? De l'atjuilon fougueux il surmonte la rage , Par un calme profond no peut êlre enchaîné : Connue un oiseau rapide il traverse l'orage , Et par le flot contraire il n'est plus entraîné.

Oue vois-je? ces chemins (jua frayés le génie.

De quelle main puissante il les arme de fer !

Avec quel art la voie en est-elle aplanie ,

Pour y faire courir, aussi prompts que l'éclair (14),

Ces vingt chars joints enlî-eeux! quelle innnense voiturel

Poursuive/, vos tiavaux , savans industrieux ; D'un pi-incipe fécond en forces sans mesure , Quels progns voiii snigii' cl sui'pi'endre nos yeux ! Eh ! <jii(l |>liis hc.iii |»i(''s(Mil (|ii(' d'alloiigci' la vie ! Le temps en est l'étolfc . .1 dii Ir l»<ni l'iankliu ; Or, de l'éli'oil espace où l;i liciil .isscrvic L'inexoFvible arrêt du iigoui«'UX destin , En ni(''na;.,M>ant le temps, on ('>lend la limite. Combien on le dissipe en Nova^'cs trop lents! Par les chrmiiis de Irr (|ii(Hc pcilc on <''\itt' ! On'<»n s'é|»argn<' (le IV.iis ci dCiMiiiis acrablans ! Le r<(iMin<l< r , |:i ^nenr , et jepuu\(iii i|ni vcilIc A la sécurité d'un si \;is|r pa\s.

Si la course d'un jour joint Paris et Marseille ,

Quel beau champ de succès n'auront-ils pas conquis !

Dans le foyer natal languit l'intelligence :

Voir au loin l'électrise , avance ses progrès.

Le vol de l'aigle sied à la nouvelle France ;

A grands pas tout franchir, pour elle a mille attraits.

Quel géant aux cent bras , de ces mordantes scies ,

Fait mouvoir, si rapide , un long rang à la fois ,

Et d'égale épaisseur, en feuilles amincies ,

Débite , si polis , et le marbre et le bois (15) ?

Le premier de nos arts , l'antique agriculture ,

Pour creuser ses sillons trouve un puissant moteur (16).

Il pourra décupler les dons de la nature ,

En épargnant ta peine , heureux cultivateur !

Tant de vagues terrains attristent notre vue !

Qu'il faudrait de sueurs pour les fertiliser !

Ornez donc , maintenant , cette terre si nue ;

La force est dans vos mains , vous saurez en user.

Le génie en travail enfante à la patrie (17)

Mille nouveaux agens de sa prospérité.

Savans , créez toujours ; secondez l'industrie ;

Il n'est point trop de bras pour son activité.

Le cours de ses produits , partout , s'étend sans cesse ;

Mais l'aisance et la mode en couvrent bien les frais.

Aux champs , comme aux cités , circule la richesse ;

Tous les fruits du travail ont des échanges prêts.

L EDUCATIUN.

Quel prodige nouveau de la force incessante , Dans la France onl créé d'ingénieuses mains ! Des entrailles du sol une onde jaillissante Soudain vient étonner les regai'ds des humains. Pendant l'été brûlant , les villes altérées Languissaient ; l'incendie éclatait sans secours. Aujourd'hui , quels bienfaits ces eaux si désirées Répandent en ces lieux embellis par leur cours Qui, le joiu* et la nuit , les |mrge d'inunondices ! O ((tnnne on y i-espii-e une d<>u( c IVaicheur ! D'un air contagiinix on corrige les vices , Et l'heureux citadin a vanté son IxMiheur. De la colonne humide estimani la puissance . Infalii;able bras, elle va lui servir A mouvoir l'instrument, qu'avec tant île constance, ïl prépare à son art , et <]ui d(Mt l'eiuMchir. I/iii('*sislibIe sonde , aux mains de l'industrie , Kxpl(»i<' , «Mi les Ini.Mil . dcs Icnalns incomms : I, aniomt ii\ géologue il l'oîuvre se marie , i'diM' jonii (les ii/'^oiN (pril \ s.iii ((tnicnus.

() savant î gard«'/.-\«in> de «riir rrrrnr grossière Oui ( roit ces biens enlans d ini avengic li.isanl : Iji It'iii temps ils sont nés d<' la < anse pirmierc ; Oliarpir sièele |)roduil <\ nicrvcillr . ^t>\\ ail. I.i ii.iliMr morale :i sa naissanl<' aniore. Kt sc»s brillaris -ojeils . t-i ses obscures nuit-' : Son fonds , pum nos neMti\ , iix-puisablr encoie . ï'.'ii eux , en jrm s;ns(»n . jioi leia danti t's h nil>.

Mais d'études sans fin il faut que la science Seconde le travail en tant d'efforts divers. A ces jeunes savans , suprême Intelligence , Révèle la nature ; et que leurs cœurs ouverts A ton divin amour , alors puissent comprendre Tout ce que ta bonté créa pour les mortels ! Quand leur esprit est mû d'une piété tendre (18); , Que de clartés il puise aux pieds de tes autels !

Homme , s'il t'est donné d'enfanter des merveilles , Dieu déchu , ton néant paraît dans ta grandeur. Que de fois elles ont afïligé nos oreilles Par un indigne usage , ou quelque affreux malheur ! Trop souvent ton destin , ta perverse nature , Môle à leurs biens si doux un déluge de maux.

Cet art , d'une lumière aussi vive que pure , Féc'onde les esprits , illustre leurs travaux ; Mais il sème , partout , l'eireur, la calomnie , Par d'infâmes écrits , nuages orageux , Où gronde incessamment la discorde ennemie. Un peuple travailleur-, de souterrains fangeux Extrait ces beaux métaux , ornemens de nos villes : Un torrent qui jaillit engloutit les mineurs.

Nous voyons tous les arts , et les œuvres utiles ,

Nous vendre chèrement leurs bienfaits, leurs honneurs.

La vapeur qui mugit vous emporte sur l'onde ;

312 LÉDICATION.

Vous aimez à voii- fuir hords el liaiis coteaux. La chaudière bouillante éclate , brise , inonde ; Vous êtes dévoré par ses brûlantes eaux.

IvTe de joie , et fier de sa locomotive , Sur terre , un j)eui>lc vole , et comme un trait fend l'air ; L'autre file de chais en sens contraire arrive : Choc affreux ! de mouians le chemin est couvert. L'or^'ueil qui i>erdit l'homme, et cause sa misère, L'enivrerait , encor, de succès ti'op heureux. Entrevoir le bonheur, dans l'exil , sur la terre , Hélas ! est le seul but accessible à nos vœux î

Avant de prendre un rang pour servir la patrie (19) , Jeunes gens , voyagez. Quand le divin Mentor Guidait le fils d'Ulysse hors d'une île chérie, C'élail j)our l'emichir du plus rare trésor; Et (pi'en chei( iiaiil sou père au loin , sur maint rivage. L'épreuve des périls , et l'élude des mœurs , Chez cent peujdes divers, formassent son jeune âge A l'ait de gouverm r, de régner sur les cn'iirs. Ils errèifiil , an loin , ces Sages d(^ la Grèce, Oui rcviiii'eiit chanlaMl cl les jdis cl les dieux ; Aux 1m mis du Nil , surtout, ilspuisaienl la sagesse, OiM'dt'Nail mieux connaîlrc un peu|(lr indu^Iiimx.

Les voyaj<(N loinl.iins nonrrisscnl le ^M'iiie : il languit dans le calni*- rt runilormil)'-

CHANT ONZIÈME. 3t3

Tu vécus voyageur, chantre de ]^Iéonie ! C'est pour avoir tout vu qu'il a tout imité. Immortels écrivains , Xénophon , Thucydide , Pourquoi dévorons-nous vos sublimes récits ? Vous guidiez vos soldats d'une marche intrépide ; Quels droits vous avez donc de charmer nos esprits ! S'il n'a changé, de ciel , celui qui veut écrire , De son froid cabinet ne peut que nous glacer. Comment, brillant Phébus , pourrais-tu lui sourire , Lorsqu'il fuit tes rayons qui semblent l'offenser?

Artistes , voulez-vous imiter la nature Par vos vers , vos pinceaux , vos sons harmonieux ? Visitez des pays où sa riche parure Agrandisse votre âme en ravissant vos yeux. De vos arts , avec soin , consultez les modèles ; Qui peut vous les offrir? les célèbres cités. Sachez , imitateurs , aux grands maîtres , fidèles , Des préceptes du beau saisir les vérités. Des savans brûlez-vous de partager la gloire ? Les livres et l'étude , et d'assidus travaux , Ne vous peuvent , encore , assurer la victoire ; Et si vous ne courez et par monts et par vaux , Explorant tous les lieux d'un zèle infatigable , Vous grossirez la foule , et vivrez sans hoimeurs.

Le lever de l'aurore est l'heure délectable

Où vous pouvez du ciel espérer les faveurs (20).

Les Muses, au matin , visitent leurs letraitcs ,

^\\ I.'ÉDT'CATION.

Les fonliiines , les bois , et le sacré vallon ; L'esprit est fécondé pai' des clartés secrètes , El reçoit , plus heureux , les présens d'Ap(^llon. Nul obstacle imprévu n'entrave sa pensée , Aucun nuage , alors , ne la vient obscurcir. Par des soins iin|K)rtuns l'ànie tyrannisée , Pout-ollo , en d'autre instant . méditer à loisir?

Le poète qui luit le fracas de la ville ,

Où mille cris confus viennent troubler ses sens ,

Prenant , pour compajj^nons , Théocrite et \ irgile ,

\'a , dans les champs qu'il aime , essayer ses accens.

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