L:i , quels riches tableaux réveillent son ch'Iiie
De son cœiu" attendri rien n'arrête l'essor.
Il s'écrie ; « O m;Uin , (pic ton charme m'ins[>ii-e ! »
Et puis il s'abandoime à son divin tianspoii ;
Aux accords de sa lyre Echo semble se plaire ;
Ecoule/ (juel sujet vont célébrei- ses chants :
«< 0 loi . sni- ces < ote.nix , par (pii Cérès jH'ospère ,
» Douce lran(piillil('' , féconde-les lonf(-tenq»s.
" Dites , chantier divins , les cnndials , la vietoiie .
» Moi , je jir/'ft'-rer.ii l(>uj(tni's d'autres sin ces.
» Le In'ids . ;i mes veux , le plus di^'iie de ^doire ,
i> Est lin pifiix Niiiii.i qui j-iii ii'^nei- l;i paix. »>
l.oisqiic icn.ii'i p(iiii- iiuiis j.i lumière plus pure ,
Mue riininide lo^cc :i r.ininie les (lenis ;
<Jii;iiid le ( lel plus siir-in . plus ne||e l.'t verdure ,
Reprenneiil , à l'envi , leurs suaves couleurs ,
Le peintre , dont l'école est un lointain voyage ,
Des transparentes eaux gagne les bords rians.
Son pinceau , sur la toile , anime un paysage
Où seront toujours frais prés , bois , vallons charmans.
En visitant les monts de Suisse ou d'Italie ,
Actif, infatigable , il devance le jour ,
Pour saisir d'une main que guide le génie ,
Cette scène qui s'ouvre au céleste séjour ;
Et d'un art enchanteur attestant la puissance ,
Son tableau reproduit des sites merveilleux ,
Quelque antique ruine , un horizon immense ,
Qui semble , aux yeux ravis , se fondre avec les cieux.
Et vous , qui cultivez la divine harmonie , Vous . (ju'irritent les cris discordans des cités , Aux chaimes du mathi la paix des champs unie De vos coeurs fait soitir ces chefs-d'œuvre vantés. Mais en vain prêtez-vous une oreille attentive Aux airs mélodieux du chantre du printemps ; De ses traits cadencés la nuance expressive Surpassera toujours vos accords imi)uissaris. Pourtant , avec succès écoutant la nature , Vous puisez dans son sein de sublimes leçons (21). L'onde , avec le zéphyr, mélanl un dcnix murmure, \'ous montre à maiiei-, à mo(lul<'i' vos tons. L<' lounorre qui gronde , et menace nos tètes , Vous dit comme on fail naître une sainte terreur ;
.116 L'KDir.ATION.
El ijiii mieux nuo la voix des veiils et des tempêtes Vous apprenti à produire une secrète horreur?
Quelle troupe voyage au loin dans la campagne ?
De plantes elle veut faire un ri( lie butin ;
Avide , elle s'élance au liaul de la montagne ;
Flore invite à chercher la fraîcheur du matin.
Un savant les conduit , on l'écoute on silence.
Lui . du lanieau lleui i , <ju'il tient entre ses doigts (22)
Démontrant la merveille, orne, avec com})laisance ,
Leur esprit attentif, et leur cœur à la fois.
Ati groupe studieux (pii le suit dès l'aurore ,
Expli(iuant la nature, admirant son auteur ,
Il est son interprète , en son œuvre l'honore ,
Et dans la fleur des champs célèbre sa grandeur.
Lieux r haiinans , (pii parez les rives de la Seine ,
Lieux . où Flore se jdaît à jH'odiguer ses dons ,
Happele/.-moi , souveni , le docle DesfoiUaine ,
Nos conises du malin , se^ aimables hvons.
Dr Iniiic ('•((lie , aiiisi , le Irnil n'est pi-olilable , nii'rii vovageani , aide dn seconisdcs Nenl-Sd-urs. 'I i<'ii(|i(/,-v(>ns de TlM'inis le glaive redoulable? AlUv. «lie/ iMis voisins . nbserve/.-y I(N mo'urs ; Pénétre/ de leurs lois le torlueux (b'dale ; Saisisse/, riiemenx (il d'nii |trin(ipe cerlain ; Puis , forts dime i.iis(.ii . de Monli'scpiien rivale , Des cilf>vcns venez pn-sider an destin.
Sentez-vous , en votre âme , une valeur fougueuse ? Voulez-vous des combats affronter les hasards ? Voyagez pour nourrir cette ardeur belliqueuse, Endurcir votre corps aux fatigues de Mars.
De gain plus que de gloire avez-vous l'âme avide ? Plutus a-t-il pour vous un invincible attrait ? De Mercure empruntez , d'abord , l'aile rapide ; Le voyage au commerce offre un grand intérêt : Il en est l'aliment , le lien nécessaire , Fait observer son cours , et connaître ses lois. Votre esprit se mûrit , cet examen l'éclairé : 11 voit mieux quels desseins devront fixer son choix.
Comment vf>us affranchir des routines locales ,
Vous qui vous destinez au culte de Cérès ,
Si vous n'allez , au loin , des méthodes rurales
Apprendre , comparer les modernes progrès ?
Et vous , nombreux enfans des arts chers au vulgaire ,
Pourrez-vous deviner leurs secrets précieux ,
Si des cités, bientôt, vous n'habitez la mère ,
Où vos habiles mains s'instruiront par vos yeux ?
Pour vous , enfans gâtés de l'aveugle fortune , Qui coulerez vos jours au sein des doux loisirs , Pour chasser des ennuis la cohorte importune , Voyageurs curieux , variez vos plaisirs. Si Phébus vous dol;i du ^ont de la science ,
Des ruines d'Alhèiie allez juscju'à ÎSleinphis. ('oiirez à ces sainls lieux , témoins de la vaillance De nos pieux héros quont iniilé leurs fils ; Et (juand vous reviendrez dans la douce patrie , Votie esprit , enrichi d'un hutin glorieux , Saura , dans vos foyers , féconder l'industrie , Kt vos illustres noms iront frapper les cieux.
FIN ni ONZItMK rUANT.
(1) Un utile travail change leur existence ;
Autrefois, les pauvres prisonniers étaient, avant de subir la peine de leur crime, livrés à toutes les tortures morales qui l'accompagnent, dont la plus terrible , pour l'àme coupable , est l'inaction qui la laisse en proie à toutes les horreiirs du remords , au tableau sans cesse renaissant du forfait commis , et du chùtiment inévitable. Quand la peine était temporaire, pendant toute sa durée, ces malheureux, presque abandonnés à eux-mêmes, et croupissant dans leur perversité , étaient rendus à la société plus méchans par la pensée habituelle du mal, et nécessairement plus nuisibles, par l'oubli de toute industrie. Combien avaient été entraînés à mal faire par l'absence de toute instruction! Rendredesètres aussi dégradés au.\ habitudes de la saine raison , n'est-ce pas un vrai miracle opéré par une ingénieuse charité ? L'instruction religieuse , et le travail qu'elle rend facile et doux , amènri.t , avec du temps et de la patience, un merveilleux changement dans les cœurs les plus dépravés. Quand on pense que, sur deux cents habitans de notre beau territoire, il y en a un traduit en justic' chaque année , et un condamné sur deux cent quarante , avec quel zèle ne doit-on pas employer le seul remède à ces vengeances , à ces jalousies , à cette brutale elTervescence, à ce! te soif du gain, et à la misère, qui causeni de si grands désordres ? En peut-il être un autre que l'éducation chrétienne, qui donne des principes solides, adoucit les mœurs, distrait des mauvais penchans par une occupation qui fournil des moyens de subsistance ? N'est-il pas évident que plus elle fera de progrès , plus on verra diminuer le nombre de ces malfaiteurs qui, à chaque trimestre, garnissent les bancs des cours d'assises ?
Ne désespérons point de faire aimer la vertu à ceux qui ne l'ont jamais connue, ou qui ont eu le malheur de quitter sa voie. L'invention des prisons pénitentiaires est donc un grand bienfait pour l'humanité déchue. On en cite plusieurs dont l'organisation est admirable. Les ateliers , où le travail et le silence opèrent une si étonnante métamorphose, offrent assurément un spectacle bien digne de l'observateur philanthrope qui se livre aux consolantes espérances d'une régénération sociale, progressant avec l'éducation religieuse.
2^ Leur hideux examen vient souvent nous l'apprendre.
Les causos criminrlles fournissent trop souvent , par leurs liorribles détails, au ministère public et aux défenseurs, roccasion de frapper Taudiloire nombreux qui afflue ù ces séances , d'une vérité que l'on ne saurait a?sei faire entendre, c'i^st que tous les crimes ont leur source dans l'absence des sentiroens religieux occasionée par l'ignorance ou la corruption. C'est à l'éloquence de la justice, qui est un sacerdoce, de signaler celte plaie gangreneuse de l'ordre social. Les plaidoiries et l'application de la peine ne font qu'alimenter la curiosité d'un public avide de récits atroces; il est nécessaire de le remuer fortement par un retour sur lui-même, et par des impressions salutaires qu'il ne reçoit souvent pas ailleurs, fréquentant peu les temples, dont les instructions parviennent rarement aux oreilles de ceux qui en ont le plus grand besoin. C'est à l'éloquence judiciaire à remplir son devoir le plus saint, et à cautériser, ou au moins à réduire, par des allocutions brûlantes, une plaie qui s'étend chaque jour davantage.
[ôj Faut-il qu'il meure ".* EU bien', mettons sonàme en paix.
On agite, quelquefois, la (luestion de l'abolition de la peine de mort. Il serait téméraire à nous d'émettre une opinion. Les Anciens y substituaient l'exil. Cliei nous , le jury écartant les circonstances aggravantes, la remplace souvent par les travaux forcés. Cette peine est peut-être plus effrayante pour le crime que l;i mort même , et laisse encore le moyen de réparer une erreur ou une injustice. Il n'y a guère de doute que les scélérats les plus fameux n'eussent préféré, s'ils en eussent eu le choix, la mort sur l'échafaud qui est leur dernier coup de théiUrc, à un nombre indéfini de jours passés aux galères. Quand la crainte des plus horribles supplices n'a pu arrêter les fanatiques assassins des roi», peut-on croire que 1.1 mort M-ule puisse en diminuer le nombre ? ne voit on pas que ces hért>s du crime trouvent dans la curiosité qu'excite leur rôle extraordinaire d'intrépidité , le dédommagement d'une mort qu'ils regardent , la plupart , comme la fin de tout. Autant leur orgueil , qui est la source de leur scélératesse , aime !i se repaître d'une mort qui leur assun* la célébrité , autant ce même orgueil rtrulrrait devant la pensêf d'une longue it ignominieuse soulTranrr. La peinr de mort pi'ut donc être coiisidirce comme une plus faible guranlie pour la société, qu'une vie dr MiulTr.ince et d'opprobre , qui, par une conversion à la |)énitcnre, peut au moins amener une bonne mort.
'V: Im>I<- . le travail l'enfante à la veilii.
llr»t BfTrrut de croire que , por les prnrédén appropries de l'éducation, l'un ne puisse pss ramener l'homme du mct ."i I.i vei1u. Le vire qui enfante
le crime est une maladie do l'àme que l'on peut quelquefois guérir, comme relies du corps. C'est donc une belle pensée que le régime pénitentiaire , dont on a éprouvé les effets salutaires dans les prisons américaines, qui commencent à être imitées en Europe. « L'amélioration de ce régime est une grave question, surtout à une époque où tant de causes diverses concourent à reulliplier parmi nous le nombre des malfaiteurs. Les meilleurs esprits qui s'en sont occupés, n'ont vu qu'un seul moyen de rendre les prisonniers meilleurs , c'est le travail dans l'isolement. Tant que les prisonniers peuvent communiquer, ils mettent en commun, pour ainsi dire, les divers genres de corruption dont chacun d'eux est infecté. Dans la solitude, au contraire, l'homme occupé se recueille, rentre en luimême , se rappelle les principes religieux qui conduisent au bonheur , et comme son orgueil n'est plus excité par les regards, il se tait, laisse parler sa conscience , et le retour au bien s'opère ainsi naturellement.
» Les hommes les plus éminens du christianisme isolaient le pécheur, pendant quelque temps, pour le convertir. Les retraites pratiquées dans les diverses associations, ont encore le même but. Rien ne conduit l'homme ù la vertu comme la solitude , la réflexion, la présence de soi-même, et l'absence des compagnons du crime. Espérons que le système pénitentiaire, appliqué aux maisons de détention, pourra corriger les détenus, et que la société ne verra plus , avec effroi , sortir des prisons des scélérats devenus incorrigibles. » ( Note extraite, )
L'expérience, au reste, apprendra à modifier et à combiner les moyens légénérateurs, le silence, le travail et l'instruction religieuse.
(5) Du plus puissant remède au plus hideux des maux.
si l'intelligence humaine a fait des progrès merveilleux , elle est aussi devenue plus sujette ù des misères bien capables d'humilier son orgueil. La plus triste de toutes est cette démence , dont la cause la plus commune est U'. désordre qui trouble toutes les facultés , dès que la vive et pure lumière de la religion qui les dirigeait, vient à s'éteindre. Delà piété, qui donne la joie de l'àme , résulte le plein exercice de la raison ; et , de l'impiété, qui est la cause la plus fréquente d'une noire mélancolie, doit souvent résulter la démence. L'impiété elle-même n'est-elle pas une démence ? n'est-il pas insensé celui qui dit en son cœur (siège des passions ) : • Il n'y a point de Dieu : Dlxlt insipicns in corde suo : Non est Deus. • L'exaltation provenant d'opinions erronées , superstitieuses , ou dos efforts que fait l'àme pour atteindre à un perfectionnement quelconque , peut , sans doute, quelquefois, par son action continue sur le genre nerveux, •iccasioner ce désordre *. Les violentes secousses que doivent faire épiou-
" Je me rappelle avoir connu , dans ma jeunesse , à l'abbaye rie Marnioulii'r<! , un religieux qui passait pour le plus savant i\c lu coinniuiMuli^ C.ou-
V22 notf:s
Tcr à dc-^ AnMTS trop sensiblo, les révolutions dans l'ordre social , ou dans la rondilion privée , peuvent en être aussi la cause.
Ji' me plais à citer les éloquentes paroles de notre jeune médecin en chef dcN Aliénés *, déjà vieux d'expérience et de talent : " Un nouveau » culle s'est élevé, dit-il , pour des idoles nouvelles. La liberté, l'égalité ,
• mots sonores et magiques, sont venues retentir dans tous les coins de
• la ferre... ; et, depuis quarante années, la folie, insatiable qu'elle est, " (létril de son empreinte le front de nombreuses victimes... Il est donc
• Trai , l'histoire de l'humanité , avec ses jours de gloire et ses jours de
• deuil, e<il écrite en caractères ineffaçables dans les annales de la folie. ■ Les autres maladies , les maladies vulgaires , se révèlent à nous par des
• signes conslans, invariables, comme leurs causes... ; la folie seule, « espèce de Protêt* morbide, est l'imas;? passagère et languissante des in-
• térèls qui gouvernent les hommes, des émotions qui les agitent; et, » comme le monde , un asile d'aliénés est une mosaïque de passions. C'est
• que notre société , mobile et changeante , en agrandissant la vie intellec-
• tuelle et morale , en multipliant nos désirs , nos besoins et nos peines ; en
• augmentant notre sensibilité native ; c'est que notre civilisation , enfin , » est , dans tous les lieux ot dans tous les temps , la cause dominante et la
• source féconde du délire. Partie avec elle des régions tempérées du globe,
• la folie épargne l'Afrique encore barbare... Long-tomps inconnue au
• Nouveau-Monde , elle commence à se développer largement avec les arts , » l'industrie et les sciences, au milieu des jeunes républiques américaines.
• Quand on songe au grand nombre d'aliénés qu'a vu naître le siècle où nous
• vivons, l'âme attristée se demamie si la folie doit régner éternellement
• sur la terre... Pour eux ( les aliénés) , nous chercherons , encore, des
• paroles d'espérance et des pensées d'avenir ; nous unirons les soins de ' l'hygiène aux préceptes de la morale , & la puissance salutaire de la foi » religieuse ; et notre conscience n'oubliera jamais que si la médecine
guérit quelquefois , elle H)ulage souvent , et console toujours. »
(Extrait tir l'introd, A la Stalistltiue wétiicale de l'asile de lit Sarllicj Qup CCS dernières lignes , dictées par lee.inr, sont lonrlianles ! Elles
linuelleinenl a|>pliqué i^ l'étude, il ne prenait aurnne neuition, et n'avait point de |Mlii jardin comme les autres religieux. In jour, il tomba tout-iiroup m (létnetice. Sou immense mémoire <lispanit au point (|u'il avait oublia le chemin de vi rhambre , et qu'il fallait l'y ramener, quand il sortait. On attribua «on état .'i cette application continue. (.)uelle humiliation pour l'homme savant ! Oiielle hcon pour nier <lrs meilleures rho-es nvi'C ordre ,pt miMlérer les Iruvnuxde l'esprit qui , pnr un»* exeiH»ive( «intention , peut , ainsi , perdre l'usaite île sa raison 1
• M. C-F. Ftoc-PK-maiy , membre réRidunI de la S<»ciété «les \rls du ^f jn« , membre rorre«|Miiidatil d<' \i StM-iétè royale de métierine.
résument tout je traitement de l'aliénation. Oui, la puissance de la foi religieuse en peut être souvent le préservatif comme le remède. Les principes divins, bien compris, sont une boussole qui , dans toutes les positions fâcheuses auxquelles l'homme est exposé sur la terre, peut, seule, le sauver du naufrage inévitable à sa faible raison, dès qu'elle perd ce guide sur une mer si orageuse. A l'exception des commotions imprévues, ou de quelques autres cas assez rares, c'est toujours l'absence du principe d'ordre qui produit l'aliénation mentale.
L'orgueil qui causa la rébellion des premiers esprits, produit, encore aujourd'hui, les mêmes ravages dans l'homme. C'est de l'orgueil que dérive l'opinion exagérée de son propre mérite , l'insociable opiniâtreté dans ses idées , la lutte de la passion aveugle contre une puissance invincible , le mécontentement de sa position , puis une préoccupation permanente de ressentiment, d'injustice, de terreurs imaginaires ; enfin, un malaise irritant et furieux, qui porte à son comble le désordre de toutes les facultés intellectuelles.
C'est un fait observé , qu'aux époques des orages politiques , où certains esprits sont ébranlés par de si profondes et si violentes commotions , le nombre de ceux qui perdent l'usage de leur raison , augmente sensiblement. Le tableau des interdits , dans l'arrondissement du Mans , s'est , un jour, présenté fortuitement, sous mes yeux, dans l'étude d'un notaire. Je fus frappé de voir le nombre varier d'un à quatre , dans les dix années antérieures à 1830 , et tout-à-coup , s'élever au nombre de vingt dans cette année, sans compter, me dit-on, un grand nombre qui ont été déclarés tels à la requête du ministère public. On voit, les années suivantes , le nombre des interdits rentrer dans les proportions ordinaires. Je ne doute point que la plupart des esprits atteints de la secousse perturbatrice, n'aient été ceux en (jui ce principe religieux, qui est le bouclier de l'âme contre toutes les vicissitudes de la vie , s'est trouvé absent.
Les aliénés furent loug-lemps ou livrés à un cruel abandon , qui ne pouvait qu'accroître leur folie , et la rendre incurable , ou soumis à un traitement qui l'irritait *, et la changeait en une fureur dont on ne vil (lue trop de victimes. Aujourd'hui , l'art de guérir cette maladie a été l'objet d'observations et de tentatives inspirées par un zèle vraiment philan- Ihropique ; aussi le traitement rationnel, mis en usage, obtient de consolans*succès , et rend souvent à la société des membres que l'on ne croyait jamais pouvoir rentrer dans son sein.
* Un médecin disait dernièrement, en ma présence, que cet horrible abu< existait encore en plusieurs maisons. Les intérêts des pauvres nliéncs sollicitaient donc une loi , devenue nécessaire ù raison de raccroissriiient de leur nombre; loi qui conciliât la sécurité, la décence publique a\cr Thunianilé, et empêchât qu'on no «r «orxit du prcirxio d'niiénalioii pour attenter à la liluMlé individuelle.
Tl2i NOTKS
L'îisile de la Sailhe isl un des plus b- aux éUiblisscmeus de France *. 'Celai de Nantes, (|ue je visitai, lorsqu'il commençait à être habité, l'emporle pour sa \a5te étendue et sa magnificence ; mais il ne renferme pas scukioeiit les al'ént's ; les aveujiKs et les vieillards infirmes y sont recueillis. On y a prodigué les colonnes et autres oinemeps. L'asile de la Saithe est d'une architecture beaucoup plus simple: il n'y u rien pour le Iu\e. Les divers corps de bàlimens sont bien coordonnés entre eux. Ils parlag nt régulièrement les cours et Us jardins. Toutes les parties de l'élablisseiuent, syii>élriquement distribuées, ollVent un ensemble qui plaît ù l'œil, et dont le bel ordre, fr?ppjnl les regards des aliénés, produit dans leurs cerveaux troul)lés une impression favorable qui doit , déji , commencer à 7 ramener l'état lucide. La distribution de l'intérieur répond à celle de l'extéiieur. Mais ce n'est point, ici, un" di-scription topographique que je veux f;tire. Je n'ai à considérer cil élablissemeiitque dans ses rapports avec le gt'nre de maladie au traitement duquel il a dû tire approprié, et qui coi)s>te moins dans l'emploi des remides, que dans celui des impressions qui peuvent inHuer sur le moral , où est presque toujours la cause du mal.
Un habile méleein me disait, un jour, que l'autopsie du cerveau d< s fous n'offrait pas la plus légèn- diirérence d'avec le cerveau de ceux qui ne le sont pas : d'où il eonrhiait (pie la folie est une maladie de l'i^me.
Le premier soin doit donc être de ramener la tranquillité là où règne une exaltation furibonde. L'exposition du lieu , garanti des vents aigus du nord , sous un beau ciel , dont la douce lenqtéralure est rafraîchie par le voisinage du conlluent de deux rivièns , l'Iluisnc et la Saillie ; le bruit monotone de leur paisible cours , si doux à entendre pendant le sUciue des nuits, doit contribuera remettre lesidé^sdans un cours analogue ù celui de ces ondes, qui est pr'-sqne toujours le inéine. Cet important établissement, comme tous ceux où les lois/rcs de l'huaiaiiité ré''lament des soins inspirés par un zMe qui n'attend point sa récompense des hommes, est tenu par des Saurs. La lionne direci ion d'une a<linini>tiation éclairée en consolide, en accroît la pr' spérité. Le médecin 5 qui ( si roiilié le truilemciil d'S fous, m'intéressa vivemml, un jour, par l'exiuise des moyens qu'il emploie pour leur giiérison , dont l'Asile de la Surthe offre, chaque année , de fiéquens rxiinpU'S. Etiler suigneusenienl tout ce qui peut les irriter ", leur dire que
• M. FW|nirol, dans son ouvrage Kur le* Htnhffïts iiirnl.ilcs, cotitliièritt iOni Uuri rappnrli tncitiful , liy;ii€ nique et niéHicn~/ri;ill , f.llt Un Ih'1 élo|JC d<* r-.»ile de In Sartlie, et du médetin aux s«iins duquel les malades sont confira.
•• (.'cM un uraiid point à niger de ton» les gen» de wrvire , ngin» inditprnsMbln du r^iiiiiie prr<u-ril , il l'iivrnt lesqueN nn ne saurait «trc trop • i"-»! rr , pour ['rvériilion ponrlnrlle «les ordoiinnnri>s , iiiiv sueras desqnrllis Imr Péglîg'-nce , leur indor'.llt<* , ou l l'r défaut d'iiilelligencr , apiiorlerairni de funcMit obstarics.
nu ONZIEME CHANT. S'2'y
leur maladie se guérit , comme une autre ; employer, surtout , le travail , ce grand remède à tous les maux de l'esprit , sont les premiers caïmans de la folie. Une grande partie des travaux de la maison et des choses qu'on y, emploie , se fait par les fous eux-mêmes. Ce sont eus qui cultivent leur jardin où régnent le plus bel ordre et une admirable propreté.
La science est , assurément , la première condition pour le choix et l'emploi du traitement convenable ; mais un esprit observateur , patient et adroit, un caractère doux et humain, sont, dans un médecin d'aliénés, des qualités d'un grand secours pour la science. La folie ayant, le pluï souvent, sa source dans une mauvaise éducation, et, par conséquent, dans l'absence du principe d'ordre , doit recevoir, pour sa guérison , un grand secours de l'emploi de l'ordre par excellence , qui ne se trouve que dans les habitudes religieuses. Une chapelle, desservie par un Aumônier animé d'un saint zèle, est donc essentielle dans ces élablissomens, comme dans tous ceux ofi l'on soulage les misères de l'humanité. Le médecin en tire un des puissans moyens de son traitement moral. Quand la première fureur est o,)aisée, et que la permission d'assister ù la chapelle peut être accordée, cette récompense produit toujours un grand effet.
Je me plais , encore , à citer, sur un sujet si important et si touchant à lafois, ce passage remarquable de la Sl<tiisli(/ite wcdlcaic de M. Eloc-Demazy : « Convaincu des bienfaits que la foi religieuse peut répandre sur des cœurs » froissés par le monde , je me suis efforcé de nourrir dans leur âme la » pensée d'un Dieu qui protège, d'un Dieu qui récompense. Chaque jour, • les malades réclament la faveur de prier dans son temple ; cette faveur » est, pour eux , le prix de leur sagesse , et te! est le calme qui règne à la » chapelle, qu'un de mes anciens maîtres, assistant à la prière du soir, » demandait où étaient les fous..; il ne pouvait pas croire que ces hommes, » que ces femmes qui chantaient , en sa présence, les louanges de Dieu, » étaient des aliénés , de véritables aliénés. »
Je ne puis dire, en effet , combien je fus surpris et vivcînent ému, la première fois que j'assistai à la prière dans cette chapelle, où je vis arriver en bon ordre plusdela moitié des aliénés. lisse rangèrent dans les deux parties de la nef, séparées par un mur, et destinées i chacun des deux sexes, récitèrent distinctement toutes les prières que les Sœurs commençaient, chantèrent un cantique avec une juslisse parfaite , se retirèrent , ensuite , dans le même ordre, les uns à droite , les autres à gauche , pour regagner leurs dortoirs. Assurément , si je n'eusse su que c'étaient des fous, rien n'aurait pu me le faire connaître , en voyant rtgiicr le nièiue ord c que parmi les personnes qui jouissent du plein exercice de leur raison.
J'ai assisté , une autre fois , à vi'^prcs. L'Aumônier avait à ses côtés , liour chantres , deux fous en habit de chœur. Tout leur extérieur était dans un calme parfait. Ils ne nrcnl pas iMic faute de chant, <M , cependant,
•3:i<> NOTES
un (l'eui s'acquittait de ce serîice pour la première fois , celui qu'il rcntplarait s'élant évadé eu franchissaDt les murs ; ce qui prouve bien que ceui qui assistent à la chapelle , sont encore loiu d'être guéris. Mais tant est prande l'influence du culte religieux, qu'il rappelle au bon ordre , et rend déjà le premier exercice de leur raison à ceux même qui en ont perdu l'usage : grande leçon pour que l'éducation soit basée sur celte excellenle discipline , dont j'ai toujours vu K'S élèves qui s'en écartaient , tendre plus ou moins vers l'aliénation mentale. Plusieurs , hélas ! ont vériné mes tristes pressentimens ; quelques-uns , même, étaient à l'Asile de la Sarlhe , quand je le visitai ; mais , par une compensation bien consolante . le méd(cin en chef, l'aamùnier, et l'élève initrne, se trouvaient être du nombre de mes bons élèves.
J'oserai appliquer, ici , ce que j'ai dit de l'iuslruction donnée dans les chapelles des diverses écoles spéciales, c'est que, pour être parfaitement appropriées à leur objet , il serait ù désirer que l'Aumonier eût acquis , dans un grand établissement , une connaissance jp|)rofondie de l'aliénatiou mentale , et des moyens employés avec le plus de succès pour la guérir, afin que, dans les diverses fonctions de son ministère , dont l'emploi est aussi nécessaire que délicat, ses soins fussent dans uue parfaite harmonie jNCC ceux du médecin ; cet heureux concours assurerait le succès de leur* romrauns efTorts.
Il me vient à la mémoire un trait (|ue me citait, un jour, noire médiriii des Aliénés , comme une preuve frappante de l'empire des sentimens religieux sur CCS infortunés. Ln d'entre eux, qui croyait èlre toujours poursuit! par un ennemi, et qui entrait en fureur à cette pensée, se trouvait avec les autres à la chapelle. Voyant son ombre sur la muraille imiter ses mouvenicns, il m- croit aussitôt menacé par son ennemi supposé: cependant, il est contenu par le respect du lieu saint.
La folie ne se déreloppo (|ue dans un âge déjà avancé ; ce qui prouve que la tir réglée, à laquelle la jeunesse est assujettie, pendant son éducntiun , est une des principales causes conservai rires de sa raison. Dans les hantes rlasM-s on les jeuni^s gens ont plus de lil)erté , et entrent dans l'Age où Ir» passions se développent avec plus d'énergie , mais sont contrariées pur de plu» grands obstacles , un muitre observateur peut déjà former de lrlsl«-s roni<Ttiir<\ sur l'inrohéience des paroles et des pen!>tS>s , tirer de funesti"» présages (le certaines allures de l'esprit et du corps, des impétueuses saillie» iTuiir humeur eniporti^' «m (l'une mélancolie laritunie ; enlin , îles fréquriitnt aberrations <laiis la conduite, (les prédispositions à lo folie \iennent, qurlqurfoif. M* confirmer par la ronnaissonce des parrns, rt inspirer U rralntc d'une maladie h/r^'flitairr ; mois l'hyglènr n'est pas sans mnyrnt prévrvalif«;i l d'hnirrusr^ rirrnnstanrrs, dru positions favorables, peuvent, ptr Irnr puitsanir Influrncr, emjWVhrr Ir d^vrlopprmrnl du germe i «i h«.
que détruit, peu à peu, l'accroissement de la force physique et morale. De longues habitudes d'un ordre invariable, contractées sous l'influence d'une religion éclairée, peuvent la consolider et l'affermir, au point de rendre, en quelque sorte , l'ûme invulnérable.
(6) Douce philanthropie , honneur à tes lumières !
La philanthropie fait le bien par amour de l'homme ; la charité fait le bien par amour de Dieu. Ces deux motifs s'identifient dans les cœurs éclairés de la vraie lumière. De là vient que les deux expressions sont souvent employées dans le même sens par les personnes bienfaisantes ; et c'est leur exemple que je suis ici.
(7) Que d'un sage prélat le beau plan s'accomplisse !
Plusieurs ont traité ce noble sujet. Le plus beau plan de l'éducalion d'un prince est le Télémaque qu'on ne se lasse point de lire et d'admirer. Son immortel auteur réunissait au plus haut degré toutes les qualités du grand et diilicile emploi qui lui fut confié.
(8) Bâtir dans les cités leurs plus beaux ornemcns.
Le plus bel ornement d'une grande ville , c'est le (leuve qui la traverse, il est bordé de quais , où l'on débarque toutes les marchandises nécessaires à la consommation. Ces quais , où aboutissent les principales rues , sont les plus belles voies de communications , les plus fréquentées, et sont devenues, partout, trop peu spacieuses par l'accroissement successif des cités. On a proposé, pour celle de Paris, l'amélioration la plusulile, quiconsiste- 1 ait à resserrer le lit de la Seine , pour la rendre plus prof9nde 4 à élargir les quais pour les rendre plus réguliers , pins agréables à l'œil , plus utiles au commerce et à la circulation ; à creuser sous la ligne de ces quais , sur les deux rives , deux grands égoCits parallèles , à partir de Bercy jusqu'à Neuilly , qui recevraient les inmiondices de tous les autres égoûls dont l'eau du Heuve ne serait plus souillée en traversant la capitale. Celte construction , aussi magnifique que nécessaire, pourrait être imitée dans toutes les villes importantes, qui seraient autant embellies qu'assainies, par des quais ainsi construits. Le génie civil ne peut rien conseiller de plus grand et d'une utilité plus générale.
(9) Des portiques à Mars , Gérés , Mercnre , Hy^ie ,
Des casernes pour les gens de guerre, des halles pour les marchés aux grains , des palais pour la justice et le commeicc , des écoles de médecine et des maisons de santé , des hospices , des collèges , des temples , etc. , voilà les édifices qui embellissent les villes , el annoncent leur prospérité.
10 Qui chez vous prit n lissance , 0» peuple Cénomaii !
On sait que M. Pabbé Chappe fut rinventeur du télégraphe, dontiltît les premières expériences dans une campagne qu'il habitait avec sa famille aux environs de Brûlon. Il commença parr correspondre ainsi avec ses amis ; puis , secondé par son frère , député à l'assemblée législative , il fit adopter, par le gouvernement , son télégraphe perfectionné , comme nous le voyons aujourd'hui. L'étroite union de ces frères qui sacrifiîrcnt leur fortune au perfectionnement de celte découverte, l'une ries gloires de notre époque , leur fil surmonter tous les obstacles suscités par l'envie. L'abbé Chappe fut réellement le créateur d'une langue nouvelle. Les premières transmissions qui furent faites au commencement des guerres delà révolution , parurent des merveilles. Les nouvelles dos armées parvenaient , en quelques heures, des points les plus éloignés, à Paris. Celle incroyable rapidité excitait un enthousiasme général. Les Anciens employaient aussi divers procédés télégraphiques, tels que les signaux parla voix et par le feu ; mais ces moyens étaient aussi éloignés de la perfeclion de notre télégraphie, que leur écriture l'était de notre imprimerie.
(11) Ceux-ci, de Montprolfier successeurs intrépides,
La Manche a été plusieiirs fois traversée par des aéronautes français et nnglais, dont le but jirincipal était (l'e\plorer les conran'* d'air et d'essayer les ninyrns de na\iguer dans l'air comme sur l'eau. La plus fameuse expérience a été faite par M. Green , avec un ballon-monstre , de la plus grande dimension connue, ayant quatre-vingt-dix pieds de hauteur sur cinqunnt<> de diamètre : sa capacité était de soixante-dix mille pieds cubes , et il p()u\n»t enlever vingl-lmil personnes. M. Green , avec ses deux compagnons , Monrk-Massnn et J. Hciiland , partit du jardin du \Vnuxh:ill, h Londres, fi une heure après midi, le 7 novembre 18.16, et descendit ft Wcilburg , dans le duché de Nassau , le lendemain matin à sept heures et demie , ayant fait , en moins de dix-neuf heures , environ deux cents lieues , sans le moindre accident. Àmla.r Jnpeli ;;enut '. Que nt" peut pas e»pén'r un génie si hardi ? Tout porte ù croire que l'art de diriger les ballons M-ra trouvé.
(12) Leur ont fait drcoiivrir des milliers do soleils.
Avant li-^ liini-lti-s , on n'a\ait reconnu par la vue simple que trois mille étoiles , A.\ns le* Av\\\ hémisphères. Depuis , on a déterminé l,i position de vingt rinq milli-, ri (m tii voit plii> pins d'un milliard. Quel nombre peut égaler relies qui existent au-del.'i des bornes di- Invisibilité ? Avant ces d/rouverlrs , rFxTilurf sainte avail dit que les iHniles étaient aussi nombreuse* que 1rs grains dr sable dr l.i mrr.
(15) De la chaudière ardente où l'eau bouillouae et gronde ,
L'ingénieur Dccaux, sous Louis XIII , eut la première idée de lu force élastique de la vapeur aqueuse ; et Louis P.ipin , de Blois , vers le milieu du dix-septième siècle , donna la description de la première machine à piston.
Il y a loin de là , au perfectionnement qui a illustré le génie français. L'emploi de la vapeur est le plus fort auxiliaire qu'ait reçu l'industrie humaine depuis l'imprimerie. Les graves inconvéniens qui peuvent résulter de l'un et de l'autre, exiircent rintelligence et la sagesse de l'homme pour régler l'usage de ces puissans agens de prospérité ou de destruction.
(Noie exlraile, )
(14) Pour y faire courir , aussi prompt que l'éclair ,
Les chemins de fer sont une des merveilles de l'époque actuelle : c'est , aujourd'hui , la grande pensée de la France industrielle. L'Allemagne , la Belgique , l'Angleterre, et surtout l'Amérique du nord , en sont sillonnées dans leurs principales parties. Toutes les branches de la civilisation en retireront un immense avantage , autant par l'économie des fiais de route que parcelle du temps. Le transport d'une foule de voyageurs s'opère avec une vitesse qui surpasse huit lieues à l'heure. Mille personnes volent de Paris ù Saint-Germain en moins de Irenle minutes. Ce moyen de locomotion fera donc, partout, de rapides progrès. La facilité et !a promptitude des communications produiront un accroissement considérable dans la vie sociale et les relations des peuples. Elles rendent bien nécessaire une alliance générale. Un résultat si désirable pour l'humanité , doit naître du progrès de l'industrie , accompagné de celui des principes religieux qui , seuls, peuvent cimenter cette alliance.
(15) Débite , si polis, et le marbre et le bois.
Nous avons , au Mans , la machine à vapeur de M. Lusson , qui a débité les belles dalles dont on a repavé la superbe basilique de Saint-Julien. Les nombreuses scies que fait mouvoir cette ingénieuse mécanique , débitent aussi, journellement, des bois d'ouvrages de toutes dimensions ; et Ton satisfait de suite à toutes les demandes que peuvent occasioner la diversité des ouvrages et des constructions. Le puits intarissable qui alimente la chaudière , a fourni de l'eau à domicile , pendant une année de grande sécheresse ; il entretient , aussi , des bains commodes et très-fréquentés. L'établissement de Belle -Vue, que l'on voit avec plaisir prendre un grand accroissement , est donc , sous plusieurs rapports , précieux pour notre ville , qui devient si intéressante par ses nouveaux édifices et ses constructions utiles.
I6i Pour «reust'r sessillous, quel plus puissant moteur !
J'ai lu que l'ou a construit, à Londres , une macliine à vapeur propre ttux travaux agricoles. Sa marche est de cinq à six milles par heure. Elle peut , dit-on , préparer et ensemencer cent arpens dans un jour.
17 ■ Le génie en travail , enfante à la patrie ,
J'ai entendu de savantes dissertations sur l'application soit du tluide électrique, soit de l'air comprimé, au\ machines locomotives. Ainsi , Dieu a mis au sein de la nature des apens mystérieux , dont la découverte successive est la récompense du travail de l'homme industrieux.
(18; Quand leur esprit est mû d'une piété tendre.
Nous ne nous lassons point de répéter que les principes religieux , loin de rétrécir l'esprit , comme quelques-uns le prétendent, par le plus déplorable des préjugés , sont , au contraire , ce qu'il y a de plus favorable à son développement. Ils le font pénétrer bien plus avant dans les mystères de la science , en le conduisant jusqu'à leur source , la vérité première. Quand cette vérité a dé dignes interprètes , elle est toujours bien acrueillie par la jeunesse savante. .M. de (^héverus , archevêque de Bordeaux , prèchj , un vendredi saint , dans la chapelle de l'École polytechnique. Il fit, d'abord, un bel éloge des sciences auxquelles les élèves s'appliquent dans cette école. Puis il leur dit : • Quelque belles que soient toutes ces
• sciences, je viens, ici, vous en enseigner une qui les surpasse encore ,
• et à laquelle j'ai consacré toute ma vie , la science de la croix. Eu effet ,
• les autres sont pour le temps , celle-ci est pour l'éternilé. » Tel fut le double sujet d'un discours qui fournit une ample et sublime méditation it des auditeurs en état de saisir cette belle alliance des sciences humaines aver la sricnee di\iiie, (|ui en est la base , en assure les progrès , en fait dériver une gloire solide , un b«iiilieur durublc. Ce serait calonmier la jeunesse que de supposer qu'elle nièprisi' de telles vérités ; mais il faut qu'elles lui soient prést-nléis par de tris orateurs. f \ole extraltr. i
(19) Avant de prendre un raii}; pour servir la palrif ,
Il n'est point de profession pour laquelle le» voyages ne soient de la plus haute utilité , car il n'en est aucune qui n'exige une grande rxpérienre ; et IVxpérirncc s'arquii-rl, surtout, par la roniparaison de ce (pilse fait ilun» le« différms temps it dans Ir» dllférens lieux. l,'ou\rier nnmedu dernier ordre •mt qu'il ne peut savoir bien son métier, qu'en allant voir rommenl on trn- Tiille ailletini: r\ , quand il |ugr avoir assci toyagé pour s'Inslrnirr de cf qui lui étiil le plu<i utile, il n-tiinil dans sa patrie, lier d'y rapporter dc« pror^t'n qui n'y sont pnsronnu» , nu des formes préférnliles A relies qu'on y pratiqiir. A plu«fortr r.iison . 1rs rtiiseï les srienre* doitrnt-ils retirer
de précieux fruits des voyages 1 II faut bien qu'on les ait toujours regardés comme de sûrs moyens de progrès , puisque toutes les éducations que Ton veut compléter , se terminent par des voyages. On apprend plus en un an de voyages d'observation et d'études , qu'en dix ans de travail dans le même lieu. Rien n'est plus propre h développer l'intelligence , à orner l'imagination , à former le jugement , que cette variété de choses et d'hommes qui passent successivement sous les yeux attentifs et exercés du voyageur instruit qui observe et interroge.
On a dit que les voyages pédestres étaient ceux du sage. J'aime cette maxime , dont j'ai éprouvé le bienfait. Quoi de plus agréable que de cheminer dans une saison convenable , avec un compagnon , qui partage vos goûts et se propose le même but ? Il y a quelque mérite , aujourd'hui , à supporter , de plein gré , cette fatigue , les voies de transport élaul bien plus commodes et moins coûteuses qu'autrefois. Mais , certaines branches d'instruction, telles que l'histoire naturelle et plusieurs autres, exigent des voyages pédestres : le corps et l'esprit y gagnent en même temps , les forces de l'un et de l'autre veulent être exercées , pour se développer et s'affermir. Le repos , après la lassitude, un repas frugal , après une route qui a excité un appétit dévorant, de doux entretiens sur tout ce qu'on a vu ; et , quand on est de retour dans ses foyers , les longs récits du voyage, de mille détails et de quelques épisodes intéressans , ne donnent-ils pas des plaisirs charmans à ceux qui racontent comme à ceux qui écoutent ? Les parens doivent donc toujours , après les études de leurs enfans, les lancer dans quelques excursions qui puissent , en même temps , leur être utile et leur plaire ? Les jeunes gens , qui paient à la patrie le tribut du service militaire , peuvent donc en retirer de grands avantages , s'ils restent (idèles aux principes d'une éducation solide, et ont contracté l'amour de l'ordre et du travail. Les voyages remplissent donc, de toute manière, la destination de l'homme qui est voyageur sur la terre.
C'est à son voyage en Angleterre , que Montesquieu dut en partie son chef-d'œuvre. Les croisés , autrefois , et les émigrés , de nos jours , quels fruits n'onl-ils pas retiré de leurs excursions lointaines ! L'homme et la patrie s'enrichissent par les voyages. Ils sont donc le comi)lément nécessaire d'une bonne éducation. L'Académie des jeux lloraux de Toulouse, a donné , en 1835 , pour sujet de prix : « Quelle est l'inlluence des voyages • sur le génie de l'écrivain ? » On ue peut mieux en faire sentir Tutilité.
(20) Où vous pouvez du ciel espérer les faveurs.
Bené consurgit diluculo qui quarit bona. (Par. ) « L'aspect du matin élève l'Ame vers Dieu. »
Manè exaudies vocem meam ; manè astabo tibi et v'idcba. (Ps. b.) 0 Dès le matin , vous entendrez ma voix ; dès le matin , je me préparerai à paraître devant vous. ■.
.'{32 NOTKS
L'àme , en s'élcvanl aîDsi , dès le malin , vers le ciel , y Ta puiKr d'heureuses inspirations pour les travaux de l'espriu
(21) Vous puisez dans son sein de sublimes leçons.
J'ai lu des choses tout-ù-fail singulières , pour ne pas dire ridicules , sur les moyens employés par quelques grands compositeurs, afin de se procurer d'heureuses, de sublimes inspirations. On dit (jue Sacchini avait près de Ilii , quand il composait , une famille de pelils chais qu'il aiïeclionnait ; et qu'il assurait, s«5rieuseni?nl, ilre redevahle ù leurs mouvenuns gracieux des plus beaux chants de son OEJi/e à Colonc, On dil encore que Ferdinand Paër écrivait ses partitions en badinant avec ses amis, en leur fesant mille récils joyeux, ou bien en querellant ses domestiques, sa femme et ses enfans ; qu'ilydn so rasait , se poudruit , s'habillait do la tète aux pieds, puis mettait à son doigt la bague dnnt son s>^uverain lui avait fait présent, et qu'ensuite il écrivait cinq ù six heures s:ins faire une rature. J'aime mieux le moyen qu'on attribue ù Gluck , de faire porter son clavecin au milieu d'ime prairie , et que là , quelques bouteilles de Champagne lui fesaient trouver les chants divins de ses deux l/'lrvicinies. Je n'ajoute aucune foi h de lels récits qui me fournissent l'occasion de réjiéler qiic des personnes d'un grand mérite littéraire, mais étrangères à l'ail de la musique , avancent souvent , quand ils en parlent , des choses qui font hausser les épaules aux artistes. J'en ai connu de Irés-habilos ; j'ui reçu des leçons de plusieurs , cl je n'ai jamais vu qu'ils slimulassenl leur génie par des moyens factices.
Jl i-st une source d'inspiration commune à tous les hommes de génie et ù tous les arts, c'est de consulter la nature extérieure et intérieure. Ils obscnrent tout ce qui est hors d'eux et en eux. Ils promènent leur pensée dans le monde idéal pour y trouver le BKAU. Ils ont besoin de s'abstraire ; il leur faut , pour cela , le silence de la nuit , la paix d'une chère solitude , le secret d'une retraite inaccessible aux importunités ordinaires de la vie, surtout , le séjour d'une agréable campagne. Là , tout ce qu'ils ont vu . tout ce qu'ils ont entendu, se combinant avec leurs propres éuiolions, rend leur imagination féconde en belles productions. Un ami désiré arrive ; on M- met uu piano, on exécute tout ce que vient de créer un premier jet. On s'anime d'un même enthousiasme, on s'arrête ; la critique corrige les éfirlji du ginie , ri le morceau arrive it sa perfection, (.e qui produit, plus mrore , df rirl»"» ins|)iratinns , c'est «l'entendre de bonne mnsiqui' , d'y prendre part , d'en analyser le» b<>auté<> avec des gens habiles qui aient de l'Ame. I.a rhnleur de ces entretiens donne di-* idéci qui égalent ou siirpasM-nt rr que l'on a rnti-ndo.
I,r* voyages ii |»,irn, ou d.in* le^.iulre* graiidesvdles . quand lU sonlmis 4 prolit , font éilorr mille idée* iiouvclli« ; on en reçoit tou|ours d'heur» uM« , quand on (onipoM- «ou» rinlliienre de re» émotion^ iiVcnlcs. Uanv
ma jeunesse, lorsque je revenais de Paris, à pied, l'imagination échauffée par la marche et d'abondans souvenirs , m'inspirait des improvisations qui charmaient ma route. Les voyages en sont une source féconde , par l'infinie variété des sensations qu'ils font éprouver , des tableaux qu'ils fout passer sous les yeux, et qui, restant dans la pensée, fournissent au musicien, comme aux antres artistes , les traits imitatifs de la nature. Quand Grétry voulait trouver un air , il commençait par déclamer les paroles , en se pénétrant bien de leur sens. N'est-ce pas là imiter la nature ? A la vérité , cette imitation , par la musique , de ce qui se passe, soit en nous , soit hors de nous , est vague , indéterminée , particulièrement dans la musique instrumentale, où le sens musical n'est point indiqué par les paroles ; mais, ce n'est pas moins une imitation de la nature , qui nous cause un délicieux plaisir ; c'est uu langage qui n'a plus rien de terrestre , qui nous élève aux deux , nous cause un ravissement divin , une extase enchanteresse. (22] Lui, du rameau fleuri qu'il tient entre ses doigts, C'est dans l'étude de la botanique que l'on éprouve le besoin de la connaissance du grec et du latin , et par conséquent l'extrême utilité de leur élude. Un savant botaniste me disait qu'il avait toujours, sur sa table, les racines grecques et latines , pour les consulter, a Ceux qui n'ont point appris ces deux langues , ajoutait-il , n'ont qu'une- idée très-imparfaite de la valeur des mots qu'ils emploient dans la nomenclature des plantes : leur étymologie significative et piUoresque passe inaperçue sous leurs yeux , et les mots ([ui les contiennent sont , à peu près , pour eux , des capsules vides. »
Ce qui suit se rapporte à la note 6 du deuxième chant. Lorsqu'on finit d'imprimer ce chant , un de mes plus chers élèves , aujourd'hui inspfcteur de l'académie de Caen , m'apprend une amélioration dans l'enseignement, que j'appelais de tous mes vœux, et dont je parle au commencement du deuxième chant de ce poème, relativement au ton que j'ai toujou'^s fait prendre à mes élèves dans leurs récitations , et autrts exercices de la parole. Cette lettre me fait un tel plaisir, que je la donne ici textuellement , ainsi que la circulaire du ministre : « Monsieur et respectable ami, » Dans 11 retraite que vous ont procurée d'honorables services, les actes » (!.' l'antorilé universitaire ne parviennent plus dircclemcnt jusqu'à vous. n Je m'empresse donc de vous en communiquer un qui, j'en suis sûr, i> vous comblera de joie. 11 tend ù introduire dans les éludes classiques une » amélioration qui a été conslamment l'objet de vos efforts et de vos vœux. u Je me rappelle avec quil soin vous \ons allachiez , dans tmis les exer- .> ciccs du cours de rhétorique, ù nous fdirc prendre ce Inn iialiirol, qui, » en bannissant l'uniformité , soutenait si puissamment l'intérit que vous » sa\irz y répandre. Mais vous regrclliez que celte méthode si simple ne «fût pas généralement suivie; que celte habitude, déjà contractée trop » tard , dût être abandonnée par nous au sortir de vos mains. La réforme " que vous deniandieï alors, et que vous n'avez cessé de provoquer par " vn!n; exi'uiple , va enliii s'accomplir. La nnturc, suivant vos pioprcs " expressions , va rentrer danx ses droitf , et le hon seus datts mi i oic. On a ■' compris que ce débit monotone, qui dispense rintclligence de tout effort,
334 NOTi:S 1)1 UNZiblMK t.HANT.
• eo rvlaide, parct-la niènie , le développement. Un ton expressif rvt inir . traduction. L'enfnnt, sans doute, fera dis contre-sens : mais n'en fail-il . pas dans l'étude des langues ? Comment parvient-il ;"i les éviter? à force
• d'exercice. Qu'on l'exerce donc de bonne heure, et sans rehiche, il la » pratique de cette \érilabie langue , auxiliaire indispensable de toutes les r> autres.
• Pourquoi laisser an jt une homme le soin d'acquérir par lui-même ce
• talent précieux ? Sorti du collège, le temps, les conseils lui manquent. " L'habitude contraire est in\étérée; elle triomphe de ses efforts et de son
• courage. Il porte au barreau , dans la chaire , ù la tribune , partout , ce
• ticc de l'éco!^. Voilà ce que l'on veut prévenir désormais. Vous en félici-
• tcrez ri'niversité, Monsieur et respectable ami ; moi, je la seconderai,
• dans le cercle de mes altributioi.s, t'.e toute la force de ma conviction,
• de toute l'autorité que je pourrai donner ù mon expérience personnelle. » Mais j'' n'oublierai jamais tout ce que je dois sur ce point , comme sur
• beaucoup d'autres, à votre exemple , à vos leçons, et à votre constante
• amitié. »
• ReceTez, Mcnsieur et ancien maître, l'assurance de mon " respectueux attachement ,
» EDOM, ln>i'(cltur (te l'AcadcinUdeCaen, »
(irrii taire du Ministre de l'instruction publique a:ix Ilccteurs, pour re-eommaiider de corrif;er dans les classes le débit monotone.
Monsieur le Recteur,
Je crois devoir sigmler ù votre sollicitude une parlic de l'instruction qui r<t généralement négligée dans les collèges , et qui Cï-l digne de toute votre nitenlion , je veux parler de la lecture et de la récitation.
Avant d'entrer dans les collèges et de recevoir les élémens de l'inslrurtion secondaire , les élèves doivent savoir lire couramment ; mais il arrive qne ces enfans , forcés de suivre des cours élémentaires , et privés l-mi-àcoup des exercices réguliers de lecture dont ils auraient encore besoin pour se perfectiotner , prennent ptomptenunl dis habitudes de débit monotone qui semblent exclure tonte intelligence , et qu'ils contractent ainsi des défauts dont ils souffrent ensuite dans le cours de leur carrière , surtout lorsqu'ils s«- destinent aux l'rofessions libérales.
Je vous prie, M. le Flecleur, d'inviter tons les fonctionnaires de votre académie A se montrer plus difficiles sons ce rapport. Ils comprendront qu'en exigeant que leurs élèves lisent leurs devoirs avec plus de soin . et nVilenl leurs leçons de manière à prouver ([u'elles sont bien conipris4's. lU leur feront prendre de bonnes h;iliitu(les d'elocntioti qui ne doivent tUr dé-daigti^-f's dans aucune position de la vie.
Vous auret soin de vous assuier, lors de l'inspection académique, s'il a ^le tenu compte di- vos avis. MM. les inspecteurs généraux , de leur ciMé . M ronl rhargt-s de constater les améliorations qui auront été introilnites . Mtutre rapport , dan» li-s classes .Sfi-ne SAI.\ A^^^ .
IIS uv.s :ioTF.s r»i i»>zikMK <ii\m.
POEME
ARGUMENT
Vœtix pour que les plus cxcellens poètes ( car le génie p(>('li([U(' u'esl point éteint ] , cliantent l'art d'instruire et de loriiior la jeunesse. — Discours que l'un d'eux est supposé lui adresser. — Elo{;e des véritables lumières. — Leurs bienfaits dans l'économie civile, politicjue et religieuse.
— Leurs progrés. — L'Institut , foyer principal des sciences. — Sociétés des arts, foyers secon(lair<'s. — Tableau d'une bibliotbéque publi({ue. — lni|)rimerie. — Oualités et dcNoirs d'un l)ibli()llu''cain\ — Ordre qu'il suit dans si> classification. — Il consulte les besoins et les goûts du lieu. — I lililé des échanges de li\r('S entre les di\»'rs déjiols. — Bil)li<»llH''(jne de collège. — L(>s mau>ais li>res délruis<'nt les Iriiils d'une boiuie édiualion. — Discours desombres de \'(»ll;iiie el de .le.in-.I.K (|ues. — Us confessent les pernicieux elTels de leurs écrits sur l:i jeunesse. — l^pi-sode de r.-i;:onie d'Ilennaiice , ali.inditiiiiée par son iils.
— (!i)ii\erti p.-u° le niallieur, il >irnl rendre le dernier M)upir sur la tombe de sa mère. — Le >eul remè«le à la corruption de la jeunesse, est U' bon «'\emple des parens, des maîtres, des magistrats. — L«' tlésir le plus sincère de
^iii lnjiilieiir .idielè (es rliaiils.
<Q{W fe) 'accomplis le dessein qu'osa former ma muse,
^^ Et que n'inspira point ce délire orgueilleux De la célébrité , qui souvent nous abuse , Mais le désir ardent de faire des heureux. Oui , d'un bonheur certain je montre ici les routes. Votre cœur me l'a dit , ô mes jeunes amis ! J'en ai cru votre cœur , il a banni mes doutes. Ces pinceaux, dans mes mains, vous seuls les avez mis. J'ai suivi de mon zèle une ardeur imprudente , Sans oser m'égaler à d'illustres rivaux. Combien j'ai souhaité qu'une touche brillante (1) , Par un plus vif éclat animât mes tableaux !
« Vains désirs , me dit-on ; la noble poésie , » Désertant , pour jamais , le séjour des mortels , » A regagné les cieux , son antique patrie : » Notre idiome use souillerait ses autels. » T \ puissance , grand Dion , n'os( donc plus ;id(MÔr.* Il J'->
Ah ! tant (juiiii Dieu sera l'âme de l'univers , Ses éius brûleront d'une flamme saerée : On verra le génie enfanter de beaux vers. Quoi ! lorsque la nature est prodigue en merveilles , Dont le langage humain s'enrichit , chaque jour , L'homme dirait sans voix pour charmer les oreilles, Les cœurs ne sauraient plus exprimer leur amour !
Prenez , prenez ma lyre , ù vous qu'Apollon aime (2) !
Que je serais heureux d'entendre vos accens ,
De me voir surpassé ! . . Comblez mon vœu suprême ;
Rendez, chantres divins , tout ce que je ressens.
Inspirer les vertus ii l'aimable jeunesse ,
Quel sublime sujet pour orner vos accords !
Du vulgaire , il est vrai , l'esprit ne s'intéresse
Onaux folios passions , aux profanes transports.
Eh birn ! ne plaise/ poinl au profane vulgaire;
Le poète sacré dédaigne ses faveurs.
Aux cœurs religieux , ah ! si je savais plaire .
Leur sullrage, [Kun- nun , vaudrait tous les honneurs.
D<-^ Ixtis silencieux ici lien In7. le iloiix <alme;
1 u\</ le liruil confus des a|»|>landissemens.
Aspirez, dans vos veis , à rélernclh* palme :
Qui |K'iil niii'ux du ;^t''ni<' <'X(iler les ('-lans?
Ne balanrc/ dniK plus ; jr vous <ède la lyre:
tst-cr \<tiis (|iM- j'nilriids? . . . (|ii)|s sons harmonieux
CHANT DOIZIÈMK. 339
« Jeunesse , suspendez votre bruyant délire , » Pour tourner vos regards vers la voûte des cieux. » De là nous recevons ces divines lumières » Qui ravissent nos yeux , pénètrent notre cœur. » Des solides vertus , brillez , avant-courrières ; » La science, sans vous, n'est qu'un reflet trompeur (3). » Oui , c'est de là que vient la force , la constance. » Sans vous , errant au gré de notre aveugle orgueil , » Séduits pai' nos désirs, hélas ! notre imprudence » Nous pousse d'un écueil sur un nouvel écueil.
» A la grâce , il est vrai , le Chrétien infidèle ,
» Dans de tristes erreurs retombera cent fois :
» Mais un pasteur zélé le poursuit et l'appelle ,
» Le ramène au bercail par sa touchante voix.
» Toujours un port voisin lui reste en son naufrage ,
» Toujours Dieu lui présente un sûr et prompt secours.
» Reste-t-il à l'impie un abri dans l'orage ?
))En trouve-t-il au sein d'impudi((ues amours?
» Pressé , déboutes parts , des coups de la tempête ,
» Tout asile se ferme à sa peur , à ses cris.
» La foudre frappe , enfin , sa criminelle tête :
» Qu'excite , en nous , son sort? l'horreur et le mépiis.
» Peut-être , espérez-vous , sous un masque hypocrite ,
» De votre impiété dérober la noirceur ?
» Si , parfois , du poison la couleui* nous invite ,
>' Xous sommes avertis par sa sinistre odeur (4).
;Uo i.'KDrr\TioN.
» Proiîd-on du loup caplif la rampante bassesse » Pour le doux naturel des timides brebis? » N'espérez donc , jamais , imiter la sagesse ; » Car vos vices seront par vous-mêmes traliis.
» De ce siècle savant , précieuses lumières ,
» Le bonheur des mortels doit prouver vos progrès.
» Hélas ! nous savons tiop combien sont mensongères
» Celles qui . dans les cœurs , enfantent les forfaits.
» Puissiez-vous effacer ces clartés malfaisantes ,
M Oui , du monde séduit , troublèienl le repos !
» Puissiez-vous raviver les sources abondantes
» De la religion qui répare les maux !
» Au milieu des fléaux dont l'infernal génie
» De l'Europe couviil le sol ensanglanté :
» Aux temps de la terreur et de la tyrannie ,
» N'avez-vous pas . encor , servi l'humanité?
» Vous rendîtes la gueiTc instrument pacifique ,
» Des |)euples en calmaiil les sauvagcs^lureuis :
') Ses feux sont des flambeaux pour la rai^^on publique
» Oui , ce fléau , par vous , civilisa les mœurs.
n Les peuples n'aniniii |i|ii< p.nla soifdedé'Iruire .
»» l)r 1.1 |iisii« (' , ciilre eux . \oiis dielc/ les aiièts.
» I) iMi Itirn qui ( loîi s;iris c<Nso, aimant à les instruire
» l'iiisse/-les des rKends d'une »'(einell(* paix.
■ Du < llih' \n||t' \(ii\ ir|(\.i r«''(iili< e ;
» Quels freins sont aux esprits, ses lois, ses doux accords » L'homme , aux pieds des autels , abjure sa malice : » Vous éclairez son cœur et domptez ses transports. » Il est changé par vous , ô flambeaux salutaires , » D'ennemi furibond en ami généreux , » D'égoïste insensible , en soutien de ses frères , » D'ignorant , en savant dans l'art de vivre heureux. » Rendez , par vos ardeurs , les âmes libérales , » Fortes pour les travaux , prodigues de bienfaits , » Dans la paix , dans la guerre , en vertu sans égales , » Et fécondes , partout , en héroïques traits ! »
Elles vont circulant dans le corps politique , Comme , dans nos vaisseaux , la vie avec le sang. Leur centre est l'Institut : et ce foyer unique , Etend , brillant soleil , son empire puissant. Recevant ses clartés , d'autres académies (5) Propagent , à leur tour , ses immortels rayons. On les voit , de concert , unir leurs voix amies , Et des progrès nouveaux semer partout les dons. Que riionmie a de grandeur ! que son intelligence Est un vivant reflet de la Divinité !
Honneui' de son pays , ses vertus , sa science , Rendent son nom l'amour de la postérité.
Le vaste réservoir de toutes ses lumières
Est un aulre Pactole , où viennent s'enrichir
Ceux qui veulent puiser , dans les sources premières ,
3ii l/ÉDLC\TIUPÏ.
Cet or pur des Ijeaux-arls , si cher à recueillir. Dans nos grandes cités , ornement de leui- gloire (0* , Est un temple imposant qu'habitent les Neuf-Sœurs. C'est vraiment, parmi nous, le temple de mémoire. Qui de l'esprit humain conserve les honneurs (7). Depuis les premiers jours , tout ce qu'il fit éclore. Du levant au couchant , chez les peu|)les divers , Se rassemble en ces lieux : mille aulres lieux , encore , Aux regards enchantés l'offrent dans l'univers , Témoignage frappant d'une vie élciiielle!
Un art , présent fécond de la Divinité (81 ,
Reproduit la pensée ; et le signe fidèle
Renaît à l'infini , par son type enfanté (9).
Par lui , vain<pieur du temps et de tous les obstacles.
Comme un Dieu , le génie est parl(>ut , à la fois.
Les studieux mortels consultent ses oracles:
Dans un profond silence ils écoutent sa voix.
De science ariiouieux , c'est dans son sanctuaire
Un'ils coulent de l«'urs jours les j»lus heureux momeiis.
Loin des vains entretiens d'un pi'ofane vulgaire.
L'âme vient sv iioiniii de divins alimens.
OutI j»laisir de pouvoir \ivre dans tous les Ages,
D'être les faniilicis de taiil d'illustres morts .
De les iiiteiid^'tr sur leius |e|||p■^ . leurs us.i;,'es
De st' voir possesseur de leurs riches iresors!
I, «'Iranger n es|-il p.is loniiue d.iiis s;t palnel'
CHANl DOUZIÈME. 343
Dans son natif langage il peut s'entretenir : Ce livre vient parier à son âme attendrie , Des lieux qui lui sont chers repaît son souvenir. Là , le cœur , que poursuit une douleur amère , Trouve un remède sûr à ses cruels ennuis. Un bon livre en bannit quelque triste chimère , Qui consumait ses jours , empoisonnait ses nuits. Eh ! quel puissant attrait , qu'un cours intarissable D'écrits , fruits abondans de travaux assidus 1 Là , l'auteur pour se rendre Apollon favorable ,w De ses veilles , soigneux , vient offrir les ti'ibuts.
Dans ce temple des arts le mortel qui préside , Relève un beau savoir par son aménité.
Sa mémoire opportune, et vous aide et vous guide : Cherchez-vous un ouvrage? il vous l'a présenté. Si vous lui confiez vos projets littéraires , N'appréhendez , jamais , ses propos indiscrets. Il vous prodiguera les secours nécessaires , Sans se cioiie le droit de trahir vos secrets.
Dans quel ordre parfait , pris souvent pour modèle , Ses livres sont classés 1 avec chaque rayon , Dicté par Mnémosyne , un registre fidèle , Indicateur certain , sans trouble correspond.
Le hasard , le capi'ice , une règle arbitraire ,
Ne [M'ésidèrent point h l'ordre qu'il suivit-
'•ik\ LÉDLCATIUN.
Parmi ce moude immense , mi soleil vous éclaire : Chaque enseigne vous guide , un cou}>-d'œil les siiisil. Des écrivains sacrés la première , ici , brille : La seconde qui suit , vous signale les lois. Des sciences , des arts , vient l'illustre famille ; Puis les lettres , en chœur , font entendre leurs voix ; L'hist(jire , enfin , étale à vos yeux ses richesses , Et du savant gardien complète le trésor.
Cependant , de l'état provoquant les largesses .
Chaque jour, il travaille à l'enrichir encor.
Dans son pays , il veut accroître l'induslrie ,
Se plaît à consulter ses besoins et ses goûts.
Tous ces mets de l'esprit , souvent il les vaj-ie ;
El s'oubliant lui-même , il ne songe qu'à vous.
Ilabilez-vous ces ports qui bordent nos l'ivages?
Il vous offre des ïiicrs les fidèles lableaux ,
Les guides les plus suis p(>ur vos lointains voyages ,
La science nantifjiie, et ses divei-s travaux.
,\ux bords riants dim fleuve , active , industrieuse »
Votre ville fleuiit ? de S(»s |»rosjM'Mil(''s
Il KJoiiit votre âme ardemment désireuse.
Par tous ces arts iioiivc.mx . si justement vantés.
Son a!K)ndance , ailleurs . fait cesser la disette : Des «M hanges heun'ux 1«* iuelt<Mit en honiK'ur. D'esprits conteîiipl.iiifs . e'esl iri \:\ leiraile :