‹ L'éducationChapitre 23 sur 47 · S.S LÉDICATIDN · texte numérisé non relu

S.S LÉDICATIDN

Qnc , dans son désespoir . tous ses sens éperdus OflVcnt de la douleur l'imago déchirante ; Que , penché sur sa mère , il l'aide à soutenir Les pénibles combats d'une vie expirante , Et veut se pénétrer de son dernier soupir. Le dirai-je? ce monstre hypocrite et barbare , Feignant qu'il ne peut voir ce spectacle d'horreur , D'un si lugubre objet rioidement se sépare , Foulant aux pieds l'anioui', le devoir et l'honneur. Frémissez: ce brigand , l(»rs(|u'elle vit encore . De sa mère ravii les effets précieux , Dépouille sa maison , la miit ; et , dès lainore , En déguisant sa joie , abandonne ces lieux.

D'IIermance, cependant, la nourrice fidèle ï*arle , d'une voix tendre . à ses sens assoupis , Ouand nii insl.inl . n (ici! la mort s'éloigne d'elle ; Soudain , son œil se rouvre elle appelle son fds !

• Onoi ! mon fils m'a <juittée ! ... » Aussitôl elle <^\pii(< Kl Ton enlend sdu àmr . on sCnvolanI . gé'ujir ,

A « <•! affreux i«'<il , voire ((riir sr d(Mhii'< .* \ ^»n^ èles indigFiés . r| j(^ \ous v«)is frémir.

• — 1,11 si lâche abandon dni . sm ( »• liUccMipablr .

- Mlirrr . dilrs-xoii'^ un liieii liini-sic suri . Du (il) il iiici il.) 1,1 ( iijci'r implacable.

• Il ImiiIcs les hoirours d'un*" eflid\able inorl. •

— Pnssfssciii , rn effrl . i\r ricl|i'ssc> iinnirnscs .

Los plaisirs , le désordre , et d'infâmes amis ,

Furent les instrumens des célestes vengeances ;

Lui-même , il se créa ses mortels ennemis.

Sa ruine est complète : accablé de misère ,

Et des cruels remords pressé par l'aiguillon ,

Hors d'haleine , il s'écrie : « 0 vertueuse mère ,

» Vois ton indigne fils implorer son pardon.

•' Le malheur seul pouvait dissiper ces ténèbres ,

» Qui me tenaient plongé dans une épaisse nuit :

» Sa main, en me frappant , rompt leurs voiles funèbres ;

« De la raison , enfin , le pur flambeau me luit.

» Trop heureux ,je n'avais jamais versé de larmes:

') Qu'amères je les sens pour la première fois !

» Ton souvenir si doux m'y fait trouver des charmes :

» Amers sont ces plaisirs dont j'écoutai la voix.

» Prosterné sui* la tombe où rej)Ose ta cendi'c ,

» Si mes pleurs , mes sanglots , pouvaient la ranimer,

» Ciel ! tes derniers acccns se font encore entendre :

» Mon cœur s'ouvre h l'amoui* qu'ils savaient m'exprimer.

» Chère ombre que je vois , daigne m'étre propice.

» Ah ! quel tendre regai'd ! quel céleste souris !

» Arrête un Dieu vengeur , appaise sa justice :

>' Du pécheur repentant (|u'il entende les cris !

» Je sauiai tout soufhir pour expier mon crime ,

» La dure pauvreté , les mépris insu! (ans.

> Vous dévore/ mon cœur , feux brùlans de l'abnno :

« Ah ! pour un fils ingrat , c'est peii de: vos tourm(Mis.

30Ô l'édit.ation.

» Oiicllo clarté soudaine a traversé la nue? . . . » Mes yeux tournés au ciel ont cru l'apercevoir. » J'é{)rouve dans mon âme une joie inconnue. » Eh (]uoi ! n'y sens-je pas naître un rayon d'espoii- ? ï Viens-tu la délivrer des douleurs de la terre ? » Du corps qui la souilla rompre les vils liens? » De tes ailes viens-tu , sous l'ombre tutélaire , » L'emmener, avec toi , dans le séjour des Saints ? » Défaillant, h genoux : «Dieu bon, faites-moi grâce. » (irâcef)Our]e jiéclieur , pleurant sur sesfnrfaits. » Il dit : colle sa bouclie au marbre (pi'il embrasse ; Et son âme , en priant , au ciel s'envole en paix.

De la sngesse , ainsi , les préceptes aimables , Trium|)lK'nt . à la fin , des vicieux penchans. Frap[»ante vérité ! les cœurs les plus coupables , Dès leur retour ii Dieu , cessent d'être méchans.

Ces lu^Mibres Lildc.mx , vous navicnl «le tristesse :

De pitié, de terrein- , j(^ vois v«ts fr<mls |»âlir.

() in.illieurcux pareils! malgré voire tendresse ,

llcl.is! vous redoutez un pareil avenir.

\<»lre iinifjne salut . vntic seule espérance.

Est ce culte oublié , source de l<»iis nos bi<Mis.

Le |>éiil vojis ponisuil partout, en son absence:

Eli ! (jue ris4juerie/-vous «le vous montrer CluélienR?

Il «•^;.'ile iVwu fils l.i ua'wo in^'ralitude ,

t.el oubli d'iMie !(•! ipii m onlniinr ipi niiium

CHANT DOUZIÈME. MW

Tremblez , de vos vieux ans la triste solitude , Est le sort mérité qui vous attend un jour.

Pourquoi tardez-vous donc à suivre une autre voie ? « Nous y fesons marcher , dites-vous , nosenfans. » Vous mêmes , avant eux , il faut qu'on vous y voie : Sans votre exemple , hélas ! à peine adolescens , Au gymnase étaient-ils soumis à la sagesse , Libres , leur voix l'outrage , et brave les témoins. N'espérez plus , alors , qu'une triste vieillesse , Abandon , déshonneur , digne prix de vos soins.

Chers citoyens! et vous , pèresde la patrie (15) ! Nous tous , dont la jeunesse observe et suit les pas ! Des maux publics la source , alors , sera tarie , Quand , moins indifférens envers Dieu , moins ingrats, On nous verra pour lui brûler d'un même zèle , Et faire , h ses autels , l'hommage de nos cœurs (16). Si des saintes vertus nous n'offrons le modèle , Qu'altendrons-nous , hélas ! de nos imitateurs?

Voyez- vous la patrie , en deuil , versant des larmes (17)

Mêlés à ses sanglots , l'ecueillez ces accens :

« Pounjuoi m'aflligez-vous de troubles et d'alarmes,

» Et de mille douleurs , ô trop cruels enfans ?

» Vos mépris , votre oubli des doctrines sacrées ,

» De ce lait doux et pur dont je vous ai nourris ,

» De ces lois (jn'aux aulols vous avez tous jurées.

3(i2 LÉDl CATION.

" Engoiulront vos fléaux , aveuglent vos esprits.

» Quoi I lorstiue de tous biens croît pour vinis rabomlance,

» Et (jue le ciel se plaît h bénir vos travaux ,

» Il ne reçoit de vous que lâche indifférence ,

» Extravagans désirs, crimes toujours nouveaux?

» De votre mère , enfin , écoutez la lendiesse ;

- Pour être heuieux et bons , je vous donnai le jour :

» \e laissez point se perdre une aimable jeunesse .

» 0"'^'iiflî»nime, aux piemiers ans , un si pieux amour. »

Non , il n'est (pi'un espoir : c'est que notre présence Dans les temples siiciés attire aussi Icuis cœurs : Oui , cbers amis , l'exemple est toute la science , V<»ur exciter au bien leurs constantes ardeurs. Soyons religieux , et ces enfans dociles , Sans unirnuires, suivront nos justes volontés. \e cherchant le bonheui- que dans les arts utiles . Ils accn»îlront le cours de nos prospéril(''s. Plus sages, rend(»ns-les pins beui'eux(iue leurs pères (l.S ; Quo , par nos longs débals , insiruits , désabusés , Dans leurs jiréleiilions ils soient moins téméraires , V renont eiil . jibilol (|ne délie divines. Puisseiit-i]>, . iiiinix iiisiiuils. < liasser de nolir leii«» re> maux . qui loril verseï laiil de sang et de pleins : ()ni.<bassn . pdui jamais, lindigence et la guei r<> [\*J^ ; Sui' la paix . la jusii((>, asseoir les lois, les nui'urs (20^ ! I.a paix aux nalious ! les\icos. l'ignorance 21' . De» peup|('«, p(»lir«'s snul les seuK ciiMciui'^.

Les vertus , le savoir , travaillent l'alliance (22) ,

Qui doit , par de saints nœuds , les rendre tous amis.

Qu'avec la liberté , croisse la garantie (2.3) ,

Qui la met à l'abri de la sédition !

Favorisez , surtout , l'heureuse sympathie (24) ,

Des aimables enfans pour la religion.

De leurs meilleurs destins le désir le plus tendre ,

Echauffa ma pensée , anima mes accens.

Ah ! puissent-ils se plaire autant à les entendre ,

Que j'ai senti, pour eux, d'amour dans ces doux chants !

Mais , suspendons la lyre : Adieu , paix des campagnes , Vignes , riants coteaux , bois , vallons toujours verts ; Adieu , sommets d'azur des lointaines montagnes , Où mes yeux, dès l'aurore , allaient puiser ces vers ! Adieu , momens si courts d'un loisir plein de charmes ! Hélas! tout fuit ainsi.... Muse, adieu, pour long-temps. Je vais quitter, enfin , mes pacifiques armes , Et de chers souvenirs , récréer mes vieux ans.

FIN niî DOUZIÈME ET DERNIER CFIANT.

(1) Combien j'ai souhaité qu'une touche brillante

Ce n'esl point ici une fiction de potle : il y en a fort peu dans ce poème. C'est le vœu le plus vrai qui soit jamais sorti d'un cœur d'homme. Pondant les longues années que j'ai enseigné , soit à Paris , soit au Mans , j'ai bien des fois manireslé le désir qu'un poî-to habile fil do l'éducation l'objet de ses chanta. J'ai signalé ce sujot comme le plus riche et le plus digne d'exercer un beau talent. Quel bonheur c'eût été pour moi de voir paraître un tel poème '. Je me serais bien gardé d'entreprendre le mien. Chaque fois que j'ai été assez heureux pour roc trouver avec dos hommes versés dans la littérature nationale on étrangère , je me suis cnqiiis d'eux , avec grand empressement, s'il> ne connaissaient point de poime sur l'oducilion. Il a fallu que j'aie été vivement poursuivi de l'idé • de remplir celle lacune linéraire, pour qu'arrivé à mon dixième lustre, au milieu de travaux que l'âge devait commencer à rendre pénibles , je me sois dévoué h une entreprise qui a exigé tant de veilles , et le sacrifice de tous mes loisirs. Je dis de mes loisirs, car elle n'a jamais rien pris du temps que je devais t mon rmploi, comme il arriu-, quelquefois, ;"! ceux qui, se fesanl auteurs , négligent leurs devoirs pour satisfaire leurs goûts ou leurs spi-culations ; c'est , au contraire , dans les soins d'un ouvrage si analogue avcimon rmploi , que j'ai souvent puisé dos méditations , des inspirations . pour nourrir mctn ens<-ignemenl.

Je n'ai point travaillé mon poème en secrol , comme ceux qui crnigneni qu'on ne leur enlève un sujet chéri. J'en ai fait de fréquentes lectures, Miit en particulier, soit en public ; et si , au moment mémo do publier ce fruit de »i long» et si conslam rirorls, j'cusw eu connaissance d'un poèm»: »ur l'i-duralion , le mien n'aurait pas vu le jour. Que la critique, qui ne manqni-ra pa* de (|uoi exercer non lèlo , fass»- mieux que moi , je serai le premier U lui applaudir.

(2j Prenez, prônez ma Ivre, A vous qu'Apollon aime I

Je n'ni jamni* rien tant Miiili.iilé (|ui- de voir parallio un piM nie siii reilnrnliiin. Pendant lu longin- /liilMir.itinn du mien, je conservais loujour» r^t espoir. Ki , mif'S moi , (|iieli|iie po*le sacré le rOalis" , mon rnibrc en

tressaillera d'allégresse. Celte pensée adoucit dans mon àme le regret d'une si tardive entreprise , qui demandait quelqu'un bien supérieur à moi en talens comme en vertus. J'en réitère volontiers l'humble et sincère aveu.

(3) La science , sans vous , n'est qu'un reflet trompeur.

La science , sans les lumières de la religion , est une partie séparée de son tout ; car la science de la religion embrasse tout ce qui est , et tout ce qui peut être. Elle apprend à connaître Dieu , l'homme et la nature. Il ne peut donc exister aucune science , aucun art , dont elle ne soit le centre. Elle a , dans tous les temps, présidé au développement intellectuel et inspiré le génie. Quand son esprit s'afTaiblit dans l'homme , les œuvres du génie humain perdent aussi de leur majesté. Comparez les temples du XVIIP siècle avec ceux des siècles antérieurs ; combien l'élégance de l'architecture grecque et moderne le cède à la majesté gothique, sublime expression de la Divinité ! Les vraies lumières sont des rayons du flambeau divin , unique foyer de chaleur et de vie durables , de bonne science et de joie pure. Le XIX^ siècle est remarquable par un immense progrès dans les sciences naturelles et industrielles. Cette élude approfondie de la nature , toute remplie de faits mystérieux qui surpassent la raison luunaiue, opérera nécessairement le retour de cette raison désenorgueillie , à celte aimable religion dont les mystères ne doivent pas plus lui coûter à admettre que ceux de la nature ; et alors, quelle sera ardente et sublime l'adoration de l'homme éclairé par un savoir dont il sera devenu capable d'apprécier mieux les bienfaits et la fin 1 La science doit nécessairement opérer , un jour , celte grande amélioration dans le moral de l'homme.

(4) Nous sommes avertis par sa sinistre odeur.

Les plantes vénéneuses , même les plantes narcotiques , exhalent une odeur nauséabonde. J'ai vu plusieurs fois , dans un pré , les bestiaux marquer , par le bruit de leurs narines , une sorte d'horreur , à l'approcht! de la ciguë. Les pavois de nos jardins sont magnifiques ; leur odeur est désagréable : Nimiutn ne crede colori. L'hypocrisie exhale quelque chose df semblable qui nous avertit.

(.5) Recevant scscUirlés, d'aiilres académies,

Les Sociétés des arts établies dans beaucoup de villes , contribuent aux progrès des lumières. Ces réunions , composées d'hommes cultivant diverses branches des sciences et des arts, doivent en répandre le goftt dans leurs cités, auxquelles elles ajoutent un certain éclat. La Société royale d'agriculture, sciences et arts du Mans, est une tics jibis anciennes; elle tient régulièrement ses séances deux fois par mois, cl donne , chaque année , une séance publique , où elle distribue des prix h roux qui se sont

disUngui^i dans qutlquc iuJusliie. Plusieurs de ses nieiubres uioils el \iraiu, oui illuslic leur nom par d'imporlaiis ouvrages. Quelqui's-un> font partie des coniirès scientifiques, aulre> réunions nouvollemenl établies, qui portent dans différens lirux leur fécondité ; elles prouveul que l.i capitale u'cit pas le centre uuique des taleus et des conuaissances , el que les provinces entrclienncnl , aussi , le feu sacré.

(6) Dans nos grandes cités, ornement de leur gloire,

Les livres sont devenus le premier besoin des peuples civilisés. Aussi , toutes les grandes villes possî-dent-elles, maintenant, une bibliothèque publique, près de laquelle se trouvent un musée et un cabinet d'histoire naturelle. 11 est permis à tous d'aller puiser , dans ces riches dépôts , les trésors de la science. Dans quelques-uns, on suit des cours pour l'intelligence de divers idiomes, des manuscrits et des chartes des différens âges ; et l'on a sous la main tous les matériaux nécessaires pour ceux qui font ces cours ou qui les suivent. Il serait à désirer qu'ils eussent lieu dans louirs les bibliolhiques. Ces bcaui établissemens prendraient une nouvelle vie par ralTluonce d'auditeurs qu'attirerait la science parlantr d'un tloquent bibliothécaire. Il leur ferait connaître les livres rares , les manuscrits curieux et les chartes qui y seraient conservées • ; il exciterait un vif intérêt en exhumant des richesses qui demeurent enfouies dans la poussière ; il ferait connaître la substance d'une foule d'ouvrages qu'on ne lira jamais , et recueillir ainsi, sans peine , lis fruits des \ cilles di' tant d'homme» lalwrieux.

Ces inépuisables mines de sciencj' ne sont pas exploitées avec autant de prolit qu'elles devraient l'être. Elle pourraient se communiquer mutuellenieiit leurs riche^M>s. Que de doubles inutiles à échanger contre d'autres (•u\ rages manquans ! Un bon système d'érhange des livres surabondaiis , non M'Ulenient entre toutes li-s bibliothèques de France, mais de l'étraiigei , v.rait un heureux résultat di- la bonne intelligenci- entre les peuples. Ces bienfaits de la paix ne wTaient-ih pas préférables aux plus éclatantes \ictoiret, presque toujours funestes aux objets d'arts , dont le \,iin(|nenr fait U proie , ou que détruit le fléau de la guerre ?

• l.'Êculedescliarle* trouve ici sou utilité. Cette f-lcole royale des charl. s itl fondiV pur l'ordonnance royale du 1< novembre 1H3U. Il faut tivoii ilix-huit un» , Mre bachelier en-lettres, pour y entrer. Le cours d'étude e-.! de troi% uuk : il y u huit ihtes peiis.onnaires qui oubisM-nt un eianii ii ibaque ann<-c; aprit relui de lu troisième année, l'élève <|ui u bien salis fait , rc«;oU le litre d'urchivlAte-paléographe , le(|ucl donne dmil d'élrr udmW aux itnpluii de l>ibliolhé> aiie , d'être employé aux archive» du iu)aume ou de^ départetneu», ou , enlin, d'être employé aux travaux hiMoiit|u< « qui s'eiéculenl piii le^ ordii^ u niinUlri' de l'instrudion publique.

DI' DOUZîÈl^iE CHANT. 367

Les clubiisscwcus d'iusli uction publique , dos collèges , ne sont pas encore meublés de bibliolbèqucs qui répondent à leurs besoins. Et dans quels lieux peuvent-elles être plus nécessaires ? Quelles maigres éludes font nos élèves , sans la lecture des bons livres I II n'est point de grande bibliothèque dont on ne puisse en tirer une suffisante pour le collège de la ville où elle se trouve. Quel immense avantage eu recevrait la jeunesse studieuse et ceux qui l'enseignent I

La difficulté pour les élèves externes , surtout , de se procurer des livres , et le peu de surveillance exercé sur eux à cet égard , sont , en partie , la cause du manque de lecture convenable qui s'oppose à leurs progrès, ou du mauvais choix de leurs lectures , qui est un bien plus grand mal encore. Le plus urgent service à rendre aux étudians, est donc de former, dans tous les établissemens d'éducation, une bibliothèque assortie, à l'usage de tous , internes tt externes , d'exiger d'eux une analyse de chaque volume , non pris au hasard , mais sagement choisi ; et surtout d'exciter l'émulation par des prix de lecture dans chaque cours. Cela se pratiquait ainsi , de mon temps, aux collèges de Tours et du Mans.

(7) Qui de l'esprit humain conserve les honneurs.

Au milieu de cette immense collection de livres de tout genre, rangés dans un ordre admirable , l'esprit méditatif est saisi d'une grande pensée : l'homme créé imii;ortel , perdit son immortalité par un désir de science qui lui était interdit. Devenu sujet à la mort, en punition de sa désobéissance , la fcienre lui rend eu quelque sorte sou immortalité , puisque la vie de tous les hommtsqui se succèdent, en se transmettant leurs pensées , est une continuation d'existence qui ne fait, pour ainsi dire, qu'une seule vie , passage du temps à l'éternité. Cette transmission de la pensée d'ùge en iSge est maintenant garantie , sans inleiruption , par l'imprimerie , qui multiplie les bibliothèques chez tous les peuples civilisés; et l'ou n'a plus à redouter les elTets d'un désastre semblable a celui qu'éprouva la fameuse bibliothèque d'Alexandrie , par l'incendie qui en consuma quatre cents mille volumes , h la prise de celte ville par Jules-César , et par sa • lestruction entière sous le calife Omar , qui en (il chauffer les fours et les bains pendant six mois.

(8) Un arl , préseul fécond de la Divinité.

Plusieurs auteurs reconnaissent pour premier inventeur de l'imprime: ic- Jean Mentel , de Strasbourg, en 1440. Us disent qu'il employa Guii.mbcrg , orfèvre , pour faire des moules, et qu'un domestique de Menti I , communiqua tout le secret il Guttembcrg , qui s'en alla avec ce domesticiue à Mayence , où il s'associa à Faust , riche marchand. Ces auteurs rapportent des lellres-patenles de l'empereur Frédéric III , dans lesquelles cd enqicreur vecoiuiaît J. Mentel, seul inventeur de l'imprimerie , cl lui

permit de placer une couronne d'or sur le lion qu'il portail pour armes. De verà typographies origine. Parisiis, 1650. D'autres disent que Gultemberg inventa les lettres mobiles en 1A50, et qu'ainsi , il fut réellement l'inventeur de l'imprimerie qui est aujourd'hui en usage. 11 s'associa Faust et Schœffer.

(9) Renaît à l'infini, par son type enfanté.

On est effrayé du bien comme du mal , que cette reproduction indéfinie de la pensée peut causer. C'est la vapeur , dont la force immense peut 3»oir des résultats incalculables de vie ou de destruction. L'usage de l'une comme de l'autre , exige une grande sagesse , une grande énergie de répression. L'influence de l'imprimerie sur l'éducation , sur toutes les opérations de l'esprit humain, a dû fnpper le li-gislaleur de la nécessité de régler son action toute-puissante. Si elle a arraché l'esprit humain à sa léthargie, elle lui a zw'^^'t communiqué un cia-s de vie, qu'il est bien important de modérer. Elle a tout ravixé, tout renouvelé , sciences, arts, mœurs; mais elle perdrait tout sans de sages lois.

(10) La lecture enrichit les esprits studieux.

Une sage direction des lectures est une source évidente de solide instruction. Rien de plus nuisib'c aux élèves que de laisser à leur choix cette nourriture de r;"imc. Voilà pourquoi j'ai vu , dans ma jeunesse, au collège do Tours, une bibliothèque dont les livres étaient donnés avec disoernenient , selon l'Age et le degré des études , avec lu condition d'en remettre l'analyse qui seule en pouvait assurer le fruit , et qu'on encourageait par un prix. Il y avait aussi un prix d'explication des auteurs , un prix de travail et de bonne conduite, et un prix de mémoire. Ces quatre choses constituent le fond de l'insiniclion et de l'éduralion. Il serait donc utile d'en rétablir les prix pour les maintenir en vigueur.

(11) Mondain propafjateur des leçons d'Epicure ,

Les écrivains de Louis \IV répondaient .'i sn grandeur. Voltaire fut tout imbu de la corruption du rî-gnc suivant. Sa philosophie est aujourd'hui jugée ; elle résume cette époque. Le scepticisme qu'elle enseigne , détruit toute ciiilisation. On en a vu les tristes effets , et ses adeptes en ont été , pour la plupart, l«s déplorables \irtinii>s. Le style élégant et malin de Vollairi- a des attraits pour h-s i-sprits superficiels , et déjA détouniiS de In *crlu. Mai» , toutis sos doctrines ne peuvent plu» supportt r un sérieux namrn : la France, trop long-lemps veuve de son culte , qu'il outragea indignement dans h-« loiipubles écrits , y revient de plu» en plus, a\ec iiniouf. Au bidiux M-i'|ilirisme qui dissout k-s liens le» plus cher», turcède la foi rrligieuM* , qui «M le pn*mier besoin du ra-ur , parce qu'elle en adouril Int peines , ri qu'elle est la souiee de tout bien. Les komme» égaré*, mai* linorr*. ont dit avec Horare:

DU DOIZIÈME CHANT. 369

Pareils (koruin ciillor, et infrequens ,

Insanienlis dùm sapienliae

Consultas erro , nunc retrorsùm

Vêla dare , atque iterare cursus

Cogor relict05. Hor. Od, 28, livre I.

Les plus mauvais écrits de Voltaire ont été répandus avec une incroyable profusion. Mais le nombre de leurs dupes diminue chaque jour, à mesure que la saine instruction répand de tous côtés son radieux et pur flambeau , qui s'est rallumé au foyer sacré, pour briller avec plus d'éclat que jamais, et ne plus s'éteindre. La prose et les vers , échauffés de ce feu divin , enflamment les âmes sensibles d'un noble enthousiasme pour tout ce qui est beau. On fera tojours ses délices du chaste Virgile et du tendre Racine, son harmonieux imitateur ; mais le dur Lucrèce n'aura jamais que peu de lecteurs , quoiqu'une main habile ait adouci , dans une belle traduction en vers , la rudesse de ses traits , et mitigé la licence de ses pernicieuses doctrines. La Henriade , ce chef-d'œuvre de Voltaire , est un poème froid. La monotonie des vers qui tombent de deux en deux, fatigue le lecteur , quelle que soit, d'ailleurs , la brièveté des chants. On est surpris de bailler en lisant de beaux vers : c'est qu'on n'y trouve aucune touchante description de la nature, «On n'y trouve pas même do l'herbe pour les chevaux, » a dit plaisamment quelqu'un. Son triste séjour à la Bastille , où il travailla ce poème , ne repaissait ni ses yeux, ni son imagination de beaux tableaux. L'esprit d'impiété y perce en cent endroits, tandis que, dans cent autres , le contraire est alfecté : voilà ce qui vous glace. La franchise est la première condition pour plaire, pour intéresser :

Rien n'est beau que le vrai, le vrai seul est aimable. (Boil.)

Les Pères Porée et Lejay , professeurs de Voltaire , i'avaient bien jugé , quand ils avaient prédit qu'il serait le porte-étendard de l'incrédulité ; mais de plus en plus la foule déserte celte enseigne de malheur.

Quant à ses pièces de théâtre , voici le jugement qu'il en porte luimême : « De tous ceux qui prisent ces bagatelles ce qu'elles valent , je «suis peut-être celui qui y met le plus bas prix. Enchanté des chefs- -d'œuvre du siècle passé, autant que dégoûté du fatras prodigieux de « nos médiocrités, je vais expier les miennes, en me fesant le commentateur • de P. Corneille. » ( Lettre sur la traf;. de Ziilime. )

Pour revenir à ses principes philosophiques , disons que la société veut vivre, et que les hommes veulent être heureux. Or, c'est ce que n'apprend point la doctrine du vil intérêt , prêché par Voltaire , comme l'unique mobile des actions humaines. O Vincent de Paul ! la moindre des œuvres d'une de tes Sœurs de charité , ne vaut-elle pas mieux que toutes les œuvres de ce philosophe, douticsderniersmomens n'offrirent que des scènes de terreur , de remords et de désespoir ? « llrpréscnle/.-vous , a dit son

médecin, M. Tronchct, lootes 1»^ fureurs d'Oresle , vous n'aurei qu'une faible idée de celles de Voltaire dans sa dernière maladie. ■>

• le crinic, qui dul lui causer les plus cruels remords à son agonie , fut d'avoir , par la souillure de ses vers licencieux , profané la gloire de l'hcroïne française plus indignement que les Anglais , par l'alTreux supplice qu'ils lui firent subir. Oui , la vierge guerrière aurait , sans hésiter , préféré le bûcher à une pareille infamie. « Ce fut , dit le premier écriraiu de notre époque, le crime du génie, la débauche du talent. ■>

Si les philosophes du siècle dernier revenaient à la lumière , et qu'ils apprissent tous les maux causés par leurs écrits, croyons qu'ils en auraient horreur. • Le parti philosophique , dit un judicieux écrivain , fut un pea

• comme une armée d'invasion , qui entre dans un pays , sous prétexte de iTaffranchir, et qui brûle, pille, saccage, détruit. Ainsi, dans le champ

• de la morale, ces écriNuins , qui ne voulaient que ruiner quelques pré-

• jugés , fuiirent par attaquer la spiritualité de l'ilmc , la réalité de la

• conscience, la liberté de la pensée humaine, et Dieu même. » (Tableau du 18' titclc , par Villcmain. )

• La philosophie du 18* siècle , a dit encore un grand orateur , n'a eu

• de l'homme qu'une incomplète et petite idée. Elle a méconnu ce qu'il » porte en lui de plus noble et de plus pur , ce que son sort a de plus élevé

• et de plus beau. Elle n'a point vu , en lui , cet être sublime , immortel ,

• animé du soudle divin, qui concourt, en traversant celte vie , à une

• œuvre diNine , et doit recevoir , ailleurs, le prix de son travail. FUc a,

• surtout, considéré l'homme dans ses rapports avec le monde matériel et

• actuel ; vouée à la mission de changer sa condition terrestre , elle n'a

• guère étudié en lui que le côlé par lequel il tient à la terre. » ( Discourt de AI. Cuiznt, lors de ta réception à l' Académie française.)

Toutes les sectes nouvelles , comme les acciennes, tomberont devant le christianisme, parce qu'elles ne pcuMi-t et ne pourront jamais subir un examen consciencieux. Li-s partis , les divisions politiques et religieuses cessant, les esprits portés , dans le calme de la réllexinn , à a'I examen , rcronnaltronl , de plus en plu» , le chrislianisme comme la seule doctrine éminemment sociale, pouvant seule supporter cet examen impartial , dans le silence des passions, sous (luehjue rapport (lu'on le considère.

Les plus célèbres philosophes semblent s'être entendus pour é<-rire , en m^me temps, nu milieu du i8* siècle. Gaiigonelli <'cri»ait aussi, ù la même époque, et parlait d'eux avec autant de modération que de politesse, parce que «on ûme était calme, autant que sa doctrine était puri' ; c'était roimnMe et nimple vérité (|ui rt-slc loujiMU» la même, comme l'a/ur du ciri , tandis que l'erreur passionnel- m- dissipe comme un nn.ige orageux. Quaii ttmputat trantitm rnt iwpiui : juttui , atilcm, qua$i fiind,iwenfiim t€wpiternutr, (P»OT.) Déplorons les erreurs du génie, et .idinirons la

lionne scier.ce qui a t-u les faire servir au triomphe tle la vérité et au progrès des connaissances humaines. (Noie presque toute extraite.)

(12) Jamais , à vous charmer, sophiste plus habile ,

Je blesse, à regret, les admirateurs de ces deux hommes célèbres; ils ne sont pas à portée de voir de si près que les instituteurs de la jeunesse , le mal irréparable que lui font les livres de cette école impie. Je parle avec la franchise d'un maître et d'un père, instruits par une longue expérience. La morale de J.-J. Rousseau est moins cynique que celle de Voltaire. Celui-ci est un sceptique moqueur , quelquefois même un matérialiste déhonté, qui avait détrôné l'ûme immortelle, pour lui substituer le sensualisme d'Épicure. Il pousse au dernier degré le libertinage d'esprit. L'autre , cependant , est peut-être plus dangereux encore , parce qu'enflammant l'imagination par les charmes du style, il séduit, à la fois, et l'esprit et le cœur. Il insinue ses poisons jusqu'au fond de l'ùme ; c'est un véritable enchanteur. Il captive toutes les facultés morales et intellectuelles d'une jeunesse sans expérience , dont il flatte la passion dominante , l'indépendance. Il lui ôte tout frein religieux et civil , pour lui faire adopter une sorte de religion naturelle, c'est-à-dire, une liberté indéfinie de conscience et d'action. Ce spiritualisme a le même résultat que le matérialisme. Nos institutions , nos mœurs , sont des préjugés à ses yeux , et nos maisons d'éducation, de risibles èlablisscmens. Il ne craint même pas d'avancer, comme vérités incontestables, les paradoxes les plus révoltans contre les arts et les sciences qu'il signale comme des causes de corruption., tandis qu'il ose présenter l'ignorance comme la source des vertus.

On sait que le discours où il invective contre les arts et les sciences } fut couronné par l'Académie de Dijon , en 1750, époque funeste aux saines doctrines comme aux bonnes mœurs. Ce discours est , en effet , un chefd'œuvre de l'art de présenter comme pure vérité , l'absurdité la plus révoltante. Se proposant de mêler ù sa satire l'éloge de l'ignorance , il commence par se dire un honnête homme qui ne sait rien , et qui ne s'en estime pas moins. Cet aveu d'ignorance , est-il de la franchise et de l'humilité , ou plutôt , hypocrisie et orgueil ? Il donne ensuite à ses juges, pour les disposer en sa faveur, les louanges les plus flatteuses sur leurs lumières et leur intè^ritè. N'était-ce pas se moquer d'eux ? Il pose en principe qu'il n'y a point d'elfet sans cause. « L'effet est certain, dit-il , la dépravation réelle; et nos ûmes se sont corrompues 5 mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés dans la perfection. » Après l'exposé de ses raisons, il s'écrie: « Que ces réflexions sont humiliantes pour l'humanité 1 Que notre orgueil on doit être mortifié I Quoi ! la probité serait fille de l'ignorance ? La science et la vertu seraient incompatibles? »I1 se plaît donc îv humilier les hommes, qui forment , dit-il , ce troupeau qu'on appelle sneiélr. ■■ Il avilit de nifrae

les coDDaissaoces humaiDes, dont il assigne ainsi roriginc : i L'astronomie eît née de la superstition ; l'éloquence, de Pambilion , de la haine , de la flatterie , du mensonge ( ô grands niaitres, qui avez déSni l'orateur : l'ir prvbut .' ) ; la géométrie, de l'avarice; la physique, d'une vaine curiosité; toutes , et la morale même , de l'orgueil humain. Les sciences et les arls doivent donc leur naissance à nos vices. > Il dit plus loin : < Si nos sciences sont vaines dans l'objet qu'elles se proposent , elles sont encore plus daugertuses par les effets qu'elles produisent ; nées dans l'oisiveté , elles la nourrissent.... Si les travaux des plus éclairés de nos sa\ans et de nos Oicilleurs citoyens nous procurent si peu d'utilité , dites-nous ce que nous devons penser de celte foule d'écrivains obscurs et de lettrés oisifs..- , que dis-je? oisifs!... Ces vains et futiles déclamaleurs vont de tous côtés , armés de leurs funestes paradoxes, s<ippant les fondcmens iL la foi et ane-antiisant la vertu. • Ici , ne croit-on pas entendre une phrase d'orateur chrétien? Ses écrits, offrent, parfois, de pareilies contradictions ; ce qui prouve que , par un travers singulier et assez commun de l'esprit humain , la foi peut se trouver mulée avec l'impiété. Demones crcdunt... et trcitiUcunt.

• Si la culture dos sciences est nuisible aux qualités guerr'.î rcs , dit-il ailleurs, elle l'est encore plus aux qualités morales;... c'est dî-s nos premières années qu'une éducation insensée orne notre esprit et corrompt notre jugement. Je vois , de toutes parts , des établissemens immenses , où l'on élève à ^'^a^ds frais la jeunesse , pour lui apprendre toutes choses , excepté ses devoir*. • La prévention et la mauvaise foi ne sont-elles pas ici portées ù leur comble ? Quelle idée dut-il a\oir lui-même du jugement l^'une compagnie qui , avant tout , devait considérer le vrai , et qui décerna une couronne à ce tour de force du sophisme paré des charmes du style, ù une diatribe contre l'ordre social , auquel est préféré l'état sauvage, par une sorte de gag<-ure de se faire applaudir en soutenant une mauvaise cause; ce jugement, «pii caractérise une épocpie de décadence, suscita un bien dan);iT<-ux iiiiicnii aux doctrines et aux institutions. l)é\oré de lu soif de la célébrité , il vit que la cause de la vérité n'étant plus en faveur , le plu* BÛr moyen de se rendre célèbre, était de mettre en vogue des contrevérités hardi<-s, en les fardant de brillunle» coulturs.

Aujourd'hui, la magie de son si) le n'est plus capable de déguiser ses ftophi»ui<>«. Il voulut tout n-fundre , jusqu'il la musique, et il ne fut pas meilleur niusii ien que philosophe. Cnninit-nl a-t-il pu écrire un volume pour subslllurr a iioirr niuniire si nulureUe , si pittoresque , de noter la musique , que l'a-il «oisit a\<T liint de facilité, une t'rrilurr en ligne droite, )|ui ne |M'int rien ? KlliToii\ii-nt , liuil uu plus , aux aveugles, au loucher desquels pnivent érUapp«T les n<)lr< qui sont ou-dessus on au-de>sous dr<i portcrs. L'ex|M ri< <ii r i ilnnné uu pareil démenti <i touti-s les uuln-s théorie»

sorties de la plume d'un écriïain , qui , n'ayant point fait d'études régulières dans aucun genre , ayant vécu à l'aventure pendant toute sa vie , dans une conlradiction continuelle , dominé d'ailleurs, comme Voltaire, par l'orgueil le plus irritable, n'a pu penser ni écrire avec un jugement sain. Aussi , quoiqu'il eût pris pour devise : Fitam Impenderc vero , tous ses mivrages , aussi nusibles aux bonnes mœurs qu'à la cause de la vérité , doivent-ils être, comme ceux de Voltaire, signalés à la jeunesse, si facile à séduire par les charmes du style , comme l'écueil le plus redoutable aux bonnes études et ù la vertu. Ils la plongent inévitablement dans les ténèbres et le malheur. « Combien ne voyons-nous pas, dit l'Ecriture, la «lumière des impics s'éteindre , un déluge de maux fondre sur eux , et "Dieu leur partager les eilcls de sa colère? » {>uoties luccvna impiorum. exlinguelur , et supcrvcnlet ris inundatio , et dolores dhldet Deux furoris sui. (JoB.)

Il est inutile aujourd'hui , m'a-t-on dit , de réfuter Voltaire et Jean- Jacques , parce qu'on les lit peu. Mais c'est toujours leur esj)ril que propagent les écrivains du jour formés à leur école; c'est avec les mêmes armes que ceux-ci continuent de faire la guerre aux principes religieux et conservateurs de l'ordre social. Ces disciples ingrats se rendent célèbres aux dépens <îe leurs maîtres , qu'ils se glorifient délaisser loin derrière eux. Le tigre fait entendre de sourds rugissemens, et le volcan fume toujours.

(13) Qui des enfans, sans nom, étend la race impure, Le tableau que présentent les statistUjues , de ce fléau toujours croissant,

est vraiment ellVayant. Le nombre des eufans-trouvés a triplé depuis cinquante ans, et celui des autres enfans naturels , quel est-il ? Quelle dissolution croissante dans le lien fondamental de la société, à mesure que la garantie religieuse diminue !

(14) Rejetez ces écrits , en forfaits si fertiles,

De tristes et trop iVéqucns événemens ont démontré que les mauvais livres sont une source inépuisable de crimes. Les lois ne sauraient trop sévir contre eux , et l'opinion a besoin d'être assainie , sans cesse , par les écrits propagateurs des bonnes doclrin(!S. C'est une précieuse institution que la Sociclc des bons livres. Honneur aux écrivains (|ui l'alimentent par les fruits de leurs veilles I Honneur au généreux Monthyon , qui a établi un prix annuel pour l'ouvrage le plus utile aux mœurs I Ces récompenses pour les actions vertueuses, sont de grands bienfaits envers la société, quoique les belles actions soient spontanées , cl n'aient point les récompenses pour mobile.

(15) Chers citoyens, et vous, pères de la patrie,

('i 11 ■ allocution , qui paraitra peut-être indiscrète , ayant coulé d;ins une tl*:s plus tendres effusions d'un cœur sincère et ennemi do louie (laiterie,

nous aïoiis hésité à la conserver , dans la crainte de déplaire , tandis que uolre ioleiiliun est toute bienveillante ; mais le vieil instituteur, se mettant lai-m>°-meau nombre de ceux auxquels elle s'adresse , ose espérer qu'une Térité qu'il avoue avoir mérité un plus digne iulerprètc , trouvera grtco dans les belles ûmes qui soupirent après une amélioration sociale , et appellent de tous leurs vœux des générations qui nous surpassent en vertus , en talens et en boDbeur.

(16) Et faire , à ses autels, l'hommage de nos cœurs. Après les guerres do religion , et depuis, sous la régence, les mœurs

furent Irèvdépravées. Elles se corrigèrent, cependant, et s'améliorirenl encore sous le règne suivant, où le chef de l'état donnait l'exemple de toutes les vertus privées. La révolution leur porta , de nouveau , la plus funeste atteinte, et la société fut ébranlée jusque dans ses fondemens. Le désordre dura longtemps , et le malheur fui une leçon terrible , mais salutaire. Le retour aux principes d'ordre a ramené, peu ù peu , les bonnes mœurs; et tout semble annoncer qu'elles s'amélioreront ù mesure que leur base s'affermira. Le passé et le présent offrent, du moins , l'espérance fondée d'un consolant avenir.

(17) Voyez-vous la patrie en deuil , versant des larmes ? La civilisation scientique fait des progri-s, mais la civilisation morale

rétrograde, si l'on en juge par le nombre toujours croissant des suicides, des vols et assassinats , des infanticides , des sacrilèges , des incendies , des aliénations mentales, des unions illégitimes, avec leurs tristes fruits, sans parler des ambitions démesurées, de l'impitoyable égolsme, et de celte défiance trop commune , funeste résultat de notre expérience. Le zèle infatigable il l'admirable organisation du clergé cotliolicjue , si bien secondé par le tendre détouemrni di- ces associations religieuses des deux sexes i\»c la Providence se plall ii multiplier en raison de tous les iK'soins et de toutes les misères, arrête la dissoluUon ; car les vertus laïques , seules, seraient impuissantes pour s'oppos«'r au torrent. Le corps ecclésiastique est l'unique dé|)osiiaitcet propagateur des traditions et dw doctrines conservatrices de la seule morale qui puisse donner à l'honiine le bonheur qu'elle lui prumcL Olei le clergé , il ne ri-sle plus «le moteur ; ùtez l»-» principes reliKieux, il n'y a plus de vie sociale. Elle s'affaiblit, comme elle renaît avec eux. Toute la société moderne repow sur le rlirislianisme; il est la base de tes lois comme de m-s mœurs.

(IH) Plus s;i^,'e.H, nuidoiis-les plus luMireux «|ue leurs piVes.

Il e»t pénible, mais il «-«t utile, d'offrir ù la jeunesse quelques tableaux de no» ti*mp4 mailirureux : qinri/ue ipie mitrrrima vidi. J'y ai mi'uii-été engaRé par tin iiini. J'ai donc dA surmonter ma répuuuinrr à rjp|H:ler U ma pvoMc d'uuMi Uitte» Miuvenir^, dun« rmlenliun de faire

mieux apprécier les avantages de la tranquillité , les douceurs d'une niii=' tuelle tolérance , et d'une indulgente charité. Un témoin ne peut être suspect , quand il parle de ce qu'il a vu , il y a bientôt un demi-siècle , lorsque les vieilles antipathies étant éteintes, ou n'est plus, après un si long intervalle , avenglé sur ses propres erreurs ; lorsque affranchi de tout respect humain , on ne s'épargne pas soi-même , et qu'on a dit du fond de son ûme : Bunum est , Domine, quia Inuniliasti me. Dans ces teriibles orages, la foudre frappait à coups redoublés le citoyen obscur, comme celui dont la brillante existence pouvait faire ombrage à l'envie puissante et au pouvoir soupçonneux. Pendant que les^cris de liberté retentissaient de toutes parts , chacun pouvait trembler pour la sienne; aujourd'hui, vous étiez en crédit, recherché ; et demain, vous étiez dédaigné, poursuivi. Une opinion franchement émise , et sans conséquence , pour le moment , devenait , dans quelques mois , un titre de persécution. On dénonçait un propos que la gaîté d'un repas avait fait naître , et qui , envenimé par la malveillance , vous fesait jeter dans les fers. Celui qui était frappé d'un mandat d'arrêt , trouvait difficilement un asile ; on tremblait de passer pour avoir eu quelque liaison avec lui. L'affaiblissement des sentimens religieux rend si pusillanime ! Oui , pour être courageux et lidèle , il faut de la foi... Chose horrible I La terreur arrachait la déposition d'un ami contre son ami que l'on croyait perdu.

J'ai vu les cachots de la Conciergerie. Celui que j'habitai d'abord, avait, pour lits , des boîtes semblables à des ceicueils , rangées côte ù côte , dans la circonférence d'une tour humide. Je fus admis, cependant, ù la pistole, où l'on payait dix francs par mois, pour être entassés , douze ou quinze , dans un petit réduit de bas étage , et privé d'air. Pendant vingt jours que j'y ai passés, ce cachot fut renouvelé trois fois. Au milieu de la nuit, nous étions lout-à-coup réveillés par le bruit des verroux. Un guichetier, avec sa lanterne et son énorme chien, entrait , fesait l'appel de ceux à qui il remettait leur arrêt de mort. C'est ainsi que les prisonniers appelaient leur acte d'accusation , écrit horriblement dérisoire , indéchillrable , où l'on ne pouvait lire que quelques mots de conspiration contre l'unité et l'indivisibilité de la république. Les uns, alors, se mettaient à genoux sur leur paillasse , priaient avec quelques tendres gémisseniens , puis , résignés à leur sort, nous adressaient, avec calme, leurs derniers adieux; d'autres gardaient un morne silence ; ceux-là paraissant n'éprou\cr aucune émotion, causaient librement , et s'en allaient comme ù l'allaire la plus indill'érente; certains regrettaient leurs femmes et leurs enfans, et les plaignaient de leur survivre. Lorsqu'ils descendaient de ce tribunal de sang , ils traversaient la cour au milieu de nous, au nombre de quinze , vingt , et souvent davanla^e. J'ai vu passer, ainsi , les vierges de Verdun ; elles nous dirent qu'on ne leur avait demandé 'lue leur nom. A leur tète était un vieillard

de soixiiule-douxe an», décoré de lu croix de Saint-Louis. Son noble nom, sa figure \eiiérable, et les éilifianles paroles que j'ai rocueillies de su bouche , pendant le peu de jours que j'eus le bonheur d'habiter avec lui , tout cela est resté au fond de mon cœur. Le beau Dillon , le célèbre Lavoisicr, le fameux comte d'Estaing, avec ses traits i;aposjns, sont présens à ma mémoire. Les membres du Parlement de Toulouse, dont je vois les visages étonnés, grossirent les fournées de ces jours désastreux. J'atteste, ici, que je n'ai jamais remarqué le moindre signe de pusillanimité dans aucune des nombreuses victimes qui , chaque jour, traversaient la cour de la Conciergerie pour marcher à la mort. Plusieurs morne la regardaient comme préférable à la vie.

J'ai comparu , ù mon tour, devant cet infâme tribunal. Je fus tiré de l'abime par la visible protection d'une Providence nii<éricordieusc , mais jeté immédiatement dans la prison de Sainte-Pélagie, où je vis des horreurs nouvelles. Ln prisonnier s'étant suicidé , dans un cachot voisin , on Gt , pendant la nuit , une perquisition sévère , dans laquelle on m'enleva , avec mon rasoir et mon canif, divers écrits, et les lettres de mon épouse •, avec laquelle je ne cessai point de corres|)ondre pendant cinq mois de détention. Les investigations les plus rigounuses ne découvrirent jamais le moyen que j'eniiiloyais , quelque simple qu'il fîit. C'était un de ces pots de terre, dont se servent les gens de la campagne, et dans lequel Diuu épouse m'envoyait mes alimens. Sous le bouton du couvercle de ces jiots , est im creux dans lequel j'insérais mon billet , recouvert d'un mastic de mif de pain. J'ai osé, quelquefois, plier dans ce couvercle concave jusqu'à quatre feuilles de pjpier, ainsi mastiquées. Les débris de légumes qui formaient le second enduit, ôtaient tout soupçon ; mais quelles cruelles angoisses n'éprouvais-je pas quand , à travers ma fenêtre grillée, je voyais le guichetier fouiller mon jmlage , tn tenant ce précieux couvercle renversé dans sa main ! Le Dieu dci malheureux était mille fois béni, lorsque ce pot attendu avec tant d'impalicnre m'arri\ait sain et sauf. Il m'importait peu qu'on eCit diminué de iimilie, ou changé même, la pitance qu'il contenait.

Mais l'infection du lieu que j'habitais, auprès d'un égoùt , m'ayant mis à deux doigts de la mort , un ollicier municipal compatissant qui me visita, me lit transférer presque asphyxié dans une salle de l'Archevêché, qui était alors l'inlirnieriedes prisons. Le bon air, et les stiins d'un inlirnner humain,

• f> paquet qui , s'il eftt été examiné , devait nous perdn-, fut ietrou>é , apr<^ m.i rniv- en liljerté , au greffe de Sainte- Pélagie , tel qu'il nvail été fait devant moi , a>er ma montre qui y a\ail été jointe, et jus(|u'^ la navrtti? d'jricr awr laquelle je m'amusais à faire du filet , et qui m'avait été rnletér comme un inslrurru-iil dangereux. Quand je nvouvrai ce* objets , mon r.rnr m* r<<pdndit en mille nrlions de grftres . il me* yeux »e rein|>Urent de larme».

nommé Sixte, me rappelèrent peu à peu à la \ie. J'avais le bonheur d'apercevoir souvent ma jeune épouse sur le bord opposé de la Seine. Les détenus étaient, de temps en temps , visités ainsi , de loin , par ceux qui leur étaient chers. C'est dans ce séjour si diflerent des affreuses prisons où j'avais langui jusqu'alors , que j'ai vu , cependant, les horreurs qui m'ont fait le plus d'impression, quoiqu'elles ne dépendissent point du régime de cet hospice , mais des malheurs de cette époque de deuil. Le désespoir y causait, quelquefois, des scènes épouvantables. Je vais en rapporter un trait qui nie fait frémir encore. J'observais, chaque jour, un homme silencieux qui n'adressait jamais la parole à aucun des malades de la salle où j'étais. Il recevait de loin , comme plusieurs d'entre nous, de fréquentes visites d'une femme qui lui fesait quelques signes pendant une demi-heure : c'était sans doute son épouse. Elle ne reparut i)lus ; il crut peut-être qu'elle avait été arrêtée , ou qu'elle avait succombé à la douleur d'une séparation cruelle. Ce malheureux y succomba aussi , et prit l'affreuse résolution de se laisser mourir de faim. Pendant neuf jours , il resta couché sur son lit , refusant tout aliment , malgré les exhortations d'un médecin charitable, et les pressantes sollicitations du bon infirmier Sixte. Dans les derniers jours , le spectacle de ses souffrances fut déchirant. Un violent transport lui ôta la raison ; mais il serrait fortement 1rs dents , toutes les fois qu'on essayait d'introduire une cueillerée de bouillon dans sa bouche. 11 expira enfin, vers le neuvième jour, dans les horribles convulsions d'une sorte de rage.

Un matin, j'entendis dire qu'un prisonnier, dans une autre salle, ayant reçu son acte d'accusation , s'était donné la mort en avalant son verre qu'il avait brisé. Hélas I sous ce courage apparent , que l'homme est faible , quand il a perdu la pensée de Dieu I Le désespoir est une suite inévitable de ce criminel oubli , et le châtiment en est terrible , dès cette vie. Je vois encore un malade , dont le lit était près du mien , et ([ui m'offrait un spectacle bien différent. Il tirait souvent un livre de dessous son oreiller ; après avoir lu , il méditait. Vrai modèle de tranquillité d'àme et de discrétion , il présentait le contraste le plus frappant avec le triste état de quelques autres. Un matin, on l'emmena : on nous dit qu'il avait péri. Les femmes occupaient une moitié de l'Archevêché ; elles prenaient l'air, à leur tour, dans un espace planté d'arbres. Plusieurs étaient enceintes, et condamnées ù mort. Une d'elles, d'une beauté remar(iuahle, et qui jiortait le nom d'une illustre famille , étant accouchée le malin , fut exécutée le même jour. Une indicible terreur nous glaça tous.

Là se trouvait un homme très-singulier, nommé Loiseau. Il avait feint la folie au tribunal avec une telle vérité , qu'on l'avait mi^ dans cet hospice , où il continua <le jouer si bien son rôle , que nous ne doutions point qu'il ne fut véritablement fou. Comme il ne fcsail do mal ù pcisonne, on le

laissait errer librement dans toutes les salles ; il entrait nu>aie avec les guichetiers dans celles des femmes. 11 avait beaucoup d'esprit, racontait, avec tons les gestes de la folie , les aventures Ks plus extravagantes , et parlagCdit sans faroii le repas (\u\ lui plaisait, ce que l'on souffrait volontiers. Quand le 9 thermidor fut arrivé, il ne parut plus fou , ù notre grand étonnemenL Sa prononciation défectueuse, ses yeux égarés , avaient beaucoup prtlé à l'illusion. Quel(|ucs années après , je le rencontrai sur le Pont-Neuf : « J'arrive d'Espagne, me dit-il ; ce pays touche à une révolulion ; » puis, me parlant de Bo lap.irte , que ses succt-s prodigieux avaient rendu maître absolu : <■ Son anibiliou le perdra , ajoula-t-il ? •• Ses deux prédictions se sont accomplies.

Quand je devins mieux portant , je tremblais d'ùtre replongé dans les cachots d? Sainte-Pélagie. Je confiai mon inquiétude au médecin. Ma position l'intéressa. J'ai été malheureux aussi , me dit-il : lUiscri.i succurrerc dtsco. H était d'un âge et d'une ligure vénérables; non seulement il me tr.mquillisa ; il rendit à plusieurs le s»'rvice d'èlre conservés parmi les mala les. Un jour, enfin , un grand tumulte se fait entendre au dehors. Le canon ne lirait pas loin de nous. Les gendarmes se promenaient , le sabre nu , dans nos salles. Uh bruit sourd se répand que l'on égorge da:is les prisuns. Les pauvres prisonniers s'atlcniiaient déjà à voir rcconimencer h s massacres di; septembre. Mon pot n'ayant pu me parvenir comme de coutume, je mi' livrai, plus encore que tous les autres , à de noirs prcsspnlimen!>. Le lendemain, enfin, il m'arriva , et m'instruisit de lu révolution du 9 thermidor. La télé des tyrans était lombée. N'élait-ce point un soime!' Oscrais-je révéler celle heureuse nouvelle à mes compagnons d'inforlnne ? ne serait-ce point leur causer un.- joie funeste ? pourroient-ils la contenir, el ne point nous coinproniellre? M'accusant bientôt d'un dur et lâche égoismc , à la vue de leurs tourmens, je confiai la nouvelle aux plus |)ruden<-, (|ui doutaient encore, ne roniprenant pas comment je poutais l'tre instruit ; car je ne livrai mon secret ù aucun. Mais lu cunUr- Diation (le celle bonne nouvelle fut troinée dans un pâté; el ce ne fut, uussilùt, qu'un cri de joie dans toute la prison, dont hs portes ne lardèrent pu» ù s'ouvrir.

La France s*- crut sauvée ; mais , dans son ivresse , elle ne revint point rntorv {i celui qui est la itcule sounu' de salut. Que «le terribles le\'ons ne devttit-elle pj» recrvoir encore pour y tire ramenée ! llien des unniVs se »on( éroulécn dipniii, it , pendant eu long espace de tenq)s, le» intervalles de trdnqnillité n'ont fait (|ue nous luisser respirer des diver» chiUimens qui DMUi ont montré clairement la justia' céh'slt' , en même temps qu'une rlénicncrmliiéricnrdii'Uiic , qui non« a prtVrvés, chaque fui», de tomber nu fnuildc l'ahlme.

luut invite donc a uiiu cotverjiuii détiruble : luul la fait espérer. Les

esprits éclairés par le passé , rapprochent les événeiiiens des doctrines qui les ont amenées. Fatigués de discordes, désabusés de brillans paradoxes, ils comuieiicent à reconnaître que le Lon suit le vrai , comme le mauvais suit le faux. Les parens, désabusés des théories philosopiiiques, veulent Téducation religieuse pour leurs eufans. Si plusieurs sont encore empêchés par le respect humain d'en pratiquer ouvertement les principes , ceux-là même ne voient plus rien de positif que ce qui est assis sur cette base solide. La science , comme le bonheur, n'ont pas de meilleur appui , ni la société , de plus sûre garantie. Ah I si elle régnait partout cette religion d'amour et de vérité , les rois pourraient licencier leurs armées , sans craindre d'ennemis au dehors , ni de séditieux au dedans. La Justice pourrait fermer ses tribunaux, et briser son glaive. L'inégalité des rangs et des fortunes ne ferait pas plus d'ombrage que ccile des avantages du corps ; et tous les hommes retireraient d'un commerce fraternel , une égale porliou de félicité possible. Puisse la génération nouvelle , dont un si grand nombre de sujets des deux sexes donne l'exemple de toutes les vertus , nous surpasser en sagesse et en bonheur I Je n'ai fait l'aveu de nos fautes que pour les lui faire éviter, et le tableau de nos malheurs , que pour tùcher de l'en garantir. Quelle plus grande preuve d'amour peut-on donner à ses enfans, que de leur confesser la vérité 1 Loin doue de réveiller en eux les ressentimcns de leurs pères , ne cessons point , au contraire , de leur répéter que, tout en délestant et en combattant les erreurs , il ne faut jamais cesser d'aimer les hommes qui sont toujours nos frères. Propler quod, déponentes mcndaciiim, lof/uiinini ver'itatcm unuscjuisque eum proxhno suo : quoniam stimus inviccm membra, ( S. Paul, ad Ephes. , ch. 4. )

(19) Oui, chasser pour jamais l'indigence cl la guerre.

11 ne devrait plus exister de guerre que contre la barbarie. Quant à l'indigence, c'est la plaie honteuse de toute nation civilisée. Elle atteste l'imperfection de nos institutions sociales. Sans les ressources inépuisables, sans le zèle ardent et ingénieux , le dévouement infatigable de la charité chrétienne , que deviendrait cette immense multitude d'êtres souffrans, incapables , pour la plupart , de gagner leur vie ? Une religion qui enfante ces généreuses associations d'hommes et de femmes , qui se consacrent , par amour pour un Dieu pauvre et souffrant , au soulagement de toutes les douleurs et infirmités humaines , n'est-elle pas bien digne de la vénération de ceux qui ont un cœur ?

Je recueille ici , sur le paupérisme , une note que je crois avoir puisée dans une bonne source : » Un million six cent mille individus manquent de ' pain en France ( on en attribue , en partie , la cause aux mécaniques ). » Cette niasse menace continuellement la tranquillité publique. Plusieurs » états ont déjà essayé le remède dos colonisations. L'iiuiuslri'' pont aussi

3 su NOTKS

» réparer 1<^ inconTéniens même de rioduslrie. Il y a , en France , sept

• million» deux cent vingt mille hectares de Icrns encore incultes, qui

• (lourraient être données ù ragricullure. Le gouvernement aurait , il est

• vrai , des frais à faire ; mais il serait délivré des charges que fait peser

• sur lui l'impôt des pauvres , et il s'ouvrirait une sourco de richesses pour » l'avenir. •

L'extinction de la mendicité est une l)elle œuvre que la philanthropie a plusieurs fois essayée. Depuis quelques années , elle a obtenu un succès complet dans quelques villes ; Angers est de ce nombre. Or, ce qui est possible dans une ville, ne l'est-il pas dans une autre ? On ne saurait donc trop honorer et encourager ceièle des personnes charitables et inlelli^iuites, qui se réunissent pour former des établissemens où sont recueillis les pauvres invalides , dont on occupe encore une partie à des travaux proportio.inés aux forces qui leur restent. Il est bien à désirer que ces utiles maisons se multiplient, afin que nos villes n'offrent plus le hideux et déchirant speclacie de pauvres valides qui prérèrcnl l'aumùnc, le vol ou le pillage, au travail, et de pauvns infirmes qui, épuisés de fatigues, et accablés d'années , languissent dans une atTreuse misère 1 La morale publique y gagnerait, en ne soudoyant plus une crapuleuse paresse , et la conscience des gens de bien serait satisfaite, en acquittant une dette sacrée.

La philanthropie et la charité chrétienne s'unissent pour celte oeuvre urgente. Elles ne sont pas la mtine chose, quoiqu'elles tendent au même but. L'une est une pitié naturelle aux belles âmes , plus ou moins agissante et durable; elle aime l'homme pour l'homme. L'autre est une vertu divine, permanente, commune à tout ce qui porte le nom de Chrétien; un zèle bn'ilatit, infatigable, qui triomphe de tous les obstacles ; elle aime l'homme pour Dieu. La charité a des de\oirs ù remplir, qui sont d'une obligation stricte , sans l'aaompli^sement desquels on ne peut espérer de saint. La religion offre , »n toute chose , le perfeclionnement de la nature. Son plus beau miracle est de rendre amis le riche et le pauvre, en déterminant le rirhe è secourir le pauvre , rt celui-ci à souffrir, sans se plaindre, une int'-galilé qu'aucune combinaison sociale ne peut délniire. « Vous anrei toujours des pauvres avec vous, » a dit la Sagesse di>ine. La sagesse humaine ne peut que le^ soulager , que les empêcher de moins souffrir. Mais la religion voie donne au pauvre une consolation qui est le soulagement le plus fflicace , l'espérance, la certitude d'une vie meilleure que Ton ne peut obti-iiir que par la patiente ii supporter les nii!M''reH inséparables de la rirbi-sw I onuiie de l.i paiivrelr , ri tians la(|uelle l.i justice de Dieu nMalilira Inutct rhoM*« ou sein d'un ordre parfait.

iO) Sur !» p.iiv , la jnslicc , asM^oir It's lois, Irs iiicriirH !

Il n'y u pa» d'autre g.iranlie d ■ stalnlité et <le duiee |X)(ir un elal. Hors

-de là, tout amène sa décadence et sa ruine. En vain un pays se renouvelle par la reconstruction de ses villes , par l'érection de superbes édifices, par {eûtes les merveilles des arts et de Tindustrie ; si ce magnifique édifice social est rempli de matières combustibles , une étincelle peut y mettre le feu, et anéantir, en un instant, ces innombrables travaux, admirables produits de tant d'eCforts combinés de l'intelligence humaine. « Tout état qui brille est sur son déclin , a dit le philosophe ; vos sciences et vos arts ont corrompu vos mœurs ; vous allez subir le sort des peuples qui vous ont précédés ; c'est un effet aussi certain que l'élévation et l'abaissement des eaux de l'océan , assujetti au cours de l'astre qui nous éclaire pendant la nuit.» Oui, il en eût été ainsi, si la religion, pendant quelque temps éclipsée, eût péri. Que fut la société dans son absence , avec les doctrines des philosophes? une tour de Babel, une déplorable anarchie morale et politique. Mais , disons-le à l.i gloire de notre nation ; elle n'abandonna point le culte des sciences et des arts, qui fit sa consolation , essuya ses larmes, et entretint l'amour et les habitudes de la vertu au sein des familles. Oui, si le feu sacré des sciences et des arts se fût éteint , dans ces mauvais jours , la société serait tombée dans la barbarie , par les doctrines impies et antisociales. C'est le goût du beau qui a conservé, au fond de la conscience publique, le goût du bon et l'instinct de l'ordre. C'est donc insulter, calomnier les sciences et les arts , que de leur attribuer la décadence de mœurs , et, par elles, la ruine des empires, qui sont l'effet inévitable de l'abandon des principes religieux. Voilà l'unique cause de corruption et de décadence dont les sciences et les arts relardent les progrès rapides. Mais ils fiuissent, eux-mêmes, par être atteints du principe destructeur; leur culture, alors, est aussi vicieuse que leur emploi devient pernicieux ; et quand le goût est une fois corrompu , quand le faux éclat du bizarre a obscurci les pures idées du beau, tout se précipite vers une chute que viennent accélérer mille autres causes secondaires nées de la première.

Sommes-nous donc dans la position des anciens peuples dont la brillante prospérité a signalé le déclin ? Non : il y a dans les sociétés modernes un principe de vie qui n'existait point chez les anciennes. Quel est ce principe de vie? c'est le christianisme. Ce feu sacré, inextinguible, vivifie tout, les sciences tt les arts, les lois et les mœurs, le goût du beau et du bon ; il assure une heureuse direction à ces lumières, dont la divine Providence a favorisé notre époque. On ne peut nier que tousles grands écrivains n'aient servi à leur développement extraordinaire , par la diversité même de leurs genres, comme les parties d'un même fluide, par un mouvement spontané et contraire, y produisentla fermentation. Ahl s'ils avaientréunileursforces pour diriger la propagation des lumières dans leur belle et naturelle harmonie avec les principes religieux , que de malheurs ils auraient épargnés à leur pays, et à quel degré de |)eii'.'ctioii serait élevée mainleuanl

notre civilisation I Puisse l'esprit de charité prendre un semblable accroissement, pour assurer le bon emploi de tant de moyens do prospt-rilél cl au lieu de ces sinistres pronostics de ruines qui seraient la juste récompense d'une inpraliludo impie, nous verrons se développer, devant nous, avec un amour reconnaissant de l'assistance divine , un avenir de paix et de bonheur.

(21) La paix aux nations ! les vices, l'ignorance ,

« Les hommes s'agitent , et Dieu nous mène, a dit un grand orateur. Obéissons dvnc à celle voix intérieure que Dieu nous fait entendre , et qui nous dit que tous les hommes, que tous les peuples pourraient vivre en bonne intelligence , n'ayant tous qu'un même intérêt , celui de leur bonheur, fondé sur la justice et une sage liberlé, ce qui est la même chose. Mais où trouver le type de celle justice égale pour tous ? Il ne se peut trouver que dans la religion. • L'autorité ne s'en sert que comme d'un instrument pour assehir les peuples, » crient les adversaires. Disons plutôt que la religion qui maintient l'autorité dans le devoir, est la sauve-garde des lois et delà liberté, dont elle réprime les excis. Car elle est aussi ennemie de la licence que de l'esclavage. C'est le christianisme qui, seul , a pu abolir cet esclavage qui dégradait les trois quarts de l'c^pi-ce humaine. Le progns des lumières fait apprécier aujourd'hui , mieux que jamais , les bienfaits de la religion , les services immenses qu'elle rend journellement à la société et à l'humanité, en éclairant l'homme dansions ses rappoils. File détruit les préjugés de nation , ri tend sans cesse à faire de tous les peuples une société de frères, unis dans iiiit' alliance romnuine, cinienice par une sage modéralion. Elle délivrerait, enfin , le monde des horreurs de la guerre, comme elle l'a délivré des sacrifices humains. Oui , si tous les peuples étaient animés d'un mAnic sentiment religieux qu'une raison éclairée fait espérer, quoi de plus probable que la réalisation de celte paix universelle , sublime utopie de qut'lqiies honinu's de birn.

Tne gloire mille fois plus belle que la gloire militaire brille, aujourd'hui, d'un grand éclat, celle de la science et de l'industrie, qui accroissent graduellement la prospérité des nations et le bonheur des individus. Mais, pour n-la , une alliance pacifique et solide esl iii(lis|)ciisable; elle est l'objet de tous les vœux. Pourquoi ne s'établirait-il pas un Iribunol supérieur, présidé par le pcnxuinagc If plus digne île rappeler une si auguste cour aux principes de l'éternelle justice, et d'ouvrir des voies de conciliation dans tous \n diiïérens qui pourraient s'élever, non entre les soutcruins , qui n'ont plu» guère d'intérêts personnels h déniêler, mais entre les peuples «lont li-s pn'-lentinns sont Iniifours susreptibIeH «l'être équilibrées par la bonne foi et un intérêt ronHnun i*

(22) I^nvrrlu», lo savoir. Iravaill.ini i'alliaim' .

I.e progri» di s »rlrnrr« et (1rs nil\ ayant pour mobile , nnn l'oigueilet

l'ambition qui renverseraient infailliblement le système social , mais les principes relgieux qui en dirigent le développement vers le vrai bonheur (le riionime , ce progrès des saines lumières doit nécessairement amener les peuples à s'entendre. Il abolira le duel barbare de nation à nation , comme celui de particulier à particulier. Les hommes comprenant leur existence et leur fin , feront de leur vie l'estime qu'elle mérite. L'incrédule ne sera plus cru s'il dit à son semblable : << Tu n'es qu'un insecte, un grain de pous- » sière , un atome dont il ne reste rien ; jouet du hasard et de la force, tu » es né pour souffrir sans consolation ni récompense. » Ces paroles du Chrétien seront seules écoutées : « Tu es un être immortel , l'image du » Dieu qui t'a créé ; ton âme est son temple : aime et suis sa loi. Témoin r, de toutes tes actions, il les récompensera selon leur mérite. » Telle est la doctrine qui seule doit dominer parmi les nations éclairées. Oui , elles se réuniront un jour dans la même foi , et cette prophétie aura son accomplissement : Omnes gentes quascumque fecisti , ventent et adorabunt coràm te. Domine, et glorijicabunt nomen tutim. La religion necessera point d'en nourrir la douce espérance dans le cœur des fidèles, et d'en faire entendre le vœu par la bouche de ses dignes ministres. Un Chef de l'Eglise en adresse l'invitation la plus tendre à un ministre protestant, dans une lettre que je me plais à citer ici , en entier, parce qu'elle est un modèle de celte pieuse éducation, dont le plus beau fruit est un esprit de conciliation.

« Je vous suis très-obligé , mon cher Monsieur , de l'intérêt que vous prenez à ma santé. Elle est très-bonne, grâce au ciel, et elle me paraîtrait encore bien meilleure, si je pouvais l'employer à quelque chose qui vous fût agréable. Le plaisir d'obliger doit être de toutes les communions.

» Je voudrais , de toute mon âme , pouvoir vous convaincre qtje je porte tous les hommes dans mon cœur ; qu'ils me sont tous infiniment précieux , et que je respecte le mérite partout où il est. Si votre neveu vient à Rome , comme vous me le faites espérer , il trouvera en moi la personne la plus zélée et la plus empressée à lui témoigner toute l'alTection que j'ai pour vous.

» L'Eglise Romaine , mon très-cher Monsieur , connaît si parfaitement le mérite de la plupart des ministres des communions protestaules , qu'elle se féliciterait , à jamais , de les voir dans son sein. Il ne s'agirait plus de rappeler les querelles passées ; de reproduire ces temps orageux , où chacun, emporté par la vivacilé, sortit dos règles do la

;iS4 NOTES

modération chrétienne ; mais il serait question de se réunir dans une même croyance , fondée sur l'Ecriture et sur la tradition , telle qu'on la trouve dans les Apùlres , les Conciles et les Pères. Personne ne gémit plus que moi du mal qu'on vous fit dans le siècle dernier : l'esprit de perst'cution m'est tout-à-fait odieux.

» Combien les peuples ne gagneraient-ils pas à une heureuse réunion ? C'est alors que , s'il le fallait . je dirais à mon sang de couler jus<]u'à la dernière goutte , fàcliè de n'avoir pas mille vies à donner pour mourir témoin d'un si merveilleux événement. Ce moment arrivera . mon cher Monsieur . parce qu'il viendra nécessairement un temps où il n'y aura plus qu'une seule et même f<ii. Les Juifs euxmêmes entreront dans le sein de la vraie église ; et c'est dans cette ferme espérance , fondée sur les saintes Ecritures, (lu'on les tolère, dans le cœur de Kome, avec !e plein exerti( e de leur religion.

» Mon dme , Dieu le sait , est tout entière à vous ; et il n'v a rien dans le monde que je n'entreprisse pour vous prouver, ainsi qu'à Ictus les vôtres, ((.inbien nous m'êtes chers. Nous avons le même Dieu pour père , nous croyons au même médiateur , nous reconnaissons pour incontestables les dogmes de la Trinité , de llncarnation , de la Rédemption ; et nous voulons sincèrement les uns et les autres aller au ci«'l. En fait de doctrines , il n'y a pas deux voies pour v parvenir. Il faut . sur la terre , un centre d'unité , ainsi qu'un chef qui représ4Mite Jésus-Christ. I/Eglis*" serait réellement informe , indigne de nos homma;.'es et df notre fidélité . si elle n'était qu'un corps acépli;ilf.

u E'oMvrage du Messie n'est pas commi' celui «les hommes. Ce qu'il a établi doit l(»uj<»urs durer ; il n'a pu cesM'r un inHtant d assjslcr sou Eglise' , «l vous êtes trop éclairé , Monsieur . pour regarder les Albigeois connue des colonnes de la vérité, à la(|uelle vous «le>ez tenir. FiiilcN-moi le plaisir «le d-re à Ions vos frères , à toutes vos ouailles, A

Dît douzième chant. 385

tous vos amis , que le cardinal Ganganelli n'a rien tant à cœur que leur félicité dans ce monde et dans l'autre , et ({u'il voudrait tous les connaître pour les en assurer.» [Lettre 109 du Pape Clément XIY.)

Qu'il est beau de voir le Chef de l'Eglise devancer son siècle dans le progrf-s des vraies lumières, dont le langage est l'expression la plus pure de celte philosophie, la seule amie des hommes , la seule capable de cimenter entre eux cette pacifique alliance qu'ils désirent tous ! Pourquoi celte vive et unanime espérance ne se réaliserait-elle pas enfin ?

Si quelqu'un eût trouvé la pierre philosophale, si long -temps et si avidement cherchée, il eût vu le monde entier à ses pieds, et il eût fait le malheur du monde. La vraie sagesse est bien plus précieuse que ne le serait cette pierre philosophale : Qtionia7n omne aurum , In comparatione iltiiis , arena est crigua , et tanquùm lutiiiit cstimabitur argcntum in conspeciu illius. Ex Lib. Sap.

(23) Qu'avec la liberté croisse la garantie ,

Le problème le plus diflicile à résoudre , est l'accord de la liberté avec l'ordre. Il est impossible d'en trouver la solution ailleurs que dans les idées religieuses qui , seules , règlent le for intérieur, où les lois humaines ne peuvent pénétrer. Sans elles , cette liberté, affranchissant les passions du seul joug qui puisse les maîtriser , cause d'affreux désordres au-dedans comme au-dchors de l'homme ; c'est un torrent qui entraîne tout dans l'abîme ; c'est un vaste incendie qui s'accroît, sans cesse, étend au loin ses ravages , et qu'on ne peut apaiser, a-t-on dit, que par le sang des peuples et la terreur du sabre. Vient-elle à cesser, cette terreur, l'incendie se rallume de nouveau , recommence à détruire avec plus de fureur que jamais j jusqu'à ce que l'orgueil humain , doniplé par le lléau , appelle le ciel à son secours , pour que sou esprit vivifie une jeunesse qui se mourait dans les convulsions de l'incrédulité , et renouvelle la face de la terre.

En résumé , aucune forme de gouvernement , aucune loi humaine ne peut satisfaire pleinement les besoins de l'àme , ni remédier entièrement aux maux de l'humanité. L'éducation religieuse peut , seule , satisfaire cette soif de justice dont le cœur humain est dévoré. Elle seule peut avoir, pour résultat , de vaincre toute résistance à la vérité et au bien , par la force de la raison et de la persuasion. ( Note extraite. )

(24) Favorisez , surtout , l'heureuse sympathie.

C'est une chose admirable que le goût qui existe généralement chez tons les enfans pour le culte divin. Comme ils aiment j'» s'appliquer i\ eux-mêmes ce charmant verset : Laudate, piteri, Dominum .' Quelle joie remplit leur

iHCi NOTES

cœur, quand iheuU'ndenl ces cbatils d'allégresse :/u^<7<i(eD«o,omiii<ferr<i : psahnum dicile notnini rjus,,, ; gaudeamus et fjcullcmus , et demiis gloriam ei. Aussi , leur plus grand plaisir est-il d'imiter les cérémoQies de l'église. Si le bon exemple de ceux qui sont plus âgé? qu'eux venait fortifier ce goût qui leur est si salutaire, rien ne serait plus facile que d'en faire de solides Chrétiens ; mais , par une contradiction bien déplorable , on les élève en Chrétiens , sans l'être toujours soi-même ; quelquefois on exagère imprudemment , en leur présence, les abus de la religion et les fautes que peuvent commettre ceux qui la suivent , ou même ses ministres ; tandis qu'on de\rait leur inculquer une grande \érilé, c'est que les meilleures institutions sont toujours accompagnées de quelques abus , et qu'il n'est point d'hommes vertueux sans défauts [omnis Homo nxcntlax); que les abus de la religion ne Tiennent point de la religion elle-même , qui est la perfection par excellence, mais des p: ssions des hommes ; et que les fautes que peuvent commettre ces mêmes hommes dans leur conduite ou dans l'exercice de leur saint ministère, ne doivent projudicier en rien aux principes sur lesqueU elle est fondée , ni à la doctrine qu'elle enseigne. Les ravages causés par la foudre sont-ils un argument contre les rayons du soleil qui rallument ?

Ces vérités incontestables , en affermissant les sentimens religieux dans le cœur de la jeunesse , lui a'^surent un bonheur présent et tin heureux avenir. Disons-le franchement , sans la piété qui ouvre le chemin de l'esprit et du cœur, la science n'est que postiche ( coma aseltllin ) , pièce de rapport , qui ne s'identifie point avec l'être; c'est un beau fruit ride ; c'est le feu de Promélhée, dérobé aux célestes rayons, par une fraude funeste.

• 0 mon cher Charles ! qu'il fait bon croire en Jt-sus-Christ, notre Seigneur,

• et que d'outragi-s on est obligé de faire à la raison et au bon sen*; pour se

• soustraire à sa sainte loi ! ■

( Fxt. du Pèlerinage à Jrrus., par le P. ritHAMD, tome t. ) Mais il arrive souvent que la science et les arts absorbent presque tout le temps que la ji-unfssc j)eul consacrer .^ l'élude. Il en résulte infailliblement une déplorable ignor.inrç de la religion , qui ne se rencontre que trop fréquemment avec la science et les talens. Alors, l'amour-propre , le re*p«>ct humain , les pansions , auraient trop i souffrir pour réparer une si hoiilfuse niiiissinn , quoiqu'elle soit plutôt l'nuvriige d'une édursilion qui a miinqué du principe d'ordre, que de la malheureuse jeunesse, qui, quand elle a pris de l'.'^Re , néglige ou méprise, sans convirtion érinirée, rr qu'on a n<-gligé de lui apprendre. On doit donc avoir grand soin de faire . avant tout, la part du temps n^rcssaire |>our l'élude et la pratique de lo religion , afin que la conviction et l'habitude, fortifiées l'une par l'autre , garantisM'nl une persévérance à l'épreuve de» mauvais conseils et «k-s mauvalv rteniple^. La vertn cofitc tant de p4-ine .'i ;iri|uérir I elle e»t »i

DU DOIZIÈME CHANT. 387

difficile à recouvrer ! La «cience et la piété constituent donc l'unité morale dans rhon:inie. Leur union , seule , 0 jeunesse ! peut vous ofl'rir le but auquel vous devez tendre sans cesse.

Pour assurer le succès de l'éducation religieuse, deux choses sont donc indispensables: l'exemple, d'abord, de la part de ceux qui la dirigent. « Le moyen le plus sûr et le plus efficace, dit le bon Rollin *, pour insinuer » aux jeunes gens des sentimens de piété , c'est que le maître en soit lui- » même bien pénétré. Alors, tout parle en lui, tout est instructif, tout n inspire de l'estime et du respect pour la religion , lors même qu'il s'agit » de toute autre chose. Car c'est ici l'affaire du cœur, encore plus que celle » de l'esprit; et, pour la vertu aussi bien que pour les sciences, la voie » des exemples est bien plus courte et plus sûre que celles des préceptes. »

Aux bons exemples il faut joindre les bons livres faits par des hommes de pratique, qui prouvent par leurs œuvres la sincérité de leur doctrine. J'en ai dernièrement apporté deux dans ma solitude des champs. Au sein de ce doux calme , où la méditation fait les délices du cœur, j'ai goûté un singulier plaisir à les comparer, car ils traitent tous les deux le même sujet, qui est le plus important , le plus digne d'occuper l'ûme tout entière ; et ils le traitent de la manière la plus diverse et la plus attachante. Le premier est de l'estimable collègue que nous venons de perdre **, et qui , pendant une maladie aussi longue que cruelle, a donné l'adiriirahle exemple d'une sainte patience. Cet ouvrage est intitulé: Paul, eu Entretiens familiers sur les Vérités fondamentales de la Religion. On n'a jamais dit , avec autant de vérité , qu'un auteur se peint dans son œuvre. La forme d'entretien qu'a adoptée M. Renvoisé , convenait parfaitement à son langage tour à tour naïf, piquant et grave , qu'il prête à ses trois interlocuteurs , liabitans de la campagne , où l'incrédulité ne fait que trop de ravages. Toutes les objections que les gens du peuple , qui ne sont que les échos de la classe plus élevée , peuvent imaginer pour motiver leur éloignement des principes religieux , sont présentées avec une simplicité franche et rustique , réfutées par un autre homme des champs, doué d'une certaine instruction, et assaisonnant souvent ses réponses puisées dans le bon sens, d'un sel vraiment comique; ces deux interlocuteurs font rcssortif- les preuves que développe un troisième, plus savant, sur les points les plus importans, avec une éloquence claire et persuasive ; et , de cette controverse , souvent amusante , dont l'intérêt est toujours soutenu , résulte un corps de doctrine aussi complet qu'il doit l'être pour les élèves des écoles primaires , pour tnute la classe ouvrière , et même pour les cours élémentaires des collèges ; enfin , c'est un ouvrage à la portée de tous, et il ne saurait être

* Traité des Eludes, Dis. prél., p. 70.

** M. Renvoisé , sous-principal au collège du Mans.

388 NOTKS

trrip ri'pandii parmi reux qui pouvcnt en prolilor. Honneur à la mémoire lie l'homnir verluoux ilonl il crciipa les loisirs ! L'édifiant tableau de la mort de son Jacques souffrant , a été coranie prophétique de celui qu'il devait ofTrir lui-im-mc.

I.c second livre qui a fixé plus fortement mon attention dans ma douce solitude , est intitulé : I-a liaison de la Foi au Catholicisme , ou Démons- Iratinn des Fondcmens de la Foi (*). Le cœur a vraiment inspiré l'esprit dans ce bel enchaînement des preuves de la doctrine la plus consolante, la plus sociale , la plus sublime. C'est un cours complet de philosophie relipieuse , mais qui, pour itrc bien compris , exige des ronnaissanccs et une application que peuvent seules donner de bonnes études. Ce livre convient donc éminemment aux élives des hautes classes , et aux gens du monde instruits. Le flambeau de Tévidenre y répand les plus vives clartés sur tous les points de ce bel ensemble de vérités déduites, avec un ordre admirable et un style captivant, de la vérité prcmitre , source unique de vertu solide comme de véritable bonheur. Heureuse la jeunesse qui s'.ibreuve à des sources si pures 1 Son avenir ne peut être douteux , et remplit d'avance l'âme des bons parens d'espérance et de joie.

De tels livres gagnent encore p;tr leur comparaison avec les auteurs qui nous sont connus, rt sont d'aimables compagnons de promenatles rhampélres. J'en ai fait une qui s'accordait parfaitement avec leur agréable lecture , en m'oiïrant de précieux fruits de la doctrine amie de l'homme dont elle charmait mes pensées. A une lieue de mon habitation est. le joli bourg de Vallon, que je n'avais pas vu depuis trente ans. Quelles preuves lnu( hantes il m'a oITert des progrès que font , partout , les principes rtligieux pour l'amélioralion de l'homme par l'éducation 1 l ne erolc de gari.ons, composée de deux classes, devait pi(|ui>r nui curiosité. lulroduit par M. le \icaircde la paroisse , le bon frère m'invita ù entendre lire ses *lèvc». J'ai vraiment été charmé de le voir faire observer avec soin les liaisons et la bonne prononciation à des enfans de la campagne, les former à la belle écriture anglaise. Honneur aux instituteurs ((iic fournil l'établisscnii'iit naissant des Frères de Saint-Jos<'|)li du Mans I L'enseignement primaire dans les campagnes vu maintenant rivaliser avec celui des \ille». lue (rôle de (illis , dirigée pur les Sa-urs d'Kvron, m'a offert dciiv classes où j'ai vu obêcrvcr le meilleur ordre, et pratiquer la méthode de» Frères, l'ntde lu, c»l un hupital tenu par de* Sœurs delà même institution. J'ai Hé vivement louché île la propreté scrupuleuse qui n-gne «lans tous les deiaiU (II- ni utile établisM-menl. Ilelus ! dans tant d'autres lieux de la (.impugne, le muluili- punvie, uliandoiiné siins sirours , vs\ réduit à languir dan» Ku triAle dcriinirc, ;i|ipchiiil de Iniis m>«> vciiix lu lin de ses misères !

* Pnr M. l'nhbe ilninci, prcifp^^rur de philosophie nu rollége du Mins.

Mais ce qui m'a vraiment ravi, c'est la jolie église que l'on finit d'orner avec autant de goiît que de richesse. Dans une tribune soutenue par deux colonnes, j'ai vu briller une montre d'orgue d'une forme élégante. Surpris, j'ai demandé si cet orgue parlait , et l'on m'a dit que cette montre renfermait un orgue à cylindre qui joue le plain-ciiant des offices, avec un assez grand nombre de divers morceaux. Le pasteur octogénaire * , dont toutes ces belles choses et ces utiles établissemens sont l'ouvrage , a consacré son riche patrimoine à doter cette heureuse paroisse , comme une fille bienaimée. Ses dons précieux prouvent que rien n'égale les ressources dont la religion abonde pour faire , sans être à charge, ce qu'on ne peut obtenir qu'à grands frais par les voies administratives ; qu'à elle seule est donné d'édifier le bonheur de l'homme sur des bases solides , et d'avancer la vraie civilisation jusqu'au milieu des champs. Puisse le principe destructeur y perdre de plus en plus sa maligne influence !

Telles étaient les pensées qui occupaient mon âme , plus émue de tout ce que je venais de voir dans ce petit village , que des choses magnifiques qui ont souvent frappé mes yeux en parcourant la grande cité. Plongé dans ces douces rêveries, je regagnais mon ch»mpt tre asile avec mes deux compagnons ; car leurs livres me rappelaient leur présence au point qu'il me semblait les voir , les entendre , et partager leurs entretiens variés par l'expression animée de nos sentimens, et tendant à une même fin , comme les trois sons diUércns qui forment l'accord parfait , ou les trois parties d'un trio qui composent une même harmonie. Pour prolonger ces entreliens du cœur , je me suis reposé sur un gazon qui bordait la route , et je songeais délicieusement ù cette sainte communion des âmes chrétiennes que l'absence , que la mort même , loin de l'interrompre , rendent , en quelque sorte , plus affectueuse encore. Ce bon collègue, que peu de jours auparavant , je voyais expirant avec une figure si calme , une résignation si parfaite, au milieu des plus affreuses misères , il élait là , sous mes yeux. Il me parlait encore de ses Extraits de Lactance , travail auquel , depuis environ deux ans , il se livrait avec une opiniâtre assiduité qui a usé la fin de sa vie. Quel dommage , qu'un livre classique si utile , reste inachevé et inédit! Car c'est une belle et salutaire pensée que de fixer l'attention de la jeunesse sur des auteurs qui forment en même temps son esprit et son cœur, qui soient des modèles de vertus comme de style. Je me suis plu , parfois , à lire quelques-uns de ces morceaux que je voyais sur le métier ; je louais le choix judicieux de ces excellons fragraens , et prenais du goût pour un auteur que je ne connaissais auparavant que de nom. J'ai même voulu faire de ces extraits , dont l'exercice m'a semblé aussi utile aux maîtres, que leur nourriture était agréable et profitable

* Le vénérable abbé Pineau.

390 NOTES 1)1 DOrZltMt CHANT.

AmcscliU'S. J'ai élé frapixi de la resbjmbîancij que j'y trou\a;s sou\cnl avec S^nèque , pour la pureté de la morale ; mais leur lalinilé cicérorieane me paraissait supérieure pour le style. Je me rappelais , et le sentiment qu'un aussi bon juge que RoUin , porte sur le style de Sénèque , trop abondant en pensives brillantes, et Topinion de ceux qui croient t«connailrc dans la morale de ce philosophe rinllueuce qu'exerçait déjà le christianisme , dont il parait probable qu'il entendit les premières prédications à Rome.

Ce doux commerce littéraire , ces rapports jounialiers dans nos fonctions , qui ont doré près de trente années , doivent laisser en moi de profonds souvenirs , surtout quand je pense que c'est à son aine qu'a été résené le triste soin de répandre quelques fleurs sur la tombe de cet homme vertueux , auquel l'amour des élèves et des maîtres a éle>é un pieux monument. Mon co-ur veut lui en consacrer un dans cet ouvrage , dont j'étais loin de |)enser que telle serait la lin. Mais la mort de l'homme de bien étant le porfi-ctionnement de son être , la pensée de la mort devient le vrai complément de l'éducation religieuse, qui en est la préparation nécessaire; et ceRe grave pensée est le retentissement harmonieux des derniers sons de ma lyre.

L'état de mon âme , en terminant res notes du douzième chant, me fait préférer cette variante des deux derniers \ers :

}v dép<>se, à regiel, mes paoiliqufs armes; \rw/ , chers souvenirs, eoiisoler nte^ vieux ans!

Fl> I>Kn .>h|Ks Dl iMtl /IKME Kl DKK.MEK (IHAM

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