STANCES
J'écris ces dernièros pages, au même lieu où j'ai tracé les inemiers vers tic mon poème. Plus de trois lustres se sont écoulés. Grande spatium vitœ . dit un historien philosophe, (iiâces soient rendues à l'auleur de tout bien , de ce qu'il m'accorde de terminer un ouvrage (jue j';ii toujours eu laiU :i TMiir, i>our sa gloire, et pour l'utililé de la jeunesse ! Il rst si rîiremriit doiiiK' , mrinr ;i riinnnn»- i»uiss;int , d'achever te (|u'il <nmni»!ict' , (jue je dois m't'Stimri' heureux d'arriver au tnuje d'un si long travail.
(loleau charmant , aux vues i)rorondes rt varii'es , oh j'ai passé tant d'heures délicieuses dans mes rêveries poéticpies! je ne me revois jamais assis sur ce gazon, sans éprouver un srntiment tie recoimaissance et d'amour.
Doux matin, paisible solitude, si favorable aux méditations du cd'ur , au pieux recueillement , ces lignes sont les dernièn'sque vous m'inspirerez î Pounputi, lorscpie leshonnnes se n''jouiss«'nt d'arriver à la fin de leurs travaux, mon âme csIhIIc si tiistr, (|iian<l je louche à la fin du mien? C'était ma ( ompagnie , ma consolation , mon refuge contre les peines, nccup*' d'une pens<'e d'ordre et de bienveillance, .je Irou- \ais , dans rriic (rn\n-, la paix du vivuv et l<* conti'nti'uient dr l'rspril. Hien n'est égal aux célestes contemplations de l'i-tudr, (juand le sujcl plail , allaclir , inspire. On oublie la Ifir»" , on \il dans un aulrr unixn-s on les idées , les sn\limrns, sf cumbinant d'après le type «in l><;m ipie l'hommr cnlli\«' pnvM-dc an fund dr Ini-mêmr, fuiii goùh-r d'iiiffrablrs plaisirs.
HiK- ne puis-jr gardfi |i|iis JMiig-tnnps < c |Miriiir . |i<iiii iiMh-r df noii\ran\ cITnrls . afin i\r !«• rrinlrr ninins indigne
de son objet ! mais les forces manquent , l'âge me presse ri ma viKi s'aiïaiblit.
11 avait un sentiment bien profond de sa supériorité , ce poète célèbre qui écrivit à la fin de ses chants :
» Jamque opus exegi quod iiec Jovis ira , nec Ignes ,
" Nec poterit ferrum, nec edax abolere vetustas. » ( Ov. )
Si un pareil génie entreprenait , aujourd'hui , l'ouvrage dont je termine la faible esquisse , ne pourrait-il pas en écrire autant , avec encore plus d'assurance ?
Pour moi , le seul succès que je désire , c'est d'exciter l'émulation d'un talent supérieur au mien ; mais il faudra ((ue la vie de ce poète réunisse les mêmes circonstances que la mienne ; car , quelque divin que soit son talent , il devra y joindre encore une longue et diverse expérience ; il faudra de plus qu'il renonce à jouir de sa gloire , et attende à ses derniers jours pour publier son poème , après qu'il aura été mûri par une pratique consommée , qui en ait consacré les doctrines.
Car un poème sur l'éducation n'est pas une loi sur l'éducation ; mais il d(»it en offrir les principes invariables , les bases éternelles sur lesquelles seules on peut asseoir le bonh«!ur des générations et la prospérité des peuples. C'est donc seulement en attendant (pi'il naisse un poète qui réunisse à un génie sublime , les circonstances propices et indispensables , ({ue j'ose publier ce premier essai. Puisse-t-il être accueilli avec une bienveillance égale à celle qui l'a inspiré ! Puisque Dieu m'en cnivoya la pensée , c'est à Dieu (jut' je le recommande.
A-l-il passé vite le temps que j'ai employé à ce long travail ! Dies met sicut umhra declinavet uni ( Ps. 101 ). Désormais , inutile sur la terre, tournons nos regards vrrs Paul te pairie. suivit anima ad Dcum fortem rivum ( Ps. 41 ).
Le jour continue d'être triste coumie mon âme. Assis sui'
ce banc de gazon , dès l'aurore , les brillons rayons du soleil
levant n'ont point, comme autrefois, lé'joui mon cœur Qiio
ce no] biunieuv , d'un bout à l'aulre de l'horizon, est bien
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fil luiiiiioiiir avtr la iiu'lancol»^ de mes idées ! Le vent j;émii autour île moi dans le t'euillage , et me dit à l'oreille : . Ta lâche est fliiie, »
Je vais doiu: me séparer du coini)ai;iiuu de ma vieillesse , du confident de mes pensées. De (luoi vais-je occuper mes loisii"s , maintenant (pie la profession que j'aimais tant , m'a (piitté ? (.'.rande pensée de ri^tei-nili-, l'inpare-toi de mon âme ! Quarc tristis e^ . anima mea? ( Ps. -11. ) Ih ureux à (|ui Dieu laisse le temps de préluder à l'hymne éternel !
KiERMTÉ ! sois-tlonc mon dernier chant ! Puisse-t-il m'ol>tenir le bonheur de le continuer avec les âmes vertueuses (jiie j'ai connues sur la terre , avec les pieux élèves dont je tonserve un si doux souvenir !
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