L'ETERNITE
Domine, Deus meus, in apternum coiifitebor tibi. (Ps. 29.)
Eternité ! douce })ensée Pour celui qui vous craint et vous aime, ô Seigneur (1) ! Dès que le noir souci tient son anie oppressée , Il songe au dernier jour, ternie de sa douleur. Voyant , si près , alors , la fin de sa souffrance , Et du temps qui la suit ne voyant point la lîn : « Servons , dit-il , ce Dieu dont la magnificence (2) ,
» Versant ses dons à pleine main , » Pour une courte nuit nous offre l'espérance
» D'un si beau jour sans lendemain. »
]\Iais j'entends une voix secrète Me dire : « L'homme est né pour goûter le bonheur (3).
— Sa joie, est-ce donc vous qui la rendez complète, Naissance, biens, santé, dignités , gloire , honneur? Non, non. — C'est toi, sans doute, ô sublime science (4) ! Toi qui fais d'un mortel une divinité ?
— Moins encore. — Ah! c'est vous, sagesse, ordre, prudence, Qui donnez la félicité !
— Hélas! avec le corps? heureuse délivrance (5) !
Mort, lu m'ouvres l'Eloiiiilé (0).
420 Ml.DITATlON
Quel (•liaufîcniont dans loiit mon ôlre ! Des folles passions il éteint les ardeuis. Du monde ce t}Tan, rorgueil, n'est plus mon maître: Désirs, craintes, combats, loin de moi vos teneurs ! Je ne languis donc plus sous tes pesantes chaînes , Corps vil , qui me tenais à la terre attaché , Oui , dans l'âpre sentier des misères humaines ,
As si péniblement marché !
Kpi . mûri trop tard , j'ai donc t[uitté ces plaines,
(Kl l'on jaunit dans le péché !
l'orlé su i. deux ailes légères , Sans m'éloigner <le Dieu , je parcours l'univers : Je vois la V(Mil('' ! les cireurs mensongères Ne m'égaren»nl plus dans un monde pervers. Arrête , âm<> qui fuis d'une course rapide , Je rcionnais tes traits , tu fus mon ennemi : Mais (pii donc a changé ce regard homic ide?
— Nul de nous n'est pui' :i demi :
f II feu vif a (h'Iruil l'alliage sordi»!»' :
Vf .l.iiix !(•< cicux , tout es| .uni.
H«ureuN qui , ilaiis sa courle vie (7^ , A béni Dieu . loujours, et des birns »'i des maux! iMi boiilicm i|iril ( licrchait elle c^l . cidiii . suivie : Il gr)ûte , s.iiis eiimiis . un ('lernel repos. Possède de grands biens, s;ins redouler leur perle,
î'n (b'sliii .'issni'é . s;ii|s 1.» prm Ar molli II.
SIK l'ÉTERNITK. ÏIl
Une iiiais(ni de paix , d'amis jamais déserte ,
Des honnem's qu'on ne peut flétrir , La vigueur sans déclin , jeunesse toujours verte ,
La santé , sans jamais souffrii*.
Au ciel la science est parfaite ; L'ignorance et le mal n'infectent point ces lieux. L'àme avide , altérée , est toujours satisfaite , Et la l>eauté suprême enfin brille à nos yeux ! Elle se montre à tous, sans voile, sans mystère \^S) ; Les regards n'eu sont point éblouis et lassés , Comme de la beauté que leur offrait la terre :
Nos sens en étaient émoussés.
Aux sources de l'amour l'àme se désaltère ,
Sans jamais dire ; « C'est assez ! »
Séjour de bonheur et de gloire (0) !
La lumière , sans nuit, mêle mille couleurs... Que de fronts couronnés ! quels hynnies de victoiie ! O trônes éclatans , ineffables grandeurs ! Quoi ! dans ce peuple immense , où la sainte allégresso Inspire à tant de voix des chants mélodieux , Je vous retrouve , objets de ma vive tendresse î
Revoir charmant , délicieux ! . . .
Et vous , amis , laissés , là-bas , dans la tristesse ,
Nous prioijs p<>ur vous dans les cieux!
Mon Ircrc à son orgjio céleste (10) ,