AVANT-PROPOS. VII
voie d'invasion la plus favorable à l'offensive : mais il V a autre chose dans le génie de Napoléon : il y a tout un élément technique, une science de combinaisons trop systématique et trop complexe pour être embrassée d'un seul coup par une inspiration subite : la direction générale de l'armée étant choisie , il reste à déterminer la position, la marche exacte des divers éléments , leurs mouvements relatifs , leur emploi dans la bataille, dans ses préliminaires et dans ses suites. Rien de tout cela ne peut être conçu d'emblée par le génie même le plus vaste. Et si l'on réfléchit que le mode de combat des troupes, conséquence naturelle de l'armement, détermine à son tour la manière de se déployer et de s'engager dans la bataille : que la forme de celle-ci dicte le choix des dispositions de marche qui précèdent, c'est-à-dire la division de l'armée, la situation respective et les mouvements relatifs des diverses colonnes : si l'on constate, enfin, que le choix d'un point d'attaque dépend de l'armement et de la conduite des troupes : le choix d'une ligne d'invasion, des dispositifs de marche et de combat de l'armée, on finira par comprendre que les idées les plus spontanées en apparence, dans les plans de campagne, sont le résultat d'une étude
YUl AVANT-PROPOS.
approfondie et probablement assez longue des instruments et procédés tactiques.
Chose singulière, lorsqu'on eut pour la première fois l'idée que ce prodigieux génie de iNapoléon n'avait pas surgi tout d un coup au siège de Toulon, et qu'on voulut rechercher le secret de sa formation, on s'en prit d abord à cette partie des plans de campagne qui peut être attribuée à l'inspiration : on chercha qui avait pu lui enseigner le passage de Gadibone pour entrer en Italie, la ligne de l'Adige pour s'y maintenir. Il était aisé de trouver des précédents en pareille matière : mais où l'on n'en trouvait point, c'était dans la question tactique. Beaucoup d'autres, avant lui, avaient envahi l'Italie; nul n'avait pris les mêmes dispositions, réparti l'armée, préparé la bataille comme lui. C'est la pourtant, semble-t-il, qu'est le véritable problème k résoudre. Qu'importe où Bonaparte a pu rencontrer l'idée de pénétrer en Italie par Cadibone, si l'on ne montre pas ensuite comment cette idée a fait naître la conception de toutes les campagnes suivantes , ou si l'on ne trouve pour chacune d'elles un modèle nouveau? On peut imaginer que Maillcbois a indiqué la route de Montenotte ; ce sera peut-être Soubise qui aura montré celle d'Iéna; mais qui