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LA GUERRE D'AUTREFOIS

il veut prendre pied et prévenir l'ennemi, et il attend, prêt à se porter dans la direction où celui-ci apparaîtra, et sachant que la résistance de cette « tête d'armée » lui donnera le temps d'accourir et de se déployer.

Ce procédé est généralisé par Villars et Berwick pendant la guerre de la Succession d'Espagne ^ Ou sait comment Berwick organise la défense des Alpes, plaçant trois corps d'armée dans la Maurienne, dans le Briançonnais, et à Tournoux, et comptant sur la résistance de chacun d'eux pour donner aux autres le temps d'accourir.

Villars opère à peu près de même en Flandres, mais le terrain ne lui offrant pas des éléments de résistance aussi puissants, il occupe un espace moins étendu. Il méprise les lignes continues qu'un Marsin, un Villeroi ont fait construire ; mais il place trois corps dans de fortes positions retranchées, jalonnant un front de huit à neuf lieues entre l'Escaut et la Deule, et il se prépare à rassembler l'armée sur le point où l'ennemi se présentera. Feuquières le cite comme exemple, et le maréchal de Saxe va l'imiter.

Ce dernier occupe d'abord une position centrale d'où son armée rassemblée peut se porter en masse dans les directions menacées ; mais bientôt, maître de tous les Pays-Bas autrichiens, il couvre ses maga-

1 « On avait oublié l'usage de ces corps détachés employés par le maréchal de Luxembourg, et qu'il savait rassembler pour une bataille », dit le colonel Belhomme à propos des premières campagnes de celte guerre. {Histoire de l'Infanterie, t. II, p. 444.)

sins, ses communications, et les flancs même de l'armée par des divisions détachées depuis Anvers jusqu'à Liège et sur la Meuse.

On commence, en effet, à constitaer des divisions de toutes armes. Ce nom a désigné d'abord les diverses colonnes formées pour une marche ; peu à peu il s'est appliqué aux parties en lesquelles on partage l'armée pour une opération plus ou moins longue, comprenant à la fois une marche et un siège ou un cantonnement. On a organisé des divisions pour les quartiers d'hiver ; enfin, le maréchal de Saxe réunit pendant toute une campagne deux brigades d'infanterie et une d'artillerie, sous le nom de division; dans certains cas, deux de ces divisions d'infanterie, et une division de cavalerie forment un cot'ps d'oi'mée. Les manœuvres de l'armée résultent de la combinaison des mouvements simples des divers corps ou divisions.

Les opérations prennent un caractère nouveau; elles ont plus d'ampleur et de décision. Quand l'armée tient les principaux passages entre Anvers et Liège par de fortes divisions, l'ennemi ne peut ni la tourner ni se dérober sur les côtés. Dès qu'il est attaqué, il est vite refoulé, acculé à la Meuse, où par deux fois il lui faut combattre devant ses ponts. A Raucoux, à Laufelt, les alliés eussent été entièrement pris, si Maurice de Saxe n'avait préféré la guerre à la victoire définitive.

Voici donc, en face des positions dites inexpugnables, et qui ralentissent la guerre, un moyen de hâter la solution, en embrassant un front étendu, en débordant l'ennemi d'avance, en le rejetant sur une ligne

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de retraite unique, en l'acculant à un obstacle. Ces grands mouvements, par lesquels Maurice de Saxe prépare la bataille, ont leur suite jusque dans l'attaque décisive, et les divisions d'aile qui ont prononcé le mouvement débordant pendant la marche sont celles qui prennent l'ennemi en flanc dans la bataille.

Si importants qu'ils soient, ces progrès ne sont encore qu'ébauchés par Maurice de Saxe. Les habitudes du passé, devenues des règles, pèsent lourdement sur lui. Après une expérience séculaire, la guerre de consentement mutuel a pris une forme traditionnelle dont on ne peut se dégager en un jour, et dans laquelle se fige l'initiative des généraux. Les campagnes de 1744 et 1743 en sont la plus parfaite application, l'exemple classique qu'on peut opposer aux campagnes de Condé, comme on opposerait les tragédies de Voltaire à celles de Corneille. Mais vienne une génération nouvelle, et des changements décisifs seront opérés dans l'art de la guerre.

Ces changements, ils seront accomplis en France par des généraux médiocres dont les historiens se sont peu occupés. Tous les yeux se sont fixés sur Frédéric II, en qui l'on a voulu incarner l'art mihtaire du XVIII^ siècle. Or, Frédéric avait débuté dans le commandement des armées dès 1740, de sorte que sa doctrine ne peut guère passer pour être le dernier mot de son siècle.

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