SOLIDARITE 1:T CHARITE CHRETIENNE. G
leur bien. Les pliilosoplics disent qu'à lancienne morale, iiulh idualistc et solitaire, il faut substituer désormais une morale sociale qui ne sépare pas les devoirs envers soi-même des devoirs envers le prochain et donne ceuxci pour mobiles à ceux-là. Les philosophes ont raison, mais qu'ils ne fassent pas les ignorants et qu'ils aient la bonne foi de rattacher leur enseignement à celui de saint Paul, qui a dit : « Nous sommes membres les uns des autres, » sous l'inspiration de la prière du Christ : « Qu ils soient uns, ô mon Père, comme nous sommes un. n Ils ajoutent : l'équilibre de la société n'est pas stable et son état présent ne saurait durer; il faut ou qu'elle s'écroule dans l'incendie allumé par la haine qui couve partout, ou qu'elle se transforme en prenant son point d'appui et son levier dans la solidarité. D'accord, mais qu'ils nous renvoient tout simplement au christianisme, dont l'article fondamental est celui-ci : « Aimez-vous les uns les autres. »
La solidarité n'est pas autre chose que la charité chrétienne laïcisée.
Je ne crois pas qu'on puisse accepter sans réserves cette conclusion. Pratiquement, solidarité et charité aboutissent au même résultat ; théoriquement, elles correspondent à deux doctrines profondément divergentes. Il y a entre elles la même différence qui existe entre une constatation scientifique et un sentiment. Tandis que la charité, pour nous solliciter à secourir nos semblables, s'adresse à notre cœur, l'autre fait appel surtout à notre raison et à la notion du devoir ; elle a la prétention de transformer la fraternité chrétienne, fondée librement sur un acte de foi, en une obligation déduite de lois scientifiques et susceptible de passer dans la loi civile.
Je ne me dissimule d'ailleurs les points faibles ni de l'une ni de l'autre. Si la charité, aux yeux du libre penseur, est entachée de mysticisme, la science ne me parait pas avoir jusqu'ici suffisamment établi la raison pour