SOLIDARITE ET CHARITE CHRETIENNE
laquelle 1 iudiviclu est leiiii à se sacrifier à ses semblables, en d'autres termes, pourquoi l'homme doit se croire toujours obligé de faire le bien et d'éviter le mal.
Mais qu'importe en ce moment? Loin d'avoir voulu rappeler ce qui, trop évidemment, hélas ! sépare solidaristes et croyants, mon intention, au contraire, a été de montrer ce qui les rapproche. Qu'ils tirent leur idéal du proférés des sciences ou qu'ils lui attribuent une origine divine, 1 idéal est le même pour tous. Ils s'accordent à reconnaître notre intime dépendance les uns des autres et l'obligation pour chacun de payer la dette qui lui incombe vis-à-vis de tous. C'est pourquoi, je le répète, il est naturel et légitime que l'Université pose la notion de la solidarité humaine à la base de son enseignement moral, puisque c'est un principe généralement admis comme vrai, et puisqu'il sera possible à chacun de l'ajuster, au moyen d'interprétations particulières dont il sera seul juge, à n'importe quelle doc-
trine religieuse ou philosophique. C'est plus que son droit, c'est son devoir ; car cette notion est le correctif et le complément indispensables de la méthode individualiste dont j'ai parlé précédemment et qui sans cela deviendrait, suivant les individus, anarchique et subversive.
Que le maître commence donc par se pénétrer lui-même de ce sentiment profondément humain et vrai d'une vérité éternelle. Il s'attachera ensuite à l'inculquer, par des exemples concrets non moins que par la démonstration, à son jeune auditoire. Il habituera ses élèves à se rendre compte de la gravité de tout ce qu'ils disent et de tout ce qu'ils font par le retentissement bon ou mauvais que leurs paroles ou leurs actes ont sur la société. Il leur inspirera le noble désir de n'exercer que des influences utiles et de travailler de toutes leurs forces, dans la sphère d'action, si humble soitelle, où ils seront placés, à ne faire lever autour d'eux que des germes de justice et de bonté.
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Et plus tard, parvenus à ïà^e iiiùr, ils retireront de cet enseignement commun un autre avantage très considérable. Ils auront appris que, tout au nu)ins sur ce terrain spécial de la solidarité humaine, libres penseurs et croyants, au lieu de s'excommunier réciproquement et de s'affaiblir dans une guerre sans merci, ils peuvent, ouvriers d'une même tâche, se traiter en alliés et unir leurs efforts dans une action commune. Si réellement, dans le triomphe de leurs idées, c'est le bien public qu'ils poursuivent de préférence à un intérêt particulier, ils seront conduits à travailler de concert et, sans préjudice de leurs opinions individuelles, à accueillir, de quelque parti ou religion qu'elles viennent, toutes les bonnes volontés.