‹ L'éducation morale au lycéeChapitre 3 sur 19 · X AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

X AVERTISSEMENT

qui est, lui réclame la transformation de fond en comble de irniversité, autant dire sa suppression. \jC crédit de cinquante ans demandé par M. Lavisse est un euphémisme. Il y a une radicale antinomie entre le projet tel quel de M. Demolins et la constitution même de l'Univcrsilc, ses nécessités financières, le nombre et le recrutement de ses élèves et de ses maîtres.

Mais 1 idéal de M. J3emolins a du bon, et je suis heureux de m être rencontré avec lui sur plusieurs points importants ; je parle seulement de l'éducation morale. Comme lui, je crois à labonne influence de la religion, pour r élévation qu'elle donne à lesprit et pour la conception sérieuse de la vie qu elle lui inculque. Comme lui, et avec lui dans ses précédents ouvrages, je veux qu'on enseigne de bonne heure à l'enfant l'initiative et le sentiment de la responsabilité, et qu on ne le dirige pas exclusivement

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dans la voie des carrières libérales et d(?s fonctions administratives. Comme lui, je souhaite des relations plus étroites, une communion d'idées pins intime entre le maître et ses élèves, et un souci plus grand chez lui de leur avancement moral.

Si je ne prends de la thèse de M. Demolins que ce qui m en semble utilement et pratiquement réalisable dans l'Université organisée comme elle 1 est actuellement, si je considère l Education nouvelle heawcow^ plus comme un idéal qu on doit sans cesse avoir devant les yeux que comme un système applicable sur I heure intégralement, je n'en félicite pas moins l'éminent directeur de la Science sociale d avoir ru assez d'indépendance et d'énergie pour en créer immédiatement un tvpe et un modelé au miheii de nous. C est le rôle des particuliers d'aller à la découverte et d inaugurer les réformes hardies. Ma seule crainte, et j espère qu'elle

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sera vaine, est que son école ressemble trop à un plagiat de Tétranger, sans égard suffisant pour nos qualités de race et pour nos traditions nationales. .le m en serais tenu, quant à moi, à une adaptation.

Noveiiibie 1898.

LE LYCEE EDUCATEUR

Avant de rechercher les moyens propres à donner l'éducation dans un lycée, une question préjudicielle s'impose : doit-on, au lycée, s'occuper de l'éducation des élèves? ou s'en tenir exclusivement à leur instruction ? Les maîtres, pas plus que les parents, ne sont unanimes sur ce point capital.

On peut très bien imaginer le rôle du lycée réduit à la seule préparation aux examens et aux concours. Bien plus, ce type de lycée existe , il fonctionne à Paris depuis longtemps, et il donne sans doute quelques bons

résultats, puisqu'on le conserve. Là, on apprend les lettres et les sciences, depuis l'alphabet et le simple calcul jusqu'à la philosophie et à la trigonométrie ; on se prépare aux divers baccalauréats et aux écoles du gouvernement, sans recevoir ombre d'éducation, je veux dire sans recevoir d'autre éducation que celle qu'on subit en classe malgré soi, et sur laquelle je reviendrai plus loin.

Ce genre de lycée n'est fréquenté que par des externes. De leur instruction, rien à dire, la valeur de l'enseignement universitaire n'ayant jamais été contestée. Et quant à l'éducation, ils la reçoivent dans leurs familles ou dans des pensions installées dans le voisinage du lycée. Si elle a été manquée, les parents sont bien obligés de ne s'en prendre qu'à eux-mêmes ou aux éducateurs délégués par eux, car ils ont eu le choix. De ces pensions, les unes sont laïques, les autres congréganistes, d'autres encore mixtes. Dans aucun cas l'Université n'est répréhensible.

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Cette conception du lycée est si simple et si commode quil semble qu il faille aimer véritablement les tracas et les embarras pour ne pas l'étendre à la France entière. Comptez que d'avantages !

Tout d'aboi'd, économie d'argent sur la nourriture des élèves. Quelque lacédémonien que soit à leur gré le menu du lycée, il coûte cher finalement ; écoutez là-dessus le premier économe venu.

Économie d'argent sur une partie du personnel administratif et sur la presque totalité de celui des surveillants. Je ne sache pas que le budget soit si riche qu'il y ait lieu de mépriser de telles économies.

Economie d'ennuis et de préoccupations graves. La redoutable question des maîtres d'études s'évanouit comme par enchantement. Plus d'imprudence à craindre de leur part, plus de Réforme aiiiversùaire, plus de syndicat. On pourrait davantage les trier et plus facilement dans la suite leur faire un sort.

Economie de médisances et parfois de calomnies. Ces élèves ne se coudoyant plus guère qu'en classe, les mœurs seraient préservées, le mélange des cours évité, la contagion des mauvais exemples et des mauvais propos prévenue.

Quelque regret qu'on en puisse avoir, cette conception du lycée n'est pas près d'être généralisée. Il y a plusieurs raisons à cela.

La première et la plus essentielle, c'est que, précisément, l'Etat, ou, ce qui est tout un, l'Université n'entend pas borner son rôle à l'instruction des jeunes Français, elle veut aussi les élever. Enseigner la grammaire et les mathématiques, c'est déjà bien, mais à son gré insuffisant. A se renfermer exclusivement dans cette besogne subalterne, elle ferait un aveu d'impuissance, elle s'amoindrirait aux yeux de la nation. Sa mission, telle qu'elle se la figure, est plus fière et plus haute : elle a la prétention, elle aussi, de façonner à sa manière, qui ne sera pas celle des autres, l'esprit

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de l'enfant, en même temps que le munir des connaissances nécessaires ; elle veut former son caractère, elle veut dans l'enfant préparer 1 homme et le citoyen. Elle s'est mise à cette tâche dans l'école primaire : pourquoi s'y déroberait-elle au lycée? Si elle abdique au seuil des facultés, c'est que le jeune homme, à cet âge et à ce degré d'instruction, peut impunément être livré à lui-même; il doit l'être même, sous peine de commencer trop tard l'apprentissage de la vie et de la liberté.

Les choses ne se passent pas autrement à l'étranger. Regardez autour de nous n'importe quelle nation : dans l'enseignement secondaire pas plus que dans le primaire, nulle part l'éducation ne se sépare de l'instruction. Les Anglais, si positifs, ne manquent jamais d'associer à la classe le prêche et la chapelle.

Cette raison n'est pas la seule. Pour être transportés du lycée dans une pension, les inconvénients de l'internat seraient-ils sup-

primés? Diminués, peut-être, car l'agglomération des sujets étant moindre, la surveillance serait plus facile. La lutte pour la vie rendrait aussi les directeurs plus attentifs. Mais supprimés? nullement. C'est l'évidence même.

Ensuite, quelle pension pourrait demander aux parents des prix plus abordables que ceux du lycée? Sans qu il en coûte rien à la quantité et à la qualité indispensables à un bon régime, nos économes font des prodiges d'économie. De plus, ils senties serviteurs d'un maître qui ne serait pas fâché sans doute de joindre les deux bouts, mais qui ne se montre pas impatient des bénéfices. De quel autre chef d établissement que de l'État oserait-on raisonnablement exiger de telles conditions?

Supposé même que les prix des pensions libres soient modérés, il y a toute une catégorie d'enfants pour laquelle ils seront toujours excessifs, ceux dont les parents n ont ni sou ni maille. Or, il peut s en trouver parmi

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eux de fort intelligents et dont la patrie aurait beaucoup à espérer. Les bourses des lycées sont destinées à faire leur sauvetage, et ce n'est pas à une époque de démocratie comme la nôtre qu il serait décent d'en maugréer. Mais quelle maison libre serait en mesure d en faire autant? tout au moins dans les mêmes larges proportions ?

Voilà donc un premier pas de fait : le lycée sera éducateur.

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