‹ L'éducation morale au lycéeChapitre 5 sur 19 · II. Li: SENTlSlENT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

II. Li: SENTlSlENT RELIGIEUX

Yoilà donc la loi morale, la loi du devoir implantée dans l'âme deFenfant; la voilà souveraine maîtresse de ses mouvements et de ses actes, en conflit plus d'une fois avec les passions viles et les mauvais instincts, mais le plus souvent victorieuse par sa vertu propre et par celle aussi des crc^ances confessionnelles dont on l'aura fortifiée.

J'irais plus loin : sans violer la neutralité imposée, je chercherais à lui donner l'appui et l'aiguillon du sentiment religieux.

Le sentiment religieux, subsiraiinu de toutes les religions, ne se confond pas avec elles. Une

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religion est un faisceau de do{jmcs, une discipline particulière : il est, lui, une intuition du divin, un acte de foi envers un Etre qui nous dépasse, qui est meilleur que nous, qui nous aide à nous rendre compte de nousmêmes et de l'univers (l). Il jaillit chez riiomme mûr de la réflexion philosophique et des expériences douloureuses de la vie. Peu d'hommes lui sont réellement étrangers. Le positiviste qui croit au progrès, l'évolutionniste qui fléchit le genou devant le mur de rinconnaissable le confessent à leur manière. A plus forte raison, est-il au fond de n'importe quel idéalisme, puisqu'en fin de compte il n'est pas autre chose que la révélation intérieure et la reconnaissance implicite de l'Absolu.

Sa genèse chez l'enfant est la même que chez l'homme mûr, avec moins de netteté

(1) Voir là-dessus V Esquisse d'une philosopliie de la religion d'après la psychologie et l'histoire, par M. Aug. Saba- TiEn. (Fisclibachcr édit.^

dans la perception, c'est toute la différence. La contradiction, essentielle à notre nature, dont a parlé si éloquemment Pascal, n'est pas une création artificielle de la logique, elle constitue, à Forigine comme à la fin, la vie humaine. Pour la constater et pour en souffrir, l'homme n'a pas besoin d être devenu philosophe. De même que dans les terreurs du sauvage devant certains phénomènes de la nature, elle se manifeste, chez l'enfant, dans ses étonnements naïfs, dans ces pourquoi insatiables, dans ses peurs et dans son impatience de souffrir. La perception et l'expression de l'énigme diffèrent selon 1 âge et selon la culture, le frisson religieux est au fond identique.

Notre rôle à nous, parents et éducateurs, sera de le saisir au passage pour y arrêter l'attention de l'enfant, pour lui endonnerune conscience aussi claire et raisonnée que le comportent son âge et son avancement intellectuel. Non pas, certes, dans le but de le dé-

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courager ou de l'asservir ! Il n'est question que de lui ouvrir le sens de la vie, de lui révéler en même temps que ses limites sa tragique grandeur, de lui apprendre insensiblement à porter les yeux en haut et à s'élever au-dessus du terre-à -terre des préoccupations habituelles jusqu'à la noble inquiétude de ces insondables mystères qui constituent à la fois notre misère et notre dignité. Les moyens ne nous manqueront pas.

L'histoire d'abord. Le sentiment religieux a été de tous les temps et de tous les pays. Nous le montrerons attesté successivement par le fétiche du sauvage, par les oracles de l'Apollon grec et de la Sibylle latine, par le chêne druidique et par les voix de Jeanne d'Arc.

Ensuite la science. La science n'est possible qu'ayant à la base un acte de foi dans l'Absolu. Nous ne laisserons pas ignorer qu'elle n'a pu être entreprise que parce qu'on a cru à la réalité objective de l'univers et à l'iiar-

monie de cet univers avec notre pensée, et qu'elle n'est continuée que parce que les savants continuent à lui consentir cette croyance. Les premiers principes de toutes les sciences, aussi bien naturelles que mathématiques, sont inexplicables à la raison, impensables, dit Spencer ; et les inductions ou déductions fondées sur eux n'ont de certitude que dans la iTiesure où Ton en accorde à ces principes. Rien n'estdonc plus légitime que d'affirmer que « parleurs racines mêmes les sciences baignent dans le mystère" (H. Bérenger), qui, celui-là, ne sera jamais éclairci, car pour qu'il le fut, il faudrait que la constitution intime de notre esprit changeât, ce qui est contradictoire. Et il en est des résultats des sciences comme de leurs prémices. Leur cercle a beau s'étendre, " le mystère reparait toujours à la circonférence, 1) (Brunetiére) et ce n'est pas pour avoir nommé la lumière, l'électricité, la pesanteur, la vie, que nous savons davantage les définir. Comme la science, l'art repose sur une

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