‹ L'éducation morale au lycéeChapitre 6 sur 19 · LE SENTIMENT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE SENTIMENT RELIGIEUX

intuition immédiate, rintuition du beau. Le beau est une croyance qui n'est fournie ni par l'observation ni par rcxpérience. Quand l'artiste clierclie à réaliser l'image qu'il s'en représente dans sa pensée et quand j'en aperçois des lueurs partielles dans son cbef-d'œuvre, rnus portons également l'un et l'autre témoignage d'une vision intellectuelle d'ordre, d'harmonie, dont le reflet seulement arrive jusqu'à nos faibles yeux, mais qui échappe à nos prises dans son parfait achèvement. Or notre mission consistant précisément à faire éprouver à nos élèves le plus souvent possible, par les merveilles des lettres et des sciences, ce sentiment du beau, quand nous les verrons gagnés par l'admiration, soulevés au-dessus deux-mémes, portés à la hauteur de ce qu'ils admirent, améliorés et élargis par un enthousiasme inconnu, le moment sera venu de leur indiquer en passant que tout cela n'est plus de la terre et des sens, qu'ils se trouvent en contact momentané avec une réalité invisible,

mais devinée, qu'ils ont liiituition directe de la beauté, du divin.

Ce qui est vrai de la science et de Tart Test encore plus de la morale ; celle-ci repose sur une série d'actes de foi : foi à la nature humaine, foi à la conscience, foi en la valeur absolue de la loi morale, foi au bien et au juste, foi au devoir même sans punitions ni récompenses, même sans autre sanction que celle de la joie de Tàme ou du remords, foi en dernière analyse, qu'au delà de ce monde, au delà de l'humanité, au delà du temps et de l'espace existent « des réalités ignorées dont l'âme humaine a le pressentiment, lorsque, sous le seul aiguillon du devoir, elle tend de toutes ses forces vers cet idéal » (1). Idéal du bien, qui, loin d'avoir rien de commun avec ce que nous voyons ici-bas, en est souvent la contradiction, mais qui n'en ravit pas moins l'àme qu'il a touchée, au point qu'elle ne peut plus faire le

(1) Ferd. Buisson, Revue pédarjoi/ifjue, îévricr 1898.

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