‹ L'éducation morale au lycéeChapitre 7 sur 19 · LE SENTIMENT RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LE SENTIMENT RELIGIEUX

mal, ou ne le fait que malgré elle. Chaque fois qu'à travers 1 histoire et la poésie nos élèves se rencontreront avec lui, chaque fois qu'ils réchaufferont leurs cœurs au contact de tant de grandes existences dépensées pour la patrie et l'humanité, de tant de types héroïques créés par le§ génies de tous les âges, nous n'aurons pas de peine à les convaincre, en leur faisant faire un retour sur eux-mêmes, que là encore ils se trouvent en face de nobles expressions du divin, en face d'une lumière venue d'un fover mystérieux, discernable seulement à son rayonnement et à sa chaleur. Enfin, n'est-ce pas un jeu de démontrer que ce qui est le plus nécessaire aux hommes, l'institution sociale, avec ce qui la caractérise essentiellement, la famille et la patrie, dépasse la portée de notre raison et réclame un acte de foi pour se soutenir? La preuve, c'est que ses adversaires n'ont pas recours à d'autres arma^ pour essayer de la démolir. Et il est bien certain que la famille et la patrie étant

fondées sur la subordination de l'individu à Tintérêt commun, cette subordination ou ce sacrifice ne peut pas nous être dicté par la raison, qui nous sollicite à penser surtout à nous, ou qu'il ne nous sera conseillé par elle que si nous devons y trouver notre intérêt particulier. Pour nous élever jusqu'au sacrifice, il faut plus que la raison, plus que la tradition et la coutume, il y faut l'élan du creur, et le cœur ne prend d'élan qu'en s'appuyant sur la relation où il se sent, par une intuition immédiate et directe, avec la bonté et la justice infinies.

Science, art, morale, vie sociale, tout cela est donc l'expression d'une réalité hors de notre portée, la vision entrevue d'une vérité transcendante, l'inconnu et le mystère, objets par conséquent à leur base d'une série d'actes de foi. Et je ne vois pas pourquoi il serait entendu tacitement que l'acte de foi dans l'harmonie existante entre l'univers et notre esprit qui le connaît serait valable, tandis qu'il fau-

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(hait icjclcr comme arbitraire et faux Tautre, celui ({ui affirme une haruioaie analoj^ue eatre cet uuivers et d'autres éléments de notre nature, qui sont précisément tout ce qu'il y a en elle de plus noble et de plus élevé. La vérité, c'est que l'absolu, le divin, nous environnent de toutes parts, et qu'ils donnent à la vertu, à la morale, à la beauté une certitude qui, pour être d un autre genre que celle de la science, n'en est pas moins inattaquable et infrangible (1;. Cette intuition de l'absolu, cette affirmation du divin, voilà de quoi est fait le sentiment religieux. Ou il risque, livré à lui-même, de se dissiper sans résultat, ou, laissé en contact avec l'air extérieur, de céder aux souffles bostiles, je n'entends pas y contredire. Une religion positive sera ou le " globe d'albâtre » qui empêche la lampe de s éteindre, ou le canal qui ramasse et comprime l'eau pour la lancer plus

(l) C'est ce qu'a parfaitement démontré M. Balfour dans les Bases de la croyance, préface de M. Drunetière.

puissamment et à une plus grande hauteur. Mais de s'engager dans cette voie ne regarde plus le maître universitaire, lié par obligation professionnelle à une loyale neutralité. J'ai voulu dire seulement que la culture du sentiment religieux était de son domaine et qu'il pouvait, s'il le voulait, en tirer un excellent parti pour élever les regards des jeunes gens, pour toucher leur cœur et en faire jaillir la vie morale.

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