I.'F.SPRIT I)'1M)IVI1)(,\VLISME
II y a des vertus domestiques, il y a de la résistance au mal, il y a de la sobriété et de l'économie. La {],"énérosité et Famour de la justice sont des qualités foncières de Tàme française. Les logfis des paysans et des ouvriers pourraient être plus confortables, je le veux, mais le moyen de leur faire un crime de la modération de leurs besoins? Sans compter que tandis que les paysans anglais sont un peuple de locataires, l'immense majorité des nôtres habitent dans leurs propriétés. Il y a trop de fonctionnaires et pas assez d'agriculteurs? Simple anomalie momentanée. Que, par exemple, les niveaux des examens s'élèvent, et on verra les candidats aux écoles du gouvernement et aux fonctions administratives décroître sensiblement. Que le revenu de l'argent baisse jusqu'à celui de la terre, et l'agriculture reviendra en honneur.
N'importe, ces réserves faites, la thèse de M. Demolins estjustc au fond et inattaquable. Le facteur non pas unique certes, mais essen-
tiel, de la supériorité de la race anglo-saxonne est son système d'éducation nationale, comme c'est au nôtre qu'il convient d'imputer en grande partie Tinfériorité de la race française.
Le système anglais regarde l'avenir ; il se préoccupe d'adapter les nouvelles générations aux conditions actuelles et sans cesse en évolution de la société. Pratique avant tout, il habitue l'enfant, par un entraînement physique et intellectuel approprié, à ne compter que sur sa propre action, il lui fait de l'effort et de l'initiative un besoin et un plaisir. Après le collège, le jeune homme sait qu'il n'a plus rien à attendre de sa famille, et, quant à l'État, il ne lui demande que la protection de sa personne. Fort de ses muscles endurcis, de son cerveau outillé, de sa volonté aguerrie, il entre seul dans l'arène de la vie et devient un ingénieux industriel, un négociant actif, ou un hardi colonisateur.
Le système français regarde le passé : au milieu d'une société en perpétuel devenir et
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retournée par plusieurs révolutions, il élève les enfants comme il y a deux cents ans, quand les cadres sociaux étaient fixes et qu'on trouvait dans sa famille, dans sa caste, j'allais dire dans sa case, et dans l'État tous les points d'appui nécessaires pour se soutenir. Hypnotisé au lycée sur un programme d'examen , dorloté à la maison sur les genoux de sa mère, l'enfant perd peu à peu tout esprit d'initiative et d'entreprise. En passant du lycée et de la famille dans une profession libérale ou dans une place de fonctionnaire, il passe d'un oreiller sur un autre. S'il ne réussit pas, c est un déclassé, en quête de compensations dans la politique et le journalisme; il va grossir les rangs de cette armée de prolétaires intellectuels, mille fois plus dangereux pour la société que les autres par leur savoir-faire et parleur savoir.
C'est cette conception rétrograde de la vie et le système d éducation qui lui est adapté qu'il faut changer, si nous ne voulons pas,^
dans des temps plus ou moins éloignés, tomber au rang de race mineure , satellite et cliente des races plus fortement trempées. A la routine actuelle il faut substituer un idéal nouveau, cet individualisme dont je parlais tout à l'heure et qui est une personnalité vigoureuse, étendue dans tous les sens, affranchie dans le corps des influences extérieures, dans l'intelligence et dans la volonté des préjugés de caste et des sottes dépendances sociales. Soyons des Anglo-Saxons, c'est-à-dire des hommes de hardiesse, d'initiative, d'énergie.
Alors que faire ? Copier les Anglais ? !Xon : de copier les Allemands, comme nous l'avons fait après la guerre de 1870, cela ne nous a pas réussi. Chaque race a son génie, son tempérament , absolument inaliénables ; il est vain de prétendre leur en substituer d'autres, supposé que ce ne soit pas dangereux. Ayons donc toujours présentes à notre esprit les données de notre propre tradition , tenons-
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nous-y avec constance, mais dans la limite même de ces données, rivalisons avec les Anglais en essayant de pratiquer les lois dont l'observation les a menés si haut et si loin.
Par exemple, sans jeter trop tôt nos enfants à la rue, il serait, je crois, possible de cesser de meilleure heure de les traiter en enfants et de leur accorder, dans certains actes sérieux, plus d'indépendance, afin qu'ils fissent l'apprentissage de la responsabilité. Nous devrions, à la maison, les initier plus tôt à nos affaires privées, et, au Ivcée, autoriser les plus grands à fonder, sous le patronage prévoyant de leurs maîtres, des associations scolaires, athlétiques ou autres, qu'ils administreraient entre eux librement. Sans supprimer du coup punitions et examens, ne serait-il pas profitable de les détourner d'envisager la possession du bienheureux diplôme comme le but de la vie et le terme de tout effort , de développer chez eux davantage, et notamment par l'influence des sports athlé-
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tiques, l'esprit d'initiative et la volonté, de travailler surtout à former des caractères ?
Il n'y aurait rien à perdre non plus à diminuer par tous les moyens la superstition des carrières militaires , administratives et soidisant libérales et les ineptes préjugés contre celles de l'agriculture, du commerce et de l'industrie. Les premières rivent à l'attache en fournissant juste de quoi ne pas mourir de faim ; mais on les recherche par snobisme ou pour la sécurité qu'on y trouve du lendemain. Carrières de passive docilité , elles contribuent à entretenir les Français dans des défauts qui ne sont pas de la race et qui ne nous ont été inoculés que depuis cent ans. Des officiers, des juges, des avocats, des médecins, des professeurs, des écrivains, il en faut assurément, et la question n'est pas d'en tarir la source. Mais au lieu d'orienter tout le monde dans cette voie , il vaudrait mieux n'y pousser que ceux qui spontanément et de bonne heure auraient marqué pour les