I. PÉDAGOGIE DESCRIPTIVE
\ oyons les faits Je me bornerai à quelques-uns,
et je les emprunterai de préférence, pour rendre ma démonstration plus décisive, aux parties réputées les moins éducatives de renseignement. Ce seront en tout cas des faits observés, comme le demande encore M. Boutroux, — et ils constitueront, comme le veut M. Darlu, une enquête d'un caractère pratique.
Commençons par un exercice de numération et de calcul mental.
C'est au début d'une classe du matin.
Félicitons déjà l'institutrice d'avoir choisi ce moment, où les esprits sont frais et dispos.
Ces exercices se prolongent d'une façon intéressante et sans fatigue pour les élèves, grâce à l'ingéniosité de la maîtresse, qui les fait porter successivement sur des nombres abstraits, sans y insister beaucoup, puis, sur des quantités concrètes, où elle introduit des objets familiers aux enfants (plumes, crayons, billes, etc..) — A ce moment, apparaît l'enseignement moral, par où l'institutrice montre comment il est possible d'extraire ce suc généreux de la branche en apparence la plus aride de son programme.
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de les protéger Société protectrice des animaux, qui
devrait n'être même pas nécessaire Les courses de taureaux, de coqs : les décrire d'une certaine façon, c'est tirer un enseignement moral de la seule peinture des choses.
Leçon de lecture. — Pas de lecture courante encore, pas de récit comportant par lui-même déjà, et sans que la maîtresse ait à intervenir, une leçon de morale. Car, plus les moyens sont élémentaires, plus elle est obligée de payer de sa personne, de mettre mieux son rôle en évidence. — De simples mots tracés sur le tableau noir, pour exercer les enfants à la prononciation de certaines syllabes difficiles : le phoque, le /Bosphore le p/iosphate, la/;/iotogra/>/nc, le télégraphe.
Occasion sans doute de notions utiles sur l'usage du phosphore par exemple et ses dangers, mais aussi d'un enseignement d'une toute autre nature. Histoire, ou réelle, ou imaginée par l'institutrice, de la photographie d'un enfant qui n'est plus ; douleur de la mère, qui ne pourra être consolée que par un surcroît d'affection de ses autres enfants, etc.
Lecture des places de composition. — Mise à profit pour marquer la différence entre la place et la cote.
« Vous, Jean, avez été i or avec i4 points; dans une autre composition, 2 6 avec 16 points. Laquelle de ces places préférez-vous ? '- — La première, car mon père m'avait promis une récompense pour chaque place de premier seulement. » — L'enfant est fasciné par l'idée qu'on lui a laissé concevoir de l'avantage du I er rang; l'institutrice profite de l'occasion qui s'offre de rectifier chez lui, et par lui, dans l'esprit de ses parents, une notion fausse, entretenue par la vanité.
Occasion aussi de relever le mérite d'un élève qui occupe un rang encore humble dans la classe, mais fait des efforts que l'on n'a point remarqués chez un camarade qui doit à sa seule intelligence ses succès dans les compositions.
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80 l/Êni T CATïON MORALE DANS lYnIVERSITÉ
Le tableau d'honneur. — Réservé non au succès, mais au mérite, où figurent des élèves de valeur intellectuelle peut-être médiocre, mais consciencieux et appliqués, alors qu'on n'y inscrit pas les noms d'autres élèves bien doués, occupant les premiers rangs, mais négligents.
Que n'aurait-on pas à dire des leçons de lecture courante, de récitation, d'histoire?
Il y a sans doute les livres, dont plusieurs sont excellents, — le Tour de France par deux enfants, qui est un pur chef-d'œuvre... Mais que n'y ajoute point la parole vivante de celle qui les commente?
Tels sont les faits.
Mais, dira-t-on, cet enseignement moral est-il, dans les classes élémentaires et primaires, exclusivement propre à la femme ?
La pédagogie commune fournit sans doute à l'homme, aussi bien qu'à la femme, des moyens égaux. Mais on peut soutenir que la femme, dans l'application, en use plus volontiers, comme par une tendance de sa nature, dans le sens de l'éducation morale, vers laquelle elle s'oriente comme l'aiguille aimantée vers le Nord. Elle y montre donc cette supériorité qu'assurent, princi- * paiement dans l'œuvre de l'éducation, les dispositions naturelles sur les procédés acquis, en quelque sorte artificiels.
Le professeur homme s'arrête le plus souvent aux notions d'utilité pratique ; il s'en tient, dans l'ordre des choses morales, à des généralités ; ainsi il s'arrête encore volontiers aux idées de justice, de droit, etc., mais il s'interdit, par une sorte de retenue, le domaine de la sensibilité, où il craint de ne pas se mouvoir à l'aise.
Voici ce que j'ai observé dans une classe primaire dirigée par un professeur homme.
11 avait donné comme exercice à ses élèves de trouver des noms de personnes à qui convinssent les adjectifs : dévoué, brutal.
CLASSES ÉLÉMENTAIRES ET PRIMAIRES 8l
Un élève trouve : fille dévouée; le maître répond (textuellement) : « Cela ne veut pas dire grand'chose. » Il ne lui était venu à l'esprit ni de parler d'Antigone, ni de rappeler un de ces nombreux faits que Ton trouve dans les rapports sur les prix de vertu.
Pour l'adjectif brutal, il s'était contenté de trouver exact qu'on pût l'appliquer à un charretier. — Je crus devoir lui demander si, pendant les récréations, il n'avait pas à intervenir parfois pour réprimer les brutalités d'un élève. Alors seulement il parla d'un élève que, la veille, il avait protégé contre deux de ses camarades, et qui, le jour même, n'avait pas eu honte de maltraiter un élève plus faible que lui-même. — H y a fort à parier qu'une femme aurait d'elle-même trouvé en tout cela la matière et l'occasion d'un enseignement moral.
Tout le monde connaît l'exemple classique des trois ou cinq bâtons de sucre d'orge que le professeur propose de partager entre deux élèves. Le professeur homme fera remarquer que le 3 e ou le 5 e bâton doit être divisé en deux parties strictement égales ; le professeur femme admettra qu'il le soit en deux parts même sensiblement inégales. Car, là où le professeur n'aura vu qu'une idée de justice et d'équité, elle aura pris plaisir à mettre en lumière une idée de désintéressement, de bonté, de sacrifice chez un enfant qui aime mieux ne retenir pour lui-même que la moindre part, et céder la plus grande à son camarade.
Il ne faudrait pas tirer de là des conclusions trop féministes ; mais, comme l'éducation morale comporte, principalement à son début, la culture du sentiment, il y a tout avantage à ce que, commencée par la mère, elle soit continuée tout d'abord, à l'école, par une femme.
Et nous sommes ainsi amenés à examiner le rôle que l'institutrice remplit non plus seulement comme pédagogue.
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Comment le vœu dont on vient de voir la formule est-il, ou peut-il être réalisé ? Tout le monde s'accorde à assigner comme le plus sûr point de départ de l'éducation la connaissance des, caractères. « Pour être un bon éducateur », a dit M. Jules Gautier dans la séance du congrès où Ton a traité de la formation des maîtres de renseignement secondaire, « pour être un bon éducateur, il faut connaître la psychologie des caractères ».
Et ce n'est pas M. Malapert qui sur ce point le contredira .
Je sais bien que ce mot « psychologie » a offusqué certains esprits, et qu'on n'est point d'accord sur tout ce qu'on veut lui faire signifier.
Je me bornerai à dire, d'accord, je pense, avec tout le monde, que pour diriger sûrement l'éducation des enfants, il faut d'abord les bien connaître ; que cette connaissance est indispensable pour prévenir le risque de déformer leurs caractères, de les fausser, de les laisser dévier ; que l'institutrice, autant que la mère, a, comme par un privilège spécial, l'intuition des caractères des plus jeunes enfants ; et qu'enfin, si l'on tient absolument à ce qu'il y ait en cela de la psychologie, elle fait donc de la psychologie sans s'en douter.
Ou plutôt, elle s'en doute bien, mais n'en fait pas semblant, en quoi elle évite de se montrer pédante.
Et maintenant, comment les choses se passent-elles, ou comment l'institutrice devra-t-clle faire en sorte qu'elles se passent ?
L'enfant est comme transmis par la mère à l'institutrice : il est neuf, pour ainsi dire, émanant directement de la famille, alors que des influences extérieures n'ont pu encore s'exercer sur lui d'une façon marquée. Il est à l'état, je ne dirai pas embryonnaire, mais inconsistant ; se prêtant à une formation encore facile, avec des parties à redresser, le plus souvent à affermir.
donné lecture au début de, cet entretien. Et c'est aussi la qualité sur laquelle M. Bernés a déjà insisté pour en faire ressortir l'importance.
La volonté, à son origine, se marque chez les enfants par Téveil de tendances qui se révèlent, à des degrés divers, sous la forme de désirs ; ceux-ci vont depuis la manifestation timide et presque incertaine jusqu'à l'extrême violence ; la gamme en est très étendue, et chaque note en peut résonner avec une intensité plus ou moins grande.
Que fera l'institutrice à l'apparition, par exemple d'un désir mauvais et impérieux ?
Ici, je suis bien obligé de me placer dans le domaine de l'hypothèse, mais d'une hypothèse très vraisemblable ; car, en examinant le rôle delà femme, si je montre d'un côté ce que je lui ai vu faire, je puis imaginer aussi ce que je suppose qu'elle fait, ou doit faire.
Elle est donc là, vigilante, et préoccupée de faire naître les péripéties et de préparer le dénouement du petit drame moral qui va s'accomplir sous ses yeux, en essayant de suggérer un désir contraire au désir mauvais. J'ai dit suggérer. Et il s'agit bien en effet de suggestion ; j'entends par là cette insinuation persévérante, insistante, faite de bonté pénétrante et de douceur maternelle, de patience aussi, de cette patience dont on peut dire qu'elle constitue la fermeté féminine, et sa force irrésistible. L'enfant veut ce qu'il désire, et il faut l'amener à renoncer à son désir, à désirer au contraire ce qu'il ne veut pas, à substituer un désir à un autre ; il faut, en un mot, obtenir de lui un acte d'abnégation, et déterminer un acte de volonté positive.
A un moment, le conflit des deux désirs contraires amène cette oscillation de la volonté entre plusieurs partis également possibles, que suit bientôt cet autre moment phychologique qu'on appelle délibération. Moment délicat et critique où l'influence qui intervient a pour
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«Slf gi!^l®4i ■ ^»S"<»i^» i *pî ^îçf Virement psychologi-
^^^^^I^^îcfô^^h^^x'alité vivante. Carie
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W^Ëil i îêï%^TÎI'" i ®^/''-M**îf^ t;t j' a i simplement, ■^*-^*3% *#• *5* •jp™^(» *5* «ï* *5* *■**
en examinant un cas unique, présenté la synthèse idéalisée des faits fournis par l'observation.
Nous pourrions en envisager d'autres, où il s'agirait non plus de désirs à combattre, mais plutôt de tendances à encourager. Nous y retrouverions dans le rôle que remplit la femme les mêmes qualités de tact et de délicatesse, cet opportunisme qui la fait s'accommoder aux circonstances les plus variées ; rien de l'infatuation que peut donner un système d'éducation préconçu, ni procédés rigides et autoritaires qui provoquent la révolte au lieu d'amener l'adhésion volontaire, et qui, en réprimant des désirs, suppriment des indications utiles dont l'éducateur fait son profit, mais au contraire cette intervention mesurée qui ménage le libre jeu du ressort encore fragile de la volonté, qu'une main trop rude risquerait de briser.
Habile à démêler, dans un groupe d'enfants, la diversité des natures, la femme ne l'est pas moins à saisir la caractéristique de chacune d'elles. Et c'est là encore un point qui importe, s'il est vrai que l'éducation doit être dirigée de façon à assurer à chaque enfant son développement individuel, à respecter sa personnalité.
Cette individualité, encore dans son germe, a besoin d'être ménagée avec la plus grande sollicitude, pour s'épanouir à l'aise. Or, avec l'homme, ne courrait-elle pas le risque d'être plutôt contrariée, la tendance de l'homme étant d'affirmer sa force, de vouloir façonner l'enfant à son image, d'en tirer un nouvel exemplaire de lui-même, comme si, selon le mot d'Emerson très spirituellement rappelé par M ,le Dugard, ce n'était pas assez d'un. La femme, au contraire, en présence d'un petit garçon en qui elle voit déjà le petit homme grandissant, se sentira plus disposée, par une sorte de sentiment qui confine au respect, à laisser évoluer la nature de l'enfant sans trop de contrainte, et avec une