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indépendance au moins relative : et par là elle aide mieux à dégager sa personnalité naissante, à l'affermir déjà, et à mieux garantir son développement futur.
Mais il faut se borner ; et, sans conclure autrement, je bornerai ici mon enquête. J'en aurai dit assez, je crois, pour montrer comment la femme, en associant dans les classes dont elle est chargée la culture du sentiment moral à l'éducation intellectuelle, prépare déjà efficacement les enfants à recevoir par degrés cette formation plus complète dont M. Bernes nous a décrit l'image idéale, et qui sera parfaite quand elle l'aura pourvu de toute son armure morale, et rendu apte à l'accomplissement de tous ses devoirs individuels et sociaux.
Je sais bien qu'on aurait pu me demander de pousser cette enquête plus loin. Je n'ai pas, en effet, répondu à toute la question inscrite à mon programme. Cette . question porte sur « le rôle de la femme dans les classes élémentaires et primaires ». Or, actuellement, la femme ne dirige, sauf de très rares exceptions, que des classes primaires et enfantines.
On pourrait donc se demander si elle ne serait pas également apte à prolonger utilement son action dans les classes élémentaires, tout au moins lorsqu'elle est pourvue du droit légal que lui confère le certificat d'aptitude à l'enseignement de ces classes.
On pourrait se demander enfin quels services elle serait appelée à rendre comme répétitrice.
Et si quelqu'un craignait de voir en elle une émule trop envahissante, elle répondrait sans doute qu'il y a des compensations à offrir à l'homme en échange de ce que celui-ci céderait de son domaine, — d'ailleurs contesté.
Les plus excellentes raisons ne manqueraient pas en effet à qui s'aviserait de traiter ce sujet : (( Du rôle de
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l'homme dans les classes supérieures de jeunes filles. »
Ce serait le pendant de celui que nous venons d'étudier. Et Ton aurait ainsi comme un diptyque représentant symétriquement les deux aspects d'une même question.
Séance du 17 janvier 1901.
DISCUSSION
M. Strowski. — M. Kortz a demandé l'introduction des professeurs-femmes dans les classes primaires et dans les classes élémentaires ; et il en a donné pour raison leur habileté à pratiquer la méthode d'enseignement oral.
Mais cette méthode est-elle, en effet, la meilleure? Enseigne-t-elle aux enfants ce qu'il faut apprendre au lycée ?
M. Kortz a dit qu'il n'y avait pas de programme officiel ; mais il a lu un programme individuel, qu'il considérait comme un type. Dans ce programme, ce qui frappe, c'est l'étendue de l'enseignement moral : il est partout, dans la lecture, dans la récitation des leçons, dans les leçons de choses, dans le calcul. La morale entre ainsi dans des choses qui lui sont étrangères.
Est-ce la une méthode? N'est-ce pas plutôt l'absence de méthode, et plutôt l'art des coq-à-l'âne, qui fait disparaître le sujet dont on traite, la leçon de numération , la leçon de choses, pour mettre à sa place de la morale ?
C'est mauvais en soi ; et de plus, l'enfant, qui est fin, verra venir la leçon morale, et la laissera glisser, sans lui donner de prise.
L'enseignement moral ne doit pas être ainsi partout; il doit apparaître discrètement dans certaines circonstances, comme la lecture des notes, la correction d'une faute commise.
Quel est d'ailleurs cet enseignement moral que donne
CLASSES ÉLÉMENTAIRES ET PRIMAIRES gi
le professeur femme ? On dit à l'enfant : il faut travailler ; il ne faut pas mentir ; il faut être sage : c'est ce qu'on fait déjà dans la famille ; et, dans la famille, les circonstances où on peut le dire sont plus fréquentes que dans la classe.
Mais il y a un enseignement moral que la famille ne peut bien donner et qui, au lycée, doit primer tous les autres. On a dit qu'il fallait à chaque âge un enseignement. Or, qu'est-ce qu'une nature d'enfant? Ce qui la rend si difficile à manier, c'est qu'elle est faite d'impulsions, de caprices : et c'est la le plus grand obstacle à l'enseignement moral. La première chose à faire, c'est donc de transformer cet état d'anarchie en un état d'ordre, de régularité. La famille ne peut guère y réussir. Le lycée le fait d'abord, extérieurement, par la discipline générale, par la régularité dans les exercices. Mais il agit plus encore sur l'intérieur : si l'enfant voit à son professeur une règle, une méthode, une volonté ferme, il comprendra que c'est ainsi qu'il doit être.
L'enseignement moral, tel qu'il existe dans la méthode dont on a parlé, est en contradiction avec l'habitude de l'ordre, de la régularité : l'enfant, s'il voit le professeur passer son temps à sortir du sujet qu'il traite, prendra-t-il l'habitude de rester lui-même dans ses idées, dans ses volontés?
En somme, l'enseignement moral au début exige surtout des qualités viriles. Il y a des professeurs-dames qui possèdent ces qualités ; mais actuellement c'est l'exception. Dans l'intérêt de l'enseignement moral, il faut donc laisser au professeur-dame la plus petite place au début.
M. Kortz a toutefois si bien montré les avantages que l'enfant trouve à avoir à côté de lui l'affection, le tact d'une femme, qu'il faut lui assurer tous ces avantages au lycée. Où placera- t-on donc l'élément féminin ? 11 n'y a pas seulement la classe : il y a la récréation,
l'étude, le dortoir. C'est là qu'est la place de la femme. Qu'il y ait des répétiteurs-femmes ; la place qu'elles occuperont ainsi au lycée sera grande ; elles y seront comme des maîtresses de maison et comme des mères defamiïle.
M. Kortz. — Mon but a été de montrer que renseignement des classes primaires et enfantines renfermait en substance, à l'état diffus, l'enseignement moral, et que la femme était particulièrement apte à l'en extraire. Mais je n'ai pas voulu dire que l'enseignement moral dût tenir constamment la place des autres et s'y substituer. Le programme lui-même que j'ai lu n'est qu'un programme idéal. C'est un maximum, qui n'entre pas nécessairement dans la pratique journalière.
Quant à l'autre question abordée par M. Strowski, le rôle de la femme comme répétitrice, je suis entièrement d'accord aveolui.
L'action de la femme en classe peut être insuffisante ; elle peut être prolongée, étendue par son rôle à l'étude ; et son influence serait très heureuse pour éveiller l'esprit d'initiative de l'enfant.
L'initiative de l'élève dans les petites classes est vivement éveillée parles interrogations collectives: mais elle s'amortit au sortir de la classe. Les externes ont sans doute une répétitrice naturelle dans leur mère ou leur sœur aînée ; mais trop souvent cette collaboration nuit au travail personnel de l'enfant. Pour les internes, c'est l'inverse qui a lieu : l'enfant est en présence d'un répétiteur, qui souvent n'a pas l'intuition de sa vraie nature, qui est préoccupé d'ailleurs de son propre travail, qui ne lui appartient pas tout entier. Une répétitrice aura du moins le dévouement maternel, l'intuition féminine de l'enfant. Si elle suit l'enfant de la classe à l'étude, elle saura sur quels points elle devra insister à l'étude,
Enfin, à côté du développement intellectuel, il faut songer aussi à la question des manières, aux habitudes d'ordre, de propreté, de tenue, de politesse, que la femme s'entendra mieux que Fhomme à développer en donnant à l'étude quelque chose de plus familial. On répondrait ainsi à des critiques, d'ailleurs exagérées, qui nous sont adressées, et dans lesquelles on fait disparaître parfois l'essentiel de l'éducation morale, que nous donnons déjà, sous ces parties secondaires, que par cette réforme nous cesserions de négliger.
M. Thomas. — Non seulement il ne faut pas mettre les femmes hors de la classe, comme le demandait M. Strowski ; mais il serait bon de leur ouvrir d'autres classes que les classes primaires. Les femmes ont une influence éducative considérable ; et la morale ne s'enseigne pas ; elle se suggère. Pour cela, il faut une délicatesse que l'homme n'a pas en général. La femme n'enseignerait pas les préceptes ; elle les ferait pratiquer. Si l'on compare les petits enfants élevés par des hommes et ceux que des femmes ont élevés, on est frappé de voir que ceux-ci ont une délicatesse de sentiments que les autres n'ont pas.
M. Strowski. — H y a plusieurs façons d'entendre l'éducation morale. Il y a celle qui consiste à dire à l'enfant : ne mens pas; tiens-toi bien. Celle-là, la famille la donne comme la classe. Mais il y a celle qui consiste à faire de l'enfant un homme : c'est l'éducation de la raison, faite d'ordre, de méthode, de discipline: et celle-là ne peut, en règle générale, être donnée que par des hommes, dans la classe et par l'enseignement ; l'autre se donnera dans la famille ou à l'étude.
M. le Président. — On a posé jusqu'à présent deux questions : celle du rôle de la femme en classe, celle
de son rôle à l'étude; sur celle-ci, on paraît être d'accord ; il conviendrait donc de continuer la discussion sur l'autre point.
M. Kortz ajoute que, pour ce qui est du rôle des femmes comme répétitrices, une expérience personnelle lui a prouvé que la pratique en serait facilitée par l'administration académique.
M. le Président. — Sur la question du rôle des femmes dans l'enseignement, M. Strowski pense qu'il est indispensable de donner de bonne heure a l'enfant ' une bonne méthode, le goût de la régularité dans le travail, — de le soumettre à une discipline virile, qu'il regarde comme mieux assurée parla direction d'un homme .
M. Thomas pense aussi que cette méthode, cet ordre sont indispensables ; mais la femme, dit-il, peut aussi bien que l'homme avoir ces qualités, et elle y ajoute des qualités que l'homme n'çt pas, ce qui lui permet d'atteindre de meilleurs résultats.
M. le Président estime, pour sa part, que le goût de la régularité est une des qualités que possède le mieux la femme : dans la famille, elle applique à sa tâche un remarquable esprit d'ordre, et elle donne à l'enfant l'habitude de la régularité. Du reste, au lycée, le régime intérieur suffit à assurer la régularité dans le travail.
M. Strowski a relevé aussi comme un défaut de l'éducation féminine l'absence de méthode et de suite dans les idées. Si on faisait de cette absence d'esprit de suite une règle fondamentale, il faudrait la condamner. Mais il faut remarquer que les enfants ne peuvent pas suivre longtemps une même idée ; et que très vite ils ont besoin de repos et d'un peu de répit. A ce point de vue, les procédés indiqués peuvent avoir leur avantage.
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L'enfant est capricieux ; il faut le guérir de cette disposition, dit M. Strowski. C'est vrai; mais il ne faut pas aller trop vite ; il faut adapter la règle à son âge. Ici encore, il n'est donc pas certain que l'enseignement donné par les femmes ait de grands inconvénients*
Enfin, en dehors de l'enseignement officiel, il existe beaucoup de classes dirigées par des dames, où filles et garçons* se trouvent réunis. L'expérience ne prouve pas que les garçons élevés dans ces classes soient moins habitués à la régularité dans le travail que ceux qui n'ont eu que des professeurs-hortimes.
M. Strowski accepte ces réserves ; si les dames, outre leurs qualités propres, ont aussi les qualités viriles, il n'y a aucune objection à faire à leur intervention dans l'enseignement. Mais ce qui ressort de là, c'est qu'il ne faut pas entendre l'enseignement moral dans le sens du programme dont M. Kortz adonné lecture. Il faut, bien entendu, ménager les forces de l'enfant ; mais jamais il ne faut de hors-d'œuvre, de décousu, d'irrégularité dans la façon d'enseigner.
M. Boudhors. — Pour donner cet enseignement moral par ricochet ou par entraînement, les hommes ne semblent pas inférieurs aux femmes : plus habitués à raisonner qu'à se laisser aller au sentiment, ils savent mieux choisir le moment de passer de la leçon spéciale à la morale.
Déplus, il ne semble pas qu'il y ait la différence dont on a parlé entre les enfants dont le père et ceux dont la mère s'occupe. Un enfant dont le père ne surveille pas le travail a quelque chose de nonchalant, d'impressionnable aux observations, de moins préparé au travail personnel que celui dont le père s'occupe.
De plus, la famille est excellente en principe comme milieu d'éducation morale, parce qu'elle unit les quali-
tés de délicatesse et de sensibilité de la femme et les l : qualités de régularité et de raison de l'homme. Tout le
monde a pu remarquer des différences entre les enfants élevés par le père seul ou par la mère seule, ou à la fois par le père et la mère. Il faudrait donc se demanderai, de donner aux enfants dans les classes primaires une éducation purement féminine, ne pourrait avoir les inconvénients qu'on peut constater dans l'éducation i, d'un enfant qui n'a que sa mère. La femme a par na-
ture et par goût la passion maternelle ; si elle est en classe, et si elle est aussi en étude, outre qu'il pourra '<• v avoir conflit dans les deux cas, l'enfant ne se trouve-
ra-t-ilpas alors par trop livré aux qualités féminines? et cela d'autant plus qu'il a chez lui sa mère, qui se sentira plus en état de juger le professeur et le répétiteur femme que le professeur ou le répétiteur homme, et que le père, de plu6 en plus occupé hors de la maison, laisse plus souvent chez lui à la femme la direction de l'enfant.
M. Flot. — On est d'accord sur le rôle des professeurs femmes dans les classes enfantines. Mais à quel âgé doit cesser cette collaboration des femmes à l'enseignement? M. Boudhors a posé la question sur un terrain qui intéresse les professeurs des classes élémentaires.
Dès maintenant, les dames pourraient enseigner dans les classes élémentaires, si elles se munissaient du certificat d'aptitude. En huitième, elle réussissent bien. Estil bon de les laisser enseigner jusqu'à la sixième, ou n'y a-t-il pas avantage au point de vue de la formation de l'esprit à leur retirer l'enfant avant les classes où commence l'éducation secondaire proprement dite?
Peut-être serait-il bon de mettre avant la sixième l'enfant aux mains du professeur homme. Dans les classes primaires, on pourrait mettre les femmes en
classe et en étude ; mais, dans les classes élémentaires, on leur retirerait la classe, et on leur laisserait l'étude. Dans tout ce qu'on a dit, on n'a pas insisté sur le rôle éducateur du professeur homme des classes élémentaires. Ce rôle est très grand : car le professeur, qui surveille aussi les récréations entre les classes, a ainsi des occasions particulièrement nombreuses pour exercer sa fonction d'éducateur. Il y a là un point à mettre en évidence.
M. Kortz. — M. Flot a remarqué que j'avais insisté surtout sur le rôle des professeurs-femmes : c'est qu'il y a, en effet, là, quelque chose à développer, et qui a sa compensation dans le rôle que les professeurs-hommes peuvent être appelés à jouer dans les classes supérieures des filles.
M. Thomas semble vouloir déposséder le professeurhomme des classes élémentaires pour les confier à des professeurs-femmes : je ne crois pas qu'il y ait avantage à cela ; il faut déterminer le point où s'arrêtera le domaine de la femme. Il y a un domaine contesté ; c'est la classe de neuvième, considérée tantôt comme primaire, tantôt comme secondaire, et. qui reste ambiguë, primaire par les maîtres, secondaire parles tarifs. On pourrait la concéder aux professeurs-femmes. Au Congrès international de l'enseignement secondaire, miss Mary Wheeler a demandé que le rôle de la femme dans l'éducation des garçons fût maintenu beaucoup plus tard, jusqu'à i5, 16 et même 18 ans. De plus, on a beaucoup parlé de l'aptitude de la femme à l'enseignement des langues vivantes, et surtout à renseignement pratique et direct, qui convient à ces classes de début : il y aurait donc là une tentative intéressante à faire.
M. Strowski pense que, pour la neuvième, il faut savoir si la femme est chargée de l'étude : si oui, on
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ne doit pas la mettre en classe'; ou bien, si on lui donne la classe, il ne faut pas lui donner l'étude.
M. Billaz. — Il ne faut pas généraliser à l'excès : des hommes élevés par des femmes sont parfois plus virils que ceux que des hommes ont élevés : voyez Marbot. . . Il faut laisser à chaque lycée, à chaque régionle soin de décider où s'arrêtera le rôle de la femme : par exemple, il pourra s'étendre beaucoup plus loin dans le nord que dans le midi de la France.
Il faut aussi établir une différence profonde entre externes et internes. L'externe subit dans sa famille l'influence féminine, et, pour lui, on pourrait craindre trop, d'influences de cet ordre, si on ne les limitait pas plus tôt au lycée. Mais iln'en est pasdc même dans les internats ; et là les femmes pourront être fort utiles.
M. le Président. — Ce qui se dégage de cette discussion, c'est que tout le monde paraît d'accord pour souhaiter que dans les premières classes la femme dirige l'étude.
Pour ce qui regarde l'enseignement, on ne s'accorde pas tout à fait sur le moment où il convient d'arrêter le rôle de la femme ; mais on sera d'accord pour dire qu'il n'y a pas d'inconvénient a faire ici des expériences pratiques discrètes, qui permettront d'arriver à des résultats positifs.
Séance du a4 janvier 1901.
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