CLASSES DE GRAMMAIRE
Exposé fait par
M. Clairin
Professeur de Cinquième au lycée Montaigne.
Dans l'examen que nous faisons de l'enseignement moral tel qu'il existe dans les classes, il importe de ne citer que des faits précis, de nature à bien montrer ce qui se fait et ce qui peut se faire.
C'est dans les classes de grammaire que commencent aujourd'hui les études secondaires, avec l'étude du latin ; on y forme les élèves aux méthodes qui conviennent véritablement à l'enseignement secondaire, qui sollicitent sans cesse la réflexion des enfants pour arriver à un développement régulier et complet de l'intelligence,
Les élèves sont âgés de onze à treize ans. Cet âge, qui correspond à la fin de l'enfance et presque toujours au commencement de l'adolescence, est appelé quelquefois l'âge ingrat, parce que les enfants traversent une crise physique qui les rend souvent paresseux et désagréables, et exige des maîtres, dont la tâche devient plus difficile, une patience toute particulière. Mais la fréquentation de cet âge ne manque pas de charme. Avec des enfants de onze à treize ans il faut éviter les puérilités, sans cependant donnera l'enseignement une
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forme trop dogmatique ; il faut surtout éviter d'avoir l'air de prêcher.
Chez la plupart des élèves de la division de grammaire on peut noter des traits de caractère communs. Quand on leur parle de l'exactitude et de la conscience qu'on doit apporter au travail, ces mots ont pour eux toute leur valeur ; ils reconnaissent volontiers le mérite des travailleurs et les respectent. Les bons élèves attachent une importance quelquefois excessive aux places obtenues dans les compositions. Ils ne parlent pas de recommandations; cette idée naîtra chez eux plus tard, à l'approche du baccalauréat, et, comme ce n'est pas au lycée qu'on la leur suggérera, il faut reconnaître que la croyance au succès obtenu peut-être par la faveur et non par le mérite viendra de la famille, et non du lycée.
Le scepticisme contemporain n'a pas encore envahi trop profondément nos jeunes écoliers. Quelquefois cependant, mais rarement, on entendra dire à quelques-uns d'entre eux, déjà pratiques, que, s'ils négligent une étude, c'est qu'elle ne sert à rien* au baccalauréat. Il suffit d'avoir causé avec certains parents d'élèves pour savoir quelle est l'origine de cette croyance.
Il est facile de gagner l'affection et la confiance d'élèves de cet âge ; il suffit de les mériter. Portés naturellement à croire leurs maîtres, ils subissent facilement leur influence, qui peut s'exercer de deux manières, par l'exemple et par l'enseignement.
Les pensionnaires, qui vivent complètement au lycée, y reçoivent à la fois tout l'enseignement moral et tout l'enseignement intellectuel. La classe finie, dans les causeries des élèves entre eux et avec les répétiteurs, la conduite du professeur, ce qui a été dit en classe est commenté, discuté, approuvé ou blâmé. C'est le devoir du professeur de ne pas donner matière au blâme, d'éviter dans sa conduite tout ce qui pourrait sembler en contradiction avec ses préceptes.