CLASSES DE GRAMMAIRE IO
viennent de leurs enfants ; que ces plaisirs sont peutêtre encore plus vifs chez les grands-parents, et qu'il dépend des enfants seuls de les leur procurer. C'est une occasion naturelle de parler des devoirs envers les parents. Enfin eux aussi deviendront des chefs de famille. Jouiront-ils de leurs enfants, s'ils n'ont pas eux-mêmes rempli leurs devoirs d'écoliers et leurs devoirs de fils? On dira peut-être que présenter ainsi la bonne conduite comme un intérêt bien entendu, quefaire delà conduite présente une sorte d'hypothèque sur l'avenir, c'est une morale un peu utilitaire et par suite un peu basse ; mais il faut penser qu'on parle à des enfants et que la morale religieuse elle-même promet la récompense après la bonne action. Toutes ces remarques sortent tout naturellement du texte expliqué.
C'est à chaque instant que l'explication précise d'un texte fournit la matière d'une réflexion morale. Voici un élève qui, dans une fable de Phèdre, le renard elle bouc, traduit le mot callidus par adroit. Le professeur l'arrête et le fait réfléchir. Y a-t-il de l'adresse à abandonner son compagnon dans la détresse ? Est-ce sur l'adresse du renard que La Fonlainc appelle notre attention quand il traite le même sujet? L'élève repasse les significations du mot callidus : quia des cals aux mains, instruit, habile, rusé. Il se rappelle que le même mot a servi à qualifier dans le de Viris Hannon échappant au danger par sa présence d'esprit, Hannibal tirant son armée d'un mauvais pas. Hannibal a été habile, le renard rusé. L'habileté est une qualité, la ruse est un vice. On aimerait à servir sous un chef semblable à Hannibal; on n'aimerait pas vivre avec un compagnon rusé et méchant comme le renard. Tout cela est dit en quelques mots, tout cela profite également à la connaissance du latin et à l'instruction morale.
Même les explications des livres les plus élémentaires fournissent de nombreuses occasions de faire réfléchir
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CLASSÉS DE GfcAMMAIftË ÎOQ
<( comprendre qu'il ait eu sur mon esprit une action ce dont je ne puis oublier ni la durée ni la force. Ces « exemples héroïques de résistance à l'oppression, ce de mépris pour l'injustice, dune fière indépendance « de lame au milieu des misères du corps, me paru- « rent proposés à mon imitation. » Il ajoute que « ce « livre où ses maîtres ne lui faisaient lire que des mots « l'enflamma par ses idées ». Je le soupçonne de calomnier un peu ses professeurs, mais si le livre entre Jes mains de maîtres malhabiles produit unç telle impression, quelle en sera la valeur lorsqu'il sera expliqué sous la direction de maîtres éclairés ? Les élèves y puiseront, comme le dit encore le même moraliste, « la force, l'indépendance et l'indifférence pour la « mauvaise fortune. »
Avec un tel livre on n'a que l'embarras du choix, car on pourrait en tirer un cours complet de morale : devoirs envers soi-même, envers sa famille, envers son pays, envers Dieu. Le professeur doit plutôt se surveiller pour éviter l'abus. Mais le plus souvent un mot suffît pour dégager la leçon morale du récit qui la renferme. Si on vient d'expliquer l'histoire monstrueuse de Prexaspe, qui voit tuer son fils par Cambyse, qui assiste à l'autopsie, et qui, constatant que la pointe de la flèche est enfoncée exactement dans le cœur encore palpitant que Cambyse avait déclaré viser, se contente de dire qu'Apollon lui-même n'aurait pas été un archer plus habile, il suffira de rapprocher de ce récit la mésaventure du duc de Grammont si bien contée par M me de Sévigné. L'embarras du vieux courtisan nous fait sourire : l'avilissement du caractère, résultat fatal du désir de plaire à un maître, apparaît pleinement dans l'histoire de Prexaspe. Demandez alors à l'enfant, même affamé de notoriété, s'il voudrait voir son nom immortalisé par un souvenir semblable.
Ajoutons en passant que l'enseignement anti-alcooli-
i io l'éducation morale dans l'université
que, qui devient à la mode, avait depuis longtemps sa petite place dans le Selectae (Cambyse, Alexandre et Clitus, Philippe après Chéronée, RuJ us et l Auguste, etc.).
On peut descendre plus bas et on constatera que même les exercices les plus scolaires laissent une place à la réflexion, à la formation morale de l'esprit. Nous constatons, par exemple, que les pronoms personnels, en latin, manquent de génitif, et que ce cas est remplacé par des formes empruntées aux adjectifs possessifs, qu'enfin les deux formes noslrum et nostri n'ont *pas la même valeur et ne peuvent pas être employées Tune pour l'autre, la première ayant un sens partitif et la seconde un sens possessif. Pour bien faire comprendre la chose, on donnera à expliquer un exemple tel que animas est melior pars nostri, et, en exigeant une traduction tout à fait littérale, on amène les élèves à traduire Vdme est la meilleure partie de ce qui est à nous. A la suite de cette explication viendra tout naturellement cette question : « Quelle est la chose qui est véritablement à nous ? » En évitant les exagérations du stoïcisme, l'enfant voit bien qu'il ne dépend pas de lui d'être plus grand ou plus petit qu'il n'est, malade ou bien portant, et qu'on ne saurait lui faire un reproche de sa taille ou du mauvais état de sa santé, mais qu'il est le maître de son âme, de sa volonté, qu'il mérite ou démérite suivant la conduite qu'il tient.
Les étymologies, dont on a dit souvent tant de mal et si légèrement, piquent la curiosité des enfants et les amènent facilement à penser à un grand nombre de choses sérieuses.
L'analyse elle-même fournit des occasions de réfléchir. Un professeur qui vient de faire analyser à ses élèves une phrase très simple, telle que turpe est mentiri, pour enseigner la règle d'accord de l'attribut, essaie, par exemple, de changer l'exemple : pulchrum est mentiri. Il excite, même chez les moins attentifs, un senti-