CLASSES DE GRAMMAIRE
ment de surprise et une protestation. Il en profite pour demander pourquoi il n'est pas bon de mentir quand on peut espérer ainsi échapper au blâme ou au châtiment. Il ne lui faut pas beaucoup de temps pour faire définir le mensonge, qui est une tromperie par laquelle on lèse autrui, pour faire comprendre que le menteur est aussi coupable que le marchand qui trompe sur la qualité ou le poids de la marchandise vendue. Revenant alors a l'exemple analysé, il montrera que l'accord grammatical de l'attribut avec le sujet ne suffit pas , et qu'il faut trouver entre les deux un accord moral, un accord de sens, un accord logique, ce qui est la règle la plus essentielle pour bien comprendre et bien traduire un texte, afin d'éviter les contresens et les non-sens. Voilà comment apprendre à écrire est véritablement apprendre à penser.
Ainsi tous les exercices de la classe sont plus ou moins pénétrés par l'enseignement moral. Mais il importe de ne pas donner à cet enseignement une forme trop dogmatique. Aussi convient-il d'avoir dans les classes de grammaire des professeurs qui connaissent bien ce qu'on peut faire avec des enfants tels que ceux qui leur sont confiés. Cet enseignement se donne surtout dans des entretiens familiers auxquels, grâce à des interrogations continuelles, les enfants prennent une part active et dont ils profitent davantage. Mais il faut réserver aces causeries, à ces interrogations multipliées, un temps suffisant. C'est pourquoi la réduction du temps des classes à une heure, proposée par certaines personnes, pourrait être funeste pour l'enseignement moral. Pressé par le temps, le professeur est porté à s'occuper exclusivement de l'enseignement proprement dit, à s'enfermer dans la lettre des programmes. Au contraire, la classe de deux heures donne le moyen de mêler à tous les travaux de la classe cet enseignement moral diffus, qui pénètre si naturellement tous les