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CLASSES DE LETTRES I 3û,
M. Strowski. — C'est à cause de cette crise qu'il faut faire autre chose que ce que nous faisons. Il ne faut admettre dans les classes de lettres que ceux qui peuvent s'intéresser à ce qu'on y fait, et y trouver un aliment pour leur sensibilité.
M. le Président. — Plusieurs d'entre nous admettent la diminution de la valeur morale de certains enfants dans les classes de lettres. Mais il ne faut pas oublier que ces enfants sont à l'âge ingrat. On accuse de ce déchet la nature de l'enseignement, qui ne conviendrait qu'à des intelligences d'élite. Mais y a-t-il un enseignement qui convienne à la majorité des intelligences? Y a-t-il un enseignement qui, donné dans les mêmes conditions à des enfants du même âge, en tirerait plus que n'en tire notre enseignement? Ce serait, à vrai dire, un miracle, et on n'a pu définir cet enseignement-là.
M. Thomas n'accuse pas l'enseignement en lui-même, mais son défaut d'adaptation à l'esprit des enfants. Le professeur ne peut donner à chacun l'enseignement qui lui convient. Le tiers de la classe va bien, le reste mal. Aussi, que voit-on? tous les postes qui ne demandent pas d'initiative sont recherchés ; les autres sont désertés ; notre enseignement enlève à la société des hommes qui auraient pu lui rendre des services.
M. le Président. — H y a des élèves dont on peut dire qu'ils n'ont pas l'intelligence des exercices auxquels on les applique, et qui sont cependant intelligents. Ceuxlà, il faut les diriger d'un autre côté. Mais, dans cette inégalité de nos classes, n'y a-t-il pas encore un fait contre lequel nous ne pouvons rien , un fait naturel, l'inégalité des intelligences, qui apparaît surtout à mesure que l'enfant grandit. A douze ans, elle n'apparaît pas beau-
i4o l'éducation morale dans l'université
coup encore : elle se montre quand l'esprit se développe et que les années viennent. Ceux qu'on appelle les cancres, engagés dans n'importe quelle voie, même vers les carrières pratiques, seront toujours des cancres ; ils seront de mauvais ouvriers comme ils étaient de mauvais élèves. Il y a là une catégorie irréductible, dont il ne faut pas oublier de tenir compte.
M. Boudhors. — M. Thomas a peur qu'au lycée nos élèves ne reçoivent pas une préparation appropriée à leurs aptitudes. L'idéal serait qu'à chaque instant on pût faire le bilan des capacités de chacun, et le tourner du côté qui lui conviendrait le mieux. Mais quand sera-t-on sûr de ne pas se tromper, si on lui fait faire ce choix de bonne heure ? Il serait très dangereux, sous prétexte qu'un élève semble paresseux, de lui fermer la route.
Dans la mesure où cela est possible, cela peut d'ailleurs se faire à bon escient. Nous sommes consultés par " les familles, et nous sommes enchantés quand nous voyons des familles comprendre qu'il n'est pas nécessaire que leur fils fasse des études secondaires, s'il a d'autres aptitudes et qu'il ne réussisse pas dans ses classes.
Mais, des « cancres », il n'y en a pas ; il y a des élèves qui, du premier coup, n'ont pas réussi: c'est à vous de leur montrer que, dès qu'ils font un effort, on les en félicite. Leurs études ne leur sont d'ailleurs pas du tout inutiles : l'explication littéraire d'un texte n'est pas faite seulement pour une élite ; elle ne dépasse pas les forces d'un élève ordinaire.
La clas.se de philosophie n'est peut-être pas accessible à tous ; mais on a tort de ne considérer que les classes à examen : l'examen n'est pas une partie essentielle de la classe ; il faut considérer celle-ci en elle-même; et là, dans l'enseignement, il n'y a rien qui dépasse le niveau des élèves, quels qu'ils soient,
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M. Thomas. — Il n'est pas possible de s'occuper de tous les élèves d'une classe nombreuse ; et nous ne pouvons pas nous désintéresser de quelques-uns, des moins forts.
M. Boudhors. — L'objection ne vise que l'organisation des classes, non l'enseignement lui-même.
M. Strowski. — On parlait tout à l'heure de détourner les enfants qui viennent de l'école primaire; mais, en général, ils s'intéressent plus à l'enseignement que les enfants riches ; ce qui est vrai, c'est que l'enseignement secondaire n'intéresse pas toutes les natures d'esprits ; et ceux qu'il n'intéresse pas ne sont-ils pas engagés dans une voie dangereuse? Il y a d'autres enseignements : mais les familles n'ont pas toutes le courage d'y aller. Or, notre enseignement, utile pour les bons élèves, risque fort de démoraliser ceux qui n'en retirent pas le fruit.
M. X... demande la permission d'invoquer l'opinion générale des élèves de son pays (la Roumanie) ; il y a chez eux une hostilité générale contre le latin, le grec et les mathématiques, qui sont les bases de l'enseignement officiel. 11 vaudrait mieux organiser un enseignement spécial préparant aux carrières manuelles, et un autre enseignement qui ne conduirait à rien, et où on pourrait laisser subsister, pour ceux qui le veulent, l'enseignement des langues anciennes et des mathématiques. Ailleurs, il faudrait enseigner l'hygiène, la comptabilité, une langue vivante, un peu de sciences, et la morale. Gela éviterait au plus grand nombre le risque de sortir du lycée avec une instruction nulle. Le dégoût de l'élève, la haine qu'il a pour ce qu'on lui a erîseigné, ont leur influence sur ses principes moraux.
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