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CLASSES D'HISTOIRE

présente aux générations passées, la culture du patriotisme se concilie aisément avec le respect de la vérité historique. Nous ne cacherons rien des fautes ou des erreurs commises par les ancêtres. Aussi bien, notre histoire est assez belle pour n'avoir pas besoin d'être ornée. Mais je ne me crois pas tenu, quand je retrace l'histoire de mon pays, à la même impassibilité que si je parlais des Assyriens ou des Mèdes. Bien au cpntraire, si je ne parvenais à faire sentir aux élèves que l'histoire de France, c'est comme on l'a dit, nous dans le passé, que nous sommes solidaires de nos ancêtres, que leurs misères et leurs joies sontles nôtres, je me considérerais comme inégal à ma tâche. Dans le dictionnaire de pédagogie, M. Lavisse dit : « N'enseignons point l'histoire avec le calme qui convient à renseignement de la règle des participes. Il s'agit ici de la chair de notre chair et du sang de notre sang. »

Ce sont de belles paroles, et je n'en ai pas de plus fortes à ma disposition.

Voilà, Messieurs, une brève esquisse des services que l'histoire peut rendre. Nous conclurons que, sans se subordonner à des préoccupations morales ou sociales, en restant avant toutes choses, « le récit des faits donnés pour vrais », l'enseignement historique peut contribuer pour sa part à former des hommes de jugement droit, honnêtes, bons citoyens, bons Français, et comme il leur aura donné le sens de la réalité, comme il les aura instruits des conditions de l'action, il fera des élèves de nos lycées des hommes qui voudront et qui sauront agir.

DISCUSSION

M. le Président félicite M. Gidel de son exposé si

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riche et si précis ; M. Gidel a su tenir compte, avec tant de tact, à la fois des exigences de la science historique, qui veut être indépendante et exacte, et de la portée morale de l'enseignement historique, qu'il y aura peutêtre peu de chose à ajoutera ce qu'il a dit.

M. Weill est d'accord avec M. Gidel; il veut seulement ajouter une remarque, qui a son importance. C'est que, parmi les qualités morales que peut développer l'enseignement historique, il faut placer au 'premier rang le goût et l'estime du travail. Nous devons faire aimer les carrières pratiques, l'agriculture, ! le commerce, en particulier, pour lesquels trop souvent nos élèves ont un certain dédain. L'histoire, en nous donnant des exemples frappants, comme celui des Florentins ou des Hollandais, qui ont su défendre leur indépendance en honorant le travail sous toutes ses formes, et que cet amour du travail utile n'a pas empêché d'être des peuples artistes, nous fournit le moyen de combattre cette fâcheuse tendance et de relever ainsi la vertu du travail.

M. le Président. — Il y a là, en effet, une des nombreuses occasions que nous fournit l'histoire de poursuivre l'éducation morale dans le détail; et M, Gidel, qui n'a pu préciser tous les points, pourra facilement admettre la remarque de M. Weill.

M. Hauser. — M. Gidel a très justement montré que la conception de l'enseignement de l'histoire avait changé depuis le xvu c et le xvui e siècle. Alors, l'histoire n'était que la morale en action. Actuellement, on demande a l'histoire la connaissance exacte des faits et de leur enchaînement. Mais tout le monde est-il d'accord sur cette conception de l'enseignement historique? Il ne le semble pas; et, par exemple, M. Fouillée, dans

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ï\ lïr attaquer l'kisloire de la civilisation, M. Gidel v ;^; Mil lu partie belle : il a dit qu'elle empêchait ,: ,t ;^vmhv à l'enfant ce que c'est qu'une guerre; mais v n s histoire de la civilisation ainsi comprise n'en est pîu* une» puisque la guerre est un des faits importants do nùsloire, et quelle ne peut donc pas la supprimer.

\L tiidel a dit aussi que l'histoire au lycée ne pouvait pas développer l'esprit critique. Evidemment, il faut ici de la réserve et des précautions : la tentative qui eonsistailà mettre les élèves en face des textes, et à les laisser se débrouiller, a échoué. Mais ne peut-on é\eiller, cependant, peu à peu, l'esprit critique? Montrer, par exemple, à propos de Charlemagne et de la chanson de Roland, comment se crée une légende; ou, en lisant une page de Saint-Simon, montrer pourquoi nous pouvons connaître mieux que lui les faits dont il parle, — c'est bien exercer déjàle sens critique de l'élève.

Quant à la valeur morale de l'enseignement historique, tout le monde ici semble d'accord, et l'on pourrait dire que la première leçon de l'histoire est une leçon de vérité; la seconde une leçon d'énergie: mais l'histoire apprend à connaître, à côté de l'action des individus, le rôle de l'action collective ; elle nous montre la solidarité des générations à travers les âges, elle nous donne le sentiment de la patrie en ce qu'il a de rationnel et de durable : et enfin elle nous révèle la solidarité de plus' en plus étroite des nations entre elles, et nous donne le sentiment de l'humanité. Quand le professeur d'histoire a fait cela, il a fait œuvre de moraliste.

M. Gidel remercie M. Hauser de ses intéressantes observations, qu'il accepte en partie.

Il est certain que l'enseignement historique ne doit pas être trop chargé de faits: mais il faut distinguer entre le nombre des faits et la façon d'étudier un fait.

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