‹ L'éducation morale dans l'université (enseignement secondaire)Chapitre 33 sur 37 · CLASSE DE PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

CLASSE DE PHILOSOPHIE

Exposé fait par

M. Malapert

Professeur de Philosophie au lycée Louis-le-Grand.

En écoutant la série des conférences et des discussions qui se sont poursuivies ici depuis quatre mois, j'ai eu cette illusion que j'étais l'enfant, l'adolescent, le jeune homme qui, passant successivement par tant de disciplines ingénieuses et subtiles, recueillait le bénéfice de cette éducation morale directe ou indirecte dont on nous a montré les formes multiples, les moyens si souples et si variés, l'influence si pénétrante, l'efficacité certaine. Faisant le compte des sentiments élevés, des qualités fortes ou délicates, des vertus privées ou publiques ainsi éveillés et cultivés en moi, je me suis demandé, non sans quelque inquiétude, quel bienfait nouveau j'avais à espérer de cette dernière année d'épreuves qui s'appelle la classe de philosophie. Et voici qu'aujourd'hui je suis mis en demeure de résoudre le problème. Ce qui me rassure, c'est d'abord que je regarde les choses par l'autre face et que, comme professeur de philosophie, je suis bien obligé de proclamer et de croire que j'ai un rôle actif à jouer dans cette œuvre de formation morale ; c'est ensuite qu'au témoignage de beaucoup la classe de philosophie est, en somme, celle peut-être qui, toutes choses égales

d'ailleurs, laisse le souvenir le plus présent, fait l'impression la plus profonde et la plus durable. Cette constatation, au surplus, pour agréable qu'elle me soit, ne m'inspire aucune vanité corporative, car la chose ne saurait tenir à la personne du professeur, mais aux conditions spéciales dans lesquelles il se trouve placé. C'est donc à ces conditions qu'il conviendra d'appliquer notre attention.

Or, si je m'interroge sur la façon dont a lieu celte influence morale, sur les causes qui la rendent particulièrement facile et efficace, il me semble que j'aperçois trois ordres principaux de considérations à faire valoir : l'action qui s'exerce d'une façon directe et personnelle par les conseils, les conversations; celle qui résulte de l'enseignement en général; celle enfin qui provient de l'enseignement de la morale proprement dite. Peut-être quelques conclusions générales sortiront-elles tout naturellement d'un très rapide examen de ces divers points.

I. — En premier lieu, il est bien évident que le professeur de philosophie peut entrer en relation d'une manière intime avec ses élèves pour redresser quelques travers, attirer l'attention sur certaines qualités et certains défauts, pour encourager, faire rentrer en soimême, réconforter, conseiller, — qu'il parle à quelqu'un d'entre eux en particulier ou qu'il s'adresse à tous. Il le peut autant et plus que ses collègues. Je dis plus, et cela pour plusieurs motifs. Je suis bien loin de réclamer pour le professeur de philosophie le monopole de cette sorte de direction morale. Cependant il faut bien convenir que par ses études antérieures, par la nature même de son enseignement, il est plus ordinairement incliné à envisager sa fonction et son rôle sous ce biais particulier. D'autre part son programme lui fournit mille occasions inévitables d'entrer

Ife.

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