LES AGENTS DE L EDI CATION MOHAI.E ,)J
loiil notre syslèiiie d'éducation. luspnc'os par l'expérience, elles sont en général facilement applicables et acceptées presque universellement.
D antres sont des l'éi'ormes de Ibnd, appuyées en général sur une conception de l'éducation morale très difl'érenle de celle qui a prévalu jusqu'ici : et celles-là. bien qu elles aient été parfois soutenues par des universitaires, excitent assez ordinairement la défiance des professeurs de l'enseignement secondaire.
Je les examinerai successivement, en les rapportant toujours à la question spéciale tpii m'occupe.
Les premières répondent à une critique de l'état présent des choses, à la constatation d une insuffisante adaptation des moyens dont on dispose aux lins qu on se propose et aux fonctions éducatives qui nous sont assignées.
Ainsi 1 action éducative du proviseur et du censeur est entravée par un excès de besogne matérielle, purement administrative, due elle-même, soit au très grand nombre des élèves réunis dans un même établissement, soit à une paperasserie inutile, à la nécessité d'établir une correspondance compliquée pour le moindre des actes à accomplir à l'intéiieur du lycée. Cette action se heurte aussi parfois à la résistance des familles, mal éclairées sur les véritables intérêts de 1 enfant.
A la première de ces difficultés on pourrait parer en associant an proviseur un nombre de censeurs proportionné au nombre des élèves internes : à la seconde, en simplifianl sa besogne administrative ; et le premier moyen de simplilication serait de laisser à chaque établissement une autonomie relative, à son chef un droit d initiative qui lui [)ermettrait de ne jias toujours renionlci' jusqu'à l'mspecleur d'académie, au recteur ou au ministie a\ant de lendre exécutoire une décision très siin[)le et ([ui n'intéresse que sa maison, b^niin cette mituiliNc. jointe à une aniéhoralioii dans lii situation
li:duc\tio\ ^roRALT■ dans i. lmvf.ksitk
matérielle des proviseurs, à un choix fies attentif qui permettiait de ne prendie que des hommes laits pour la fonction, ou de ne maintenir que ceux-là, aurait aussi pour effet d'atténuer la dernière des dillieultés signalées plus haut en donnant au proviseur, avec plus d'autorité morale et plus d'influence au dehors, le droit et le pouvoir de se faire écouter par les familles.
Quant aux surveillants généraux, leur action serait accrue par un recrutement plus attentif: il faudrait, pour remplir cette fonction, faire un choix intelligent des répétiteurs les plus actifs, et les plus aptes à prendre de l'autorité sur les élèves. On devrait aussi sans doute relever encore la situation matérielle des surveillants, et, en leur donnant ainsi une autorité incontestée, écarter toute cause de conflit entre eux et les répétiteurs qu'ils ont à dirige)-.
Les améliorations sont rendues plus dilïlciles et sans doute plus lentes pour les répétiteurs eux-mêmes par la situation dont je parlais tout à Iheure. Mais ici encore heaucoup peuvent être ohtenues tout de suite, et d autres préparées dès maintenant.
Il faudrait sans doute a va ni îoiil, et pour tous ceux qui déhutenl. hien déllnir la lonclion : fonction de sui^eillance qui doit surtout assurer la complète assimilation des conseils et des directions donnés par le proviseur et par les professeurs, et en même temps informer ceux-ci et celui-là de la nécessité de donner des conseils ou des avertissements, ou de lelfet produit par ceux qui ont été donnés. Parfois aussi, mais plus rarcnienl. soit à cause de la jeunesse du personnel, soit siirloul [)ar ce qu'il esl dithcile à des hommes qui sont Iroj) constamment auprès de l'enfant de conserver à ses yeux un prestige 1res grand, le répétiteur pourra par lui-même, et disciètemeni, exercer une action éducaliAc (hrecte. r3e toute manière sa fonclion esl uiu> |)ièce essenlielle de notre sysiènu? échu-alif: d laiKha l(»M|ours des
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hommes pour la remplir : et il faut qu'elle soit remplie avec zèle et compétence par ceux cpii en sont chargés ; il faut aussi qu'aux enfants devant lesquels se passe une grande partie de leur Icmps ces hommes donnent constamment de hons exemples, exemples de tenue (ît de tiavad, propres à inspirer h; respect et à fortifier l'autorité. Il inq^orte que cet ol)jet très précis, très ulile, nullement à dédaigner, de la fonction du répétiteur soit (lès exactement défini et proposé aux jeunes gens c[ui s y deslincnl. Il est hou que la fonction ellemême soit principalement réservée à des jeunes gens inérilants, occupés à préparer une carrière, quelle (pi elle soit, disposés à s'acquitter de leur tàclie avec conscience, en récompense des facilités qu on leur donne ainsi pour attendre en sûreté le moment i)ù ils se seront fait une position stable. 11 serait mauvais, par consé(|uent, de réserver le répétitoi'at (sauf peut-être dans les classes de grammaire) à des aspirants professeurs, plus mauvais encore de le présenter comme créant par lui seul des (hoils à d autres emplois. Mais en re\aiiclie il serait hoii d'y retenir par des avantages spéciaux ceux qui auraient montré le plus d aptitudes à remplir leur tache d'éducateurs, et de réserver à ceux-là les postes de surveillants généraux, souvent de censeurs, parfois de proviseurs.
D'un autre coté, s il est impossible de corriger enlièrcinciil les erreurs (pi on a pu commellre à l'égard de fciix (|iii soiil (l(''|;i enliés dans celle carrière, allirés |)ar des espérances cpi on n a pu salisfaire, il faiil du moins cliercher les moyens d'en atténuer les consé- (piences fâcheuses, en supprimant, par exemple, tout ce (pi'il y a dans la fonction de désagréments inutiles (comme le coucher au dortoir même), en facilitant la communication et les relations enlre ré|)éliteuis et projesseurs. ainsi (pie leur enlenle innliielle par les conseils de classes, ou par d autres moveiis [)liis iiidi-
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rects, tels que l'iiislallation de salles de réunions conforlables dans les établissements universitaires.
Pour les professeurs enfin, bien des améliorai Ions de détails pourraient encore être apportées kleiu" action éducative. En particulier, ils ont besoin d'être plus exactement renseignés qu'ils ne le sont d'ordinaire sur tout ce qui concerne leurs élèves : souvent aujourd'bui ils sont, à leurs débuts, gênés par leur inexpérience, se trouvant placés sans transition aucune à la tête dune classe et obligés de se tirer dailaire tout seuls, sans autre appui que leurs propres souvenus d écoliers.
Pour l'cmédier au premier de ces défauts, on leur donnera dans les conseils de classe un moyen facile el sûr de connaître l'opinion de leurs collègues, des répétiteurs, du censeur, du proviseur sur chacun de leurs élèves : on pourra aussi faciliter, au lieu rie les décourager, comme il arrive, leurs relations directes avec les familles.
Pour ce qui est de la seconde difficulté, il est certain qu aucun système ne fera de tous ceux qui enseignent de parfaits éducateurs : il n'existe aucune recette infaillible pour obtenir ce résultat. Mais si 1 ou généralisait le stage que font déjà quelques candidats à 1 agrégation, si on le rendait plus sérieux, dans la mesure où cela serait possible sans juiii'e à la bonne direction des classes où se ferait ce stage : si enfin, à ses débuts, le jeune professeur était sérieusement aidé des conseils de ses chefs, soutenu el informé avant d'être noté et jugé, il serait facile d"é])aigner au dét)utantun certain nombre d expériences fâcheuses ou trop louijues : el même, dans certains cas. de lui laisser recounaîti'e plus lê)l (pi il u esl pas fail pour le métier de professeur el de l auieuer à cliauger de ducclKm pcudaut (|u il en esl lemps eucore.
,) ai assez parlé des conscds de classe pdur moulrci" quels avantages je venais à la géiiéralisalion de eelli'
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institution, (jui seule assureiail le concours de (outcs les Ibrces dispoiiihlcs au lycée pour l'œuvre de l'éducation aussi bien (|ue pour renseignement : et je crois (|u"en somme, sur tous les points cpie je viens d'indiquer, il est lacile de s'entendre. L'Université attend ici de la bonne \olonté des pouvoirs publics la réalisai ion plus complète des conditions (pii lui permellraieiil d'accomplir plçiiieiiiciil la laclie éducative (pion lui assigne, et (pi elle remplit di'jà dans la mesure de ses forces et des moyens dont elle dispose.
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L accord serait sans doute moins facile sur des rt'formes plus profondes, dont 1 idée paraît prise en général à des principes tout dillérents de ceux (juc l'Université a[)|)lique aujourd'Iiui, et qui ne semblent guère convenir à sa mission.
Parmi ces reformes on peut signaler les suivanles : celle d'abord cjui consisterai! à instituer pour tout le personnel des lycées el collèges une culture pédagogique générale, avec certificats spéciaux ou épreuves distinctes dans les e.vamens, destinée à inculquer au\ maîtres les principes et a leur faire connaître d'avance les moyens de l éducation uniNcrsilaire; puis la création d'agents éducateuis di.^^tincts des professeurs, et qui seraient leurs égaux ou leurs supérieurs : enlin la réglementation d'une édiicalion directe de l;i noIomIi' fondée sur les jeux, sur les exercices plivsifjues, el fortitiée par une sorte de prédication laïque conliée aux pro\is(Mirs el aux agents ('dncaleiirs.
l^ien souvent ces |)rojels icstenl assez Migues dans l'esprit de ceux (pii les r<>rinent : ils en parlent et ils en font l'éloge ; mais (jnand il sagil de les préciser, ils se dérobent.
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Il me semble cejiendaiit jiouvoir dire qu on ne peut les justifier pleinement que par deux principes qui sonl. à mon avis, deux erreurs.
Le premier, c est que l'éducation au lycée peut et doit se séparer de l'instruction, ou l'éducation morale de la culture intellectuelle ; que la volonté dans la vie valant plus que lintelligencc. doit être aussi tenue au lycée pour supérieure ; qu'il faut dès lors organiser l'éducation de l'une comme on a organisé léducation de l'aulre, cl donnera la première le pas sur la seconde. L'enTant. qui doit être un homme, doit selon ce principe accomplir toutes les fonctions de 1 homme dans le même ordre que l'homme.
L autre princqîc, qu'il faut bien admettre, si Ion croit pouvoir appliquer le précédent, c est qu il existe pour l'action des axiomes absolus et très précis, qui non seulement nous aident à poser les questions, mais nous en donnent d avance la solution : et qui, par suite, doivent non pas seulement marquer les limites de l'œuvre éducative, mais en définir sulïisamment l'objet et les fins: de sorte que pour former l'individu, l'homme, le citoyen, il faut commencer par formuler ces axiomes pour les inculquer aux éducateurs, et par eux aux enfants qui leur sont confiés.
Si l'on accepte ces deux principes, il est tout naturel que l'on conçoive l'éducation morale comme une tâche distincte, profondément dill'érenle de la culture intellectuelle et dont il faut d abord définir et faire comprendre les prnicq^es spéciaux à ceux qui devront s'en servir, comme on définit et fait comprendre les principes de la pensée logique et de la science, quand on veut former l'intelligence : ce sera l'objet de la culture pédagogique. Mais aussi, puis{[u il s agit d une O'uvre à part et infiniment [)lns inq)ortanle (|ue toute autr(\ il convient d'en confiei* la réahsalion à des agents s[)éclan\. éducateurs, qui seront dilTércnlsde ceux qui enseignent.