II. PÉDAGOGIE PSYCHOLOGIQUE
Et précisément un va'U, dont la signification s'accorde avec celle conception du rôle de la femme, a été émis par le dernier congrès international de l'enseignement secondaire. Ce vœu. formulé par M. A. Croiset, a été adopté à l'unanimité :
(( Que la femme soit associée à 1 homme pour 1 éducation de l'enfant, autant que les circonstances le permettent, en vue de rapprocher l'école de la famdle. » Donc :
i" Le premier hut de l'éducalion est de rapprocher l'école de la famille :
'2" Pour lalleindre. le concours de la femme est nécessaire :
3° Ce concours, il est désirahle quelle soit appelée à l'apporter « autant que ». c'csl-à-dire dans toute la mesure possihle où les circonstances le permetleni :
4" Dans cette œuvi'e, elle est l'associée nalurelle de l'homme.
Les trois premiers points énoncent des postulats auxquels il n'y a pas à s'arrêter. Dans le quatrième, le mot (( associée » a hesoin d'être précisé. Il signifie l'association, non de deux forces qui coopèrent en même temps sur les mêmes enfants (ce serait de la coéducation à un certain point de vue), mais de deuv forces qui s'ajoutent en se succédant. Et. dans cette succession, il va de soi que c est la femme qui vient la première, — la première ajDrès la mère. — marfjuanl ainsi le trait d'union le plus direct qui sert à rapprocher, comme il convient, 1 école de la famille.
Et c'est à merveille (ju'il en soit ainsi, pour former la transition la plus heureuse entre la mère et le prc^fesseur-homme .
CLASl^l-S KLKAIEN'IAIRES ET PRIAIAIRES 8.')
Comment le vœu donl on vicnl de voir la formule esl-il. ou peut-il être réalisé ? Tout le monde s'accorde à assigner comme le plus sûr point de départ de l'éducation la connaissance des caractères, a Pour être un bon éducateur ». a dit M. Jules Gautier dans la séance du congrès où l on a traité de la formation des maîtres de renseignement secondaire. « pour être un bon éducaleur. il faut connaître la psychologie des caractères )).
Et ce n'est pas M. Malaperl qui sur ce point le contredira .
Je sais bien (jue ce mot a j)sycliologie » a offusqué cei'Iains esprits, et qu'on n est point d accord sur tout ce qu on veut lui (aire signifier.
Je me bornerai à dire, d'accord, je pense, avec tout le monde, que pour diriger sûrement l'éducation des enfants, il faut d'abord les bien connaître ; que cette coimaissance est indispensable pour prévenir le risque de déformer leurs caractères, de les fausser, de les laisser dévier : que l institutrice, autant que la mère, a. comme par un privilège spécial, l'intuition des cai-actères des plus jeunes enfants : et qu'enfin, si l'on lieitt absolument à ce qu'il y ait en cela de la psychologie, elle fait donc de la p.sychologic sans s'en douter.
Ou plutôt, elle s'en doute bien, mais n'en fait pas semblant, en quoi elle évite de se montrer pédante.
Et maintenant, comment les choses se passent-elles, ou comment l'institutrice devra-t-elle faire en sorte qu'elles se passent ?
L'enfant est comme transmis par la mère à 1 institutrice: il est neuf, pour ainsi dire, émanant directement (le la famille, alors que des influences extérieures n'ont pu encore s'exercer sur lui d'une façon marquée. Il est Il létat, je ne dirai pas embryonnaire, mais inconsistant : se prêtant à une formation encore facile, avec des parties à redresser, le plus souvent à allernur.
b \ h F.DLCATK^N MOR Vl.K OWS 1. LNnKI'.SITi:
Tout naturellement, des iiulicalions sont données par la mère à rinslitutricc : et celle-ci en fera son profit. Toutefois, dès le premier contact avec les enfants, son diagnostic personnel trouvera l'occasion de sexercer. Car les renseignements dont elle a reçu la confidence sont, dans bien des cas, incomplets, inexacts même, lorsque, par leui" insuffisance, ils laissent dans l'ombre certains traits du caractère. Ils ont donc besoin d'être à la fois contrôlés et complétés.
Et, pour cela, l'observation directe vient aussi en aide à rinstitutrice : témoin assidu et vigilant de ses élèves, elles les voit dans tous leurs moments psychologiqaes : dans la variété de leurs exercices, dans toutes leurs manifestationsindividuelles. Son observation n'est point faussée ou comme offusquée par aucune des préventions indulgentes de la mère, et elle s'exerce sur un champ plus étendu, sur les rapports si multiples de l'enfant avec ses camarades, en classe, et dans les récréations et les jeux, où il se livre tout entier si spontanément. Voyant mieux, et d'une vue plus complète, elle agira plus sûrement : car on agit, sur les enfants surtout, dans la mesure même oii on les connaît. El enfin elle agira aussi, on peut l'affirmer, avec une fermelé moins sujette aux défaillances, et par là son action aura plus de reclitude et de portée.
Et néanmoins, elle apporte dans sa lâche ces qualités de douceur, de souplesse aisée, de ilexibilité. qui lui rendent d autant plus facile ce qu on a appelé « 1 adaptation du maître ta l'élève » : plus facile aussi 1 appropriation des moyens à leur fin.
Le tem])s nous manquerait ])Our examiner loute la variété des cas oii s exerce, à ce point de vue. laelion de l'institutrice. Je prendrais cependant volontiers pour exemple de formation morale une des pièces essentielles, une des qualités maîtresses du caractère, la 1 olonlr.
Il en a été question dans le programme dont j ai
CLASSES KLÉMENTAIUES ET PRIMAIRES (So
donne lecture an déhul de cet entretien. Et c'est aussi la qualité sur laquelle M. Ik'inès a déjà insisté pour en l'aire ressortir rimportance.
La volonté, à son origine, se marque chez les enfants ])ar réveil de tendances qui se révèlent, à des degrés divers, sous la forme de désirs : ceux-ci vont depuis la manifestation timide et presque incertaine jusqu'à l'extrême \iolence: la gamme en est très étendue, et chaque note en peut résonner avec une intensité plus ou moins grande.
Que fera l'institutrice à l'apparition, par exemple d'un désir inaurai}; et impérieux ;'
Ici, je suis bien obligé de me placer dans le domaine de l b\pothcsc, mais d une hypothèse très vraisemblable : car. en examinant le rôle delà femme, si je mon- (re d'un coté ce c[ue je lui ai vu faire, je puis imaginer aussi ce que je suppose qu'elle fait, ou doit faire.
I']lle est donc là. vigilante, et préoccupée de faire naître les péripéties et de préparer le dénouement du petit drame moral qui va s'accomplir sous ses yeux, en essayant de suggérer un désir contraire au désir mauvais, .l'ai dit suggérer. Et il s'agit bien en clTet de suggestion : j'entends par là cette insinuation persévérante, insisliinle. laite de bonté pénétrante et de douceur maternelle, de palience aussi, de cette patience dont on |)eut dire (ju elle constitue la fermeté féminine, et sa force irrésistible. J^enfaiil \eut ce qu'il désire, et il faut I amener à renoncer à son désir, à désirer au contraire (•e(|uil ne veut pas. à substituer un désir à un autre: il lànl. en un mot. obtenir de lui un acte d abnéi^ation. et dt'ternnner un acte de Nolonté positive.
A un momenl. le conllil des deux désirs contraires amène cette oscillalioii de la volonté entre plusieurs partis également possibles, que suit bientôt cet autre moment phychologicpie (pi On n^tpcWe (féHhération . Moment délicat et critique (jii 1 inllnence qui intervient a pour