‹ L'éducation morale dans l'université (enseignement secondaire): conférences et discussions présidéesChapitre 18 sur 101 · L ÉDUCATION MORALE DANS LUMVERSITÉ · texte numérisé non relu

L ÉDUCATION MORALE DANS LUMVERSITÉ

but d'incli/icr et non de contraindre à lissne désirable ; de faire aboutir l'bésitation de 1 enfant à un acte de renoncement d'une part, de volition d'autre part, la volition n'étant, selon Taine, « que le désir à l'état définitif )) ou encore « la fixation de notre tendance prédominante, après le conflit des tendances contraires ».

Pour vaincre lobstacle, il a fallu provoquer, après la délibération qui tient la Aolonté en suspens, un eifort, comme un élan vers l'action, selon l'expression d'Aristote, pour assurer enfin le triomphe définitif de Wiclivilé méritoire. X'est-ce point là en effet un petit drame moral, et sil est permis de comparer les petites choses aux plus grandes, du Corneille à la mesure desenfants, où le devoir et la passion se combattent avec la même vivacité? jNous rions parfois des grands chagrins des enfants, de 1 explosion de leurs douleurs, des manifestations véritablement dramatiques de leurs émotions. Et pourtant tous ces sentiments passionnés agitent ces petits héros à l'égal des plus grands. Qui de nous n'a été frappé de ces longs silences obstinés qui couvrent un monologue muet, mystérieux de l'enfant, rompu par de courtes exclamations, des déchirements par oii s'échappe le bouillonnement intérieur, et qui marquent les différents degrés du travail obscur qui s'accomplit en lui. pour aboutir. 1 institutrice aidant, à la victoire finale de ce nouvel Auguste?

Je serai le premier à reconnaître que j'ai comme dramatisé un des nombreux faits divers quelconques dont est remplie la vie scolaire des enfants. Je 1 ai mis en quelque sorte sur la scène, aACc un peu de cetle exagération permise qu'elle comporte. J y Irouvais l'avantage^le concentrer autour de ce fait tout un ensemble de remarques dordre purement psychologique, et de leur prêter une sorte de réalité \ ivanle. Car le fond de ce que j en ai montré est la réalité même, la réalité journalière pour ainsi dire : et j ai simplement.

CLASSES ÉLÉ^IENÏAIHF.S ET PRIMAIRES 8"

en examinant un cas unique, présenlé la synthèse idéalisée des faits fournis par l'observation.

^»ous pourrions en envisager d'autres, où il s agirait non plus de désirs à combattre, mais plutôt de toiulances à encourager. \ous y retrouverions dans le rôle /pie remplit la femme les mêmes qualités de tact et de délicatesse, cet opportunisme qui la lait s accommoder aux circonstances les plus variées ; rien de linfatuation que peut donner un système d'éducation préconçu, ni [)rocédés rigides et autoritaires qui pro- \(t(pi('nl la révolte au lieu d amener l'adhésion volonlaire, et qui, en réprimant des désirs, suppriment des indications uliles donl l éducateur fait son jMofil, mais au contraire cett(> intervention mesurée qui ménage le libre jeu du ressort encore fragile de la volonté, qu Une main trop rude risquerait .de briser.

Habile à démêler, dans un groupe d enfants, la diversité des natures, la femme ne 1 est pas moins à saisir la caractéristicpie de chacune d'elles. Et c est là encore un point qui importe, s il est vrai que 1 éducation doit être dirigée de façon à assurer à chaque enfant son développement individuel, à respecter sa personnalité.

Cette individualité, encore dans son uerme, a besoin d être ménagée avec la plus grande sollicitude, pour s épanouir à l'aise. Or, avec l'homme, ne courrait-elle pas le risque d être plutôt contrariée, la tendance de I lioinme étant danirmer sa force, de vouloir façonner l enfant à son image, d'en tirer un nouvel exemplaire de lui-même, comme si, selon le mol d'Kmerson très spirituellement rappelé par M"" Dugard, ce n'était pas assez d'un. La femme, au contraire, en présence d'un j)etit garçon en qui elle voit déjà le petit liomme grandissant, se sentira plus disposée, par une sorte de sentiment (|ui conlinc» an respect, à laisser évoluer la nature de l entant sans (i(>|) de eontiainle, et avec une

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indépendance au moins relative : et par là elle aide mieux à dégager sa personnalité naissante, à rafi(!rmir déjà, et à mieux garantir son développement futur.

Mais il faut se borner ; et, sans conclure autrement, je bornerai ici mon enquête. J'en aurai dit assez, je crois, pour montrer comment la femme, en associant dans les classes dont elle est chargée la culture du sentiment moral à l'éducation intellectuelle, prépare déjà efïîcacement les enfants à recevoir par degrés cette formation plus complète dont M. Bernes nous a décrit l'image idéale, et qui sera parfaite quand elle l'aura pourvu de toute son armure morale, et rendu apte à l'accomplissement de tous ses devoirs individuels et sociaux.

Je sais bien qu'on aurait pu me demander de pousser celte enquête plus loin. Je n'ai pas, en effet, répondu à toute la question inscrite à mon programme. Celte question porte sur « le rôle de la femme dans les classes élémentaires et primaires ». Or, actuellement, la femme ne dirige, sauf de très rares exceptions, que des classes primaires et enfantines.

On pourrait donc se demander si elle ne serait pas également aple à prolonger ulilement son action dans les classes élémentaires, tout au moins lorsqu'elle est pourvue du droit légal que lui confère le certificat d'aplitudc à l'enseignement de ces classes.

On pourrait se demander enfin quels services elle serait appelée à rendre comme répétitrice.

Et si quelqu un craignait de voir en elle une émule trop envahissanle, elle répondrait sans doute qu il y a des compensations à ofliir à riionime en échange de ce que celui-ci céderait de son domaine. — d'ailleurs contesté.

Les plus excellenles raisons ne manqueraient pas en effet à qui s'aviserait de Iraiter ce sujel : a Du rôle de

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l'homme clans les classes supérieures de jeunes filles. »

Ce serait le pendant de celui que nous venons d étudier. Et l'on aurait ainsi comme un diptyque représentant symétriquement les deux aspects d'une même question .

Séance du i- jaiiAicr if)Oi.

M. Strowski. — M. Kortz a demapdc 1 iiUioduclion des professeurs-femmes dans les classes primaires el dans les classes élémentaires : et il en a donné pour mison leur habileté à pratiquer la méthode d'enseignement ond.

Mais cette méthode est-elle, en elTet, la meilleure? Enseignc-t-clle aux enfants ce qu'il faut apprendre au lycée ?

jSI. Kortz a dit f[u il n'y avait pas de programme olïiciel ; mais il a lu un programme individuel, qu'il considérait comme un type. Dans ce programme, ce c[ui fiappc, c'est l'étendue de renseignement moral : il est partout, dans la lecture, dans la récitation des leçons, dans les leçons de choses, dans le calcul. La morale entre ainsi dans des choses qui lui sont élrang^^i'es.

Est-ce là une méthode."' N est-ce pas plutôt 1 absence de méthode, et plutôt l'ait des coq-à-lane, qui fait disparaître le sujet dont on traite, la leçon de numération, la leçon de choses, pour meltre à sa place de la morale."'

C est mauvais en soi ; el de plus, lenfanl. qui est lin. verra venir la leçon morale, et la laissera glisser, sans lui donner de prise.

L'enseignement moral ne doit pas être ainsi partout : il doit apparaiire discrètement dans certaines circonstances, comme la lecture des notes, la correction d'une faute commise.

Quel est d ailleurs cet enseignement moral (pie donne

CLASSES ELE^fENT VIRES ET PUniAIRES 9I

le prolcsscLir femme? Ou (lit à l'enfant : il faut travailler : il ne faut pas mentir: il faut être sage : c'est ce qu'on fait déjà clans la famille; et, dans la famille, les circonstances où on peut le dire sont plus fréquentes que dans la classe.

Mais il y a un enseignement moral que la famille ne peut bien donner et qui. au lycée, doit primer tous les autres. On a dit qu'il fallait à chaque âge un enseignement. Or, qu'esl-ce qu'une nature d'enfant.'^ Ce qui la rend si difficile à manier, c'est qu'elle est faite d'impulsions, de caprices : et c'est là le plus grand ohslacle à l'enseignement moral. La première chose à faire, c'est donc de transformer cet état d'anarchie en un état d'ordre, de régularité. La famille ne peut guère y réussir. Le lycée le fait d'ahord, extérieurement, par la disciphne générale, par la régidarilé dansles exercices. Mais il agit plus encore sur l'intérieur : si l'enfant voit à son professeiu- une règle, une méthode, une volonté ferme, il comprendra que c est ainsi qu il doit être.

L'enseignement moral, tel qu'il >existe dans la méthode dont on a parlé, est en contradiction avec l'hahilude de l'ordre, de la régularité: l'enfant, s'il voit le [)rofesseur passer son temps à sortir du sujet qu'il traite, prendra-t-il l'habitude de rester lui-même dans ses idées, dans ses volontés!'

En somme, l'enseignement moral au début exige surtout des qualités viriles. Il y a des professeurs-dames qui possèdent ces qualilés : mais actuellement c'est l'exception. Dans l'intérêt de l'enseignement moral, il faut donc laisser au professeur-dame la plus petite place au début.

M. Kort/ a toutefois si l)ien montré les avantages que leufant trouve à avoii' à coté de hu l alfection, le tact d'une femme, c[u il faut lui assurer tous ces avantages au lycée. Oii placcra-t-on donc l'élément féminin ? Il n'y a pas seulement la classe : il y a la récréation.

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rétude, le dortoir. C'est là qii est la place de la femme. Qu il y ait des répétiteurs-femmes ; la place qu elles occuperont ainsi au lycée sera grande : elles y seront comme des maîtresses de maison et comme des mères de famille.

M. KoRTz. — Mon but a été de montrer que l'enseignement des classes primaires et enfantines renfermail en substance, à lélat dill'us, renseignement moral, et que la femme était particulièrement apte à 1 en extraire. Mais je n'ai pas voulu dire que l'enseignement moral dut tenir constamment la place des autres et s y substituer. Le programme lui-même que j'ai lu n'est qu'un programme idéal. C'est un maximum, qui n'entre pas nécessairement dans la pratique journalière.

Quant à l'autre question abordée par M. StroAvski, le rôle de la femme comme répétitrice, je suis entièrement d'accord avec lui.

L'action de la femme en classe peut être insutllsante : elle peut être prolongée, étendue par son rê)le à l'étude : et son influence serait très heureuse pour éveiller l'esprit d'initiative de l'enfant.

L'initiative de l'élève dans les petites classes est vivement éveillée parles interrogations collectives: mais elle s'amortit au sortir de la classe. Les externes ont sans doute une répétitrice naturelle dans leur mère ou leur sœur aînée : mais trop souvent cette collaboration nuit au travail personnel de l'enfant. Pour les internes, c'est l'inverse qui a lieu ; l'enfanl est en présence d'un répétiteur, qui souvent n'a pas l'intuition de sa Aiaie nature, qui est préoccupé d ailleurs de son |iropre Ir.ivail. qui ne lui appartient pas tout entier. Lnerépélifrice aura du moins le dévouement maternel, l'intuition féminine de l enfant. Si elle suit l'enfant de la classe à l'étude, elle saura sur quels points elle devra insister à l'étude.

CLASSKS KLKMF.NT.VIHKS F. 1' PHIMAIIIKS (),1

Enfin, à cAlc du di'veloppcnionl inicllerluol. il faul songer aussi à la qucslion des manières, au\ habitudes d ordre, de piopreté, de tenue, de politesse, que la {"emnie s'enleudra mieux que rhonime à développer en donnant à 1 élude quelque chose de phis familial. On répondrait ainsi à des critiques, d'ailleurs exagérées, qui nous sont adressées,» et dans lesquelles on fait disparaître parfois l'essentiel de l'éducation morale, que nous donnons déjà, sous ces parties secondaires, que par cette réforme nous cesserions de négliger.

M. fiioMAs. — ^»on seulement il ne faul pas mettre les femmes hors de la classe, comme le demandait M. StroAvski ; mais il serait bon de leur ouvrir d'autres classes que les classes primaires. Les femmes ont une influence éducative considérable : et la morale ne s'enseigne pas : elle se suggère. Pour cela, il faut une délicatesse ([ue l'homme n'a pas en général. La femme n'enseignerait pas les préceptes : elle les ferait prati- (picr. Si l'on compare les petits enfants élevés par des hommes cl ceux que des fenmies ont élevés, on est frappé devoir (pic ceux-ci ont une délicatesse de sentiments (pie les autres n'ont [)as.

M. SruowsKi. — 11 \ a plusieurs laçons d'enlendre l'éducation morale. Il y a celle qui consiste à dire à l'enfant : ne mens pas; liens-loi bien, (lelle-là, la famille la donne comme la classe. Mais il x a celle (pii consiste à faire de Icnfanl un lionune : c'est l'éducation de la raison, faite d'oidre, de méthode, de discipline: et celle-là ne peut, en règle générale, être donnée (pie ])ar des hommes, dans la classe et par renseignement ; I aiilre se donnera dans la famille on à I élude.

M. LK Pi\i':sn>KNT. — ()n a posé jns(pi à [)résent deux (questions : celle du rôle de la femme en classe, celle

D'I L EDUCATION MOTSAI-F. DANS T> LMVF.nsiTI-;

de son rôle à 1" élude : sur celle-ci. on paraît être d'accord : il conviendrait donc de continuer la discussion sur l'autre ponil.

M. KoRTZ ajoute que, pour ce qui est du rôle des femmes comme répétitrices, une expérience personnelle lui a prouvé que la pratique en serait lacilitée par l'administration académique.

M. LE PRÉsmENT. — Sur la question du rôle des femmes dans l'enseignement, M. StroAvski pense qu'il est indispensable de donner de bonne heure à l'enfant une bonne méthode, le goût de la régularité dans le travail. — de le soumettre à une discipline virile, qu il regarde commemieuxassurée parla duecliondvm homme.

M. Thomas pense aussi que cette méthode, cet ordre sont indispensables : mais la femme, dit-il, peut aussi bien que 1 homme avoir ces qualités, et elle y ajoute des qualités que l'homme n a pas, ce qui lui permet d'atteindre de meilleurs résultats.

M. le Président estime, pour sa part, que le goût de la régularité est une des qualités que possède le mieux la femme : dans la famille, elle applique à sa tâche un reiuaiquable esprit d'ordre, et elle donne à l'enfant l'habitude de la régularité. Du reste, au lycée, le régime intérieur suffit à assurer la régularité dans le travail.

M. Strowski a relevé aussi comme un défaut de l'éducation féminine labsence de méthode et de suite dans les idées. Si on faisait de cette absence d'esprit de suile une règle fondamentale, il faudrait la condamner. Mais il faut remarquer (pie les enlanls ne peuvent pas suivre longtenq)s une même idée ; et que très vite ils ont besoin de repos et d'un peu de répit. A ce point de vue, les piocédés indiqués peuvent avoir leur avantage.

CLASSES KLKMKMAir.FS ET l'RIMAIUES f),)

L'enfant est capricieux : il faut le guérir de celle disposition, dit M. Slrowski. C est vrai : mais il ne faut jkis aller trop vite; il faut adapter la règle à son âge. Ici encore, il n'est donc pas certain que l'enseignement donné par les femmes ait de grands inconvénients.

Enfin, en dehors de l'enseignement officiel, il existe beaucoup de classes dirigées par des dames, où filles et garçons se trouvent réunis. L'expérience ne prouve pas (pie les garçons élevés dansées classes soient moins habitués à la régularité dans le travail que ceux qui n'ont eu que des professeurs-hommes.

M. Strowskt accepte ces réserves: si les dames, outre leuis qualités propres, ont aussi les qualités viriles, il n'v a aucune ol)jeclion à fau'e à leur intcMvontion dans l'enseignement. Mais ce qui ressort de là, c'est qu'il ne faut pas entendre l'enseignement moral dans le sens du programme dont M. Kortz adonné lecture. Il faut, bien entendu, ménasfer les forces de l enfaut : mais jamais il ne faut de hors-d'œuvre, de décousu, d nréiiularité dans la façon d enseiojner.

M. BoiDHORs. — Pour donner cet enseignement moral par ricochet ou par entraînement, les hommes ne semblent pas inférieurs aux femmes : plus habitues à raisonner (\u'h se laisser aller au sentiment, ils savent mieux choisir le moment de passer de la leçon spéciale à la morale.

De plus, il ne semble pas qu'il y ait la différence dont on a parlé entre les enfants dont le père et ceux dont la mère s'occupe. In enfant dont le père ne surveille pas le lra\ail a quelque chose de nonchalant, d'impressionnable aux observali<jns. de moins préparé au travail personnel (jue celui dont le père s'occupe.

De plus, la famille est excellente en principe comme milieu d'éducation morale, parce qu'elle unit les (pudi-

gO L ÉDLCATION >[OP..VLE DANS l/ LMVEHSITK

tés de déllcalessc cl de sensibilité de la femme et les qualités de régularité et de raison de lliomme. Tout le monde a pu remarquer des différences entre les enfants élevés par le père seul ou par la mère seule, ou à la fois par le père et la mère. Il faudrait donc se demander si. de donner aux enfants dans les classes primaires une éducation purement féminine, ne pourrait avoir les inconvénients qu'on peut constater dans l'éducation d un enfant qui n'a que sa mère. La femme a par nature et par goût la passion maternelle; si elle est en classe, et si elle est aussi en étude, outre qu'il pourra y avoir conflit dans les deux cas, l'enfant ne se trouvera-t-il ])as alors par Irop livré aux qualités féminmes? et cela d autant plus qu il a clic/ lui sa mère, qui se sentu"a plus en état de juger le professeur et le répétiteur femme que le professeur ou le répétiteur homme, et que le père, de plus en plus occupé liors de la maison, laisse plus souvent chez lui à la femme la direction de lenfanl.

M. Flot. — On est d'accord sur le rôle des professeurs femmes dans les classes enfantines. Mais à quel âge doit cesser cette collaboration des femmes à l'enseignement.^ M. Boudhors a posé la question sur un terrain qui intéresse les professeurs des classes élémentaires.

Dès maintenant, les dames pourraient enseigner dans les classes élémentaires, si elles se munisf^aient du certificat d'aptitude. En huitième, elle réussissent Ifien. Estil bon de les laisser enseigner jusqu'à la sixième, ou n'ya-t-il pas avantage au point de vue de la formation de 1 esprit à leur retirer 1 enfant avant les classes oii commence l'éducation secondaire proprement dite ?

Peut-être serait-il bon de mettre avant la sixième lenfant aux mains du professeur homme. Dans les classes primaires, on pouirait mettre les fennnes en

CLASSES KLKMF.MAIRES ET l'IUM VIRES {)-

classe et en élude : mais, dans les classes élémentaires, on leur retirerait la classe, et on leur laisserait l'étude. Dans tout ce qu'on a dit, on n'a pas insisté sur le rôle éducateur du professeur homme des classes élémentaires. Ce rôle est très grand : car le professeur, qui surveille aussi les récréations entre les classes, a ainsi des occasions particulièrement nombreuses pour exercer sa fonction d'éducateur. H y a là un poini à mettre en évidence.

\l. KouTz. — M. Flot a remarqué que j'avais insisté surtout sur le rôle des professeurs-femmes: c'est qu il Y a, en elTet, là, quelque chose à développer, et qui a sa compensation dans le rôle que les professeurs-hommes peuvent être appelés à jouer dans les classes supérieures des fdles.

\l. Thomas semble vouloir déposséder le professeurliomme des classes élémentaires pour les confier à des professeurs-femmes : je ne crois pas qu'il y ait avantage à cela ; il faut déterminer le point où s arrêtera le domaine de la femme. Il y a un domaine contesté ; c'est la classe de neuvième, considérée tantôt comme primaire, tantôt comme secondaire, et qui reste ambigué, prnïiaire parles maîti'es, secondaire parles tarifs. On pourrait la concéder aux professeurs-femmes. Au Congiès international de l'enseignement secondaire, miss Mary Wheeler a demandé que le rôle delà femme dans l'éducation des garçons fût maintenu beaucoup plus tard, jusqu'à i5, tO et même i8 ans. De plus, on a beaucoup parlé de l'aptitude de la femme à l'enseignement des langues vivantes, et surtout à l'enseignement pratique et direct, qui convient à ces classes de début : il y aurait donc là inie tentative intéressante à faire.

M. Strowski pense que, pour la neuvième, il faul savoir si la femme est (diargée i\c l'étude : si oui. on

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ne doit pas la mettre en classe ; ou bien, si on lui donne la classe, il ne faut pas lui donner 1 étude.

M. BiLLAz. — Il ne faut pas généraliser à l'excès : des hommes élevés par des femmes sont parfois plus virils que ceux que des hommes ont élevés : voyez Marbot. . . Il faut laisser à chaque lycée, à chaque région le soin de décider où s'arrêtera le rôle de la femme : par exemple, il pourra s'étendre beaucoup plus loin dans le nord que dans le midi de la France.

Il faut aussi établir une diflerence profonde entre externes et internes. L'externe subit dans sa famille 1 influence féminine, et, pour lui, on pourrait craindre trop d'influences de cet ordre, si on ne les limitait pas plus tôt au lycée. Mais iln'en est pas de même dans les internats : et là les femmes pourront être fort utiles.

M. LE PRÉsmENT. — Cc qui se dégage de cette discussion, c'est que tout le monde paraît d'accord pour souhaiter que dans les premières classes la femme dirige l'étude.

Pour ce qui regarde renseignement, on ne s'accorde pas tout à fait sur le moment où il convient d'arrétei' le rôle de la femme ; mais on sera d'accord pour dire qu'il n y a pas d'inconvénient à faire ici des expériences pratiques discrètes, qui permetfionl d'ariiver à des résultats positifs.

Séance du 9^!\ janvier 1901.

l'Éducation morale par les classes

CLASSES DE URAMMAIKE

Exposf' fait par

M. Clairi>

Professeur de Cinquième au hcôe Montaigne.

Dans l examen (|uc nous faisons de renseignement moral lel qu il existe dans les classes, il importe de ne citer que des faits précis, de nature à bien montrer ce qui se fait et ce qui peut se faire.

C'est dans les classes de grammaire que commencent aujourd'hui les éludes secondaires, avec l'étude du lalm : on y forme les élèves aux méthodes qui conviennent vérilahlemenl à l'enseignement secondaire, (|ui sollicitent sans cesse la réilcxion des enfants pour arriver à un développement régulier et complet de lintelligence,

Les élèves sont Agés de onze à treize ans. Cet âge, qui correspond à latin de rcnfance et presque toujours au commencement de ladolescence, est appelé (pielquefois 1 âge ingrat. [)arce (|ue les enfants traversent une crise physK|ue qui les rend souvent paresseux et désagréables, et exige des maîtres, dont la tâche devient pliLs diflicile, une patience toute particulière. Mais la fréquentation de cet âge ne manque pas de charme. Avec des enfants de onze à tieize ans il faut éviter les puérilités, sans cepeiulaiil (li)iiiierà 1 enseigncmenl uuc

ÏOÔ L KDI'CATION MOl'.AI.F. DANS L UNIVERSITE

forme trop dogmatique : il faut surtout éviter d avoir Tair de prêcher.

Chez la plupart des élèves de la division de grammaire on peut noter des traits de caractère communs. Quand on leur parle de l'exactitude et de la conscience qu on doit apporter au travail, ces mots ont pour eux toute leur valeur : ils reconnaissent volontiers le mérite des travailleurs et les respectent. Les bons élèves attachent vme importance quelquefois excessive aux places obtenues dans les compositions. Ils ne parlent pas de recommandations ; cette idée naîtra chez eux plus tard, à rapproche du baccalauréat, et, comme ce n'est pas au lycée qu on la leur suggérera, il faut reconnaître que la croyance au succès obtenu peut-être par la faveur et non par le mérite viendra de la famille, et non du lycée.

Le scepticisme contemporain n'a pas encore envahi trop profondément nus jeunes écoliers. Quelquefois cependant, mais rarement, on entendra dire à quelques-uns d'entre eux, déjà pratiques, que, s'ils négligent une étude, c'est qu elle ne sert à rien au baccalauréat. 11 suffit d'avoir causé avec certains parents d'élèves pour savoir quelle est l'origine de cette croyance.

Il est facile de gagner l'afTection et la confiance d'élèves de cet âge ; il suffit de les mériter. Portés naturellement à croire leurs maîtres, ils subissent facilement leur influence, qui peut s'exercer de deux manières, par lexemple et par l'enseignement.

Les pensionnaires, qui vivent complètement au lycée, V reçoivent à la fois tout l'enseignement moral et tout l'enseignement intellectuel. La classe finie, dans les causeries des élèves entre eux et avec les répétiteurs, la conduite du professeur, ce qui a été dit en classe est commenté, discuté, approuvé ou blâmé. C est le devoir du professeur de ne pas donner matière au blâme, d'éviter dans sa conduite tout ce qui pourrait sembler en contradiction avec ses préceptes.

CLASSES DF. GRA-NI-MAIRE lOI

Les demi-pensionnaires, les externes, rentres dans leur famille, ne manquent pas de parler de ce qui s'est lait au lycée pendant la journée. Pour des enfants de cet âge, la classe s'identifie facilement avec le professeur : par suite, malheur au professeur qui, par sa tenue, par ses propos, par sa partialité, donnerait prise à la critique. Tout est passé en revue, rapporté dans les conversations de la famille, jugé sans ménagement. C'est le devoir du professeur d'y penser. Il dépend en partie de lui que cette partie des conversations de la famille soit intéressante et utile. Il ne doit pas oublier que même les enfants qui vivent dans leur famille ont besoin d une direction morale que le lycée doit leur fournir.

C'est une idée très répandue que la vie de famille est la meilleure pour l'éducation de l'enfant. Ce n'est pas toujours vrai malheureusement, et Prévost-Paradol le remarquait avec raison : « La famille, quoi qu'en disent les sots, est rarement une bonne école. Mieux vaut encore la république collégiale. »

Il serait bon en effet de s entendre sur ce qu'on appelle la famille. Si l'enfant vivait toujours sous la direction éclairée de son père ou de sa mère, la vie de iamille serait certainement excellente: mais n'y a-t-il beaucoup d'enfants moralement abandonnés dans la maison de leurs parents.^ J'ai connu des enfants de familles riches voyant à peine leurs parents, abandonnés le plus souvent aux soins des domesti(|ues et prenant ainsi les plus tristes habitudes. Mais même dans les familles modestes où l'on paraît s'occuper des enfants. Irop souvent on le fait d une manière insuliisante ou maladroite. L'enfant prend de mauvaises habitudes de travail, parce fpi'il est très rare qu'on le forme à lexactitude cl au bon emploi du temps. Il n'a même pas toujours une |)lace fixe pour travailler, il s'installe là où il grtic le moins, transportaril d Une jiièce à 1 autre ses li\rcs. ses

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