I02 L EDUCATION MORALE DA>? L UNIVERSITE
cahiers et son désœuvremenl. Bien des fois des parents se plaignent que leurs enfants doiAent travailler trop longtemps, et trop tard. Interrogez-les et vous apprendrez que presque toujours, si lenfant n'avait pas fini son devoir à dix heures, c'est qu'il ne l'avait pas commencé à cinq heures, à si\ heures, à huit heures, c'est-à-dire à l'heure même où le devoir aurait dû être fini. Au contraire, au lycée, en classe comme en étude, tout se fait à l'heure, et l'enfant peut apprendre le bon emploi du temps.
En outre, dans la famille, il y a souvent trop de casuistique : on suit surtout les règles de la morale mondaine : on ne se gène pas assez devant les enfants ; on laisse volontiers entendre que la morale absolue est
bonne pour les autres, mais que, si 1 intérêt de la
famille est enjeu, la morale doit admettre des tempéraments. On est trop utilitaire. Les réponses que font souvent les élèves aux questions amenées par les exercices de la classe ne laissent aucun doute sur ce relâchement de la morale dans la phqjart des familles.
Le professeur au contraire se surveille sévèrement, ne se permet pas d'écart de parole. S'il acquiert de l'ascendant sur ses élèves, c'est précisément parce qu'il ne connaît et n'enseigne qu'une morale fixe, élevée, désintéressée, dont le souvenir persistera, qui pourra servir plus lard de lumière pour éclairer la conscience dans les circonstances difficiles de la vie.
Mais, disent bien des gens, où donc se place cet enseignement moral.'' quel temps lui donne-l-on dans l'horaire des classes? Dans 1 enseignement primaire et dans l'enseignement moderne on a inscrit cet enseignement dans les programmes ; tandis que les professeurs de la division de grammaire dans l'enseignement classique nedoiACiil enseigiieique les langues et surtout les langues anciennes. — Il est triste d'avoir à réfuter un pareil argument, (pii témoigne de l'ignorance ou de la
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mauvaise foi de ceux (jui le uiellcul en avant ; mais, comme ou ne se lasse pas de le répéter, il peut être utile de montrer ce qu'a toujours été renseignement dans les classes de grammaire.
La morale a une place, et une j)lace considérable, dans renseignement de lliisloire, dans tous les exercices de renseignement classique proprement dit, dans ceux qui sont particuliers aux classes de grammaire, c'est-à-dire dans l'étude élémentaire des langues anciennes.
L'histoire aiicicime, grecque et romaine, est une source inépuisable d enseignement moral. Les moialisles les plus fameux, J.-J. Rousseau, A auvenargues 1 ont reconmi. Les faits contemporains, trop rapprochés de jious, trop mêlés de passions encore vivantes, ne conviennent pas poiu" cet enseignement moral. Parle recul, les faits deviennent plus frappants, plus instructifs. Grâce à 1 éloignement, grâce peut-être à un rhéteur, à Plutan|ue. les personnages de l'antiquité se sont comme idéalisés, sont devenus des tyj^es. Quand on a à parler d'Aristide, de Léonidas, d Epaminondas, de Démoslhène. de Phocion, de Scipion Emilien, de Cicéron, de A ercingélorix, il n'est pas possible de laisser de coté les idées morales les plus sérieuses, les plus élevées, de ne pas parler à l'àmedes enfants. L'infamie d'Alcibiade. l'élève préféré de Soerale. n'est-elle pas pour les maîtres eux-mêmes une belle leçon de modestie et de résignation !' On pounait dire ([ue dans cet enseignement la morale est presque encombrante, |)uisqu'elle dénature quelquefois les faits. Malgré les réticences ou les révélations des historiens les plus sérieux, nous ()id)ii<>ns Nolonlieis (ine les lloinains n'ont peut-être [)as été moins cruels envers lenis piisonnicrs que les Clailhaginois. cl Hégulus reste avec toute sa gloire, tel (pic nous le montre Horace, s'arrachanl volontairement aux siens (jui le retiennent, pour
io4 L i':dlcatio> :\iorale dans l (wnEusiTÉ
retourner à Cartilage subir les plus affreux supplices, afin de rester fidèle à son serment.
Les devoirs écrits, les explications, les lectures, tout contribue à renseignement moral. Ici l'enseignement classique affirme sa supériorité sur l'enseignement primaire et sur le moderne.
L'exercice principal de nos élèves est en effet la lecture, la traduction des auteurs grecs et latins, ce qui n est nullement un enseignement formel comme le disent faussement certains critiques, car nul enseignement n'est plus substantiel, plus réel, plus éducatif.
Il ne s'agit pas pour nous de préparer dans le temps le plus court des élèves au baccalauréat. « L'instruc- (( tion déijao'ée des soucis de la vie matérielle, f ins- (( truction qu'on ne peut improviser, ni acquérir par (( des efforts de pure mémoire, qui, au contraire, doit (( être comme une lente imprégnation de l'àme, Aoilà (( la seule instruction secondaire digne de ce nom'. » Cette étude ne rend nullement impropre à la vie pratique. La Chambre de commerce de Lyon, la première peut-être des Chambres de commerce de France pour la hardiesse des entreprises, déclare elle-même que (( l'enseignement classique, tombant sur un bon ter- (( rain, produit d'cxccllenls effets, développe et élève (( l'esprit, contribue à former le caractère et à fortifier (( les qualités morales : que, dans la vie si complexe (( de l'homme d'affaires de notre époque, on ne peut (( que profiter d'une éducation classique sérieusement « faite. ».
L'étude du grec el du lalin comprend deux parties : l'élude de la langue, préparation à la lecture des textes, et l'étude des littératures. Cette deuxième partie a sa place surtout dans les classes supérieures. Ces deux études ont une valeur morale.
1. Foiii.i.ÉE, f.es cliidcs classitjues el la (h- nu»: rade, p. 4-
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L'élève qui apprend sérieusement le latin et le grec doit se dégager de toute préoccupation utilitaire ; son esprit se développe par une gymnastique intelligente. On exige de lui une exactitude minutieuse, on ne lui permet pas d'à peu près. Il doit analyser la pensée de 1 auteur pour la comprendre : et, pour arriver à ce résultat, l'aire attention à tout. Les mots, qui ont par eux-mêmes une signification, ont une valeur indiquée par leur terminaison, par la place qu'ils occupent dans la phrase. Ln mot est-il mis à une place autre que celle que lui assignent les règles générales de la syntaxe, 1 esprit de 1 entant est mis en éveil; il y a là une intention de l'auteur qu il tant trouver. Cet esprit d'attention scrupuleuse, sans cesse en action, est utile toujours et partout. C'est ainsi qu'on s'habitue à ne pas se payer de mots, à ne pas se laisser égarer par les sophismes. L'obligation imposée à l'élève de voir clair dans la pensée des autres et de la juger le force à voir clair dans sa propre pensée et, par suite, dans sa conscience.
En outre, les auteurs qui servent à l'aire cette étude ont excellé à ex])rimer les idées les plus générales, les plus humaines. « Il y a dans la sagesse antique un « trésor de sentiments esthétiques et moraux ' . »
11 y a deux manières de lire un auteur: il v a la lecture superlicielle, rapide, qui permet de se rendre compte en gros de ce que contient un texte : c est celle-là qu'on peut faire à l'aide des traductions. Mais, quand on pense au travail qu'exige une traduction bien laite et au peu de notoriété qu'un travail semblable donne à celui (pu se 1 impose, on comprend l'aciliMnenl p(»iii(pioi il y a si peu de bonnes tiaductions. ("elle lecture est cependant la seule qui soit permise à renseignement moderne comme à l'enseignement primaire.
1. l''()Lii.i.i;E. Les études rlassiqurs et la déinontitie. y. S.