CLASSES DE LETTRES J
Peut-on imaginer des conditions meilleures qui permettraient d'atteindre ce but? M. Rocalort a dit ([uon pourrait le faire, si le collège ressemblait davantage à une lamille. Peut-on produire cette ressemblance? Ce n'est pas impossible. Le moyen le plus efTicace pour y arriver, ce serait de pratiquer la décentralisation : de faire que cliaque établissement s'appartînt plus à lui-même, et devînt un organisme où tous les organes concourraient à la même fonction. La décentralisation ne doit pas consister à déléguer à l'autorité académique une partie des fonctions du pouvoir central : elle n'aboutirait qu'à rapprocher du lycée luie surveillance extérieure, qui est une entrave. Le mieux serait de chercher dans le sens du xœu émis en i<S9(j par la Société pour Véliide des (jueslions d'enseir/nci/iriil scco/idaire, et qui est ainsi conçu :
(( Dans la limite de principes très généraux, fixés par le ministre et le Conseil supérieur, tous les détails de la vie intérieure de chaque établissement seront réglés par le chef d'établissement, d'accord avec le conseil de discipline et l'assemblée des professeurs. »
Si l'on adoptait ce vœu, le lycée ou le collège deviendraient en quelque sorte une image de la famille.
Nous avons bien les conseils, mais une partie sont l'cslés inactifs, parce qu 11 manque un moteur principal. Si par la décentralisation on augmente l'initiative du proviseur, alors on pourra, dans la maison, grâce à ces conseils, se sentir les coudes. Chacun, individuellement, ne se sentant plus Isolé, donnera de sol tout ce qu'il peut donner.
11 y faudrait ajoutei' encore la possibilité pour le chef de la maison de donner son avis sur le choix de ses collaborateurs, et surtout des répétiteurs.
(îràce à ces réformes, le lycée et le collège jouiraient porterie double litre d'établissements d'instruction et de maisons d'éducation.
LÉUtC.VllUN MOItALE. 10
] '|() I. KOI f:ATION MORALE I)A\S l'uM\ ERSITK
Si c'est là un idéal qu'on ne peut atteindre, rien du moins n'empêche de s en approcher.
M. LE Président. — Les deux premiers orateurs ont surtout combattu l'idée du lycée familial, qui ferait de tous les élèves la reproduction du même exemplaire moral. D'autre part, M. Kortz. en faisant ses réserves sur des points de détail, admet que le lycée peut et doit se rapprocher de la famille. Peut-être ce qui a eifrayé les premiers orateurs est que M. Rocafort considérait cette conception comme incompatible avec la neutralité : il faut s'entendre sui" ce point.
M. Rocafort dit qu il a vordu exposer deux manières de voir : sur la seconde, on vient d'exprimer des craintes qu'il ne partage pas. S'il connaissait un étajjlissemcnt qui ne fît que des saints ou des héros, tous sur le même modèle, cette uniformité ne lui ferait pas peur. En France, la neutralité confessionnelle s'impose ; mais, volontiers, il u'en admettrait pas d'autre. Dans la famille, on ne pourrait donner une solide éducation morale si 1 on avait à côté de soi d'autres inlluenccs contraires. Il en est de même au lycée, qui est une famille élargie. .
M. BouDHORS. — Le système de M. Rocafort est excellent pour un père de famille, parce que le père a des convictions, et une responsabilité. Il peut essayer de former son enfant selon son idéal. Mais au lycée, si l'on veut appliquer ce système, il faudra (pie proviseur, professeurs, répétiteurs, ne fassent plus qu un seul et même homme. C'est à cela qu'aboutit M. Rocafort, quand il parle du professeur qui devrait suivre l'enfant d'année en année ; qui devrait être relié au proviseur par une attache doctrinale: qui, ne pouvant être luimême le répétiteur, devrait du moins communiquer constamment avec lui.
Cr.ASSKS DE LKITUFS I 'r 7
On seinhlc rcgrollei' que le lycée ne soit pas la laniille, où il n'y a qu'un ehel'. Mais cela est tout à lait impossible. Le lycée est un i^MOupe de professeurs et de répétiteurs sous la duectiou du proviseur. Il faudra donc que tous ces individus fassent ahslraction de leur personiîalité propre pour se créer une personnalité factice, qui n'en serait pas une, pour se soumettre à la volonté du proviseur ou à l'Etat. Ce serait le système le plus déplorable, puisque les professeurs ne pourraient avoir leurs propres idées : c est un système humainement impossible.
L idée qui l'inspire est mauvaise sous toutes ses formes ; c'est l'idée cléricale, c'est l'idée napoléonienne, c'est 1 idée jacobine. Il ne doit pas y avoir d esprit dogmatique dans l'éducation du lycée. L éducation morale universitaire ne vaut que par le commun désir des maîtres de donner à leurs élèves la volonté du ])ien. Le seul moveu de rendre notre enseianement cHicace.
c'est que chacun soit libre de se consacrer à sa lâche : que l'entente soit seulement dans la poursuite d"vm même but, qui est de faire des hommes ayant l'esprit juste et la volonté de faire le bien, et de bons citoyens. Sortir de là, ce serait tomber dans des doctrines dangereuses, ce serait la mort de l'enseignement secondaire.
\i. Becker. — L'Université peut domicr 1 éducation moiale, et elle la donne déjà. Il n'y a pas à ce point de vue de crise de l'enseignement secondaire. Si nos lycées ne donnaient pas l'éducation, on le verrait à ipielcjuc signe précis. Or, mille part on n'a montré [)ar des faits ou des clnlfres (jue les élèves de l'Lniversité aient été moralement inférieurs à d'autres.
On dit : Le lycée doit cire une famille. Mais déjà il en est une. Dans la famille, dit M. Ilocafort. on peut donner 1 éducali(jn,én(»ncei(lespréceples cl les enfoncer dans l'esprit par une action toujours répétée dans le